les paillettes n’ont jamais caché la misère ou chronique de l’absurdité
L’élection de miss SDF en Belgique voir le site en cliquant ici me dérange profondément. j’avais écrit un billet sur le sujet lors de la sélection des candidates au printemps 2009.
Les finalistes de cette élection ont été sélectionnées et l’élection fera l’objet d’un spectacle le 10 octobre prochain dans le complexe culturel Bruxellois Tours et Taxi clic ici. ( le spectacle est classé dans la catégorie famille et évènement socio culturel ! prix unique de la place 35 euros)
Au cours de ce spectacle les candidates sélectionnées soit 11 femmes qui vivent dans la rue feront 5 défilés ... La gagnante bénéficiera d’un logement gratuit pendant un an et d’un soutien vers l’emploi.
Regardez ci-dessous cette vidéo vous pourrez entendre quelques candidates sélectionnées et l’organisatrice une ancienne Miss....
Du fait de l’indignation de la majorité des associations belges de sans-abris, les organisateurs de l’émission Miss SDF affirment que toutes les participantes seront parfaitement encadrées et bénéficieront d’un soutien personnalisé.
J’ai recherché vainement les éléments de ce "soutien personnalisé" ....
Pour quels motifs ce concours me dérange et me révolte ? :
Ces termes sont assez révoltants car ils laissent à penser qu’il y a deux catégories de SDF : ceux qui veulent s’en sortir et ceux qui ne veulent pas .
Laisser entendre qu’il y a une volonté ou non de s’en sortir est plus qu’une maladresse c’est un non sens scandaleux et une méconnaissance Du monde des sans abri. En effet il ressort des études faites ( voir le document joint ici ) que les sans abri parcourent 4 phases qui les amènent à une destructuration psychique qui leur enlève toute volonté de s’en sortir ...
Nous pouvons lire dans le document joint :
souffrance psychique et morale
"pour les moins résistants et les moins entourés se cristallisent les conditions de la "désocialisation " en 4 phases :
- première phase : encore énergique la personne tente d’affronter les problèmes elle souhaite encore retrouver une vie normale
- devant les difficultés qui surgissent et la dureté de la vie dans la rue la personne atteint la seconde phase celle de la régression et du repli . La répétition des échecs lui a enlevé toute envie de lutter.
- troisième phase : fixation dans la marginalité , perte totale de confiance, repli et commencement de la déstructuration psychique
- enfin vient la résignation : le SDF s’est habitué à son nouvel environnement . C’est une question de survie . La "désocialisation " est complète. un point commun à ces grands exclus une vision de l’avenir impossible.
A l’évidence les dés sont pipés du départ car les organisateurs souhaitent donner une image positive au public du monde des sans abri et tout ce qu’ils ont trouvé c’est de dire " vous voyez ce sont des gens comme vous et moi ils veulent s’en sortir et quand ils le veulent ils peuvent..."
Les organisateurs non seulement véhiculent une réalité tronquée , simpliste du monde des exclus mais encore détériorent le regard de la société sur des personnes qui sont destructurées et se sont installées bien involontairement dans la marginalité.
Selon Jacques Mariette, des Restaurants du coeur :
Chacun y vit sa vie au jour le jour comme il peut, accomplissant les gestes nécessaires à une survie quotidienne : faire la manche pour manger et boire, faire les poubelles, trouver un squat pour la nuit, s’informer auprès des copains des possibilités d’hébergement et de nourriture.
Le présent seul existe sans projet, sans avenir car la survie seule occupe et préoccupe : « Vous savez, cela prend du temps d’essayer de se débrouiller pour résister au froid et à la faim."
Du fait de l’indignation de la majorité des associations belges de sans-abri, les organisateurs de l’émission Miss SDF affirment que toutes les participantes seront parfaitement encadrées et bénéficieront d’un soutien personnalisé.
J’ai recherché vainement les détails de l’accompagnement personnalisé que promettent les organisateurs ( aide psychologique par des professionnels reconnus, formation à un emploi ou remise à niveau, accompagnement pour engager des démarches auprès des organismes sociaux, pour postuler et trouver un emploi , aide financière etc...) une absence de détail sur les mesures de cet accompagnement qui laisse perplexe et dubitatif quant au sérieux de cet engagement.
j’ai pu lire dans certains journaux " Les autres concurrentes en lice recevront ensuite un soutien personnalisé … sous forme de bons pour des produits de beauté et entrées dans des salons de coiffure pour les aider à se réinsérer dans la société"
Si le soutien ne consiste qu’à donner des bons ... c’est pitoyable.
Il en est de même pour la gagnante qui sera mieux traitée car elle aura un logement, oui mais un logement pour un an ..
Après ce délai si la gagnante n’a pas retrouvé d’emploi qui lui permette de se loger par ses moyens elle retournera très certainement dans la rue avec le sentiment de l’échec : celui ne ne pas avoir été capable de saisir " sa chance "
j’ai mis dans les albums ( cliquez ici ) les photographies des 11 finalistes. Regardez ces visages de femmes brisées par la vie : tous les maquillages du monde ne pourront pas effacer leur désespoir !
Les faire défiler et jeter en pâture leur malheur pour gagner le droit d’être logée pendant un an est d’une indignité sans nom ....
Les finalistes semblent heureuses, elles le disent . L’ une d’entre elles dit " c’est le plus beau jour de ma vie".
Mais ne nous trompons pas.
Aujourd’hui ces femmes oubliées parmi les anonymes captent l’attention.
Elles existent à nouveau dans le regard des autres.
Mais demain elles retomberont dans l’oubli et une seule d’entre elle aura peut-être retrouvé un toit et un emploi....
Bêtise, naïveté et appât du gain animent ( c’est mon avis que j’affirme haut et fort dans ce billet ) les créateurs de ce concept d’élection de miss SDF.
Ils sont loin de vouloir comme ils le prétendent dénoncer la misère en Belgique et donner une autre image des SDF à la société.
La polémique est déjà en marche et ne cesse de gagner du terrain en Belgique et dans les pays avoisinants. En tête des protestataires : les associations de sans-abri, lesquelles s’insurgent contre cette réinsertion de courte durée, n’hésitant pas à la qualifier de marchandisation et d’exploitation de la pauvreté.
Le Secrétaire d’Etat belge à la Lutte contre la pauvreté a avancé le terme de Star’Ac de la misère …

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