Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox Mobile

 Accueil du site > Tribune Libre > ENA cherche...citoyens

ENA cherche...citoyens

L’enseignement dispensé à l’ENA forme des individus coupés du réel. Un simple exemple l’illustre, si besoin était. Les solutions simples et économes sont à portée de main.

Même Lionel Jospin ne connaissait pas le prix de la baguette ! L’image est restée discrète. Nous sommes le lendemain du passage à l’euro. Lionel Jospin, tout fringuant Premier ministre, se rend chez son boulanger, accompagné d’une équipe de tournage. « Bonjour ! une baguette SVP ! ». Sous l’effet de l’émotion, le boulanger répond « 5,20 », exprimant le prix en francs. Ni une ni deux, Lionel Jospin pose le billet de 5 euros préparé à l’avance et plonge sa main dans sa poche pour rechercher le complément. Les deux mains se choquent : celle du boulanger qui rend les quelque 4,20 euros et celle de Jospin qui ne comprend pas la situation. Jusqu’à ce que le boulanger lui explique son erreur et Jospin d’essayer de masquer sa gêne.

L’histoire peut paraître anodine, mais quel citoyen paierait une baguette de pain 33 francs ? L’histoire peut paraître anodine si déjà en son temps, un énarque d’un autre camp ne s’était fait sécher vingt ans plus tôt sur le même sujet. Même problème (simple !), même déconnexion du réel. L’histoire serait anodine s’il arrivait à un énarque de connaître le chômage, de chercher un emploi, une seule fois dans sa vie. L’histoire serait anodine si elle ne révélait que l’ensemble des ministères et des cabinets associés, bref que l’ensemble du processus décisionnel de l’État ne dépend que d’individus ne connaissant rien du quotidien des Français (en dehors des notes de synthèse). Comment proposer des solutions à des problèmes que l’on ne connaît pas puisque, salarié à vie, détaché de toute obligation professionnelle, de tout problème de retraite (l’avancement continue quoiqu’il arrive...), de toute inquiétude sur le financement de l’avenir de ses enfants... ces problèmes n’existent pas, ou plus exactement ne sont que des théories ? Qui a connu le chômage, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, ne regarde plus jamais les chômeurs du même œil !

Mais que l’on ne se méprenne pas, l’objectif n’est pas de dire mort aux hauts fonctionnaires ! Ils sont probablement garants d’un certain fonctionnement de l’État. Il s’agit simplement de faire remarquer que, comme pour tout enseignement supérieur (à l’exception de l’université, très ouverte par nature), les mêmes formations fournissent les mêmes résultats.
Et qu’un peu de « mixité » ne peut qu’être bénéfique à notre pays, à sa « gouvernance ». Les remèdes sont simples. Il suffit que les hautes administrations disposent de budget pour rémunérer des membres de la société civile qui viendraient y travailler, ou qu’avant d’accéder à de hautes fonctions, les futurs élèves aillent « vivre » un peu. La première piste permettrait d’éviter que seuls les candidats assujettis à l’ISF (pour la plupart des plus probables présidents, à une exception notoire) puissent aspirer à de hautes fonctions. La seconde aurait l’immense mérite de ramener sur Terre nos décideurs, à peu de frais.

L’un des candidats à la présidentielle vient de faire une proposition dans ce sens : l’accès aux hautes fonctions après avoir un peu « vécu ». Parions sur plusieurs types de réactions : « je l’avais déjà proposé ! » dira un énarque qui n’en a rien fait, « Quelle drôle d’idée ! » dira celui qui n’a vraiment rien compris, « Quelle ineptie ! » dira un énarque qui n’a rien fait car il n’a vraiment rien compris. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’aucun d’entre eux n’a les pieds sur Terre, et ne voit ce qui est évident pour tout citoyen qui lève un peu les yeux et regarde la façon dont la France est gérée depuis des décennies.



Sur le même thème

Boulangerie : la menace coréenne
Européennes : les vrais vainqueurs
L’ennemi de la Patrie sociale : la finance internationale !
L’élimination des plus faibles ?
Pourquoi voter Marine Le Pen ne changera rien


Les réactions les plus appréciées

  • Par Hugo (---.---.---.113) 3 avril 2007 14:23

    Il est anormal que les élus soient pratiquement tous des fonctionnaires, issus ou non de l’ENA. Ceci vient du fait qu’un fonctionnaire, s’il n’est pas réélu, retourne, souvent avec un bon avancement dans son corps d’origine, tandis qu’un gars du privé, employé ou employeur, risque de se retrouver en difficulté financière en cas de non réélection. C’est la raison pour laquelle les gens qui travaillent dans le privé sont dramatiquement sous représentés. Ceci entraîne une incompréhension et un fossé terribles entre ce que l’on pourrait appeler « le pays réel » et la classe politique. Supprimer l’ENA est une bonne chose, mais il faut aussi que les fonctionnaires devenus élus ne puissent, à moins de repasser les concours d’entrée, retourner dans leur administration... en attendant des jours meilleurs pour se faire réélir. Ce que je propose est l’application d’une simple équité ou égalité entre les citoyens.

  • Par naudin (---.---.---.42) 3 avril 2007 12:26

    Comment les hauts fonctionnaires gèrent l’argent public.

    Je travaillais dans une administration en province. Un jour, dans le cadre d’une affaire urgente -certes- un chef de service nous a envoyés un collègue et moi lire un dossier à 600 km. Nous n’y sommes pas allés en voiture parce que l’essence, péage et entretien du parc automobile étaient gérés sur le budget décentralisé du service. Nous y sommes allés en avion (les billets d’avion étaient payés sur le budget du ministère à Paris). Un collègue nous a donc conduit à Orly en voiture( 130 km) et est revenu nous chercher le soir. Honnêtement, on aurait pu se faire envoyer le dossier par porteur ou se le faire faxer.

    Je garde un excellent souvenir de cette journée car mon collègue était pilote privé avion et nous avons pu aller dans la cabine de pilotage. Pour ce qui est du coût de l’opération.. c’est une autre histoire !

  • Par Anaxagore (---.---.---.82) 3 avril 2007 14:55
    L'Hérétique

    Tout à fait d’accord. Cela m’a fait marrer quand j’ai entendu que la proposition de Bayrou était fraîchement accueillie : évidemment qu’elle était fraîchement accueillie par les énarques. Moi aussi, toutefois, je ne crie pas haro sur les énarques, mais en revanche, je trouve très bien l’idée d’avoir une expérience de terrain en administration publique nécessaire avant de pouvoir postuler à de plus hautes fonctions. Il est clair qu’ainsi on ne verrait pas certaines aberrations, et je parie même qu’on pourrait faire un certain nombre d’économies dans l’usage des deniers publics...

  • Par LE CHAT (---.---.---.49) 3 avril 2007 13:20
    LE CHAT

    ce n’est pas en laissant quelques types de banlieue accéder à l’élite que ça va changer quelque chose . il faut au contraire que toute l’élite nous fasse un koh -lanta dans la france d’en bas !

    un mec qui ne connaissait pas le prix d’une baguette ne pouvait pas être digne de représenter la gôche au second tour ... smiley

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

ECRIVEZ UN ARTICLE !





Les thématiques de l'article


Palmarès







Partenaires