• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > E ou A, une seule lettre peut-elle changer le cours de l’histoire (...)

E ou A, une seule lettre peut-elle changer le cours de l’histoire ?

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=n_rpie61L70

"Elaeudanla…

Sur ma remington portative

J’ai écrit ton nom Lætitia

Elaeudanla Teïtéïa "

 

E ou A, une seule lettre peut-elle changer le cours de l’histoire ?

Dans sa chansonnette de 1963, E et/ou A, la fusion des deux lettres n’était sans doute déjà plus le problème du poète à la dérive…

LE ou LA, il n’y a aussi qu’une lettre qui change, mais au delà du genre, il y a une infinité de sens auxquels ce qui est un simple article peut renvoyer s’il devient pronom dans la phrase suivante, et si ce qu’il désigne n’y est pas immédiatement contigu.

Tout dépend du contexte…

S’il s’agit de préciser le sens de la relation entre divers éléments d’une phrase précédente, LE ou LA ne renverra donc pas au même élément…

Au point, possiblement, d’inverser carrément les termes de la relation, selon qu’on utilisera l’un ou l’autre…

Au point d’en inverser également, et radicalement, le sens…

Au point de changer le cours de l’Histoire… ?

Les joutes scolastiques, théologiques ou philosophiques, n’ont jamais été directement les motifs des grands conflits qui ont secoué le monde, au cours des siècles, mais les conceptions du monde qu’elles sous-tendaient, oui, à travers les grands enjeux économiques et sociaux qu’elles impliquaient.

Divers historiens ont tenté de voir un lien, par exemple, entre l’extension de la réforme protestante et la naissance du capitalisme moderne.

Et jusqu’au milieu des années 80 l’idée qu’une autre conception du monde puisse impliquer une transformation historique radicale ne paraissait pas forcément incongrue, ni encore moins, nécessairement négative.

Aujourd’hui, ce ne sont plus que des conceptions religieuses obscurantistes qui paraissent être en mesure de troubler le nouvel ordre mondial établi.

Néanmoins, ordre établi ne signifie pas pour autant ordre accepté, et la crise politique actuelle en témoigne, n’opérant plus de changements que superficiels et purement cosmétiques, et par une suite de défiances successives, de "déceptions", sentiments uniquement négatifs, par rapport aux pouvoirs successivement en place.

En profondeur, cette attitude de rejet populaire s’est enracinée depuis la crise de 2007-2008, et le capitalisme universel n’apparait plus que comme une "solution par défaut", mais aucunement comme une solution réelle à tous les problèmes révélés par cette crise. La prétendue "fin de l’histoire" s’avère bien être une impasse, et le fait de la remettre en cause retrouve naturellement une certaine légitimité.

Il y a peu de temps encore, on n’aurait pas imaginé une "saillie" publique telle que celle adressée par Mélenchon à l’ancien ministre de l’intérieur "socialiste", le traitant de "Bedeau du Capital" !

Et même si l’on ne s’illusionne guère sur les prétentions "révolutionnaires" des uns et des autres, le fait que le Capital, en la personne d’un de ses représentant habituels, puisse aujourd’hui être considéré comme objet d’opprobre publique, voilà qui révèle à nouveau le champ du possible en matière d’alternative anticapitaliste.

Pourtant, si ce champ semble se rouvrir, la perspective qu’il nous offre reste vague et même vide, tout à fait indéterminée, en fait. C’est ce qui a permis au système de faire retomber la vague nouvelle soulevée par sa Loi El Khomri, et aujourd’hui, lui permet d’en avancer une autre, tout aussi scélérate, sinon pire.

La genèse éventuelle d’un monde nouveau, au début du 21e siècle, n’en est pas même à ses premiers balbutiements.

Et si le champ du possible, en matière d’alternative, s’est refermé à la fin du 20e siècle, c’est bien parce qu’il était en friche, et que les restes apparents de ce qui se nommait encore socialisme n’étaient plus que des plantes desséchées, dans lesquelles toute la sève du débat semblait avoir été épuisée.

Et si elles se sont révélées telles, encore sur pieds mais stériles et creuses, incapables de produire les fruits espérés pour leur succession, c’est bien aussi qu’au temps de leur croissance et de leur épanouissement, ce débat n’avait pas non plus été clairement tranché.

A cause de ses racines multiséculaires le Capital a sans doute une faculté d’évolution et d’adaptation beaucoup plus grande que ne pouvait en avoir le Socialisme, mais au delà de ses racines, précisément, ses fondamentaux sont restés les mêmes. C’est ce que montre aussi bien le renouvellement incessant de ses crises que leur approfondissement et l’inefficacité, tout aussi chronique, des "solutions" qu’il prétend s’appliquer à lui-même.

Dès lors, il n’est pas inutile de reconstituer et reconsidérer l’histoire des solutions que le Socialisme a tenté de lui opposer et de chercher à analyser où se trouvait le défaut de la cuirasse de cet assaillant courageux et pas forcément vain dans sa lutte.

C’est l’un des axes de recherche que nous avons suivi, depuis quelques années, sur le blog Tribune Marxiste-Léniniste.

C’est ainsi que récemment nous avons été amenés à rechercher pour republication, en traduction anglaise

https://libcom.org/files/%5BPreobrazhensky,_Evgeny_Alekseevich%5D_The_New_Econo(BookZZ.org).pdf

et dans sa langure russe originale,

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/05/preobrazhenskiy_e_a_-_novaya_ekonomika_-_2008__.pdf

l’ouvrage d’un économiste soviétique du temps de la NEP, Новая Экономика, "La Nouvelle Économique", par Evgueni Preobrajensky, malheureusement inaccessible, en français, sur le net, et bizarrement, en quelque langue que ce soit, sur "marxists.org", qui se présente pourtant comme la référence mondiale sur ces sujets…

Mais pour faire bonne mesure, il était néanmoins logique de mettre également en lien, à la suite, la réponse, directe à l’époque, à ce texte, par Nicolaï Boukharine, disponible, elle, en français, sur ce même site…

https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/07/remarques.htm

Et, comme on va le voir, il n’était pas vain, non plus, de se mettre en quête de la version originale de cette réponse, en russe, également, évidemment…

http://marxist-texts.narod.ru/olderfiles/9/bukharin_zakonomernosti_perehodnog-76353.html

Même si, pour le profane, et même pour le marxiste moderne, cette polémique présente précisément de nombreux aspects purement scolastiques et plus fastidieux que véritablement utiles, elle n’en touche pas moins, en certains passages essentiels et remarquables, aux questions fondamentales que pose le principe même de toute transition possible d’un système économique capitaliste à un autre, radicalement différent.

Et c’est ainsi que nous y retrouvons les termes essentiels du débat moderne, toujours en cours, sur la zone d’extension possible du domaine de la loi de la valeur dans une économie de transition.

La loi de la valeur doit elle et peut elle s’arrêter à la porte du Socialisme, ou bien continue-t-elle d’y exercer son influence, et dans quelle mesure, et sous quelle forme ?

La loi de la valeur est elle uniquement le reflet des rapports de production capitalistes modernes, ou bien est elle trans-historique, se manifestant de différentes manières, en fonction des différents régimes économiques et sociaux ?

Si l’on considère qu’elle est à la fois l’un des aboutissements les plus achevés de l’économie classique et de la pensée marxiste, la question n’est donc pas forcément de pure scolastique. Pour autant, ce qu’en a pensé Marx lui-même reste, aujourd’hui comme hier, sujet à polémiques. Mais en définitive, au delà de l’argument d’autorité que Marx représente encore, éventuellement, le fond de la question se trouve bien uniquement sur le terrain…

En somme, au delà des éléments de controverses historiques et dans certains cas, purement scripturaires, faire le choix de l’une ou l’autre lecture de l’œuvre de Marx, c’est bien un choix de conception du monde…

"Elaeudanla…" nous chante et nous serine encore le poète déjanté…

Pourtant, démêler le E du A, le LE du LA, il nous faudra donc choisir…

Démonstration…

Pour appuyer la sienne, en réponse à Preobrajensky, Boukharine tente à plusieurs reprises l’argument d’autorité scripturaire, en citant Marx de façon plus ou moins appropriée, comme on va le voir…

Mais comment résumer le fond de leur débat ?

Le mieux est de le remettre rapidement en situation, en 1926…

C’est à dire au moment où la NEP, "Nouvelle politique économique", mise en place depuis 1921, après avoir donné le meilleur de ses fruits, commence à dégénérer et à montrer des signes de crise, tout à fait caractéristiques de la renaissance, même si partielle, du cycle d’accumulation capitaliste.

Il faut donc rappeler que la plus grande part des ressources économiques du pays se trouvaient encore, en 1926, dans la petite paysannerie, nouvellement indépendante, pour l’essentiel, et même si travaillant de façon indépendante des terres récemment nationalisées.

Mais avec la NEP les inégalités recommençaient à se creuser et la classe des koulaks, cultivant le plus souvent des terres déjà accaparées avant Octobre, tendaient à reformer une nouvelle aristocratie rurale.

Parallèlement, dans les villes, l’industrie n’avait pas encore pris son plein essor et les zones urbaines se trouvaient dépendantes de l’approvisionnement en provenance de la paysannerie, et notamment, des koulaks.

La question de l’équilibre des échanges économiques et des transferts de richesses entre les différents modes de production en présence était donc devenue cruciale pour la survie de l’URSS. Ce n’était donc plus du tout une question purement académique, contrairement à ce que le style parfois fort byzantin des uns ou des autres protagonistes du débat pourrait laisser supposer.

A noter que, fort peu byzantin dans son style, Lénine avait, quant à lui, déjà posé, dès 1918, les bases de cette problématique qui allait devenir, trois ans plus tard, celle de la NEP, dans un article assez peu connu, mais qui constitue pourtant la référence la plus basique en matière de "Capitalisme d’État" en URSS, notion que les uns et les autres, tant "gauchistes" qu’opportunistes de droite, se sont ingéniés à embrouiller par la suite, et jusqu’à nos jours !!

********************

"Parmi les gens qui se sont intéressés à l’économie de la Russie, personne, semble t il, n’a nié le caractère transitoire de cette économie. Aucun communiste non plus n’a nié, semble t il, que l’expression de République socialiste des Soviets traduit la volonté du pouvoir des Soviets d’assurer la transition au socialisme, mais n’entend nullement signifier que le nouvel ordre économique soit socialiste.

Mais que veut dire le mot transition ? Ne signifie t il pas, appliqué à l’économie, qu’il y a dans le régime en question des éléments, des fragments, des parcelles, à la fois de capitalisme et de socialisme ? Tout le monde en conviendra. Mais ceux qui en conviennent ne se demandent pas toujours quels sont précisément les éléments qui relèvent, de différents types économiques et sociaux qui coexistent en Russie. Or, là est toute la question.

Enumérons ces éléments :

1__l’économie patriarcale, c’est à dire, en grande mesure, l’économie naturelle, paysanne ;

2__la petite production marchande (cette rubrique comprend la plupart des paysans qui vendent du blé) ;

3__le capitalisme privé ;

4__le capitalisme d’Etat ;

5__le socialisme.

La Russie est si grande et d’une telle diversité que toutes ces formes économiques et sociales s’y enchevêtrent étroitement. Et c’est ce qu’il y a de particulier dans no­tre situation.

Quels sont donc les types qui prédominent ? Il est évident que, dans un pays de petits paysans, c’est l’élément petit bourgeois qui domine et ne peut manquer de dominer ; la majorité, l’immense majorité des agriculteurs sont de petits producteurs. L’enveloppe du capitalisme d’Etat (monopole du blé, contrôle exercé sur les propriétaires d’usines et des commerçants, coopératives bourgeoises) est déchirée çà et là par les spéculateurs., le blé étant l’objet principal de la spéculation.

C’est dans ce domaine précisément que se déroule la lutte principale. Quels sont les adversaires qui s’affrontent dans cette lutte, si nous parlons par catégories économiques, comme le « capitalisme d’Etat » ? Sont ce le quatrième et le cinquième élément de ceux que je viens d’énumérer ? Non, bien sûr. Ce n’est pas le capitalisme d’Etat qui est ici aux prises avec le socialisme, mais la petite bourgeoisie et le capitalisme privé qui luttent, au coude à coude, à la fois contre le capitalisme d’Etat et contre le socialisme. "

Lénine,

Sur l’infantilisme "de gauche" et les idées petites-bourgeoises

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2014/01/1918_lc3a9nine_sur-linfantilisme-de-gauche_.pdf

*********************************

Pour Preobrajensky la problématique consistait à transférer du capital formé par l’essor de la paysannerie indépendante en capital utilisable par l’industrie socialiste, pour lui permettre un décollage dont elle n’aurait pas eu, autrement et selon lui, la possibilité par elle même. C’est ce qu’il appelait "accumulation socialiste primitive", par analogie avec l’accumulation primitive du capital, dans les siècles qui ont précédé l’ère industrielle.

Mais ce raisonnement, effectivement de type analogique, pouvait à bon droit être vu comme simpliste et dogmatique, en dépit de son aspect à priori pragmatique.

Preobrajensky prétendait carrément que son principe d’"accumulation socialiste primitive" était en fait une loi économique objective de la période de transition, une loi qui rentrait en conflit avec la loi de la valeur, qui, elle, selon lui, ne concernait plus que le secteur privé.

Il pensait qu’elle se trouvait déjà abolie, de fait, dans le secteur économique étatique. Et cela également par analogie, ce qui est particulier à cet économiste, avec l’idée que le monopole capitaliste, même en économie capitaliste donc, avait pratiquement déjà aboli cette loi… !

Mais comme on va le voir, et c’est précisément notre sujet, quant au fond, les conceptions économiques de Boukharine n’en étaient pas moins étranges, bien que pourvues d’un intérêt relatif plus important et mieux étayé, théoriquement, que celles de Préobrajensky.

En effet, par un autre biais, plus subtil, Boukharine tente également d’escamoter le fait que la loi de la valeur puisse s’appliquer à la période de transition, dans l’économie socialiste. Il prétend avoir trouvé chez Marx lui-même une "loi de la dépense du travail", qui serait, en quelque sorte, plus fondamentale que la loi de la valeur elle même, et s’appliquerait donc de manière trans-historique, c’est à dire y compris à la période de transition.

Le tour de passe-passe est opéré, dans son cas, et c’est donc un tour de "force", en réalité, à partir d’une célèbre "lettre à Kugelmann" du 11/07/1868,

https://www.marxists.org/francais/marx/works/1868/07/km18680711.htm

où Marx explique précisément en quoi la loi de la valeur est trans-historique et ne varie, concrètement, que par les formes selon lesquelles elle se manifeste selon les situations historiques différentes.

Étant bien évidemment compris que cet aspect trans-historique est lié à la valeur par sa manifestation à travers les différents types d’échange, selon les périodes historiques, et que la valeur et son aspect trans-historique sont appelés à disparaitre ensemble dans la phase supérieure du communisme…

En somme, Boukharine rebaptise "loi de la dépense travail" la forme que prend la loi de la valeur sous le socialisme, pour tenter paradoxalement de limiter la signification et la portée générale de la loi de la valeur à la seule forme qu’elle prend sous le capitalisme !

Le paradoxe est donc que bien des aspects de la "transformation" qu’il fait subir à sa "loi de la dépense du travail" pour l’"extraire" du cadre de la loi de la valeur, auraient pu être réellement utiles pour comprendre comment la loi de la valeur peut être maitrisée, autour de la notion de valeur-travail, pour la réalisation des objectifs de la planification socialiste.

Malheureusement, par ce procédé scolastique qui est le sien, et en réponse aux procédés également scolastiques utilisés par Préobrajensky dans ce débat, il a, en pratique, renoncé à rendre sa démarche opérationnelle, au delà de la polémique.

Et c’est précisément dans le même esprit de manipulation scolastique qu’il tente d’utiliser une autre citation de Marx, qui est en fait une note de bas de page, dans le Livre I du Capital, note dont il n’utilise qu’une partie, tout comme le passage de la "lettre à Kugelmann", du reste, soigneusement séparé de son contexte.

Alors que cette note de bas de page, mais assez importante, à tous points de vue, constitue, elle aussi, quasiment un texte assez complet par elle même, une sorte de commentaire pratiquement indépendant du corps du texte, en fin de compte. Indépendant à tel point, du reste, que selon les éditions du Capital, elle peut se trouver indifféremment rattachée à une partie ou l’autre, voyageant entre Capital I, 1-3 et I, 1-4…

Mais outre cette particularité déjà assez étrange, cette note de bas de page est aussi, et indépendamment de sa place dans l’ouvrage de Marx, l’objet de variantes de traduction qui ne sont manifestement pas, quant à elles, purement fortuites…

"LE" ou "LA", nous y voilà… !

Enfin…, penseront la plupart des lecteurs, mais pour bien comprendre le sens de la nuance, et voir qu’il s’agit bien du sens fondamental du propos de Marx et non pas de pure scolastique, il était donc nécessaire de resituer l’emploi que Boukharine fait de cette citation dans son contexte historique.

Il se trouve que la version française la plus courante de cette "note de bas de page", indépendamment de sa situation dans l’œuvre de Marx, et seulement située "Tome premier", sans plus de précision, dans le texte de Boukharine, colle étonnamment avec son propos polémique, à tel point qu’on aurait pu s’interroger sur l’origine réelle de ce texte…

En effet, si l’on se rapporte à la version russe couramment disponible sur le net, la signification de cette "note de bas de page" est tout autre, et carrément inverse, sur ce point essentiel, à savoir que c’est le mode de production bourgeois qui NE PEUT aucunement être tenu pour la forme "éternelle", c’est à dire trans-historique, de la loi de la valeur.

Alors que dans la version française, c’est précisément la "forme valeur" elle même qui perd absolument tout caractère trans-historique, n’étant plus reliée qu’au mode de production bourgeois lui même ! Ce qui implique ipso-facto que la loi de la valeur elle même ne vaut que pour ce mode de production, ce qui est précisément, sur ce sujet, le propos de Boukharine…

C’est donc pourquoi nous nous sommes donc mis en quête de l’original russe du texte de Boukharine…

Effectivement, le fragment de la "note de bas de page", tel que cité en russe dans le texte de Boukharine, non seulement conserve cette idée "française" mais constitue une variante de traduction encore plus délibérément orientée dans ce sens, si possible !

Mais néanmoins, étrangement, cette "citation" est assortie, dans la présentation actuelle du texte de Boukharine, d’une autre note, encore plus longue, et visant en quelque sorte à "garantir l’authenticité" de cette "traduction"… Une version qu’on ne trouve, en réalité, nulle part ailleurs…

La démarche la plus logique consistait donc à se référer au texte original allemand, et c’est ce que nous avons fait…

Et en fin de compte,

c’est évidemment là que se trouve la clef du mystère…

"Die Wertform des Arbeitsprodukts ist die abstrakteste, aber auch allgemeinste Form der bürgerlichen Produktionsweise, die hierdurch als eine besondere Art gesellschaftlicher Produktion und damit zugleich historisch charakterisiert wird."

Il se trouve que en allemand Wertform, "forme valeur", et Produktionsweise, "mode de production", sont tous les deux des substantifs féminins… !!

En allemand, ce n’est donc pas LE ou LA, mais réellement… LA ou LA !

De sorte qu’il nous reste toujours à déterminer à quoi se rapporte le pronom "sie", LA, dans la phrase suivante dans le texte de Marx…,

"Versieht man sie daher für die ewige Naturform gesellschaftlicher Produktion, so übersieht man notwendig auch das Spezifische der Wertform, also der Warenform, weiter entwickelt der Geldform, Kapitalform usw. "

La traduction russe actuelle, tout comme la traduction anglaise sur "marxists.org", du reste, a carrément remplacé la traduction éventuellement ambiguë de "sie" par "mode de production", en toutes lettres…

"If then we treat this mode of production as one eternally fixed by Nature for every state of society, we necessarily overlook that which is the differentia specifica of the value form, and consequently of the commodity form, and of its further developments, money form, capital form, &c."

https://www.marxists.org/archive/marx/works/1867-c1/ch01.htm#33b

En russe, on a même l’expression totale, "mode de production bourgeois"… :

"Если же рассматривать буржуазный способ производства как вечную естественную форму общественного производства, то неизбежно останутся незамеченными и специфические особенности формы стоимости, следовательно особенности формы товара, а в дальнейшем развитии — формы денег, формы капитала и т. д."

http://www.esperanto.mv.ru/Marksismo/Kapital1/kapital1-01.html#c1.3.a.4

En français, si l’on se rapporte à la traduction la plus ancienne que l’on connaisse de ce texte :

https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Marx_-_Le_Capital,_Lach%C3%A2tre,_1872.djvu/27

on constate simplement, en définitive, qu’il suffit de remplacer LA par LE pour obtenir exactement l’autre sens, celui qui signifie précisément la spécificité historique de la forme valeur actuelle du capitalisme, et le caractère trans-historique général de la loi de la valeur… !!!

"La forme valeur du produit du travail est la forme la plus abstraite et la plus générale du mode de production actuel, qui acquiert par cela même un caractère historique, celui d’un mode particulier de production sociale. Si on commet l’erreur de LE prendre pour la forme naturelle, éternelle, de toute production dans toute société, on perd nécessairement de vue le côté spécifique de la forme valeur, puis de la forme marchandise, et à un degré plus développé, de la forme argent, forme capital, etc."

CQFD… !!!

Comme on peut le voir, il s’agit là d’un problème de cohérence et de compréhension générale de l’œuvre de Marx. Si l’on veut bien se livrer à une lecture du Capital dépourvue de tout préjugé idéologique dogmatique, il parait tout simplement naturel de chercher le sens le plus basique qui permette de conserver un lien signifiant entre tous ces textes, et même un lien qui les éclaire réciproquement, dans leur cohérence, à commencer par le tout premier chapitre sur la notion de valeur, où se trouve cette note, du reste, même si sa place réelle est incertaine entre deux parties de ce chapitre.

Cette cohérence sur la question fondamentale de la valeur-travail se retrouve magistralement reformulée, dans la perspective d’une économie de transition, dans la célèbre Critique du Programme de Gotha,

MARX, MARXISME, Critique du Programme de Gotha, Glose marginale 1, les fondamentaux économiques de la transition socialiste prolétarienne !!!

et la lettre à Kugelmann de 1868 semble être en quelque sorte presque un lien entre ces textes…

Et pour une compréhension de ces idées telles qu’elles sont cohérentes avec le monde de notre temps :

2017, Pour sortir de l’impasse… La Révolution du retour au réel !

Luniterre

.

PS : Mais on ne saurait mieux conclure cet article qu’en republiant la version complète de cette fameuse "note de bas de page", telle que nous la connaissons dans sa version française la plus ancienne, avec seulement cette petite correction, particulièrement signifiante…

"L’économie politique classique n’a jamais réussi à déduire de son analyse de la marchandise, et spécialement de la valeur de cette marchandise, la forme sous laquelle elle devient valeur d’échange, et c’est là un de ses vices principaux. Ce sont précisément ses meilleurs représentants, tels qu’Adam Smith et Ricardo, qui traitent la forme valeur comme quelque chose d’indifférent ou n’ayant aucun rapport intime avec la nature de la marchandise elle-même. Ce n’est pas seulement parce que la valeur comme quantité absorbe leur attention. La raison en est plus profonde. La forme valeur du produit du travail est la forme la plus abstraite et la plus générale du mode de production actuel, qui acquiert par cela même un caractère historique, celui d’un mode particulier de production sociale. Si on commet l’erreur de le prendre pour la forme naturelle, éternelle, de toute production dans toute société, on perd nécessairement de vue le côté spécifique de la forme valeur, puis de la forme marchandise, et à un degré plus développé, de la forme argent, forme capital, etc. C’est ce qui explique pourquoi on trouve chez des économistes complètement d’accord entre eux sur la mesure de la quantité de valeur par la durée de travail les idées les plus diverses et les plus contradictoires sur l’argent, c’est-à-dire sur la forme fixe de l’équivalent général. On remarque cela surtout dès qu’il s’agit de questions telles que celle des banques par exemple ; c’est alors à n’en plus finir avec les définitions de la monnaie et les lieux communs constamment débités à ce propos. — Je fais remarquer une fois pour toutes que j’entends par économie politique classique toute économie qui, à partir de William Petty, cherche à pénétrer l’ensemble réel et intime des rapports de production dans la société bourgeoise, par opposition à l’économie vulgaire qui se contente des apparences, rumine sans cesse pour son propre besoin et pour la vulgarisation des plus grossiers phénomènes les matériaux déjà élaborés par ses prédécesseurs, et se borne à ériger pédantesquement en système et à proclamer comme vérités éternelles les illusions dont le bourgeois aime à peupler son monde à lui, le meilleur des mondes possibles."

Karl Marx

.

********* Source de l’article :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/05/29/e-ou-a-une-seule-lettre-peut-elle-changer-le-cours-de-lhistoire/

***********************************


Moyenne des avis sur cet article :  2.33/5   (3 votes)




Réagissez à l'article

25 réactions à cet article    


  • Claude Simon Gandalf 1er juin 10:59

    J’apprécie votre papier, mais il a cependant besoin d’une précision avant de pouvoir polémiquer.


    Pourriez-vous définir ce que vous entendez par « loi de la valeur » ?

    • Luniterre 1er juin 15:01

      @Gandalf

      Bonjour,

      J’ai pris le temps pour vous répondre, car si la question est simple, y faire une réponse simple est plus difficile que pour celle de Sarcastelle...

      En fait, il se trouve que j’ai déjà fait une tentative approchante, sur la notion la plus basique de valeur :

      ***********

      « La valeur, telle qu’elle apparaît sous sa forme la plus primitive et la plus basique, la valeur d’échange, exprime une quantité de travail abstrait incorporé dans la marchandise.

      Cette quantité est évaluée d’après le temps de travail moyen socialement nécessaire à la production de la marchandise.

      On peut donc parler aussi justement de valeur-travail. »

      **************************

      Pour compléter, on pourrait effectivement et utilement, et très simplement, dire que « la loi de la valeur est celle qui tend à régler les échanges au plus près de la valeur-travail. »

      A noter que cette approche n’inclut pas la notion de « plus-value », qui en découle pourtant directement. En somme, on peut dire qu’elle est déjà entièrement constituée, telle quelle, dans le Capital, Livre I, 1ère et 2ème section, jusqu’au Chapitre 6, où les choses commencent à sérieusement changer, sur la question des rapports sociaux, des rapports de production.

      La loi de la valeur est donc, dans les rapports sociaux, ce qu’il y a de plus basique, voire de plus « primitif », mais au bon sens du terme...

      Peut-être peut on oser un parallèle « biologique », entre la simple cellule, héritée des organismes primitifs, et la complexité de l’animal évolué, incluant l’humain, au passage... Qui est, vu sous cet angle, une « société » bien organisée...

      A noter encore que cette notion se définit par l’échange direct entre producteurs, le plus simple, indépendamment des distorsions dues au déséquilibre éventuel entre l’offre et la demande, faisant intervenir la notion de loi du marché, etc...

      A rappeler également que la notion de « plus-value » est liée à la différence entre « valeur d’échange » et « valeur d’usage », concernant la force de travail, et non simplement à la notion de « bénéfice », au sens commercial du terme, qui peut provenir aussi des distorsions du marché.

      Pour comprendre la « plus-value », il faut donc avancer dans le bouquin, Livre I, sections 3 et suivantes, et pour comprendre les distorsions entre loi de la valeur et loi du marché, le plus « simple », tout étant relatif, est de se reporter au Livre III, Chapitre 10.

      J’ai néanmoins tenté également une définition ultra simplifiée de ces notions, le tout se trouvant ici :

      Valeur, Loi de la valeur, Plus-value, Un essai de brève définition

      Je la considérais bien évidemment comme susceptible d’amélioration, et c’est ce que je vais faire, de ce pas, en y rajoutant cette petite phrase, qui y manquait manifestement, et rédigée en réponse à votre question, que je vous remercie donc d’avoir posé...

      « la loi de la valeur est celle qui tend à régler les échanges au plus près de la valeur-travail. »

       Luniterre


    • Claude Simon Gandalf 1er juin 15:18

      @Luniterre

      Merci pour cette réponse. Ca me suffira.

      Dans ma grille de lecture, c’est nier le « coût naturel » des choses, à savoir le prix que les propriétaires accordent à des biens, pour former un outil de production, un site plus ou moins remarquable, une position avantageuse, le prix d’une concession, etc, afin de se les échanger.

      Rappel : dans ma grille de lecture, le marxisme peut s’arrêter au prolétariat, inutile de renverser la bourgeoisie animée d’un esprit libéralissime.

    • Luniterre 1er juin 16:37

      @Gandalf

      Pour info, la brève définition du tout, telle que corrigée en fonction, dans un post général ci-dessous :

      http://www.agoravox.fr/commentaire4927862

      Luniterre
       


    • Claude Simon Gandalf 1er juin 17:55

      @Luniterre

      C’est très clair.

      Mais comme d’habitude, pour contourner l’appropriation de la plus-value, la définition monétaire marxiste stipule qu’il n’est plus possible d’avoir de propriété privée à but lucratif.

      Alors qu’il suffit de deux monnaies distinctes, gérant la valeur-travail et la valeur-capital, et l’on peut entrevoir que le capitaliste ne peut plus s’approprier cette plus-value (puisque la monnaie-travail est gérée à part), du moins sur une base de common decency, de ne plus les mettre en concurrence, de rendre caduc l’esclavage. Seuls les capitalistes seraient en compétition entre eux, pour le profit, sur la base de la monnaie-crédit actuelle. Et in fine, la dynamique de la création, de l’expansion et de la faillite propre au monde de l’entreprise serait respectée (ce dont Marx ne dit rien il me semble).

      Car toute la perversité du capitaliste, afin de pouvoir dormir tranquillement sur l’accroissement des profits, en mettant tout les prolétaires en compétition mondiale, est devenu inopérante : chacun vit directement de son travail, sans que cela apparaisse dans le prix du bien. Bref, les travailleurs se font don mutuel de leur travail au coût de base de ce même travail. Ils peuvent, par ailleurs, continuer à participer aux cotisations sociales, du régime par répartition à l’instar d’aujourd’hui.

      Je ne connais pas exactement la volumétrie entre les deux monnaies qui permettraient d’établir un équilibre monétaire compensatoire pour réaliser les différents types de transactions dans l’objectif des principes précisés ci-dessus, mais ça me semble respecter la critique formulée par Marx, certains de ses objectifs (critique de la plus-value, situations de quasi-esclavage, etc), mais en employant des moyens non-coercitifs, donc non étatiques. Car la marchandise, et en amont son outil de production en économie privée, n’est qu’une proposition, rien de plus.

    • Luniterre 1er juin 19:02

      @Gandalf

      Ce qui me parait difficilement compréhensible dans votre double système, c’est la façon dont vous distinguez éventuellement profit et plus-value... Sans la plus-value accumulée, le capital se résume au capital commercial, c’est à dire à très peu de valeur réelle, comme source de profit...
      C’est aussi le problème du capitalisme financier, qui, hors de sa base industrielle, se résume à un vaste jeu de monopoly, avec la monnaie de singe qui va avec...
      D’où sa crise, qui loin d’être résolue, se creuse encore, avec le Quantitative Easing, par exemple, ou les DTS du FMI, etc...

      Marx ne critique pas la plus-value en elle-même, qui est un produit « naturel » du travail, serait-on tenté de dire, mais l’utilisation qui en est faite par le système capitaliste, qui ne cherche qu’à accumuler au lieu de resocialiser utilement.

      L’un des buts d’une économie de transition, sinon le but essentiel, est de resocialiser dans un but de développement collectivement choisi.

      Avec les moyens modernes, il y a possibilité d’une gestion interactive et réellement démocratique, alors que les expériences passées avaient lieu dans des conditions très difficiles, sinon carrément dantesques. (Guerre civile, puis guerre anti-fasciste...)
      Je ne parle pas des dernières années de l’URSS où la course au profit était déjà relancée au sein de la bureaucratie elle-même, à travers une économie capitaliste « parallèle » et parasite quasiment institutionnalisée.

      Dans la phase supérieure du communisme, on pourrait presque dire que la « plus-value » ne disparait pas non plus tout à fait, du reste, mais en quelque sorte qu’elle est resocialisée « naturellement », sans être réellement comptabilisée.

      Mais compte tenu des limites objectives de la planète, je pense qu’une forme de planification restera nécessaire, et donc une forme ou une autre de « comptabilité » aussi.

      Luniterre
       


    • Claude Simon Gandalf 1er juin 22:15

      @Luniterre


      « Ce qui me parait difficilement compréhensible dans votre double système, c’est la façon dont vous distinguez éventuellement profit et plus-value... Sans la plus-value accumulée, le capital se résume au capital commercial, c’est à dire à très peu de valeur réelle, comme source de profit... »

      Le profit est bien celui du résultat du bilan annuel, la plus-value celle qu’accorde Marx et Proudhon.La monnaie-travail ne s’accorde que dans un cadre de common decency. Au delà, le salaire rentre dans la rétribution en monnaie-crédit standard, afin de ne pas donner blanc-seing à tout contrat de travail sur la question de la rémunération. Comme vous pouvez le constater, cela permet au capitaliste d’y prélever sa plus-value (ex : statut cadre qui n’a pas d’horaires), mais également de naturellement limiter les inégalités salariales.

      Mais prélever la plus-value sur ces salaires n’est qu’une limite négative, limiter les inégalités salariales est positive.

      « Marx ne critique pas la plus-value en elle-même, qui est un produit « naturel » du travail, serait-on tenté de dire, mais l’utilisation qui en est faite par le système capitaliste, qui ne cherche qu’à accumuler au lieu de resocialiser utilement. »

      Merci de sourcer, mais soit (cependant, je ne comprends dès lors plus pourquoi Marx réclamait l’appropriation des moyens de production par le prolétariat, il y a comme un os). Donc, en fait, vous justifiez l’exploitation par le capitaliste du prolétariat comme source de revenus pour l’état, pour être direct. Désolé, mais, par expérience, c’est une logique qui peut être mortifère pour le prolétariat à la faveur de certaines lubies non-assumés par des agents publics (nous en avons parlé concernant la Chine ou l’URSS, c’est également le cas en France).

      « L’un des buts d’une économie de transition, sinon le but essentiel, est de resocialiser dans un but de développement collectivement choisi. »
      Désolé, en démocratie, il n’y a pas de choix collectif, mais uniquement majoritaire.

      Il ne vous aura tout de même pas échappé, que, donnant à l’individu, intervenant économique, qu’il soit public ou privé, l’autonomie de base des fruits de son travail, l’importance de l’imposition (et, par ailleurs, de la redistribution, puisque le double système le fait) diminue en conséquence. Cela permet de limiter l’omnipotence de la coercition, qu’elle soit hiérarchique et d’état. Et c’est la finalité morale de toute cette proposition.


      Bref, d’accorder une autonomie de la socialisation démocratique, indispensable je dois l’avouer, vis-a-vis d’autres classes sociales. Ou de compétition internationale de la désocialisation, puisque la mondialisation est bel et bien le process pour lui savonner la planche, et nous devrions être d’accord là-dessus.

      Mais également de décentraliser la décision monétaire, afin de limiter les nuisances des politiques monétaires et par extension économiques.

    • Luniterre 1er juin 23:23

      @Gandalf

      Bonsoir,

      Il n’y a évidemment pas d’« os » dans la théorie marxiste de la plus-value... Seulement, il faut la comprendre sans les préjugés rabâchés par de pseudos « marxistes » d’opérette...

      Ce n’est pas le fait que le capitaliste accapare les moyens de production qui « crée » la plus-value, ce qui serait assez exactement le contraire de la loi de la valeur, du reste... La plus-value résulte « naturellement » de la différence entre la valeur d’échange de la force de travail et sa valeur d’usage.
      En s’accaparant les moyens de production, le capitaliste se met e situation de négocier la « valeur d’échange » (salaire) de la force de travail au meilleur prix, pour lui, c’est à dire le plus bas possible, et de s’accaparer la totalité de sa valeur d’usage, c’est à dire la totalité sa production. La différence est donc la plus-value.

      En régime socialiste le prolétariat se voit rétribué la valeur d’échange de sa force de travail au prix qu’il peut décider collectivement, et cela peut comprendre donc, en un sens, une partie de la plus-value, tandis qu’une autre lui reviendra également, sous forme de biens et de services sociaux, d’équipements collectifs, sportifs, culturels, etc... Une autre partie doit en outre, et assez évidemment, être socialisée en vue du développement économique de nouveaux secteurs, du renouvellement des anciens, etc...

      D’où l’importance d’une gestion moderne, interactive et démocratique.

      Pour qu’un développement durable soit possible, il est donc nécessaire qu’un choix majoritaire soit accepté et assumé collectivement, dans la mesure du possible.

      La référence qui me vient tout de suite à l’esprit, concernant la répartition du produit du travail en économie de transition, c’est évidemment, encore, me direz vous, la Critique du Programme de Gotha. Non pour le schéma simplifié qui la sous-tend, mais pour les justifications théoriques qu’en donne Marx, reformulant ainsi la loi de la valeur dans cette forme « transitionnelle », qui est, en un sens, « trans-historique », car valide tant que ce cap de la transition n’a pas été complètement assumé, ce qui est manifestement encore le cas...
      Sinon sur la question de la plus-value comme différentiel « échange/usage », le chapitre 6 du Livre I, déjà évoqué ci-dessus, est pas mal non plus...
       
      Un tournant essentiel du bouquin, en tous cas...

      Bonne lecture...

      Luniterre


    • Claude Simon Gandalf 2 juin 01:36

      @Luniterre


      « En régime socialiste le prolétariat se voit rétribué la valeur d’échange de sa force de travail au prix qu’il peut décider collectivement, et cela peut comprendre donc, en un sens, une partie de la plus-value, tandis qu’une autre lui reviendra également, sous forme de biens et de services sociaux, d’équipements collectifs, sportifs, culturels, etc... Une autre partie doit en outre, et assez évidemment, être socialisée en vue du développement économique de nouveaux secteurs, du renouvellement des anciens, etc... »

      Etre socialisé en vue de la formation des biens nécessaires à ces prestations, mais pas du travail, qui, lui, dans l’absolu, est potentiellement infini, alors que les ressources, elles, sont limitées. Voilà une autre raison de faire la distinction entre les deux monnaies.

      Je vous avouerais que j’ai très peu de chances de voir ma proposition aboutir concrètement, bien qu’elle est été penser pour l’être. Mais c’est du moins un outil théorique pour contrecarrer, et la crise de la mondialisation qui lamine la France depuis 30-50 ans, et consécutivement au surpoid étatique induit, la crise de la dette publique qui viendra tôt ou tard (2180 milliards + 3400 milliards hors bilan, si je ne m’abuse).

      Bonne soirée (je ne promets pas le lire « le capital », mais j’ai bien pris note du contenu de vos liens).


    • Claude Simon Gandalf 2 juin 13:12
      Par ailleurs, Marx a une critique trop ciblée sur le patronat, une loupe, sans doute un effet de situation propre au XIXème.

      Car comme nous l’avons explicité, la monnaie-crédit est celle qui permet de réaliser une transaction de propriété par un tiers financier (une banque), avant que l’acquéreur n’ait pu disposer des fonds par lui-même. Il s’agit donc de préempter d’un bien avant de pouvoir prétendre pleinement disposer de la nue-propriété. En droit français, s’il échoue, le banquier s’accapare le bien de plein droit.

      Dès lors, le capitaliste, non content de s’approprier la plus-value sur le salarié, et pour lui-même, et pour l’état (désolé, mais payer des impôts pour que des chars Leclerc fassent les marioles sur le front russe, ou que des journaux largement subventionnés fassent la propagande des assos humanitaires d’Al Nosra, soit Casques blancs ou Syria Charity, ne me plaît guère), est également celui qui introduit le dernier loup dans la bergerie, le banquier. 
      A savoir que le salarié, rémunéré en monnaie crédit alors qu’il a créé de la valeur avant d’être rémunéré, payant intrinsèquement un intérêt sur cette monnaie au secteur bancaire, est, pour la troisième fois, le dindon de la farce.
      C’est à dire qu’il mutualise le règlement de l’intérêt, en faisant circuler cette monnaie, afin de se défausser du poids de la dette sur autrui (concernant le temps par le travail, pour le prix sur la consommation). Alors qu’il est évident que le travail n’a pas à payer l’intérêt sur la monnaie.
      Je ne sais pas qu’elle serait les conséquences sur le secteur strictement capitalo-financier, il devra se structurer autrement je suppose. 
      Encore une fois, dans mon modèle, le banquier travaille, il a donc droit à la monnaie-travail, et l’intérêt est moins critique pour sa rémunération (60% du coût du fonctionnement bancaire).

      Bref, le marxisme, n’ayant qu’une vision étroite de la condition prolétarienne du fait qu’il ne disposait pas à priori de toute la carte économique, accuse seul le patronat en évacuant tout autres culpabilités, dès lors nie son existence (plutôt sa condition conservant le marxisme) au profit de l’étatisation.
      C’est absurde. Car on ne peut que redresser un tord.


    • babelouest babelouest 1er juin 11:51

      Il est dommage que Marx s’en tienne tant à une question de « valeur ». Ne serait-il pas possible de ne pas aborder la notion de « valeur d’échange », pour se cantonner à la « valeur en soi » parfaitement acceptable dans une société non plus de l’échange, mais du partage ?

      Une société du partage implique une refonte vraiment révolutionnaire de tous les rapports humains : avec le partage, la simple notion de monnaie disparaît complètement, donc celle de thésaurisation. Passent à la trappe bourgeois, accapareurs, spéculateurs, économistes, esclavagisme patent ou sournois, et même, ô sacrilège pour certains, la notion même de propriété privée. Même la constitution de 1793 en devient caduque.

      La valeur « en soi » est un concept parfaitement subjectif, et c’est très bien ainsi. Le même acte qui sera sans importance pour l’un, pourra en avoir une énorme pour l’autre. Dans la mesure où nulle notion de propriété ne permet une thésaurisation, cette question de valeur subjective est parfaitement à sa place.

      J’ai fort peu lu Marx, parce qu’il ne correspondait pas à mes idées de base. Tout ce qu’il a écrit, et qui a une importance de première grandeur dans le contexte actuel (hélas), n’aurait plus sa raison d’être dans une société selon mes vœux.


      • Luniterre 1er juin 12:58

        @babelouest

        La notion de « valeur en soi », que vous reconnaissez vous-même comme tout à fait subjective, ne l’est pourtant que jusqu’à un certain point...

        C’est notamment le cas pour les œuvres d’art, les objets de collection, etc... dont la valeur est tout à fait subjective au départ, qui n’ont pas même réellement de valeur d’usage, mais finissent néanmoins rapidement par acquérir une valeur marchande certaine, même si aléatoire.

        Le cas de l’artiste est typique de cette problématique... Il ne crée pas, généralement, de valeur d’usage, et pourtant, il doit aussi pouvoir vivre de son travail d’artiste, pour s’y consacrer réellement...

        En un sens, pour survivre, il échange donc de la « valeur artistique », parfaitement subjective, au départ, contre de la valeur d’usage, celle des biens et services qui lui sont vitalement nécessaire.

        Manifestement, cela passe par une certaine reconnaissance sociale de son art, qui peut varier énormément selon les contextes et l’arrière plan culturel général de la société où il vit...

        Il n’y a pas de solution idéale à ce genre de problématique, sauf à supposer une grande abondance de biens disponibles librement pour tout le monde.

        C’était bien ce que Marx avait en vue pour la phase supérieure du communisme... !

        En même temps, il était déjà conscient, semble-t-il, des limites naturelles de la planète...

        Aujourd’hui, ces limites réévaluées par la surexploitation et le déséquilibre économique planétaire reposent encore autrement et la question du partage et la question des responsabilités, individuelles et collectives.

        Celles des cartels qui bousillent la planète pour accumuler du capital sont énormes.

        Mais une gestion collective permettant un libre partage suppose aussi une évolution considérable des mentalités, sur le plan de la responsabilité individuelle, une évolution culturelle, donc, en profondeur.

        C’est pourquoi la question d’une période de transition n’est pas vaine...

        Actuellement, elle n’est plus véritablement posée, sauf de façon très marginale, via le syndrome de la bobocratie, et donc sans réelle volonté politique...

        L’un des buts de cet article est de montrer en quoi les erreurs du passé peuvent être fécondes, malgré tout, si on sait en tirer les leçon historiques réelles, au delà des polémiques.

        C’est aussi une manière d’hommage à tous ces gens qui ont consacré leur vie à ces tentatives, et qui, bien souvent, l’y ont carrément sacrifié.

        Luniterre


      • Claude Simon Gandalf 1er juin 15:06

        @babelouest


        Le partage fait appel au don. Et cela relève dès lors d’une relation familiale, et plus largement d’une communauté (fusse-t-elle nationale, via la redistribution), plutôt que la sphère économique où on peut avoir affaire à n’importe quel autre « agent économique » inconnu, mais cela a un prix : une relation de réciprocité qui s’appelle l’échange.

        J’ai fort peu lu Marx également, car je m’étais dit qu’il n’était pas sérieux de s’attarder sur le précurseur du goulag (à l’instar de Mein Kampf).
        J’ai eu tord (le goulag était du ressort de la Russie tsariste auparavant). Il est très pertinent dans sa critique qui n’a pas pris une ride sociologique, même si l’analyse économique n’est plus à jour. 

        Par contre, ce qui pêche fort dans son oeuvre, ceux sont les liens de cause à effet entre sa critique très virulente et la plus descriptive au possible, et des propositions assez abracadabrantesques.

        S’il a voulu donner les outils au prolétariat afin de parvenir à ce que la bourgeoisie avait acquis dès la fin du XVIIIème, en singeant ce processus (on pensera également à Bakounine qui désirait une sorte de franc-maçonnerie prolétarienne), c’est ignorer les causes multiples de la révolution française (soutien anglais contre Louis XVI, famine dû aux volcans islandais, etc). Mais cela lui était impossible car lui et Hegel avaient opté pour une lecture simplifiée de l’histoire, ramenant tout à une lutte des classes, soit la dialectique matérialiste de l’histoire.

        Bref, le marxisme et le communisme ont desservi finalement la classe ouvrière en étant trop conflictuels, promettant au complexe militaro-industriel US une excellente rente idéologique (un peu comme le djihadisme musulman aujourd’hui). Car, in fine, n’a t’il pas proposé qu’un autre hégémon, la société sans classe , cause pour laquelle il fallait subvertir toutes les consciences. d’une visée universelle assez improbable (les invocations universalistes des républicains procèdent de la même monomanie mortifère).

        De même, vous faites la même erreur « en parlant de refonte vraiment révolutionnaire de tous les rapports humains », c’est que ses propositions nécessitent en somme un consentement totalitaire. Alors qu’en face, il ne s’agit qu’une communauté d’intérêts et donc de moyens(restreinte- on pensera au VRP des milliardairees US, Trump-).

        Pour résumer, tout raisonnement qui implique de changer la nature humaine ou de transformer toute la société finit totalitaire.


        Peut-être que la classe ouvrière mériterait mieux comme penseur bienveillant, du moins depuis le communisme soviétique a discrédité son oeuvre.

        Mais l’auteur a le mérite de le dépoussiérer en mode expert, car Marx reste un auteur qu’on ne peut définitivement pas contourner.

      • babelouest babelouest 1er juin 18:00

        @Gandalf, je comprends fort bien votre contribution. La société dont je parlais ne peut en fait se développer qu’à la suite de grandes tribulations qui ont mis à bas tout le système actuel. Dans ces cas-là on ne part pas du haut, mais de tout en bas, de communautés qui subsistent, et ne peuvent subsister que selon un a priori égalitaire, induisant la fraternité — pour la liberté, on n’en parle qu’après.
        http://ti1ca.com/fi8wo8py-Anarchie-A5-2016-08.pdf.html


      • Claude Simon Gandalf 1er juin 19:49

        @babelouest

        C’est pas mal comme scenario anar survivaliste ^^.

        Bon, je propose quand même un modèle monétaire où les salariés se font don de leur travail avec une monnaie-travail, mais pas pour le coût du bien en monnaie-crédit, et pas pour celui qui paye en monnaie-crédit (ce dernier finançant in fine le coût du bien en monnaie-crédit pour le travailleur ou celui pour qui il cotise) : bref, celui qui n’utilise que la valeur d’usage paye moins cher que celui qui utilise la valeur pour le profit (merci à Hum de m’avoir tanné sur le sujet).

      • sarcastelle 1er juin 12:38

        Les retraités qui se comptent par régiments sur le site se posent devant de tels articles une question difficile. Que doivent-ils faire ? 

        - les lire en dépit de leur longueur et de leur caractère favorisant l’assoupissement, car ils ont la chance d’avoir tout leur temps à eux.
        - ne pas les lire, car le temps résiduel à vivre leur est compté et il y a tant à faire. 


        • Luniterre 1er juin 13:17

          @sarcastelle

          A question simple, réponse simple ?

          D’une manière générale, si la lecture d’Agoravox permet de ne pas mourir idiot, ce ne peut donc être du temps perdu... C’est même carrément une œuvre de salut public... !

          Du reste, à ce sujet, voir l’excellent article de Bernard Dugué :

          Le temps des crétins, du populisme et de la barbarie 2.0
          Bonne lecture, si ce n’est déjà fait...

          Luniterre


        • Luniterre 1er juin 16:32

            Bonjour à tous,

          Pour info, suite à la question de Gandalf, voici l’essai de brève définition, tel que revisité en fonction :

          *************************

          ___La valeur, telle qu’elle apparaît sous sa forme la plus primitive et la plus basique, la valeur d’échange, exprime une quantité de travail abstrait incorporé dans la marchandise.

          Cette quantité est évaluée d’après le temps de travail moyen socialement nécessaire à la production de la marchandise.

          On peut donc parler aussi justement de valeur-travail.

          ******************

          ___Elle n’est pas forcément identique, en pratique, à la valeur marchande, qui, elle, exprime le prix de marché, soumis à la loi du marché, c’est à dire à la loi de l’offre et de la demande, par l’effet de la concurrence entre producteurs.

          ******************

          ___La loi du marché est celle qui accentue les distorsions du marché et l’effet des crises, alors que

          la loi de la valeur est celle qui tend à régler les échanges au plus près de la valeur-travail.

           

          ******************

           ___Mais la loi du marché, même si elle influe grandement sur le profit capitaliste, n’est pas, par elle-même, la source de la plus-value, comme base économique essentielle de l’accumulation du capital.

          *****************

          ___La plus-value résulte d’abord des rapports de production eux-même, tels qu’ils sont encore à la base du capitalisme actuel.

           

          *********************

          ___Le salaire que le capitaliste paye au prolétaire est estimé en fonction des besoins vitaux nécessaires et suffisants pour le maintenir en état de travailler.

          Cette estimation peut varier, selon le contexte, développement ou crise, selon l’environnement économique, et en fin de compte, selon le rapport de force dans la lutte des classes.

          Néanmoins, si les proportions peuvent changer, tant que dure le capitalisme, le principe de création de la plus-value, lui, ne change pas :

          Considéré selon la loi de la valeur, c’est à dire en parlant de valeur-travail, ou valeur d’échange, telle que définie ci-dessus, et en résumé simplifié, c’est donc la différence entre la valeur des biens dont le prolétaire a besoin pour sa survie, valeur résumée dans son salaire, et la valeur ajoutée, apportée par son travail aux biens qu’il peut produire pendant la durée contractuelle de travail, que l’on appelle plus-value .

          Car en effet, au final, une partie de la production a permis au capitaliste d’amortir le salaire du prolétaire, tandis qu’une autre est bien, simplement et purement, une survaleur ajoutée par le travail, la plus-value.

           

          La plus-value est donc une partie de la valeur ajoutée par le travail, partie que s’approprie le capitaliste propriétaire des moyens de production.

           

          C’est cette partie qui est à la base de l’accumulation du capital.

           

          *********************************************************

          ***********************


          Pour être plus précise, et plus complète, la définition de la plus-value doit faire appel à la différence entre valeur d’échange et valeur d’usage, et la façon dont elle se comprend dans le cas très particulier de la vente de la force de travail sous la forme salariale actuelle :


          "c’est donc la différence entre la valeur des biens dont le prolétaire a besoin pour sa survie, valeur résumée dans son salaire, (valeur d’échange), et la valeur ajoutée, apportée par son travail aux biens qu’il peut produire pendant la durée contractuelle de travail, (valeur d’usage), que l’on appelle plus-value .« 

          En réalité, sans cette notion de distinction entre »valeur d’échange« et »valeur d’usage", la notion de plus-value ne peut pas réellement être comprise dans toutes ses conséquences, y compris et surtout pour le développement d’une économie de transition, en rupture avec le capitalisme.

          Dans une économie de transition, maitriser la loi de la valeur, ce n’est pas seulement établir un équilibre simple en valeur-travail, mais aussi maitriser la loi du développement qui découle de la resocialisation de la plus-value, comme sur-valeur, resocialisée en tant que valeur-travail utile au développement collectif.

          C’est la grande zone d’ombre du débat d’entre-deux guerres en URSS, et dont il est plus que temps de tirer toutes les conséquences, ce qui n’avait été qu’ébauché, juste après guerre.

          Luniterre




          • Luniterre 1er juin 17:54

            Correctif :

            Naturellement, dans le post ci-dessus, il faut lire :
            "Pour être plus précise, et plus complète, la définition de la plus-value doit faire appel à la différence entre valeur d’échange et valeur d’usage, et à la façon dont elle se comprend dans le cas très particulier de la vente de la force de travail sous la forme salariale actuelle« 

            L’ensemble de la »brève définition" est désormais en ligne, dans sa nouvelle version, ici :

            Valeur, Loi de la valeur, Plus-value, Un essai de brève définition

            En espérant avoir contribué à éclairer l’approche de toutes ces notions, rendues complexes, précisément, par leur interaction.

            Luniterre


          • Hermes Hermes 1er juin 18:54

            @Luniterre

            Bonjour, une question : selon le mode de production (le type d’ioutillage, l’oragnisation du travail, les conditions d’acheminement des matières premières, le climat,etc.), la valeur travail pour une meme marchandise peut varier énormément, non ?

            On aurait donc une concurrence « naturelle » qui se mettrait en place en fonction de la provenance des produits, même si à la base, il n’y a pas de l’intention de conquête de marché.

            Comment l’idéologie marxiste intègre-t’elle cet aspect ?

            merci de vos éclaircissements.


          • Luniterre 1er juin 20:02

            @Hermes

            Bonjour,

            Effectivement, c’est une question bien réelle et très importante. Telle quelle, je pense que vous la posez en ce qui concerne une économie de transition.

            Elle a été également débattue en URSS de la haute époque, bien évidemment. C’est un choix de politique économique et sociale. Si l’on parle d’une production précise socialement utile, c’est donc le volume global des besoins à satisfaire par cette production qui doit guider la décision. Si deux unités de production inégalement « rentables », en termes de valeur-travail, et assez exactement tel que vous le décrivez, sont nécessaires pour y arriver, le bon choix est de maintenir les deux. Le prix de sortie du produit étant logiquement « égalisé », il y a un déficit pour ceux qui sont du « mauvais côté », le moins rentable, en raison de handicaps techniques tels que décrits par vous-même. Mais considéré sous l’angle d’un équilibre global de l’économie de transition, la différence, pour les travailleurs concernés, sera compensée par le sur-produit des secteurs plus favorables, sans pour autant que l’on puisse parler d’« exploitation » puisque ces secteurs bénéficieront aussi des produits ainsi fabriqués à prix « égalisés ».
             
            C’est pourquoi il est important de comprendre une économie, surtout socialiste, dans sa globalité et non uniquement en terme de « rentabilité » locale, même en termes de valeur-travail. Ceci-dit, le but est de répondre aux besoins sociaux tout en évitant les gaspillages.
            Ce qui était fait de manière empirique en URSS, avec quelques ratés, effectivement, peut être revu, avec les moyens modernes, en combinant, précisément, communication et gestion interactive, et même, démocratie directe, dans bien des cas.

            Luniterre


          • Hermes Hermes 8 juin 11:25

            @Luniterre

            Merci pour cette réponse. Effectivement il faut que l’ensemble du marché soit controlé par une seule autorité, ce qui impose soit un système mondial, soit un système fermé, non ?

            Cdt.


          • Luniterre 9 juin 13:59

            @Hermes

            La question importante n’est pas « ouvert ou fermé », mais équilibre intégrant les divers secteurs d’activités dans une dynamique de développement endogène.

            A quel niveau se place cet équilibre, là est la question. Commune ? Région ? Nation ? Continent ? Monde ?

            A priori, plus ce niveau est restreint localement, plus la démocratie y semble praticable.

            Pour autant, une démocratie reste purement formelle et inopérante si les ressources à gérer sont insuffisantes pour un développement endogène. Car il n’y a pas d’équilibre possible, autre que purement comptable et formel.

            D’où l’échec inévitable de toute forme de socialisme « communaliste », indépendamment des inégalités évidentes entre communes, qu’il implique, et qui entrainent inévitablement la reconstitution de rapports marchands inégalitaires et capitalistes.

            Le cadre des nations anciennement existantes n’est donc pas illégitime, et d’autant moins qu’elles présentent un facteur d’unité culturel préexistant.

            Reste à comprendre la nature des échanges possibles entre elles.

            C’est donc là que se situe la notion de « fermeture » que vous évoquiez. Notion qu’il me parait plus juste de qualifier de niveau d’équilibre pour un développement économique endogène, donc...

            En effet, aucune nation ou communauté économique ne peut réellement survivre en totale autarcie, et de plus, ce n’est pas humainement souhaitable.

            Mais là aussi la notion d’équilibre est primordiale et suppose donc des échanges bilatéraux négociés entre toutes les nations.
            Pas de « libéralisme », évidemment !

            Ces accords bilatéraux doivent donc également être négociés de façon équilibrée et équitable entre chacune des nations échangeant entre elles.
            Cela peut paraitre très compliqué, mais c’est pourtant ainsi que pratique... la Suisse !!!

            Ce devait être la règle internationale instituée après la guerre, avant que les USA n’imposent, bien plus tard, l’OMC, sur la base du libéralisme déjà imposé par leur domination.

            Ce projet d’organisation internationale du commerce (OIC) s’appelait étrangement « Charte de la Havane », dans les années 40, bien avant les Castro, donc !!

            https://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_de_La_Havane


            Bien entendu, cela ne résout pas forcément tous les problèmes d’inégalités entre les nations, non plus... Notamment les inégalités de ressources naturelles, évidemment.

            Mais cela tend à les amortir et à les rendre non conflictuels. Une très grande nation échangeant avec une petite étant tenue d’échanger, sur cette base, en fonction des besoins nécessaires et suffisants de la petite, et sur une base d’égalité dans cet échange.

            A très long terme, on peut supposer que la notion de « région économique » se substituera à celle de nation, et donc possiblement sur des bases plus équilibrées par elles-mêmes, et de taille adaptées à une gestion démocratique, incluant la gestion des échanges entre « régions »...

            Évidemment on est actuellement très loin de cet idéal... vers lequel la « mondialisation » ne tend pas du tout, favorisant simplement l’émergence de nouveaux pôles d’accumulation du capital financier, de nouveau pôles de domination sur les petites nations, de nouveaux foyers de guerre potentiels, en fait.

            Luniterre

          • CN46400 CN46400 1er juin 19:29

            Chercher dans Marx une relation concrète avec la NEP de Lénine est vain. Marx n’a pas abordé autrement que politiquement (dictature du prolétariat) le pb de la transition capitalisme-socialisme (communisme) et encore dans les sociétés du capitalisme avancé. Jamais dans un pays précapitaliste comme la Russie ou la Chine.

             Seul Lénine, confronté au problème, a dû se pencher sur la question, mais il n’a pas vécu assez pour développer complètement son expérience du « capitalisme d’état » où l’état devait contrôler le capital contrairement à la société capitaliste décrite par Marx, où c’est le capital qui commande l’état.

             Le chantier a été abandonné par Staline qui a prétendu sauter par dessus le capitalisme pour obtenir l’accumulation primitif du capital par l’autarcie, l’étatisme et l’exode rural forcé. Echec patent en 1991 !

             Deng Xiao Ping a repris, en 1980, le pb là où l’avait laissé Lénine en 1924 et le résultat est tout aussi patent, la Chine arrive, tranquillement, sur le toit du monde...


            • Luniterre 1er juin 21:00

              @CN46400

              Pour ceux que la question du « socialisme à la chinoise » intéresse, voir :

              Chine : capitalisme ou socialisme ? _________ Aux racines du maoïsme ___

              En réalité, il n’y a aucun rapport réel entre la situation en Chine, même avant la guerre, et celle en Russie, même avant l’URSS, également. C’est ce type de raisonnement par analogie qui est tout à fait aux antipodes du marxisme, dont vous prétendez néanmoins, CN46400, vous réclamer.

              L’œuvre de Marx n’est pas un livre de recettes de cuisine, où l’on est supposé trouver la solution à quelque problème que ce soit.

              C’est simplement une méthode dialectique d’étude critique du monde réel, et tel qu’il peut évoluer dans le temps.
              Mais apparemment, vous n’avez pas lu la Critique du Programme de Gotha, où il fait précisément la critique de la méthode opportuniste des sociaux-démocrates allemands de son temps.
              Incidemment, en faisant la critique de ce programme, il aborde précisément la question de la loi de la valeur dans une économie de transition, ce qui vous a manifestement échappé, comme à bien d’autres « marxistes », du reste...

              MARX, MARXISME, Critique du Programme de Gotha, Glose marginale 1, les fondamentaux économiques de la transition socialiste prolétarienne !!!

              Et la question d’une économie de transition, c’est aussi bien la question d’une économie « mixte » au sens ou l’entendait Lénine et non pas Deng Xiaoping, évidemment ! Dans l’économie de Deng, il n’y a rien de « mixte », mais du pur capitalisme MONOPOLISTE d’État, tel que défini par Lénine, pour un État impérialiste, et qui est précisément le contraire du « Capitalisme d’État », tel que décrit également par Lénine, mais comme accessoire de la NEP.

              La transition Mao-Deng s’est opérée, du reste, du vivant de Mao, entre un capitalisme national-bureaucratique coexistant avec une économie paysanne « communaliste » (« communes populaires ») et non socialiste, au sens réel du terme, et un capitalisme monopoliste d’État, lié très classiquement, aux flux financiers internationaux et devenu exportateur de capitaux à son tour.
               

              https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/09/01/de-la-structuration-maoiste-de-la-bulle-chinoise/

              Le lien entre « socialisme communaliste » et capitalisme a été très bien décrit par Engels dans son célèbre Anti-Dühring, que Mao n’avait pas lu, certainement, pas plus que le Capital de Marx, de son aveu même...

              Mais ceci est une autre histoire...

              Luniterre

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

Luniterre


Voir ses articles







Palmarès