Cette fois, l’affaire est lancée dans les médias. Sur le tarmac, des responsables syndicaux, associatifs, des internautes et des personnalités politiques ; François Bayrou assez prévisible, Hervé Morin, la surprise du chef, et le PS, toujours en retard, dépêchant quelques laquais sur cette affaire qu’il n’a pas jugé bon d’instruire ; fait révélant le naufrage politique de ce parti car, quand on veut présenter un projet de société, on est pour le moins apte à signaler ce qu’on ne veut pas et, cela, Bayrou l’a clairement dit à propos d’Edvige, fichier traduisant à ses yeux ce qu’il ne veut pas, une nation de fichage et de surveillance. Un fichier autour duquel se révèlent quelques traits de notre société. Et que d’interrogations !
Bref rappel, le fichier Edvige résulte d’une décision technique, officialisée dans un décret paru ce mois de juillet, pour répondre aux souhaits présidentiels de refonte du système de renseignement. Le texte est suffisamment explicite pour avoir attiré l’attention des associations et des organisations qui sont pour la très grande majorité étiquetées à gauche. Ce texte ne fait que donner une existence légale à des pratiques qui étaient en vigueur depuis deux décennies. Les RG ont depuis des lustres pour mission de fichier les responsables censés avoir un impact sur la société, à travers les actions et les idées, comme Jean-Edern Hallier, du reste très surveillé car il troublait l’ordre présidentiel, bien plus que l’ordre public. Nul ne s’en plaignait avant que le texte d’Edvige ne ranime la guerre sociale française comme on l’aime. C’est certain, le type qui a rédigé ce texte va entrer dans le collimateur du gouvernement pour avoir semé le trouble. A moins que ce n’ait été délibéré. Ce qui a fâché les opposants, c’est l’excès et la démesure dans ce dispositif dont la vocation est de tout consigner, tout ficher, des éléments publics et privés, concernant toutes les personnes ayant un rôle économique, politique, religieux, susceptible ou non de troubler l’ordre public. Avec des données médicales paraît-il. Si tel est le cas, c’est un motif pour casser le décret en Conseil d’Etat car il s’agit d’une entorse au secret médical. D’ailleurs le Conseil d’Etat devra se prononcer d’ici trois mois après saisine par quelques institutions syndicales. Et un nouveau décret sera alors voté, s’il y a lieu, légèrement modifié pour suivre les recommandations...
Edvige est-il une menace pour les libertés ? Ce n’est pas certain ou, si c’est le cas, alors cela fait des décennies que nous ne sommes pas libres. Toujours est-il que ce décret fait désordre au moment où nos soldats sont égorgés pour défendre, selon les voix officielles, les extraordinaires valeurs de démocratie, de liberté. Autant dire qu’Hervé Morin, lui qui joue le pompier de la défense pour éteindre les émotions militaires, doit l’avoir mauvaise, défendre l’exposition de nos soldats à la mort alors que ce fichier Edvige bafoue les valeurs de notre République pour lesquelles ils sont censés risquer leur vie. Edvige se fait entendre car il est entré dans la caisse de résonance symbolique de notre nation. La fronde contre Edvige n’est pas sans rappeler la fronde populaire des gens de gauche contre le CPE. Un texte légalisant la précarité de la jeunesse. C’était trop et la réaction des citoyens a été on ne peut plus saine. Même si les choses n’ont pas vraiment changé, même si la précarité est effective, même si la jeunesse est exploitée, dans le travail, les loyers, l’honneur est sauf et l’honneur, comme disait Montesquieu, c’est un peu du ressort de la République. Alors tous ceux qui militent contre Edvige sauvent l’honneur de la République, même si ce combat est vain et que la surveillance policière est en marche. L’Etat sait se mettre hors des lois et des principes. Il l’a montré avec l’affaire du Lyonnais, l’affaire Tapie, à l’écart de la justice, l’affaire des frégates de Taiwan, mise à l’écart des juges par le secret défense qui a protégé des escrocs. Mais ces gens-là, ces profiteurs, ces bénéficiaires de passe-droits, savent éviter la justice tant qu’ils sont discrets et qu’ils respectent l’omerta du réseau leur servant de levier pour les affaires. N’avons-nous pas entendu Tapie fanfaronner sur des secrets d’Etat qu’il menaçait de livrer et tout d’un coup, plus rien. Au vu du bon chèque encaissé, on comprend. Et les gens de l’Etat et d’Edvige n’ont pas de conscience de ces méfaits susceptibles d’attenter à l’ordre républicain. Par contre, ils iront soupçonner les acteurs de la société d’attenter à l’ordre public.

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