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Elections législatives au Liban : défaite toute relative du Hezbollah et du 8-Mars

Deux jours après les élections législatives au Liban, les résultats définitifs ont été annoncés, les différents partis ont pu s’exprimer et "l’hystérie" médiatique est retombée. Nous pouvons donc sereinement aborder la portée et les conséquences du scrutin.

Cela n’a échappé à personne : le bloc pro-occidental du 14-Mars a conservé la majorité au Parlement libanais. Il a remporté 71 sièges contre 57 pour le 8-Mars. Beaucoup avaient pourtant annoncé que le pays pourrait basculer entre les mains des pro-syriens. Les médias et les gouvernements occidentaux l’avaient d’ailleurs parfaitement intégré. Avant le scrutin, certains avaient déjà prévenu de leur probable victoire. Les Occidentaux avaient, parfois même, usé de pressions. On se souvient de la visite de Joe Biden, le vice-président américain, à Beyrouth où il avait affirmé que l’aide américaine au pays serait conditionnée en fonction des résultats des élections ; ce qui constituait une grave ingérence dans les affaires d’un Etat souverain.

L’opinion, en Occident en tout cas, s’était préparée à voir la victoire du "Hezbollah" (en effet, dans la majorité des médias, l’on préfère réduire la coalition du 8-Mars au Hezbollah uniquement, alors qu’en fait, le parti chiite n’est qu’un fragment d’un bloc qui réunit le parti Amal, le Courant patriotique du chrétien maronite Michel Aoun et d’autres groupes plus petits). Cela fut donc une surprise de le voir "perdre".

Ces résultats ne sont cependant pas étonnants. Il fallait, de toute évidence, s’attendre à ce qu’ils soient sensiblement les mêmes que ceux de 2005. En effet, il y a 4 ans, le bloc anti-syrien mené par le parti sunnite du clan Hariri s’était imposé avec 72 sièges. Aoun n’était alors pas coalisé avec les pro-syriens (Amal et Hezbollah). Ils avaient alors respectivement reçu 21 et 35 sièges. Si l’on additionne leurs scores, on obtient 56 sièges. Cela signifie que l’alliance du 14-Mars a même reculé depuis les dernières élections législatives : elle perd 1 siège (72 moins 71 en 2009).

La situation politique ne change donc pas. L’explication est très simple. L’importance du facteur communautaire au Liban fait que naturellement les variations des bases électorales sont potentiellement très faibles. On pouvait prédire d’avance la victoire du Hezbollah au Sud Liban et dans la Bekaa, celle du leader druze Walid Joumblat dans le Chouf ou des autres membres du 14-Mars dans les grandes villes (comme Saida, Tripoli ou Beyrouth) et dans le Nord Liban. Le véritable enjeu se situait dans les circonscriptions du Mont Liban où Michel Aoun et les autres partis chrétiens devaient se livrer bataille (comme en 2005).
Quelques jours avant le scrutin, Hassan Nasrallah, dans un discours, demandait d’ailleurs un "plébiscite" afin de conforter l’action de la résistance. Il comparait même l’élection à un référendum pour la Résistance ce qui montre bien combien leur statut est assuré dans le sud.

"Il s’agit d’un référendum sur la Résistance et ses armes"

On ne peut donc pas affirmer que les anti-occidentaux aient été véritablement défaits contrairement à ce que soutiennent des quotidiens comme Le Point, Le Parisien, ou encore l’Orient, Le Jour (pro-occidental) au Liban.

Nous pouvons même dans une certaine mesure affirmer que ce résultat est plutôt favorable au Hezbollah. En effet, le mouvement poursuit principalement 2 objectifs : maintenir la résistance contre Israël et la légitimer. De par le nombre de sièges engrangés, il démontre qu’il reste populaire au sud du pays (légitimation politique). Ensuite, l’épreuve du pouvoir est toujours redoutable et peut s’avérer dommageable ; surtout au Liban où les défis pour le gouvernement seront très importants. Dans ce cas, il peut être perçu comme plus intéressant pour le "parti de Dieu" de rester en retrait tout en s’offrant une répresentation politique suffisante. Enfin, si le 14-Mars a maintenant toutes les cartes en main pour former son gouvernement, il serait imprudent et irresponsable d’écarter les chiites et une bonne partie des chrétiens. Le gouvernement d’union nationale pourrait donc persister. Pour terminer, notons que la défaite permet de faire mentir les certitudes des Occidentaux et de leurs soutiens au Liban. En effet, ils ont souvent appuyé l’idée que l’opposition lèverait les armes s’il le faut pour s’assurer le contrôle du pouvoir. Or Hassan Nasrallah a honorablement salué les résultats de la majorité, en les félicitant.

Voici ce qu’il en dit dans son discours post-électoral (traduction) :

Nous acceptons le résultats de ces élections (...) nous acceptons la victoire de la partie adversaire sachant que l’opposition a malgré tout, préservé sa position.
Cela dit, je souhaite parler de deux points en particulier, il s’agit de deux mensonges, qui se sont écroulés.
Le premier mensonge concerne un discours politique qui accusait l’opposition de vouloir empêcher ces élections, selon ce discours, l’opposition compte déstabiliser la situation sécuritaire au Liban si elle constate durant les élections qu’elle a perdu ou encore qu’elle refusera les résultats de ces élections. Or, aujourd’hui, nous sommes le Lundi et nous nous comportons avec ces résultats, normalement, il n’y a pas eu de problèmes de sécurité ou quoique ce soit de ce genre.

Le deuxième mensonge qui s’est effondré : pendant des mois ils ont prétendu que c’était impossible d’organiser des élections en présence des armes du Hezbollah sous prétexte que c’était intimidant pour les électeurs.
Or, non seulement ces élections ont eu lieu alors que le Hezbollah détient ces armes mais mieux encore il détient tout un arsenal militaire sans précédent depuis 1982, sans compter que ces élections étaient l’une des plus importantes .
Ces armes n’ont pas pour mission d’ imposer une équation politique, leur seule mission est la résistance contre l’ennemi sioniste.
Les Libanais ont démontré leur capacité à maintenir la sécurité et la paix civile alors que la concurrence électorale était tés sévère, sans compromettre la sécurité et la stabilité.

Discours de Hassan Nasrallah, traduction approximative en français de Al Manar

Ajoutons, pour conclure, que le statu quo est la meilleure solution pour le Liban. Il le préserve des sanctions occidentales et des menaces israéliennes qui, aussi illégales et injustes soient-elles, auraient pu être mise en exécution en cas de victoire du bloc du 8-Mars. C’est l’assurance que le Pays du Cèdre ne deviendra pas un nouveau Gaza, du moins pour le moment...




par harry mercredi 10 juin 2009 - 12 réactions
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