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Ecolos : encore un petit effort pour jouer juste !

L’un de mes précédents article intitulé Les écolos politiques sont des « crétins » avait suscité de nombreuses réactions négatives, voire agressives, ce qui était prévu. J’avais toutefois noté avec satisfaction qu’il obtenait quand même 33% d’opinions favorables sur Agoravox, score satisfaisant pour un discours écologiquement incorrect au sein d’une époque consensuelle sur le sujet et quelque peu encline au terrorisme intellectuel à l’encontre des idées écolo sceptiques. Cela m’encourage donc à continuer, mais avant de m’engager plus loin, il me paraît nécessaire de livrer quelques informations personnelles qui certifient que les propos qui vont suivrent n’émanent pas du raisonnement théorique d’un bobo du canal Saint Martin cherchant la provoc suicidaire pour tenter de régler le dysfonctionnement d’un subconscient perturbé, mais de l’expérience vécue d’un individu qui a été confronté professionnellement à la problématique environnementale pendant plus de quinze ans et à une époque où la plupart des lecteurs de cet article étaient en culottes courtes ou même pas encore programmés par leurs géniteurs. C’est en effet dès 1969 que, rejetant la trajectoire naturelle de jeune fer de lance de l’économie française que me conférait la sortie d’une grande école de commerce - intégrée par un truchement de quelques bonnes dispositions scolaires plus que par une vocation véritablement ferraillée au corps - j’ai abordé le métier d’exploitant agricole dont je ne connaissait rien, mais qui, dans la foulée de mai 68, me paraissait répondre à certaines de mes interrogations sur la société de consommation urbaine battant déjà son plein en cette époque lointaine. « Naturellement », si l’on peut dire, et nonobstant toute idéologie, qui n’existait d’ailleurs pas à cette époque, mes débuts en tant qu’exploitant agricole se déroulèrent dans le cadre classique du moment, c’est à dire les techniques productivistes mais évoluèrent rapidement vers une orientation bio et des labels tels « Lemaire boucher », puis « Nature et Progrès ».

En ce temps là Dany lisait Mao, Cécile n’était pas née, Nicolas avait ses premiers émois sexuels, Dominique entrait en sixième, Eva était jeune fille au pair et José traînait son ennui dans la mouvance anarchiste parisienne. Nous avions par contre déjà Yves Cochet et Brice Lalonde qui, à travers l’association « Les Amis de la Terre », nous donnaient du cœur à l’ouvrage et validaient notre démarche auprès d’un microcosme éclairé, à défaut d’être notoire. Puis vint « Le Sauvage » et le grand « La Gueule Ouverte » du regretté Pierre Fournier, le seul journaliste ecololibertaire ayant jamais biné des carottes bio en mocassins de ville et long manteau noir.

En ce temps là, notre « pas de côté » s’appelait d’ailleurs agriculture biologique et antinucléaire plutôt qu’écologie. Puis vint ce brave René Dumont qui, bien que perclus de bonnes intentions, inventa néanmoins le navrant « développement durable » (terme passé inaperçu à l’époque, mais repris depuis avec le succès que l’on sait par les égarés de la cause) et lança derechef nos troupes, pourtant naturellement réfractaires aux démarches conventionnelles, dans le magma gluant de l’activité politicienne généraliste. Bien sûr, nous votâmes pour le vieux, mais cela nous servit de leçon et plus jamais nous n’avons remis la main dans le panier des « élections piège à … ».

Car l’écologie n’est pas une doctrine politique !…. L'écologie est la science qui étudie les milieux et les conditions d'existence des êtres vivants et les rapports qui s'établissent entre eux et leur environnement, ou plus généralement avec la nature. De même un écologue est un scientifique spécialiste des équilibres biologiques de la nature, son objectif principal étant de détecter, d'analyser et de comprendre leurs fonctionnements. L’écologie n’étant pas une science exacte, les vrais écologues ne délivrent d’ailleurs pas de diplômes de bonne conduite, pas plus qu’ils n’affirment que tel équilibre est celui qu’il faut, puisque la terre, vieille de 4,5 milliards d’années, a connu de nombreuses configurations écologiques différentes, des espèces animales et végétales sont apparues, se sont éteintes ou ont été détruites, puis d’autres ont pris le relais, et ainsi de suite… Le climat et les mouvements tectoniques ont variés (glaciations, envahissements des eaux, sécheresse, plissements, sédimentations) etc…, etc…, etc… Le véritable écologue se contente donc d’observer et d ’analyser sans prétendre donner des conseils, voire des ordres impératifs aux ressortissants du monde entier. Sauf, bien entendu, s’il tombe dans la suffisance mégalomaniaque du scientifique incontestable, s’autoproclame nouveau prêtre de la religion moderne (voir l’article Attention Danger : scientifiques en liberté) et par voie de conséquence détenteur de la « Vérité pour la
Planète ». Celui là ne s’appelle plus « écologue » mais « écologiste », terme inventé par des activistes plus concernés par le positionnement idéologique que par un choix de vie individuel. De là est né le schisme originel, celui d’une démarche antiautoritaire, décroissante et fédéraliste devenue peu à peu dirigiste, croissante et jacobine. Cette distorsion historique explique de ce fait les énormes tiraillements internes du mouvement écolo où s’entrechoquent souvent en une mêlée confuse des aspirations radicalement antinomiques.

L’erreur fatale, à mon sens, est d’avoir voulu traduire une démarche philosophique agissante en mouvement engagé sur l’échiquier politique. Dès lors, l’écologiste militant devient donneur de leçon et la tentation totalitaire le guette. Car rien ne dit qu’il a raison au regard de l’histoire de la terre (4,5 milliards d’années) ou même de l’humanité (seulement 7 petit millions d’années), aucun axiome irréfutable ne vient valider son catalogue de directives, aucune règle cosmique ne régit la survie de notre espèce et, finalement, les effets anthropiques mis en cause ne sont que l’expression de la nature puisque stigmates de l’action d’un être naturel (l’homme) sur un milieu naturel (l’environnement) avec des matières naturelles (fossiles, minerais).

Avec le rejet de l’imposteur Hulot au profit de l’incompétente Joly, les Verts ont effectué un repli identitaire plus qu’ils n’ont amorcé un mouvement d’avenir, mais ils ont toutefois évité le naufrage idéologique et le ridicule historique. Reste à faire le plus difficile :

  1. Changer de terminologie : l’écologie est une science, pas une doctrine. La décroissance, par contre, représente une certaine idée de la civilisation et correspond exactement à la démarche des initiateurs. Opter pour cette nouvelle appellation aura le mérite immédiat de déclencher une clarification salutaire au sein du mouvement car partisans et adversaires de la croissance cohabitent depuis déjà trop longtemps dans une union contre nature qui rend souvent illisible l’action commune. Opter pour le terme « décroissance » permettra d’éjecter définitivement l’ineffable « développement durable » et évitera à tout jamais l’intrusion d’imposteurs de type Hulot ou Jancovici.
  2. Abandonner le terrain politique classique au profit de l’(éventuelle) action associative : les véritables militants de la décroissance se l’applique d’abord à eux même, par une démarche individuelle qui les conduit à changer leurs habitudes et mode de vie, autant que faire se peut dans le contexte auquel ils sont soumis. Dans un deuxième temps les décroissants, qui sont avant tout des consommateurs (de produits alimentaires, d’énergie, de transports, etc…), pourront se constituer en groupes de pressions, lobbies, syndicats ou associations et monnayer leurs votes aux différentes élections locales, régionales ou nationales auprès du parti qui aura adopté, ou promettra de le faire, certaines mesures préconisées.
  3. Opter résolument pour le fédéralisme et la décentralisation : Le « Mouvement pour le Décroissance » sera constitué en une fédération de groupements ou d’associations locales dont la seule option politique au niveau national sera précisément de réclamer la décentralisation du pouvoir la plus complète possible. C’est donc le parti qui s’engagera dans une telle réforme qui obtiendra les suffrages du mouvement aux élections nationales (présidentielles & législatives).
  4. Se dégager de toute doctrine politique : en entrant en politique les partis écologistes ont immédiatement ressenti le besoin de se satelliser autour d’un parti classique existant. Dès lors le paradoxe produisit tout son effet. Le mouvement n’étant pas d’essence politique au sens strict du terme, c’est à dire ne se positionnant pas par rapport à l’organisation sociale ou, plus précisément, par rapport à la lutte des classes, son discours a du s’adapter aux critères mécaniques de l’électorat et par suite se dénaturer. Or le rejet de la civilisation de la croissance s’exprime par une multitude actions quotidiennes et locales, avant de répondre à un modèle de société défini faisant entrer ces actions dans un cadre préétabli. La doctrine politique du mouvement n’existe pas encore, elle est à construire et ne peut de réaliser que par la convergence d’une multitude d’actions individuelles et pragmatiques initiées à l’échelon local ou régional.
  5. Rejeter le dirigisme et le sectarisme : la tentation totalitaire a définitivement submergé les écologistes dont le discours quotidien fait continuellement référence aux notions de taxes, impôts, réglementations, obligations, contraintes, etc…. Avoir des convictions ne signifie pas rejeter celle des autres, et même le décroissant le plus convaincu doit l’être pour lui-même avant de l’être pour les autres. Encore une fois, rien ne prouve que nous ayons raison. Respectons le citoyen pro nucléaire, l’individu énergivore et le consommateur d’OGM. Cessons de nous polariser sur les accidents radioactifs putatifs, ou sur l’accumulation probable des organochlorés agricoles dans les nappes phréatiques, car il serait trop long de faire un inventaire exhaustif des autres dangers non anthropiques qui nous menacent. Et cessons enfin de penser que la science nous a fait tout comprendre du mystère de la vie. Laissons faire les autres et suivons notre chemin sans autocratie, sans rien imposer, par la seule vertu de l’exemple et de la persuasion

Encore un petit effort donc, pour retrouver la pureté du premier geste et transformer tous les partis écologistes en seul Mouvement pour la Décroissance, fédéraliste, tolérant, tranquille, patient et sûr de ce qu’il veut.




par Christian Laurut (son site) jeudi 14 juillet 2011 - 21 réactions
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  • Par Gargantua (---.---.---.146) 14 juillet 2011 13:14

    Merci pour votre article, il met en évidence que l’écologie de doit pas devenir un mouvement politique, ce n’est pas son rôle, son rôle est d’irradier dans le social une nouvelle conscience , une nouvelle exigence sociétale.
    Pour que cela soit efficace, il est indéniable qu’il doit avoir une réforme constitutionnelle de la répartition des pouvoirs, une métamorphose des pouvoirs centralisateurs vers des pouvoirs collégiales qui tien compte de la représentation de la société civiles à travers les associations représentatives qui cogère autans les décisions politiques que le suivie qui en découle.
    L’écologie est une conception du monde qui est une des réponds à la désacralisation du respect des humains vis à vis de la nature l’autre facette pour que cela soit une action qui ne se perd pat dans un océan de sable, c’est que nous devons aussi adopter une économie Fraternelle Équitable c’est aller résolument contre l’économie ultra- libéral.
     Vaste chantier je doute fort quand France qui est suffisamment de volonté pour aller dans ce sens aujourd’hui, et je crins que nous devons passez par une crise majeur pour que sourde de nouvelle impulsion sociale, politique économique ?    

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