Dans sa biographie, « la Vie et rien d'autre », que je suis en train de lire en ce moment, J.G Ballard raconte une anecdote parlante sur le basculement de la société vers l'allégeance quasiment absolue au consumérisme et aux marchés. Après ses études, il a vécu de petits boulots dont vendeur d'encyclopédies et collections de livres à bas prix.
Il raconte que pendant quelques temps après la guerre, ce commerce fût florissant, mais que lors de l'apparition de la télévision, on lui opposait la plupart du temps un refus poli ou pas, prétextant que la télévision suffisait pour s'informer et se cultiver, après que les ménagères et leurs époux lui aient vanté les mérites de leur nouveau réfrigérateur, la modernité de leur aspirateur, et le prix de leur bagnole, la ménagère et son conjoint la plupart du temps parfaitement incapables d'un minimum de recul sur leur comportement et leurs achats, et les conséquences de ces achats.
Ballard ne se pose pas au-dessus de la mêlée, ne se prend pas pour un oracle plus fort que les autres, prétention que l'on soupçonne chez tous ceux qui osent contredire le consensus social autour des deux ou trois idées reçues qui tiennent lieu d'opinions à la majorité des personnes.
Ballard ne fait que constater, une constatation qu'il a développée pendant toute son œuvre, pointant souvent la froide et navrante banalité du monde ultra-libéral, vivant dans un présent perpétuel aliénant mais confortable, reniant cependant petit à petit son humanité intrinsèque perdue quelque part entre la technocratie triomphante et la théocratie consolatrice qui est une déviation de la foi religieuse.
Actuellement, lors d'échanges, si l'on peut utiliser ce terme, sur le Net, mais pas seulement, on ressent la même impression que lorsque l'on s'égare plus ou moins par inadvertance dans une fête « gloubi-boulga nights » après avoir passé quarante ans, convaincu par une vague relation que ça « serait vraiment trop sympa de manger des fraises « tagada » en guise d'apéritif comme les « djeuns », allez viens quoi ! », abondance de lieux communs grotesques, de clichés à se tordre les mains de désespoir, de pseudo-gentillesse bien mièvre et bien sucrée consistant finalement à laisser croire que tout le monde il est beau il est gentil et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ainsi que le répétait assez souvent Pangloss dans « Candide ».
Il a fait de nombreux émules sur le réseau semble-t-il qui se tiennent à un positivisme absurde contre vents et marées, surtout, il ne faut pas aller contre, car là c'est « haro sur le baudet », l'hallali sur le méchant qui dit le contraire de ce que pense le troupeau docile et polyvalent prêt à toutes les bassesses pour offrir une console de jeux qui permette au petit dernier de flinguer un maximum de monstres baveux ou de terroristes z-étrangers en toute quiétude, ceci pour être comme les autres...
C'est quand même assez étonnant de constater combien une époque qui rejette pourtant violemment par ailleurs toute morale et toute transcendance se conduise en moralisant autant et se laisser aller très souvent à autant de sensiblerie écœurante et bien dégoûtante ; et tombent dans le piège d'autant de faux-semblants.
On me rétorquera que je râle, que j'ergote, que je « misanthropise », que je fais dans le « vieux con » alors que comme d'autres râleurs, chieurs et autres emmerdeurs d'ailleurs, je suis très présent sur le Ouèbe, moi aussi.
Certes, mais il n'est interdit nulle part ce me semble de cultiver des paradoxes dans son jardin secret ou public, et personne n'est d'un seul bloc, ou tout blanc, ou tour noir, ce que tendrait à laisser penser la société de 2011 pour laquelle il faut absolument rentrer dans un schéma ou un cadre bien précis, et bien délimité par les marchés économiques.
La perversité du système tend à prouver de toutes façons qu'il phagocyte et crée sa propre contestation qui, qu'elle soit de gauche ou de droite, du centre ou du plafond (basse de plafond parfois), fait au final partie intégrante du cirque médiatico-politico-économico-spectaculaire (ouf).
Ils m'accuseraient de populisme, de poujadisme, et autres péchés bibliquement inavouables (c'est leur excuse courante pour justifier leurs privilèges souvent exhorbitants) mais on trouve de ces pseudo-électrons libres un peu partout dans les médias, le « réac », le « gôchiste », le « quidam » de service qui tous tiennent parfaitement leur emploi en évitant soigneusement de traverser en dehors des clous.
Le public les huent ou les portent en triomphe selon son humeur et le sens du vent, que leur importe puisqu'ils profitent de leur minute de gloire ou des miettes de pouvoir ou d'illusion de pouvoir que leur laisse le véritable pouvoir qui est le pouvoir économique.
Quand ces esprits réputés non-conformistes osent enfin sortir de cet emploi, gare à eux, il leur en cuit, ils deviennent progressivement invisibles, sont ostracisés sans tambour ni trompette. Voire pire. Les naïfs des "7 de Tarnac" par exemple, qui ont seulement joué à une version adulte du jeu des "gendarmes et des voleurs", ont dépassé de très peu la ligne rouge mais suffisament pour être sérieusement inquiétés.
Ci-dessus le point de vue non-conformiste de Philippe Muray
Luchini lit Tombeau pour une touriste innocente... par Axiogene2007

| Don défiscalisé 10€ ou plus |
|
Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.
|
Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
ça n"a rien à voir, vous êtes dans l’abstraction. Le système a tout à voir avec (...)
23/11 11:38 - Amaury WatremezDans une démocratie parfaite et non un ersatz, l’ individualisme, peu à peu, doit (...)
23/11 00:50 - JeanCe n’est pas la démocratie qui est en cause c’est la société actuelle qui pousse à (...)
22/11 11:32 - Amaury WatremezVu, toute une éducation à faire, anecdote citée en vidéo, en Suisse des paysans vinrent aux (...)
22/11 11:09 - JeanBah, tout est "truquable", même l’ élection, le tout est un contrôle efficace, y a moyen (...)
21/11 16:56 - Jean
Pierre Lescure chante le rock
Taddeï l’anticonformiste, de Dieudonné à Chomsky
Violence des jeunes : vrai ou faux problème ?
Akhenaton : rap, religion et politique
Coline Serreau, la belle verte