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Si BHL s'est récemment révélé comme le marionnettiste aux ficelles de la politique extérieure française, Laurence Parisot, dans notre beau pays, est le porte-voix le mieux réglé de la pensée ultralibérale européiste. J'ai récemment été choqué, sans être surpris, par la prise de position de la patronne du Medef en faveur d'un fédéralisme économique.

L'UE agit pour votre bonheur

Au juste, où souhaite-t-elle nous mener ?

J'assume entièrement être un crédule « citoyen du monde », je prétends ne tirer aucune gloire à être français, les propos de madame Joly sur le défilé militaire du 14 juillet ne m'ont pas choqué (sans adhérer à l'idée peu ragoûtante de voir défiler écoliers et résidents en long-séjour dans la rue), et cerise sur le gâteau : je m'en vais en septembre étudier au loin, comme plus de 200 000 autres, dans le cadre du programme Erasmus.

Pourtant cette prise de position apparaît comme une nouvelle étape inéluctable d'un projet porté par une oligarchie mondiale à la tête de laquelle se trouvent banquiers et grand patrons. Il est manifeste désormais que l'Union Européenne n'a pas été crée et n'est pas employée pour servir le peuple. Elle est plutôt un mythe (crée par des pères courageux et honnêtes) prenant la forme d'un processus interminable (il faut grandir, approfondir) : il faut donc l'aimer, y croire, et accepter sans sourciller chacune des marches, toujours plus hautes, nous menant vers un bonheur féérique.

Une logique perverse

La manière dont Laurence Parisot défend son fédéralisme européen me dérange. Ce serait une façon, sous-entendu la seule, de ''se mettre à la hauteur des enjeux économiques planétaires'' !

Cette rhétorique me fait penser à ce que Pierre Bourdieu disait de l'économisme :

''L’économisme déresponsabilise et démobilise en annulant le politique et en imposant toute une série de fins indiscutées, la croissance maximale, l’impératif de compétitivité, l’impératif de productivité et, du même coup, un idéal humain, que l’on pourrait appeler l’idéal F.M.I.'' (Le Monde Diplomatique n°72, 1997).

Cette prise de position de Laurence Parisot me gêne également car elle sonne comme une injonction destinée aux politiques. Les politiques dans une démocratie idéale n'œuvrent que pour le peuple. Dans une démocratie idéale, Nicolas Sarkozy n'aurait pas réalisé la réforme des retraites car il n'en était pas question dans sa campagne (de plus il avait promis de ne pas y toucher, le 27 mai 2008 sur RTL, suite à une proposition de Laurence Parisot de reculer l'âge légal de départ à la retraite à 63,5 ans).

Bye bye démocratie

Nul doute que dans les années à venir les premières pierres du fédéralisme économique vont être posées. Nul doute que le peuple ne sera consulté. Des décisions cruciales vont être prise en catimini, sans désir populaire, comme Pompidou et son ministre des finances Valéry Giscard d'Estaing, qui profitent de la nouvelle année 1973, le 3 janvier, pour faire voter la loi Rothschild, donnant le feu vert à l'endettement de l'Etat auprès des banques privées. Ou bien le peuple sera bafoué une nouvelle fois après avoir été victime du coup d'Etat de Lisbonne (c'est ainsi que les juristes en parlent).

La démocratie semble devenir un souvenir que seuls les médias et les politiques agitant des figures exotiques du démon (Kadhafi, Bachar el-Assad, le dernier assista au défilé militaire du 14 juillet 2008 sur les Champs Elysées) croient encore en vie. Et nous, nous sommes impuissants. Les calendriers électoraux des pays ne sont que des contraintes secondaires pour ceux qui établissent le plan néolibéral qui peut se résumer à l'imprécation d'Edouard Michelin devenue réalité : ''la politique doit être au service de l'économie''.

Pour ceux qui écrivent l'agenda économique de nos pays, 2012 ne sera pas une date mémorable. Faut-il rappeler que Sarkozy a soutenu DSK à la tête du FMI ? Plus récemment c'était Martine Aubry qui soutenait Christine Lagarde pour accéder au même poste. 2012 sera une année comme les autres pour le MEDEF, en tout cas si l'UMP ou le PS remportent les élections.

La vengeance des petits

En attendant que la politique et l'économie se mettent au service du peuple, ce qui ne sera possible que lorsque le peuple décidera lui-même (c'est-à-dire quand la démocratie aura un sens au-delà du bulletin de vote), impuissant, la colère qui grandit en moi avec les informations quotidiennes devient terreau de rêveries. J'aimerais maintenant me trouver dans la même pièce que Laurence Parisot, une tarte bien crémeuse à la main. Même si le procédé a été inefficace avec le sioniste au col blanc, dans mon esprit, l'envie d'entartrer certaines personnes croît. A moins que celle-ci ne mérite carrément, comme le président de l'université Rennes 2 à la rentrée 2009, qu'on lui déverse dessus un grand seau de lisier.




par Emmanuel Glais jeudi 21 juillet 2011 - 9 réactions
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