• vendredi 24 mai 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Electricité, renseignements téléphoniques : vive la privatisation (...)
19%
D'accord avec l'article ?
 
81%
(61 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Electricité, renseignements téléphoniques : vive la privatisation !

Grand classique de la pensée unique qui veut que du libéralisme viennent tous les bienfaits, le postulat que la privatisation d’un service public serait profitable à l’usager. Forcément, nous assène-t-on : au lieu d’engraisser une armée de fonctionnaires payés à ne rien faire, le passage au secteur privé et sa fameuse concurrence libre et non faussée aurait pour effet de faire baisser les prix et d’augmenter la qualité du service, conditions nécessaires à la conquête du marché. Sauf que c’est faux.

Loyola_de_Palacio_StateOn l’a vu pour l’électricité : "Ces nouvelles dispositions apporteront des bénéfices réels en termes de concurrence, de prix et de compétitivité", annonçait en 2001 Loyola de Palacio, commissaire européenne chargée de l’énergie, se félicitant par avance de la fin des monopoles publics. Libéralisation en deux temps, d’abord pour les entreprises, puis récemment pour les particuliers. On comprend que ces derniers ne se bousculent pas : un changement d’opérateur interdit définitivement de revenir au tarif régulé et l’expérience des professionnels ayant sauté le pas est édifiante. Alléchés par un tarif du MégaWatt/heure proposé à moins de 30 euros, alors qu’il était réglementé à 33 euros, ceux qui ont sauté le pas ont vu ensuite leur facture augmenter chaque année. Et pas qu’un peu : plus de 60 euros en 2005 ! On se demande pourquoi ce désastre n’a pas empêché de poursuivre dans la même voie et d’étendre la libéralisation aux particuliers. C’est bien que le dogmatisme économique sévit à Bruxelles comme dans la droite française - et une bonne partie de la dite "gauche socialiste". Quand bien même les exemples étrangers devraient inciter à la prudence  : "En Suède, les prix durant les hivers rudes flambent de 250 %. En Californie entre 2001 et 2002, la facture électrique a explosé et les Californiens ont été soumis à des coupures sauvages", écrit par exemple François Soult dans son ouvrage EDF, chronique d’un désastre inéluctable.attac Hervé Laydier livrait pour Attac-Rhône en juillet 2005 une analyse imparable : "En fait, les offres des différents producteurs ne différent en rien des paquets de lessives des rayons de nos supermarchés : produits identiques mais emballages « marqués ». Du coup, les budgets « force de vente, communication et marketing » explosent afin de gagner des parts de marché et de relooker son image ! Les vendeurs de vents font fortunes, les médias encaissent le prix de leur allégeance et des millions d’euros sont dépensés pour élargir le marché en réduisant à néant les maigres efforts visant à limiter la consommation. Et tout cela, c’est le client qui en payera le coût ! Cette multiplication de dépenses touche aussi les infrastructures puisque chaque entreprise développe son réseau de vente, ses centres de recherches, ses plate-formes d’appels téléphoniques, etc. En fait, la concurrence risque fort de coûter plus chère que le monopole du fait de ces gaspillages inutiles. Ainsi, le secteur électrique pourrait reproduire le système libéral de santé américain qui coûte deux fois plus cher aux citoyens que notre archaïque caisse nationale d’assurance maladie ! Mais esquisser cette interrogation dans les médias semble tabou. La croyance dans une concurrence qui fait baisser les prix ne doit surtout pas être remise en cause !"


118218_bisCette explication des hausses de tarifs liées à la libéralisation s’applique parfaitement aux renseignements téléphoniques. L’organisation de défense des consommateurs UFC-Que Choisir a ainsi publié mardi les résultats de son enquête réalisée auprès des quatre opérateurs se partageant plus de 90 % du marché de feu le 12 : 118 218 (Le Numéro), 118 000 (Telegate), 118 712 (Orange) et le 118 008 (Pages Jaunes). Elle en livre les conclusions dans un communiqué au vitriol, titré Un vrai fiasco ! Il constate "une augmentation de 25 % pour une qualité de service similaire" en ce qui concerne les téléphones fixes et "entre 1,54 euro et 2,15 euros" pour les mobiles, dénonce "l’opacité tarifaire la plus totale" qui aboutit à ce que "les prix affichés ne correspondent jamais au prix réel du service" etd20051102_3_400x285 accuse "l’arnaque de la mise en relation" : "les opérateurs 118 ajoutent des pièges tarifaires absolument invisibles sur les services associés. La mise en relation est systématiquement gratuite mais la communication qui suit est surtaxée à 0,11, 0,22, ou 0,34 euro/minute selon l’opérateur. Ainsi, pour un consommateur abonné à SFR qui appelle le 118 000 puis accepte la mise en relation et téléphone 5 minutes, il lui en coûtera : le prix du service de renseignement et le prix de la communication mobile soit 2,15 euros puis après la mise en relation la surtaxe du 118 sur toute la durée de l’appel ainsi que le prix de la communication mobile sur cet appel, soit 3 ,97 euros pour un total de 6,15 euros et donc un prix/minute de 1,04 euro !". UFC-Que Choisir proteste enfin contre "une valse d’augmentations de prix"  : "Alors que tous les opérateurs avaient promis de modérer et de stabiliser leurs prix, tous, en catimini, font supporter aux consommateurs des hausses de prix à répétition". La solution pour ces derniers ? "Se tourner vers le 12, c’est-à-dire le 118 711, soigneusement maintenu dans l’ombre des campagnes publicitaires". Tout est résumé dans cette dernière phrase : France Télécom communique sur le 118 712, son numéro Orange qui rapporte, mais fait silence sur celui à prix encadré, le plus intéressant pour le consommateur. Vive la publicité, vive la privatisation, vive le marché !

Illustration empruntée au syndicat SUD-PTT.




par Olivier Bonnet (son site) vendredi 20 juillet 2007 - 77 réactions
19%
D'accord avec l'article ?
 
81%
(61 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Vilain petit canard (---.---.---.249) 20 juillet 2007 11:26
    Vilain petit canard

    La « concurrence libre et non faussée » : ce n’est plus la bouteille à l’encre, c’est carrément la pentecôte libérale, qui peu à peu convertira tous les opérateurs économiques, qui fait baisser les prix, qui offre une meilleure qualité de service, qui assainit les marchés, et pourquoi pas, guérit les écrouelles. On est en plein dogme !

    C’est pourtant évident : les frais de concurrence existent, ils s’appellent marketing, ventes, benchmarking, etc. Tout cet argent dépensé est d’autant moins disponible pour investir, et a fortiori, pour réaliser du bénéfice. C’est criant dans votre article.

    De plus, des entreprises en concurrence ont peu tendance à mutualiser leurs ressources, et doivent donc investir séparément dans les infrastructures qui leur sont nécessaires, ou dans l’obtentionde leurs matières premières : nouveau coût supplémentaire !

    Mais non, on continue à faire comme si la concurrence était une espèce de gratuité magique, qui redresse les comptes et les âmes. Elle est intrinsèquement bonne, voilà tout.

    Et donc, on continue quand même, avec des arguments délirants : l’électricité californienne ? Oh, juste un dysfonctionnement... Les renseignements téléphoniques ? Oh, ça va se tasser... Le système de santé américain, plus cher et moins efficace ? Ah oui d’accord, mais ce sont des Américains, ils ne fonctionnent pas comme nous. Le FMI continue d’exiger les démantèlements de services publics et l’instauration de concurrences à tout crin.

    Tout ça me fait furieusement penser aux échecs du communisme : il ne manquait pas d’intellectuels et de dirigeants à l’Est et à l’Ouest pour expliquer que si ça ne marchait pas bien, c’est qu’on avait pas assez appliqué le communisme. Au sens propre, on est bien dans une idéologie de la concurrence, qui résiste tant qu’elle peut à la réalité, en réclamant toujours plus de la même chose. Pourtant, les exemples sont assez parlants !

    Mécaniquement, ça va ainsi continuer jusqu’à l’effondrement, puisque les mises en garde ne marchent pas. A partir de quand va-t-on enfin s’apercevoir de cette stupidité ?

  • Par Vilain petit canard (---.---.---.249) 20 juillet 2007 13:52
    Vilain petit canard

    Merci pour vos appréciations flatteuses ! J’en rougis d’aise...

    Je repassais pour ajouter que dans le cas de l’électricité, en France, on applique la fameuse « concurrence libre et non faussée » d’une curieuse manière : pour les particuliers, le contrat avec les fournisseurs « libres » est attaché au logement, et pas au propriétaire ! Si vous emménagez, vous hériterez de façon obligatoire du contrat du précédent propriétaire... sans pouvoir le dénoncer.

    Ils nous prennent vraiment pour des truffes.

    Tout ça prouve bien que cette sacralisation de la concurrence, c’est du flan. Ce que les « opérateurs économiques » cherchent plus ou moins confusément à obtenir, c’est un monopole ou une rente - tiens, justement pour économiser sur les frais de concurrence, pardi !

    Ce qui m’atterre, c’est le manque de pudeur dans le mensonge et cette glorification imbécile de l’avidité sans frein.

  • Par Ronny (---.---.---.50) 20 juillet 2007 13:39
    Ronny

    @ auteur

    Merci pour ce papier fort intéressant.

    Quelques commentaires sur france telecom (FT)

    FT époque publique :

    conservation du numero en cas de déménagement = gratuit installation d’une prise supplémentaire (jusqu’à 2) = gratuit

    vérification de la ligne avec déplacement de technicien = gratuit (et souvent sous 48 heures)

    reouverture de ligne = gratuit

    Bref un cout compensé par la collectivité dans l’esprit service public car rien n’est réellement gratuit.

    Version FT privatisée

    conservation du numéro = autour de 35 euros

    reouverture de ligne = 25 euros (j’ai du atendre 2 semaines !)

    déplacement de prise = 35 euros

    Notion de service public totalement disparue ! Et en bref c’est « payez plus pour obtenir moins » !

    Notons aussi que la concurrence est par de nombreux côtés une illusion. Premièrement parce qu’il faut que le consommateur ait la possibilité de comparer. C’est impossible dans de nombreux cas. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les offres de téléphonie portable. Tout est organisé pour que l’usager ne puisse s’y retrouver. Ces offres ne proposent pas toutes les mêmes services, elles multiplient les exceptions, les heures de validité ou de non validité, etc.

    De plus, les compagnies n’ont pas interet à developper trop leur concurrence  : cela engendre des couts annexes (maketting, remise, etc.) et il vaut mieux en fait s’entendre sur le dos des consommateurs ! Sur les forfaits les plus simples les compagnies se sont donc entendues pour qu’il n’y ait justement pas de concurrence. Plus fort encore, les consommateurs roulés ne pourront récupérer leur mise car il leur faut prouver qu’il utilisaient bien les services de tel ou tel opérateur... Pas toujours évident des années plus tard.

    Pour l’électricité ne nous leurrons pas, ce sera probablement pire. De plus les entreprises qui produiront du courant pourront organiser à la fois des pénuries ou des surproductions pour faire monter les prix ou pour forcer le gestionnaire du réseau à vendre à très bas coût à des utilisateurs capables d’écrêter les pics de production.

    Je redis ici que l’électricité comme l’eau ne sont pas des biens comme les autres. Un intervenant me disait que l’on ne peut pas vivre sans chaussures et vêtements. Un fabricant de vêtements n’a en aucun cas le pouvoir de nuissance de fournisseurs d’energie capables de paralyser une région comme la Californie hier et certaines régions d’Euprope demain.

    Les ultra-libéraux hurlaient sur EDF repaire de la CGT et des communistes (on voit déjà le niveau !), sans noter que l’ensemble fonctionnait bien et avec très peu d’interruptions de distribution. Je parie qu’on ne les entendra plus lorsque des pannes majeures se produiront, résultant de simples calculs financiers d’achats et de vente, d’économies sur l’entretien, ou plus grave de sabotage dissimulé ou de pénurie organisée.

    Ce sera là sans doute le seul avantage de la privatisation !

  • Par hosflo (---.---.---.130) 20 juillet 2007 13:34

    quelques exemples sont néanmoins probants : Air France et France Telecom. vu leur attitude plus que retrograde il y a un peu moins de 10ans vis à vis de la l’arrivée du net, la concurrence a mis l’entreprise au pied du mur. Si la situation n’avait pas évoluée, point de ’box’, avec tous les services associés et toujours un abonnement ruineux à payer pour rien...

    En revanche je repense aux chemins de fer britanique (j’ai honte pour eux) et très récemment à la centrale nucléaire japonaise dont l’opérateur privé à minimisé les dégats. Cela montre que là où des investissements lourds et difficilement rentabilisables sont indispensables, le système tout capitaliste que l’on tente de nous introduire ne répond tout simplement pas à ces besoins.

    La Vérité, comme toujours, se situe au milieu des 2 bords.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération