Rédacteur sur Agoravox depuis mai 2007 et ayant écrit plus d’une centaine d’articles, je peux désormais avancer que d’une part, je me suis habitué à ce site, en apprécie les qualités, tout en restant lucide sur ses défauts et ses faiblesses et que d’autre part, sans en être un des piliers et des monuments, je pense y avoir contribué à ma manière avec mon style, mes excès, les sujets que j’ai abordés et avoir suscité de nombreuses réactions. Or, il me semble et je ne suis pas le seul à me poser des questions sur l’avenir du site, sur son orientation actuelle et sur ce qu’il peut encore apporter à ses lecteurs, qu’Agoravox a changé depuis au moins un an.
J’avais lu une première fois, sans trop y porter attention l’article de Iannis Pledel du 22 décembre, expliquant l’état actuel d’Agoravox en 2009, bref son bilan et se voulant faire un effort de transparence. Or, en y réfléchissant bien, surtout en lisant les commentaires et réactions à l’article, je pense que la situation actuelle n’est pas aussi limpide qu’elle n’a été présentée et puisqu’il n’est meilleur remède qui ne soit efficace avant l’analyse des symptômes, et bien, essayons d’aller en ce sens. En anglais, on pourrait aisément dire : « Let’s talk about text you and me ! »
Même si je m’impose un effort d’écriture et vérifie le plus possible mes sources et références avant de demander la publication d’un de mes articles, je ne prétends nullement être un écrivain et encore moins un journaliste. Je me définis plutôt comme un dilettante curieux, un peu provocateur, considérant Agoravox comme l’une de ses distractions, même s’il faut le reconnaitre, cela devient quelquefois un peu trop prenant sans pour autant devenir obsessionnel. Jusqu’à présent, comme beaucoup d’auteurs, je consultais régulièrement ma fiche individuelle pour suivre quels étaient mes articles les plus lus et les plus commentés. Ces informations me donnaient comme aux autres rédacteurs une idée assez précise de ce qui intéresse et fait réagir les habitués du site. Inutile de dire que je ne suis en aucun cas surpris que mes deux articles les plus lus concernent Nicolas Sarkozy et les trois suivants interviennent sur un thème à connotation sexuelle. J’ai eu plus récemment accès à la rubrique palmarès des auteurs, avec les articles les plus lus depuis le début, un an, un mois ou cinq jours, indiquant en plus le nombre de visites cumulées par article. Et cette consultation fait réfléchir sur l’historique d’Agoravox et sur les centres d’intérêt de ses lecteurs. Je suis loin d’être le plus prolixe me classant 34ième au nombre de publications sur plus de 5200 auteurs classés, (seuls 2700 ont publié au moins deux articles et un peu plus de 1500, quatre articles, environ 600, plus de 10), mais mon analyse pourrait être similaire pour la plupart de ceux qui ont publié plus de 100 articles ou même « seulement » 50.
D’abord, les vingt articles les plus lus depuis la naissance d’Agoravox concernent sans surprise le 11 septembre (plus de 400000 visites pour le premier), Sarkozy et Cecilia, le changement climatique et des faits d’actualité immédiate ou récurrente. Et puis l’audience devient rapidement plus basse (143 articles font plus de 50.000 visites) et cela ce situe entre 50.000 et à 25.000 visites pour les textes classés de la 144ième à la 856ième place.
D’autre part, on s’aperçoit que le nombre de visites décroit à partir de fin 2008, Mon article au titre pourtant accrocheur sur l’érection a moins attiré de consultations que des réflexions sur la Suède et le Kosovo écrites deux ans plus tôt. Cela peut être dû à l’ancienneté de l’article et à la prolifération des liens qui favorisent la lecture différée, ou alors à un changement de méthode d’enregistrement des données, ou encore une dispersion du lectorat sur les très (trop ?) nombreux articles proposés en lecture, mais il est aussi possible que la fréquentation du site ait diminué. Depuis un an, les 20 plus lus ont fait des scores de 65.500 à 28.000 visites.
Ce qui est plus frustrant, et je ne dois pas être le seul auteur en ce cas, c’est de constater qu’un article écrit en environ deux heures (et je tape doucement) sur Nicolas Sarkozy récolte plus de 23000 visites et se classe à la 949ième place sur les 32.680 et quelques références répertoriées, alors que les deux séries de 3 consacrées au Sida en Ouganda et un analyse de la politique internationale au Darfour qui m’avaient demandé des heures de rédaction, de recherches, de compilation de données et la lecture de nombreux journaux et documents en anglais, se retrouvent dans les tréfonds du classement. Bien que concernant ces publications, j’avais fait un réel effort d’approfondissement et d’investigation et effectué de nombreuses corrections et modifications avant d’en demander la publication.
Combien de fois ai-je été irrité de m’apercevoir que des élucubrations sur Ségolène Royal frisant le dithyrambe ou des propos vaseux sur la négritude ou non d’Obama avaient attiré tant de lecteurs et de commentaires alors que des articles sérieux sur l’histoire, l’art, les régions du monde oubliées ou des personnages peu connus ne font que des scores d’estime bien qu’ils soient très documentés et souvent écrits en un français limpide et agréable. Curieusement, quand on cherche à analyser la personnalité et l’orientation des commentateurs d’après leurs réactions, on constate que paradoxalement l’Afrique et le développement (quand il n’est pas qualifié de durable) n’ont qu’une place limitée sur le site. L’homosexualité, le mouvement anarchiste et les passions des divers types de collectionneurs et à un degré moindre les sports en dehors du football sont aussi sous-représentés si ce n’est absents.
Le succès vient avec les thèmes passepartout, retrouvés sur tous les sites d’information et journaux télévisés et hélas surtout quand l’auteur écrit en une sorte de sabir populiste et journaleux se voulant moderne et drôle. Afin de ne pas alimenter des querelles stériles, je ne citerai délibérément aucun nom de rédacteur, même s’il m’en coute de ne pas nommer ceux que j’apprécie tout particulièrement (et de distiller mon venin à l’encontre de ceux que je méprise). Sans considérer mes goûts et mes appréciations comme faisant force de loi, je dois reconnaitre, et il me semble que certains lecteurs partagent cette opinion, qu’Agoravox avait une meilleure tenue rédactionnelle quand il ne publiait que 25 à 30 articles par jour. Il n’est pas besoin de jouer les élitistes pour constater que certains textes ont une syntaxe douteuse, une construction bancale et que les thèmes sont par trop récurrents.
Arrivons maintenant aux commentaires. Comme tout le monde, je réagis avec satisfaction narcissique quand mon texte suscite des réactions nombreuses et positives. Là aussi, je constate que les lecteurs réagissent en fonction de l’actualité et de thèmes déjà connus ou débattus ailleurs. A titre d’exemple, mon meilleur score concerne Medvedev lors de l’élection d’Obama, un score modeste de 277 commentaires. Viennent ensuite un article sur le tabac, un sur la sexualité (mais des Arabes), Renaud et le suicide chez France Télécom. Mais un article très peu commenté peut avoir un lectorat nettement plus élevé, il n’y a pas de corrélation directe entre nombre de visites et nombre de commentaires. Pour être commenté, il suffit d’attirer un petit groupe, souvent les mêmes personnes, de supporters ou de détracteurs.
Mais le plus intéressant est le contenu des commentaires. Passons rapidement sur les interventions trop laconiques en moins de dix mots, allant de merci, génial, grandiose, à nullissime, honteux ou pitoyable ! Ces réactions sont inévitables mais peu informatives. Viennent ensuite les diatribes et insultes réagissant au titre, son thème ou à un mot de l’article, sans parler des pamphlets totalement hors contexte. Là encore il est naturel de provoquer de l’hostilité du désaccord ou de la dénonciation de propos. Cela est tout à fait légitime. Ce qui l’est moins, c’est de dire, j’ai lu deux paragraphes et je n’ai pas continué, et je me permets de vous dire que vous avez tort ou que vous êtes un cuistre. Il faudrait au moins lire la totalité des articles avant d’émettre ce genre d’opinion. D’autre part, certains commentateurs font dire à l’auteur ce qu’il n’a jamais exprimé. Enfin, il faut reconnaitre 15 à 20% d’interventions entrant dans un débat construit et motivé ou donnant d’intéressantes informations complémentaires même quand elles sont contradictoires ou critiques vis-à-vis des propos de l’auteur. Que certains commentateurs considèrent Agoravox comme un lieu de défoulement ludique passe encore, mais certains monomaniaques pour ne pas dire itératifs obsessionnels bien que piètres lobbyistes finissent par lasser par leurs sempiternels « Et Carthago delenda est ». Enfin, il est à noter que quelques-uns sont d’un rigorisme moral en ce qui concerne le vocabulaire, la sexualité, le féminisme et le politiquement correct qui tient souvent du fanatisme. Je ne parlerai que succinctement que de tout ce qui touche de près ou de loin, voire de très loin aux juifs et aux Arabes, des « complotistes » et de leurs adversaires et surtout des écologistes afin d’éviter une polémique stérile. Mais cela est plus le fait des intervenants que d’Agoravox, qui supprime assez rapidement les commentaires les plus infamants. J’éviterai aussi de m’étendre sur Naturavox, devenu majoritairement un lieu de rassemblement de sectaires farfelus et incantatoires, à de rares exceptions.
Il faudrait aussi que chaque auteur sur Agoravox ait la modestie de reconnaitre qu’il n’est pas Albert Londres. Et que l’audience réunie des cinquante plus lus n’atteint pas le niveau de fréquentation du Parisien, sans préjuger de la qualité de l’écriture de ces contributeurs. Nous sommes au mieux des écrivains moyens de notre génération, une certaine modestie s’impose donc. Et dans ce cas, on peut parler de leurre de notoriété. Une petite célébrité, réduite à un site d’information, fut-il reconnu et de qualité ne fait pas de nous des personnalités médiatiques, nous, rédacteurs pour Agoravox, en sommes tous très loin.

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