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En Afghanistan, les américains redécouvrent la Lune (10)

Et puis il reste un, qui qui tous les regards convergent. L’homme qui s’est arrangé pour ramasser les lauriers, là où les autres ont laissé des plumes. En faisant de Bagdad une ville sans âme, cernée de blocs de bétons et où on n’entre qu’après avoir passé plusieurs contrôles. Celui qui a pris un risque insensé en distribuant aux milices opposées au départ à la fraction au pouvoir des armes, et qui en a pris un second en effectuant la distribution à l’aveuglette, sans tenir de registre véritable. Celui qui est au sommet de tous les scandales et de certains décès extrêmement suspects, mais qui est miraculeusement passé au travers des mailles des enquêtes. Quelqu’un qui manie la langue de bois comme pas un, et quelqu’un qui s’est évertué à préparer le terrain pour un McCain et non pour un Obama, à qui il ne peut donc que s’opposer : Petraeus, via son mentor, est partisan résolu de la poursuite le plus longtemps possible de la guerre en Irak. De là à dire que comme Dick Cheney il a un intérêt premier à le faire, nous n’hésiterons pas à l’affirmer. Petraeus représente des intérêts, mais ce ne sont pas ceux des populations qu’il est censé protéger : ce sont ceux d’un lobby militaire qui fait fortune depuis l’invasions de l’Irak, au détriment bien entendu des contribuables américains. Portrait d’un homme lisse, au discours mal assuré, sur qui rien n’accroche véritablement, désireux de rester le plus longtemps possible encore à occuper l’Irak et l’Afghanistan, comme la plupart des généraux de son âge.

Les auditions au Congrès de Petraeus et de Croker avaient démontré leur grande faiblesse d’argumentation à tous deux, voire leur timidité ou leur manque total de charisme, Petraeus parlant le dos vouté d’une voix monocorde, sans jamais enflammer le débat. Selon lui en Irak, il y avait des "avancées" mais ce n’était pas "gagné" : "Petraeus stated that "there has been significant but uneven security progress in Iraq," while also noting that "the situation in certain areas is still unsatisfactory and that innumerable challenges remain" and that "the progress made since last spring is fragile and reversible." Bref, le chaos, avec un mieux. L’art de ne pas dire ou d’esquiver.
 
Logique : Petraeus avait été surnommé le "Teflon general" par ses collègues étoilés et ce n’est pas pour rien : il a depuis longtemps compris que la vraie vie pour lui va commencer après, quand il va débuter sa carrière politique, qu’il ne veut donc pas rater par un impair quelconque. D’où un langage éteint, lisse, policé, pour ne faire aucune vague."A general is not an astute general if he does not appreciate the connection between politics and war," a un jour dit à son égard l’ancien colonel Andrew Bacevich, devenu consultant. C’est pourquoi d’ailleurs il a déjà fait rédiger sa biographie enjolivée, à grands frais, dans un livre intitulé "THE GAMBLE : GENERAL PETRAEUS AND THE UNTOLD STORY OF THE AMERICAN SURGE IN IRAQ" ; signé Thomas Ricks, où il se présente comme un véritable sauveur ayant tout compris au contraire de ses collègues, qui le détestent donc en retour cordialement : "The story The Gamble tells is how, when the war was at its darkest hour, a group of dissident junior commanders and their civilian allies did an end run around their superiors in the military establishment and seized control of the war. The result was “the Surge,” one of the American military’s boldest strategic gambles since the landings at Inchon". Ouh là, il y va un peu fort notre général !
 
Inchon ? La référence est bien trop osée : Inchon, c’est une opération amphibie ultra-audacieuse réussie par le Général MacArthur en Corée en 1950. Or Petraeus n’a jamais commis de fait de guerre notable, les blessures qu’il a reçu au thorax viennent d’un entraînement raté. Se comparer à MacArthur, c’est comme si notre général Cuche s’était comparé un jour à Napoléon, ce qu’il n’aurait jamais osé faire : il a davantage de classe qu’un Petraeus. Petraeus s’est affublé lui-même de ses lauriers, ce que même un César, qui ne lésinait pas pourtant dans la relation publique, avait hésité à faire. La prétention de Petraeus n’a aucune limite en réalité" : "The Surge", "son" idée, n’a pas eu les résultats escomptés, au regard des lourds moyens mis en place. C’était au départ une demande de 30 000 hommes suppplémentaires, là où il en aurait fallu le triple ! La politique de distribution d’armes aux milices chiites est un danger potentiel de les voir se retourner un jour ou l’autre contre le pouvoir en place (sans compter la distribution indirecte aux insurgés  !). Deux échecs patents marquent en fait le règne de Petraeus : la perte du contrôle de Mossoul en 2008, et la formation de la police irakienne, inefficace, devenue un beau fatras (sinon un beau merdier) : quatre mois après son départ, des responsables policiers faisaient défection et passaient chez les Talibans ! Il avaient "été entraînés par... Blackwater... et arrivaient munis de leurs armes neuves, venir renforcer les talibans devant les caméras de la BBC, la barbe encore naissante. Ce n’est pas le sens des medias de Petraeus qui a pu rectifier ses échecs patents : ...."That opened up the opportunity for someone like Petraeus to rise to the top, because he is clearly somebody who is sensitive to politics, who cultivates the media and who wishes to be seen as a man of ideas, not just as a man of action. But the picture in Mosul, as in the training of the Iraqi army, was muddier. Four months after Petraeus left the city, the police chief he trained defected and it became an insurgent stronghold". Pourtant, les collègues de Petraeus avaient prévenu : "Mr Kilcullen, a former lieutenant-colonel in the Australian army, also concedes that there are “clear risks” in arming tribal militias who have little love for US forces or the Shia parties in the government."
 
En fait, Petraeus, en Irak, a passé son temps à jouer avec les chiffres et les mots, avec un art consommé du double langage : "Every independent report on the ground situation in Iraq shows that the surge strategy has failed. Yet the General claims a reduction in violence. That’s because, according to the New York Times, the Pentagon has adopted a bizarre formula for keeping tabs on violence. For example, deaths by car bombs don’t count. The Washington Post reported that assassinations only count if you’re shot in the back of the head — not the front. ". Un excellent journaliste, Dick Cavett avait relevé cette propension lors de son audition mémorable du Congrès, ou les deux compères avaient failli endormir tout le monde. "It’s hard to imagine where you could find another pair of such sleep-inducing performers". Lui comme Crocker et ses hésitations : "Never in this breathing world have I seen a person clog up and erode his speaking — as distinct from his reading — with more “uhs,” “ers” and “ums” than poor Crocker. Surely he has never seen himself talking : “Uh, that is uh, a, uh, matter that we, er, um, uh are carefully, uh, considering.” (Not a parody, an actual Crocker sentence. And not even the worst.)". 
 
Chez Petraeus, qui utilise le mot "challenge" toutes les 15 secondes dans cette incroyable déposition, c’est devenu une sorte de métalangage abscons : "Petraeus’s verbal road is full of all kinds of bumps and lurches and awkward oddities. How about “ongoing processes of substantial increases in personnel” ? Try talking English, General. You mean more soldiers ! ", lui ordonne Cavett. Lors des auditions du Congrès, Petraeus a révéle sa vraie nature : pas franc du collier pour deux sous, et toujours prêt à noyer le poisson de ses responsabilités. Il faut le voir, avec Crocker rester béat après la longue question posée par... Barack Obama, qui lui demande "que faire maintenant avec cette guerre démarrée sur des mensonges "... Quand Obama leur demande quel délai il faut pour quitter l’Irak... pas de réponse, sinon des euh.. hem.. et bien... ceux de Crocker. Le seul moment où Petraeus se lance c’est pour demander un prolongement de l’arrêt du retrait des troupes pendant une "période". On le sait, c’est un document secret qui circulait déjà avant cette réunion qui l’affirmait déjà, et que Levin connaît à coup sûr : les américains ont alors décidé de rester, préparant ainsi le terrain pour McCain et mettant des bâtons dans les roues à Obama qui souhaitait partir au plus tôt. Le seul homme a poser des questions intelligentes, ce jour là, est un ancien de la Navy : le sénateur John Warner, républicain modéré, qui pose en fait à Petraeus une seule question : "l’Amérique est-elle plus sûre depuis l’invasion de l’Irak ?" A essayer de distinguer dans ses hésitations, et ses borgborismes la réponse de Petraeus, on comprend que cela n’a jamais été sa préoccupation principale. "I don’t know".... avoue-t-il. La messe était alors dite : Petraeus n’est qu’un outil au service d’une politique, celle des neo-cons qui ont dirigé le pays pendant huit années. Et dont le cadet des soucis était la sécurité des USA. Un outil aux casseroles nombreuses...
 
Stoffel, Levonda Joey Selph, Hirtle, Bell, Gloria Davis... cela fait beaucoup d’interrogations sur le supérieur de toutes ces personnes impliquées dans de bien vilains trafics. Les "aides" sont impliqués, ou parfois même paient de leur vie leur implication, mais jamais leur responsable. Sur le Daily Kos, une intervenante a bien résumé la chose, avec un portrait de "Petraeus-Betray us" au vitriol. La dame parle d’organisation pyramidale, ce que nous ne sommes pas loin d’admettre en effet, tant les morts qui jonchent le bureau de l’ex-responsable irakien sont tous impliqués dans des actes délictueux : "It’s obvious now why Betrayus got the job as supreme commander of the Iraqi field operations : His team made Bush and Cheney the most money via arms sales. It’s likeAmway any pyramid scam. Your lower level people get their supplies from higher level people, and the money flows uphill. The Aide sells guns, passes the money to Betrayus, who passes a portion to Vader Cheney". Ça paraît simpliste, mais plausible tant l’intérêt financier d’un Cheney et on appétit au sein d’Halliburton, qu’il a dirigé de 1995 à 2000, par exemple, n’est plus à prouver. "The Cheney-Halliburton story is the classic military-industrial revolving door tale. As Secretary of Defense under Bush I, Cheney paid Brown and Root services (now Kellogg Brown and Root) $3.9 million to report on how private companies could help the U.S. Army as Cheney cut hundreds of thousands of Army jobs. Then Brown and Root won a five-year contract to provide logistics for the U.S. Army Corp of Engineers all over the globe. In 1995, Cheney became CEO and Halliburton jumped from 73rd to 18th on the Pentagon’s list of top contractors, benefiting from at least $3.8 billion in federal contracts and taxpayer-insured loans, according to the Center for Public Integrity." Cet individu sans foi ni loi avait tout intérêt à faire la guerre, et c’est bien ce qu’il a provoqué ! Pour lui comme pour eux, un conflit est un investissement, bien meilleur qu’un fonds de pensions ! Et pour cela, il faut des pions, haut placés. Petraeus n’est qu’un de ces pions. "The Halliburton story is part of a larger dynamic that should not be forgotten in a debate over contractor responsibility. While the Halliburton contracts reek of blatant cronyism, almost all the major firms that provide this kind of work are tied to the administration."
 
Obama, lui, pendant sa campagne électorale, avait déjà formulé l’envie de se sortir au plus vite des deux bourbiers, en commençant par l’Irakien. Or, à partir de février 2009, il va trouver sur sa route deux ou trois généraux qui souhaitent rester plus longtemps que les 16 mois décidés. Odierno, Petraeus et surtout Jack Keane..."Jack Keane, one of the authors of the Bush troop surge policy and a close political ally and mentor of Gen. Petraeus"... Keane joue avec le feu depuis toujours. Ancien para, il est devenu consultant et a hanté dès 2001 les studios de la Fox pour venir mieux vendre la guerre en Irak : "Ever since he began working on the troop surge, Keane has been the central figure manipulating policy in order to keep as many U.S. troops in Iraq as possible. It was Keane who got Vice President Dick Cheney to push for Petraeus as top commander in Iraq in late 2006 when the existing commander, Gen. George W. Casey, did not support the troop surge" . Tout le monde s’est aperçu de son rôle véritablement malsain  : "As Bob Woodward reported in "The War Within", Keane persuaded President George W. Bush to override the concerns of the Joint Chiefs of Staff about the stress of prolonged U.S. occupation of Iraq on the U.S. Army and Marine Corps as well its impact on the worsening situation in Afghanistan. Bush agreed in September 2007 to guarantee that Petraeus would have as many troops as he needed for as long as wanted, according to Woodward’s account"... il y avait bien et il y a encore une coalition au sein des durs de l’armée US pour faire durer le conflit... mais dans quel intérêt, sinon le leur ? Des nostalgiques du revers de la défaite au Viet Nam, toujours pas digérée : selon Keanes "defeat is inacceptable in Irak" en effet. Pour Obama, c’est pourtant une guerre perdue d’avance, il l’avait énoncé aussi avant d’être élu. Résultat, la fronde se forme et s’amplifie face à un Obama bien décidé : "A network of senior military officers is also reported to be preparing to support Petraeus and Odierno by mobilising public opinion against Obama’s decision". En fait, depuis les dépositions du Congrès, Obama a en ligne de mire ce général qui parle beaucoup et s’arrange tout autant pour ne pas être mêlé aux détournements autour de lui, et qui souhaite avant tout encore bénéficier d’une façon ou d’une autre de ce que lui rapporte la guerre. Avec ses amis.
 
La distribution des armes aux milices sunnites était d’évidence une grave erreur , les sunnites n’attendant que ça pour s’armer gratuitement contre les chiites, qu’il détestent, et qui sont au pouvoir : "A senior Sunni sheikh, whose tribe is joining the new alliance with the Americans against al-Qaida, told me in Beirut that it was a simple equation for him. It’s just a way to get arms, and to be a legalised security force to be able to stand against Shia militias and to prevent the Iraqi army and police from entering their areas” dit-il. En fait, tout le "système Petraeus" reposait sur l’argent-roi : "Dès l’invasion de l’Irak, en mars-avril 2003, ils avaient “acheté” un certain nombre de généraux de la Garde Républicaine de Saddam. On dit également que Petraeus lorsqu’il prit son commandement en janvier 2007 disposait d’une ligne de crédit de 1 ou 2 milliards pour “les commissions et autre stuff” (la corruption). Pas cher payé pour une guerre de $3.500 milliards. On découvrira vite, effectivement, que la colonne vertébrale du “surge” de janvier 2007 est bien le fric. On se demande quelle décoration, avec l’aigle de la Grande République tenant dans ses serres terribles le sigle dollar en forme d’éclairs sans doute, marquera cette victorieuse campagne de janvier 2007" note defensa.org.
 
Au sortir des auditions du Congrès, c’était très clair : "la stratégie de l’administration Bush qui consiste à envoyer des troupes supplémentaires en Irak a produit exactement l’effet souhaité par George W. Bush. Ce renfort militaire " n’a pas permis de gagner la guerre. Il n’a pas permis non plus la réconciliation nationale en Irak ", comme le constate le quotidien The Washington Post, "mais il a fait gagner du temps supplémentaire à Washington, rapproché ainsi M. Bush de son objectif principal : garder un nombre élevé de troupes en Irak au-delà de l’élection présidentielle de 2008". Les généraux, dont Petraeus, nommé depuis au United States Central Command, continuent depuis leur charge anti-Obama, persuadés de leur fait : ils sont là pour rester, pas pour partir. Le 27 mai dernier, c’est le Général George Casey qui revient à la charge en affirmant que les USA pourraient rester bien après 2012. Selon lui, un retrait "trop brutal", "mettrait à genoux" son armée. "Casey’s calculations about force levels are related to his attempt to ease the brutal deployment calendar that he said would "bring the Army to its knees." Selon lui, il y en a encore pour dix ans au moins, un des scénarios fréquemment évoqués dans sa campagne par... Georges McCain : "we’re going to have 10 Army and Marine units deployed for a decade in Iraq and Afghanistan." La propension à vouloir rester demeure : soit pour ne pas perdre la face, façon Viet-Nam, soit pour continuer une guerre très lucrative pour quelques uns. Pour mémoire, c’était bien lui qui avait été surpris en Colombie en train de surveiller les préparatifs de DynCorp sur les deux hélicoptères pour sauver Bétancourt. En 2007, il avait devant le Congrès déposé en affirmant que l’armée américaine devient trop petite pour gérer d’autres conflits que ceux de l’Irak et de l’Afghanistan... "Casey is a military leader that repeated deployments to war zones in the Middle East have hamstrung the military’s ability to deter future aggression."  Les généraux américains font en fait désormais de la résistance ouverte à Barack Obama.
 
En parlant de décoration, signalons que Petraeus a reçu la légion d’honneur le 25 septembre 2008, des mains de son ami Jean-Louis Georgelin, le chef d’état-major des armées (CEMA). Ça aurait pu être par Guy Sorman, à l’entendre cirer les godillots... Bien entendu, grâce aux moyens publicitaires dont dispose le général, cet échec à long terme de "The Surge" est devenu une victoire à court terme : il s’est empressé de le faire dire depuis partout, un site intelligent comme defensa.org traquant aisément la même formulation victorieuse s’en vantant dans plusieurs endroits et sites différents, avec les mêmes mots... Une "victoire à la Petraeus", en quelque sorte... depuis le départ de Petraeus, de graves attentats ont secoué Bagdad... les miliciens armés et les insurgés munis des mêmes Kalachnikovs attendant la chute annoncée du régime. Un régime qui se débat dans ses contradictions en annonçant cette semaine l’éviction de 1000 responsables, dans les ministères, accusés de corruption. Il est déjà trop tard pour le faire : la crédibilité du régime est voisine du zéro. Rappelons qu’en juin 2008, Bernard Kouchner avait souhaité haut et clair le départ de Maliki lui-même. Pour se fendre après en excuses. Un an après, les griefs avaient disparu...Les chefs de guerre locaux sont les mêmes qu’en Afghanistan, et c’est à qui va détourner le plus d’argent au gouvernement, pas de gouverner. Même Keanes en est persuadé : selon lui, les Irakiens ne sont définitivement pas prêts pour la démocratie  : "We have underestimated this enemy. This political culture is not ready for representative government," affirme-t-il sans sourciller, le 9 janvier 2007, sans s’apercevoir que lui, le mentor de Petraeus, venait de déclarer en une seule phrase que l’intervention de 2003 allait créer obligatoirement un déséquilibre, comme l’avait pourtant écrit en 2002 Crocker ! Saddam Hussein, en bon dictateur, tenait le pays en laisse, comme Tito avait pu le faire aussi. Une fois parti, que mettre à la place Les américains viennent de découvrir que la Lune, il ne vaut mieux pas chercher parfois à lui faire changer de ciel...
 
Indirectement, cela avait déjà commencé avec le départ du ministre du... commerce, accusé avec ses deux frères de corruption. Ce n’est qu’un bout de l’iceberg. Tout le dessous est gangrené. Le gag, c’est que Ryan Crocker, qui parle le Persan, avait remis en 2002 à Colin Powell un document de six pages recommandant de ne pas y aller, en Irak, car il en avait pressenti les conséquences à long terme : "The six-page memo, titled "The Perfect Storm", stated that toppling Saddam Hussein could unleash long-repressed sectarian and ethnic tensions, that the Sunni minority would not easily relinquish power, and that powerful neighbors such as Iran, Syria and Saudi Arabia would try to move in to influence events. It also cautioned that the United States would have to start from scratch building a political and economic system because Iraq’s infrastructure was in tatters." Lors des auditions toujours le sénateur Levin avait présenté ce qui attendait les Etats-Unis : "le gouvernement irakien et ses buraucrates ont gaspillé l’argent qu’on leur a donné. La reconstuction a dévoré plus du 1/4 des budgets pour ne rien faire. Le contribuable américain paye aujourd’hui encore les salaires des employés irakiens. Le gouvernement irakien attend l’argent et ne fait rien. L’armée irakienne est incapable. Le général Odierno l’a dit : "on est au bord d’une gerre civile et il n’y aura pas de solution militaire à ce conflit." 

Les Etats-unis sont enferrés dans une situation où il n’y aucune autre porte de sortie que de rester le temps qu’il faudra pour que le pays redevienne gouvernable : l’équipe dirigeante, choisie par les américains, qui n’a toujours pas effectivement voulu d’une réconciliation générale est plus que jamais sur la sellette. Son départ seul pourrait garantir le fonctionnement du pays : en faisant davantage monter au pouvoir la frange religieuse, seule capable de maintenir les esprits désormais dans le pays. C’est ce qu’attend patiemment un chiite comme Moktada Al-Sadr. Le seul a décider de la paix ou de la reprise des combats quand bon lui semble, avec sa milice dédiée. L’épisode de mars 2008 est dans toutes les mémoires : ".... in March 2008, the prime minister launched an assault against militias in the southern port city of Basra that primarily targeted the Mahdi Army. The attacks stalled, and when Iran negotiated a cease-fire it was seen as a victory for Mr. Sadr. But the Iraqi army quickly consolidated its hold on the city." Al-Sadr a derrière lui l’Iran et une armée de fanatiques à ses pieds, et il attend son heure, tout simplement.

Lors des auditions du Congrès, on a donc assisté à une chose incroyable : les américains eux-mêmes ont reconnu que la meilleure façon de s’en sortir était d’accorder le pouvoir à ceux qu’ils sont censés combattre aujourd’hui. Même chose en Afghanistan on on parle de "réconciliation", en fait l’arrivée au pouvoir des Talibans dits "modérés", cette vaste fumisterie (peut on être taliban et modéré, la réponse est non !). On ne le dira jamais assez "la guerre au terrorisme" si chère à l’équipe Bush aura surtout servi à mettre en place des fondamentalistes religieux les plus dangereux. Les Etat-Unis vont bientôt devoir installer un Khomeiny bis en Irak comme en Afghanistan pour avoir la paix : tout l’inverse de ce qu’ils étaient censés venus y faire au départ ! Ce n’est pas le moindre des paradoxes de ce conflit qui s’éternise, et qui démontre que l’impréparation des conséquences politiques qui a prévalu à l’invasion du pays a aujourd’hui des conséquences terribles qui vont à l’encontre même des raisons données à l’intervention. Si Powell avait suivi les recommandations de 2002 d’un des deux intervenants principaux au Congrès, on n’en serait pas arrivé là. L’homme le plus mal à l’aise c’était donc bien lui : on lui demande aujourd’hui de soutenir une action qu’il a lui-même le premier dénoncée. Il y peu, pourtant, dans un sursaut, il condamnait cependant fermement la dernière intervention belliqueuse de Dick Cheney. 

Il en ressort une terrible conclusion : l’Irak vient de verser dans le fondamentalisme islamique, L’Afghanistan va le suivre, Le Pakistan est au bord de l’implosion, et tout cela est un échec patent pour l’ensemble des démocraties dans le monde. L’histoire retiendra cette terrible erreur géostratégique des USA, qui a bouleversé les données dans une région du monde où la contagion ne peut plus désormais que s’étendre. Finalement, ce sera bien pire que le Viet-Nam.

 

Documents joints à cet article

En Afghanistan, les américains redécouvrent la Lune (10) En Afghanistan, les américains redécouvrent la Lune (10) En Afghanistan, les américains redécouvrent la Lune (10) En Afghanistan, les américains redécouvrent la Lune (10) En Afghanistan, les américains redécouvrent la Lune (10) En Afghanistan, les américains redécouvrent la Lune (10) En Afghanistan, les américains redécouvrent la Lune (10) En Afghanistan, les américains redécouvrent la Lune (10) En Afghanistan, les américains redécouvrent la Lune (10) En Afghanistan, les américains redécouvrent la Lune (10) En Afghanistan, les américains redécouvrent la Lune (10)
par morice samedi 13 juin 2009 - 283 réactions
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