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Ego Sum Pauper... - Des microcosmes culturels

 Quand j'étais un peu plus jeune, je rêvais de faire partie du milieu littéraire et, ou, journalistique.

gravure de Daumier prise ici

 J'avais comme référence la lecture des formidables « souvenirs littéraires » de Léon Daudet, qui décrivent quelques géants des lettres comme Barbey d'Aurevilly ou Maupassant, des auteurs comme Hunter Thompson, dans un genre différent Bernanos, ou encore Philip K. Dick, voire John Kennedy Toole.

Je me voyais bien en écrivain, ou en grand reporter.

Mais ne disposant pas d'un réseau dans ces deux microcosmes, c'était bien sûr très difficile de se faire une place au soleil, voire quasiment impossible.

Je n'étais pas le seul à avoir ces ambitions.

Nous sommes très nombreux, un peu plus nombreux peut-être depuis qu'Internet existe, il faut voir le nombre de romans paraissant chaque année en septembre, le nombre de génies méconnus pullulant sur la toile. Gràce à mon blog, et mes articles sur différents sites, dont Agoravox, j'ai cru pouvoir me faire reconnaître et pénétrer ce milieu.

Bien sûr, comme tout le monde, je n'avais pas exactement saisi ce qu'était la réalité de ces deux milieux, à savoir à de rares exceptions, un panier de crabes aux égos sur-dimenssionnés et qui implique dans la plupart des cas à de rares exceptions des reniements de bonne taille, un milieu épouvantablement endogène où tout le monde se connait, se fréquente, et ce malgré les pseudo-fâcheries entretenues sous les projecteurs.

Ce n'est pas exactement un milieu des plus sains. J'ai parlé des « Souvenirs littéraires » de Léon Daudet, référence épicée je sais bien, il décrit parfaitement les salonnards et les salonnardes, les rebelles de salon, les coucheries entre les uns et les autres, ceux qui s'érigent en consciences morales alors que comme les autres ils ne songent qu'à leur intérêt.

Pour ceux qui sont en dehors du panier de crabes, il convient d'être particulièrement solide car il faudra malgré tout se battre avec les autres pour faire sa place et parfois, agir comme eux.

Ce n'est même pas que je leur reproche d'avoir un tel ego. Ce n'est pas si grave d'avoir en somme du caractère.

Et le mien était également assez important. Je n'allais tout de même pas leur reprocher la paille dans leur œil et ne pas voir la poutre dans le mien.

Cependant à force de lettres de refus concernant mes romans, à force de frustrations, on finit par perdre un grand nombre d'amitiés, en s'obstinant à faire partie d'une micro-société qui ne veut pas de vous, on finit par passer à côté d'autres amitiés qui auraient pu être formidables car on finit pas ne plus voir que ce qui peut servir son intérêt pour faire partie des « élus ». Toutes ces amitiés perdues on sait bien pourquoi on les a perdu, et ne reste plus qu'ensuite à se les remémorer amèrement, car le reste a été foutu en l'air.

On cherche à faire les compromis qui sont demandés, ou que l'on croit nécessaires, ce qu'ils ne sont pas forcément !

En notant toutefois en passant que ces refus ne préjugent pas forcément de la valeur d'un manuscrit, ils préjugent surtout de sa commercialisation problématique aux yeux du stagiaire surbooké qui l'aura rapidement parcouru, car sans confession sexuelle croustillante ou tout autre élément pouvant justifier sa mise en rayon.

Comme en d'autres endroits très « select » il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus, et des « videurs » efficaces à l'entrée.

De plus, les frustrations que l'on rentre en soi, que l'on garde, la colère de ne pas être reconnu pour une valeur personnelle que l'on estime toujours bien sûr sans commune mesure avec celle des autres « appelés », amène à se laisser glisser petit à petit, sans que l'on s'en aperçoive, sans qu'on le désire vraiment dans ce qui est ni plus ni moins que de l'abjection.

On finit par s'oublier soi-même, par se renier, et oublier totalement ce qui fait que l'on est soi-même. Et ce glissement n'est même pas la faute des membres du microcosme, qui de toutes façons s'en laveront les mains quoi qu'il arrive. C'est bien de notre responsabilité. Ce glissement progressif se fait en toute sincèrité, car on est généralement sincèrement persuadé de mériter la place au soleil que l'on poursuit depuis longtemps.

Ce n'est pas que l'on doive s'arrêter forcément d'écrire, que je doive arrêter de le faire, mais de le faire sans penser à en tirer un quelconque intérêt ou un billet d'entrée pour un salon cossu réservé à quelques membres se cooptant entre eux, de le faire pour soi, et pour partager avec ceux que l'on aime, et qui nous aiment, au moins cela. Sinon, cela fausse l'écriture, on entre dans d'autres compromis, « trucs » d'écrivains pour plaire au plus grand nombre ou à l'élite auto-proclamée...

Et en raisonnant ainsi, plus sainement, l'amertume finit par s'en aller voir ailleurs.

par Amaury Watremez (son site) mardi 12 juillet 2011 - 10 réactions
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