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Est-ce que la politique rend con ? L’exemple du cannabis

Hier encore, les protagonistes de droite comme de gauche se passionnaient pour les réponses à trouver pour aider la jeunesse : solutions économiques, politique de la ville et du logement... Et voilà qu’aujourd’hui, il n’existe plus qu’une alternative pour sauver les banlieues : soit l’envoi de l’armée soit la légalisation du cannabis. C’est à celui qui se montrera le plus audacieux et le plus novateur, à celui qui sera le plus légitime aussi pour imposer son point de vue à tous les autres. « Moi, monsieur je suis maire d’une banlieue difficile », « moi monsieur je suis criminologue », etc.

Des experts naissent spontanément alors que la veille ils ne faisaient pas la distinction entre légalisation et dépénalisation et, fiers de leur toute nouvelle découverte, jouent les savants de longue date, assènent à tous les autres leur science récemment acquise. Des visionnaires jaillissent : Villepin, Vaillant, etc.

Quand j’entends la somme de bêtises, de préjugés et d’exagérations, je ne me sens plus de complexe à donner moi aussi mon avis sur un sujet que je ne connais que de très loin.

Avant toutes choses, je dois dire que le débat me semble très pertinent car on assiste à une débauche de moyens pour des résultats ridicules voire contreproductifs. Nous avons le droit d'exiger que les forces de sécurité soient employées à meileur escient. De plus ,on ne peut laisser les enfants d'écoles maternelles sous le feu permanent des guerres des trafiquants.

- La dépénalisation ou la légalisation ?

La dépénalisation consiste à faire sortir des actes d’un champ pénal donné. Par exemple, on va dire que la consommation du cannabis n’est plus un délit mais un acte passible d’une contravention ou décider que ce n’est plus un acte pénalement répréhensible du tout.

La légalisation va plus loin ; cela consiste à dire « moi, l’Etat, je deviens dealer ». Voilà, de mon point de vue , la différence que j’y vois. A mon sens (je ne suis pas un expert :-) ), la légalisation est dangereuse parce qu’elle ne répondra pas à l’objectif de faire disparaître les trafics. Il faut faire tomber les dealers et pour cela réorganiser les moyens de façon efficace. Bref, on cesse d’envoyer des raids de 500 policiers pour s’emparer spectaculairement de quelques grammes de cannabis dans une cité devant les caméras de télévision. L’exemple du trafic de tabac le montre mais aussi l’exemple des pays étrangers. La légalisation, c’est le retour de la « naïveté » socialiste. La dépénalisation en revanche, faut voir…

- La dépénalisation de quoi exactement ?

Daniel Vaillant et Julien Gray veulent légaliser la consommation mais aussi le trafic de cannabis. Et donc le trafic de drogue tout court parce que les gros trafiquants de cananbis ont tout un éventail d’activités. Mon avis de citoyen ordinaire est que la "légalisation contrôlée" est une illusion et que l'Etat ne va en réalité rien pouvoir contrôler. C'est toujours cette illusion des politiques qu'ils peuvent avoir la main sur tout alors que les choses leurs échappent en réalité.

J’inclinerait plutôt à la prudence en dépénalisant uniquement l’acte de consommation du cannabis. Mais jusqu'à quel point, je ne sais pas. Je dirai partiellement pour le rendre passible d’une simple contravention, voire complètement dans certains cas (prescription thérapeutique dans le cadre d’un suivi). Dépénaliser complètement la consommation me paraîtrait criminel et irresponsable. Lever l’interdit revient à donner un blanc-seing général pour des conduites à risques. Et que dira-t-on alors pour l’interdiction de fumer du tabac ?

Ne pas dépénaliser le trafic de nouveaux types de cannabis, plus toxiques, cela permet de se garder le droit de poursuivre le trafic en général. Et c’est la sagesse.

De plus il me semble que par cette voie, certains essaient de trouver une sorte de remède trois-en-un : réduire la délinquance, calmer les quartiers et donner à l’Etat une source nouvelle de revenus (taxes sur le cannabis légalisé) tout à la fois. Quelle ambition immense et soudaine ! Rappelons que l’idée part d’un constat d’impuissance et que cela devrait nous inciter à nous montrer humbles et prudents. Il me semble qu’à vouloir poursuivre trop d’objectifs par un seul moyen fausse le débat. La priorité n’est pas la recherche de recettes nouvelles pour le budget mais le retour à l’ordre public en dépénalisant mais sans tomber dans le laxisme généralisé.

En résumé : dépénaliser totalement ou partiellement l’usage mais pas le trafic.

- Vient le « comment » : Ici, je serai pour un esprit de méthode. A savoir

1 – A quel niveau ? national, européen, mondial ? On ne réglera pas la question sur le plan national : si on dépénalise dans l’Hexagone, on favorise la consommation intérieure mais aussi le tourisme de consommation de drogue. Il faut traiter la question sur le plan européen, ce qui permettra au passage de tirer profit de l’expérience de pays pionniers qui devraient communiquer leurs données en toute transparence.

2 – Il faudra y mettre les moyens : si on dépénalise pour alléger les tâches de la police et tailler aussitôt dans les effectifs, c’est en pure perte. Il faut affecter les moyens dégagés dans la lutte contre les trafiquants, dans la police de proximité, dans l’information et la prévention de santé publique.

3 – Il faut accompagner les jeunes des quartiers difficiles (*). Que faire des jeunes qui vont perdre leur gagne-pain de petits dealers du coin de la rue ? Si on ne fait rien, on va brusquement favoriser la violence ou leur reconversion sur des marchés plus juteux et plus dangereux. Il faut donc préparer des étapes préalables . Mais cela exige des moyens renforcés et notamment une politique de la ville plus ambitieuse et plus volontariste qu’aujourd’hui. Ainsi qu’une justice des mineurs efficace. Or, les professionnels du secteur se plaignent justement en ce moment de la politique de l’Etat avec la réforme sur la jeunesse délinquante et la faiblesse de leurs moyens.

(*) (je pars du principe que dans les quartiers chics, les jeunes s’en sortiront)

En résumé. Pour s’autoriser à penser la dépénalisation du cannabis, il faudrait déjà que la politique générale aille dans un sens favorable : insertion, formation, accès à l’emploi ou à d’autres formes d’activité (service civique, RSA…), renforcement de la prévention de la délinquance (et non restriction des moyens au profit de la seule répression comme le veut la réforme en cours), un nouveau sursaut de la politique de la ville. Les conditions ne me paraissent pas du tout réunies.

Un débat dans le cadre de la campagne présidentielle me semble s'imposer mais la question ne doit pas être traitée isolément. Un référendum peut-être. Voilà, ce n’était que mon point de vue.

par Taverne (son site) mardi 21 juin 2011 - 189 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par gaijin (xxx.xxx.xxx.75) 21 juin 2011 10:34

    la question est jusqu’ ou est il légitime de pénaliser les conduites a risque et quels risques sont acceptables et quels risques inacceptables .......
    la toxicité du cannabis étant inférieure a celle de l’alcool et son addictivité inférieure a celle du tabac le risque pour l’individu est faible
    le risque social quand a lui est lié a la conduite sous effet du cannabis outre le fait qu’actuellement les millions d’utilisateurs ne se gênent pas n’est il pas surprenant de constater que par ailleurs on ne se pose aucune question sur les psychotropes légaux dont nous détenons le record de consommation

    y aurait t’ il une société du deux poids deux mesures ? la rombière gavée de valium généreusement fournit par son dealer officiel a le droit légitime d’aller tuer des gens sur la route ? et pas le jeuns ?
    bien sur je caricature a la louche mais franchement ou est le sens dans ce débat ?
    ou est la réflexion de fond ?

    quand a l’argument classique du " privés de leur marché les dealers vont s’orienter vers d’autres produits " c’est ce qu’ils font déjà. les dirigeants du marché de la coke ayant décidés d’attaquer le marché européen ont cassé les prix pour conquérir une nouvelle clientèle

    la seule solution potentiellement efficace est de légaliser d’organiser le marché et d’avoir ensuite une politique d’éducation et de lutte contre la consommation
    peut être pourrait on au passage se demander pourquoi on détient des records de consomation de psychotropes ? y aurait il quelque chose de pourrit au royaume de françe ?
    hélas .....pauvre françe .....

    une idée au passage la coke c’est interdit non ? pourquoi ne pas mettre en place des contrôles systématiques dans les entreprises administrations médias ......
    c’est ça qui serait rigolo ( bien sur on commencerait par le haut de la pyramide )
    projet de réforme de la société française :
    pas de malades sexuels ni de drogués a des postes de pouvoir
    ( j’aurais bien ajouté pas de crapules mais on n’ à pas inventé le test de dépistage et il ne resterait pas grand monde )
     smiley

  • Par latortue (xxx.xxx.xxx.28) 21 juin 2011 11:16
    latortue

    aujourd’hui l’alcool est impliqué dans pratiquement la moitié des accident de la route le cannabis environ 6% que doit on interdire le cannabis ou l’alcool ????????
    je cite ’’Que faire des jeunes qui vont perdre leur gagne-pain de petits dealers du coin de la rue ’’ eh bien il vont allez au boulot comme tout le monde, c’est sur c’est plus fatigant et moins rémunérateur mais c’est légal et du boulot il y en a même pour les jeunes des banlieues seulement voila c’est très utile au pouvoir en place de maintenir l’insécurité et le chomage dans les banlieues.
    légalisation du cannabis je suis pour a 1000%

  • Par Scual (xxx.xxx.xxx.134) 21 juin 2011 13:16

    Mais alors, c’est quoi exactement une pharmacie ? C’est pas une endroit où l’État fait en sorte que les drogues soient utilisées intelligemment ?

    C’est quoi les supermarchés avec des rayons entiers d’une des drogues les plus dures et addictives existantes, et totalement contrôlée par l’État. Taxée selon son degré en substance active, on en a même fait une partie de notre patrimoine culturel, si c’est de la bonne came on lui colle un label et tout attention, en France on ne plaisante pas avec une drogue classée au même niveau que l’héroïne...

    Pourquoi autorise t-on cigarettes et cigares alors que le tabac est aussi plus dangereux que le cannabis ? On accepte même la vente de produits coupés chimiquement par les industriels pour augmenter l’"efficacité" de leur produit. Ils disent aromatisé, mais ça veut dire coupé. On appelle ça cigarettes blondes, et elles sont de loin les plus consommées.

    Le vrai problèmes de ceux qui ne connaissent pas le cannabis et les drogues en général, c’est pas qu’ils n’y ont pas gouté, c’est que leur connaissance, les informations qu’ils ont à ce sujet sont complètement fausses, manipulées voir complètement fantasmées. Ils racontent n’importe quoi, mais c’est surtout parce qu’on leur a raconté n’importe quoi et qu’ils sont manipulés.

    Pour comprendre les raisons profondes de cette diabolisation c’est très simple. L’effet du cannabis le plus connu est bien évidement celui d’antidépresseur... il suffit d’aller voir le chiffre d’affaire des antidépresseur en France et le nom des entreprises qui en font leur beurre pour comprendre qui sont les vrais ennemis du cannabis. Peut-être devrais-je même dire des français vu que c’est la sécu qui paie tout ça ?

  • Par illuminato (xxx.xxx.xxx.146) 21 juin 2011 11:18
    illuminato

    La prohibition entraine une délinquence chronique ,et c’est bien pratique ,pour des partis politiques à qui il ne rest plus que l’insécurité pour avoir des votes ...

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