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Enseignants, faites votre travail !

L’impression dans les familles est que, année après année, l’école renvoie un peu trop de « paperasse » aux parents. Certains papiers ne demandent qu’une petite signature entre le sandwich et la porte, parce que nous avons vraiment autres choses à faire. D’autres demandent un peu plus d’attention (carnet de liaison). Mais il y a une catégorie de papiers dont l’école devrait sincèrement épargner les familles : les devoirs à domicile. Les enfants partent de la maison à 8h00’ et reviennent après 17h00’. Les parents ne sont pas opposés à l’idée d’une participation « ponctuelle » aux devoirs, mais ils ne peuvent pas le faire systématiquement pour au moins deux raisons.

La première est que le parent n’est pas un enseignant. Il n’a ni la formation ni la qualification nécessaires pour « enseigner ». Le métier d’enseignant requiert des années de formation et la maîtrise des techniques de transmission du savoir que les parents n’ont pas. Par ailleurs, au sein même d’une classe, les enfants sont issues de familles disparates en termes de niveau intellectuel. A priori, un enfant né de parents instruits peut bénéficier du soutien nécessaire à domicile alors qu’un enfant né de parents d’un très faible niveau d’instruction est condamné à galérer pour faire ses devoirs. Il faut rappeler que la France compte près de 10% d’illettrés dont une partie, naturellement, mène une vie de famille. Aucune chance donc que des parents dans des difficultés de cette nature apportent à leurs enfants, les élèves, l’aide « intellectuelle » nécessaire dans le cadre des devoirs à domicile.

Mais même dans les familles dirigées par des parents instruits, il n’est pas certain que l’enfant trouve l’aide qu’il lui faut. Il peut bien être confronté à l’indisponibilité d’un père tiraillé par des rendez-vous professionnels ou une mère dans le cas similaire. Une situation de vie professionnelle des deux parents qui se généralise, puisqu’il faut deux revenus pour faire face.

La plus pénible des situations se retrouve dans les familles immigrés. Que se passe-t-il dans la tête d’un enseignant qui envoie des devoirs à domicile dans le cartable d’un enfant roumain, somalien, Iraquien,… où le père n’a que quelques mots de français dans son vocabulaire et où la mère ne prononce pas un seul mot de français. Comment peut-on envoyer des exercices aussi compliqués que les compléments circonstanciels (juste un exemple) ou les équations dans des familles aussi en difficulté. Les enfants se retrouvent souvent paumés face aux parents qui voudraient bien les aider mais qui ne peuvent pas.

Lorsque les familles ont les moyens de payer le service d’aide aux devoir, tout va bien, mais qu’en est-il des familles démunies. Ainsi les inégalités vont devoir se transmettre d’une génération à l’autre ? Rien que pour cette raison, l’enseignant doit s’efforcer de mener son boulot jusqu’au bout.

Et c’est la deuxième raison. L’enseignant est recruté, rémunéré et protégé par un statut pour s’acquitter d’un travail qui doit être mené d’un bout à l’autre. Dans les autres professions, les employés font la totalité de leur travail au sein de l’entreprise. Ramener des dossiers à la maison est une anomalie qui ne doit pas être généralisée, surtout pas affecter la population scolaire.

L’enseignant ne roule pas sur l’or, bien entendu, et la société ne le remerciera jamais assez pour une mission aussi noble que la transmission du savoir. Mais l’environnement économique est tel que chacun, dans le public comme dans le privé, doit s’acquitter de la totalité de son travail moyennant le faible revenu que la société met à sa disposition. Le SMIC en France est en effet de 1425,67 €.

Cette idée - de renoncement aux devoirs à domicile - n’est évidemment pas à jeter en pâture aux organisations syndicales. On n’a pas besoin d’un conflit entre enseignants et parents. L’enseignant, de lui-même, regarde la salle et se rend compte de l’absurdité de cette pratique de devoirs à domicile, tellement les enfants sont issus des environnements familiaux divers. L’idée d’égalité des chances plaide naturellement contre le recours systématique aux devoirs à domicile.

Tout le travail doit être fait à l’école. A la limite quelques heures de travail le week-end, pas plus.

Boniface MUSAVULI




par MUSAVULI mardi 9 octobre 2012 - 67 réactions
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  • Par Giordano Bruno (---.---.---.18) 9 octobre 2012 09:30

    L’enseignement est une activité à deux : l’enseignant et l’élève. Ils ont besoin de travailler tous les deux pour obtenir des résultats. Certaines choses doivent être faites par l’élève seul. L’enseignant ne peut pas les faire à sa place.

  • Par nico31 (---.---.---.53) 9 octobre 2012 09:38

    J’ajouterais que ménager une plage de temps pour les devoirs d’un enfant, même un illettré somalien peut le faire ... les enfants d’immigrés réussissent aussi.

  • Par nico31 (---.---.---.53) 9 octobre 2012 09:35

    « L’enseignant ne peut pas les faire à sa place. »

    Et les parents non plus.
    J’ai découvert récemment que je n’avais pas à aider mon fils à faire ses devoirs, simplement à lui ménager des plages de temps pour qu’il les fasse. Durant ces plages de temps il a le droit soit de faire ses devoirs, soit de ne rien faire et d’attendre les bras croisés que je le libère.
    Croyez-moi ou pas, il a fait très vite son choix.

  • Par Christian Labrune (---.---.---.63) 9 octobre 2012 12:03
    Christian Labrune

    Il ne faut pas se faire d’illusions : l’école républicaine, qui a survécu jusqu’au milieu des années 80 n’existe presque plus. Des « réformes » successives, au lieu de l’améliorer et d’en accroître l’efficacité, l’ont irrémédiablement - et sciemment - détruite. On est désormais dans un système à deux vitesses : une école pour les pauvres où on occupe comme on peut les jeunes, où on organise par des « sorties » leurs divertissements « culturels », où on s’ouvre sur le monde extérieur, et une autre où on continue d’enseigner réellement, dans quelques endroits qui restent un peu privilégiés à cause d’un environnement social particulier. On ne s’y préoccupe guère de « pédagogie ». La déesse Pédagogie ne fait jamais irruption que lorsqu’il n’est plus possible de rien transmettre et lorsque les enseignants ne savent plus du tout à quel saint se vouer. 

    J’ai eu autrefois des élèves issus de familles récemment immigrées et par conséquent tout à fait illettrées, du moins en français. Dans des classes d’un niveau acceptable, ces élèves réussissaient très convenablement. J’ai revu il y a quelques années une de ces anciennes élèves ; chez elle, on ne parlait pas le français, elle l’avait appris à l’école, sans leçons particulières, et elle était pourtant la plus brillante. Quand je l’ai revue, elle finissait un doctorat ! Je ne m’inquiète pas trop pour son avenir. Evidemment, c’était un cas un peu exceptionnel et je ne prétends pas que, statistiquement, des situations de cette sorte ne soient pas assez plus souvent plutôt défavorables. Mais enfin, il faut bien se garder de croire que l’intelligence soit systématiquement et radicalement soumise au déterminisme sociologique. Ce serait criminel en tout cas de mettre cette idée dans la tête des jeunes - ce que des irresponsables n’ont jamais hésité à faire - et de les condamner au fatalisme.

    Il a toujours été nécessaire, pour les élèves, de travailler chez eux, du moins dans l’enseignement du second degré. Les plus intelligents des élèves, évidemment, au lieu de revoir les cours qu’ils viennent d’entendre, anticipent, essaient de comprendre, à partir de leur bouquin, ce que sera la leçon suivante, ce qui leur évitera de « décrocher » en cours à la première difficulté et de de continuer à prendre des notes en tirant la langue, sans rien comprendre jusqu’à la fin de l’heure. Pout eux le cours est une révision de ce qu’ils ont appris par eux-mêmes, et l’occasion d’interroger l’enseignant sur les difficultés que, seuls, ils ne sont pas parvenus à surmonter.

    Mais aujourd’hui, dans des classes surchargées et surtout très incapables du moindre effort d’attention, on va au cours comme d’autres vont prier dans un lieu de culte en espérant par ce moyen faire leur salut ; intellectuellement, dans beaucoup d’établissement, il ne se passe plus grand chose : le cours est un rituel propitiatoire par la répétition duquel on pense qu’on finira bien par « avoir » sont bac, mais comme deux précautions valent mieux qu’une, surtout lorsque les résultats en cours d’année sont mauvais, on s’inquiète tout de même un peu.

    Les cours particuliers deviennent donc la solution, du moins pour ceux qui en ont les moyens, et les institutions qui les dispensent connaissent un rapide développement : on ne voyage pas une demi-heure dans le métro sans voir la publicité pour Acadomia ! Ce sont là des solutions palliatives, comme il existe des soins palliatifs pour les incurables. L’école républicaine bouge bien encore un peu, mais plus pour très longtemps. 

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