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Et un de plus dans le placard !

Ça commence toujours pareil : une brève, succinte, que l’on laisse de côté, étant donné la masse d’info à trier le soir. Et puis ont s’intéresse à autre chose : à la Georgie, ou à l’organisation des attentats du 11 septembre, au fil de ce qu’on déniche et qui en vaut la peine. Et puis, parfois, on a un remords ; et si.. Et si la brève là, qui paraissait déjà bien bizarre au départ, ne cachait pas autre chose encore. Bingo. C’est le cas pour l’exemple qui va suivre. Mais revenons d’abord sur la nouvelle, telle qu’elle est apparue dans la presse... le 10 mai 2009. A savoir il y à peine 4 jours. Un "Ex-détenu libyen de Guantanamo se suicide dans sa prison en Libye" nous annonçait alors le monde international. "Ali Mohamed Abdelaziz Al Fakheri, connu sous le nom d’Ibn al cheikh Al-libi a été trouvé mort d’un suicide dans sa cellule", a indiqué le journal Oéa sans préciser la date ou la méthode de suicide." Un suicide de détenus, nous en avons déjà assez dans les geôles françaises pour qu’on ne s’y intéresse pas tout de suite. L’information nous était bien passée sous le nez sans qu’on réagisse.

Certes, mais nous aurions dû être davantage vigilant : un suicide dans une prison Libyenne ne peut être que suspect, quand on connaît comment ces prisons fonctionnent. On y meurt davantage de sévices que de suicides. En 2007, un rapport d’Amnesty fustigeait le rôle de la répression dans le cas de la prison d’Abou Salim. Nous ne rappelons pas ici les tortures infligées aux infirmières bulgares, elles ont eu droit à leurs coupures de presse, les pauvres, au temps de leur libération. En 2000, déjà, un évadé algérien en avait dressé un tableau assez apocalyptique de ces prisons. " Dans la grande salle où j’étais, il n’y avait pas assez de lits, alors on les rapprochait les uns des autres et on se serrait à quatre ou cinq sur 2 lits. Les autres dormaient à même le sol sur le passage, sous les lits, près de la porte... Il y avait un seul WC pour tout le monde et le matin, c’est la chaîne jusqu’à l’heure du repas avec les odeurs nauséabondes. Nous avions choisi, moi, mon ami et un Marocain que nous avions connu, un coin près d’une fenêtre avec des barreaux. Tous les jours, c’était la même chose, réveil, chaîne pour les besoins, 10 minutes de promenade, « repas » (750 g de pain en 24 h et un légume bouilli). Ce régime d’ascète m’a fait perdre 15 kg. En 16 mois de détention, j’ai reçu une seule visite, celle de ma famille".. quant à savoir pourquoi ce patissier avait atterri là, c’est simple : il n’avait pas à y être : "L’audience au tribunal se résume comme suit : « Avez-vous vendu la drogue oui ou non ? », lance le président. « Mais, monsieur le président, je vais... ». « Répondez à la question ! » reprit-il. Ça s’arrête là. Même si vous répondez non, c’est la même chose ? 3 ans de prison." ... A partir de là, l’annonce d’un "suicide" aurait dû davantage m’alerter. Surtout que le gars en cause n’avait rien d’un pâtissier. Mais avait été incarcéré lui aussi à la sinistre prison d’Abou Salim. Et en 1996 on y avait allégrement massacré, dans cet enfer.

D’autant plus en effet que notre suicidé n’était pas n’importe qui. Car c’est un homme clé de l’après 11 septembre, qui vient de disparaître, un de plus, envoyé dans les placards de W.Bush, déjà passablement encombrés comme on l’a déjà expliqué ici. Pour résumer rapidement sa vie, on relit la dépêche : "Ancien cadre d’Al-Qaïda, Ibn al cheikh Al libi, 46 ans, était notamment responsable de Khalden, un camp d’entraînement d’Al Qaïda en Afghanistan. Il a été arrêté en 2001 par les forces de la coalition, alors qu’il tentait de traverser les frontières afghano-pakistanaises. Cet ancien détenu de Guantanamo a été livré en 2006 à la Libye où il a été condamné à la prison à vie." Ah, ça change pas mal de choses, ça. Le gars aurait été un des pré-terroristes, de ceux que la CIA a entraîné pendant des années pour combattre les soviétiques, du type Clintonien (le mari de l’autre secrétaire d’état), aurait été raflé dans la grande quête post Tora-Bora ou son chef avait réussi miraculeusement à s’échapper. Puis il aurait connu cinq ans les joies de Guantanamo et aurait enfin été réexpédié voici deux ans dans son pays d’origine ? Joli parcours, non ? Et c’est celui là qu’on aurait retrouvé mort... suicidé ? Curieux hasard, non ? Le sixième dans la hiérarchie d’Al-Quaida avait donc été relâché et envoyé ailleurs, et on l’ignorait ? Moi qui croyait que la priorité avait toujours été de pincer toute l’organisation, je déchante là... Un gars qui a résisté cinq ans aux tortures de Guantanamo et qui soudain se paie un gros coup de blues et se fout en l’air ? Les tortures lui manquaient ou quoi ? Certainement pas, remarquez : là où il était désormais, ça devait être... pire. Comme le disait justement une journaliste américaine qui s’était penchée sur le retour en Libye de prisonniers de Guantanamo. Rien que le titre de son opus annonçait la couleur : "Guantanamo to Abu Salim : Frying Pan to Fire" écrivait Joanne Mariner. De la poêle au feu...

Mariner n’y allait en effet pas par quatre chemins : à Abou Salim, c’est clair, on torturait aussi, et depuis plus longtemps : "Human rights groups believe that many if not most of the prisoners held there were tortured while being interrogated after arrest. The State Department’s annual human rights report also says that Libyan security personnel have "routinely tortured" persons in their custody. Human Rights Watch documented serious allegations of torture in its 2006 report on Libya. Fifteen out of 32 prisoners interviewed reported having been tortured during interrogations by Libyan security personnel. Prisoners reported being subjected to electric shocks, hung from walls, and beaten with clubs and wooden sticks during interrogation." En renvoyant Al Libi là-bas, on pouvait s’attendre à ce qu’il subisse à nouveau le même rituel, c’est une évidence. Comme pour Al-Rimi, autre prévenu renvoyé à Abou Salim :  "Despite Libya’s appalling record, the U.S. government has already transferred one Libyan prisoner from Guantanamo to Libyan custody. Last December, Muhammad Abdallah Mansur al-Rimi, who the U.S. accused of being an LIFG member, was sent back home". Le problème, c’est qu’Al-Rimi n’était pas Libyen, mais Yéménite : "Because he had never been allowed to see a lawyer while held at Guantanamo, no one outside of the facility was aware of his views about return, or could challenge his return in court. A hint of al-Rimi’s concerns can be found, however, in the transcript of an administrative hearing he was provided in 2004. Explaining why he had lied about his nationality at one point, claiming to be from Yemen, he said "I had a problem with the Libyan government and it is a long story." Al-Rimi aurait été détenu en Angleterre que cela ne se serait pas passé de la sorte. Car en Angleterre, le retour en Libye a été interdit par décision judiciaire : "Indeed, just a couple of months ago, a special British immigration court ruled that the U.K. government could not send two Libyans home based on no-torture promises from Libya. Like al-Qassim, both men were accused of being members of the Libyan Islamic Fighting Group. Based on its assessment of the men’s status and Libya’s human rights situation, the court concluded that there was a "real risk" that the Libyan government would fail to abide by its promises of humane treatment. " Certains prisonniers d’Al-Qaida ont plus de chances que d’autres, visiblement, dans le monde, selon qu’ils soient américains ou... anglais. Au retour en Libye, Al-libi ne pouvait donc s’attendre qu’à de nouveaux sévices,, Khadafi n’appréciant pas vraiment les islamistes extrémistes, même s’il se présente lui-même comme un prophète, parfois : "The court stated, in explaining its ruling, that torture is "extensively used against political opponents," and that "Islamist extremists and LIFG (le Libyan Islamic Fighting Group) members are the most hated by the Libyan Government, the Security Organisations and above all by Colonel Qadhafi". Aucune chance de s’en sortir.

Car tout cela ne tient pas debout, pour Al-Libi. En fait, notre homme avait eu son importance en 2003 : c’est bien lui qui était devenu l’informateur principal...de Colin Powel, oui, l’homme à la fausse fiole d’Anthrax onusienne : "He became the unnamed source, according to Senate investigators, behind Bush administration claims in 2002 and 2003 that Iraq had provided training in chemical and biological weapons to al-Qaeda operatives. The claim was most famously delivered by then-Secretary of State Colin L. Powell in his address to the United Nations in February 2003". Ibn al cheikh Al-libi bien que déjà torturé, avait eu droit à sa présentation Powerpoint, la célèbre manipulation devant l’ONU en février 2003. Après avoir quitté ses fonctions, Powell parlera "d’erreur" en ce qui concerne sa mémorable prestation "Powell later called the speech a "blot" on his record, saying he was not given all available intelligence and analysis within the government. The Defense Intelligence Agency and some analysts at the CIA had questioned the veracity of Libi’s testimony, which was obtained after the prisoner was transferred to Egyptian custody for questioning by the CIA, according to Senate investigators." Al- Libi avait été torturé à ce moment-là en Egypte, dans une de ses prisons cachées, puis avait pris un de ses célèbres Gulfstream blanc pour rejoindre Guantanamo, où les séances avaient recommencé. Selon Powell, donc, qui le tenait soi-disant de Libi, Saddam Hussein avait donc bien un stock d’armes chimiques, qu’il avait montré, en long et en large à l’ONU, en projetant une belle diapositive montrant un camion muni d’une unité mobile de fabrication de gaz sarin... une belle modélisation en 3D faite à partir de la saisie d’un véhicule qui se révélera être une unité.. météo. Mais bon, puisqu’il avait avoué, l’infâme terroriste, là, ce devait être vrai. La séance de Powell "superstar"  à l’ONU, on la montrera encore dans cinquante ans comme chef d’œuvre de désinformation, à coup sûr. Une honte, dans cette enceinte quasi sacrée.

Manque de chance, des journalistes avaient retrouvé la trace des interrogatoires musclés égyptiens et en avaient conclu que notre homme avait en fait répondu ce qu’on lui avait demandé (et pas vraiment gentiment, on le sait) de répondre : "In their book "Hubris : The Inside Story of Spin, Scandal, and the Selling of the Iraq War," Michael Isikoff and David Corn said Libi made up the story about Iraqi training after he was beaten and subjected to a "mock burial" by his Egyptian interrogators, who put him in a cramped box for 17 hours. Libi recanted the story after being returned to CIA custody in 2004.". Enfermé pendant 17 heures dans une boîte ne consiste pas je pense à préparer un nouveau numéro de Majax. Un numéro qui avait failli être meilleur que ceux d’Houdini. en 2006, quand Georges W.Bush décide de regrouper à Guantanamo les ténors d’Al-Quaida arrêtés un peu partout... bizarre, il n’y a pas d’ Al-libi dans le lot. L’homme n’est pas en Egypte, c’est sûr, mais pas non plus à Guantanamo, où il devrait être pourtant depuis près de 5 ans. Il avait... disparu. Houdini, je vous dis !

En fait de disparition, un groupe d’activistes des droits de l’homme le dégottera tardivement en 2008... en Libye, où il a été secrétement renvoyé via un Gulfstream de retour depuis deux années déjà. "When President George W. Bush ordered the 2006 transfer to Guantanamo Bay, Cuba, of high-value detainees previously held in CIA custody, Libi was pointedly missing. Human rights groups had long suspected that Libi was instead transferred to Libya, but the CIA had never confirmed where he was sent." Selon Tom Malinowski, le directeur du Washington office of Human Rights Watch, il y avait été expédié pour éviter de découvrir la honte consistant à avoir emprisonné et torturé quelqu’un qui ne savait rien. La honte d’avoir à montré que toute l’opération irakienne reposait sur un gigantesque mensonge. "He was Exhibit A in the narrative that tortured confessions contributed to the massive intelligence failure that preceded the Iraq war." Cachez-donc ce prisonnier qu’on ne saurait plus voir. Cachez-le, d’autant plus qu’il faut qu’on discute affaires avec vous... les Libyens.

Deux envoyés spéciaux de Human Rights dépêchés le 27 avril sur place en Libye avaient pu brièvement renconter un Al-Libi furieux, qui n’avait pas mâché ses mots à leur égard :"where were you when I was being tortured in American prisons ?". Confirmant ainsi qu’il avait bien fait un séjour à Guantanamo et avait été rexpédié en 2006, sans jamais avoir vu personne et encore moins un avocat. Toute la splendeur de l’inhumanité de Guantanamo lancée au visage des deux envoyés. Une sorte de prisonnier fantôme, errant de lieu de rétention en lieu de rétention, au bon gré des programmes de vols des discrets avions blancs. Ou de L’USS Bataan et l’ USS Peleliu, qui servaient de bateaux-prisons flottantes. Ce seront ces dernières paroles. L’homme qui aurait pu nous confirmer que cette histoire d’armes de destruction massive était du flan était mort sans pouvoir nous le confirmer. Un de plus. Les placards de Bush ressembleront bientôt à des fosses communes.

Remarquez, avant d’arriver en Libye, il était encore vivant. Un autre l’était aussi : Mohamed al-Kahtani, torturé pendant 49 jours consécutifs au point d’être devenu fou.  "Mohamed al-Kahtani, un homme d’affaires saoudien soupçonné d’avoir tenté d’entrer aux États-Unis en 2001 afin de devenir l’un des pirates de l’air du 11-Septembre. Il a été torturé pendant 49 jours, du 23 novembre 2002 au 11 janvier 2003, à raison de 20 heures par jour. Il a été soumis à de longues périodes de privation de sommeil, placé nu dans des chambres froides, sexuellement humilié, menacé avec des chiens, traîné en laisse à quatre pattes, bombardé de musique… tandis que des médecins lui injectaient des produits pour qu’il se tienne en éveil plus longtemps. Il est pratiquement devenu fou. Tant et si bien que des enquêteurs militaires du Département américain de la Défense ont estimé, en 2006, qu’il serait « impossible » de juger al-Kahtani en raison du traitement qu’il avait subi. De fait, il a été inculpé, puis tous les chefs d’inculpation à son encontre ont été abandonnés en mai 2008, sans explication." C’est fou ce qu’on a pu torturer pour ne rien obtenir...

Et pourtant :à Washington, tout le monde savait qu’il n’y en avait aucune, d’armes destructrices, car ils n’en n’avaient pas trouvé un seule, même après l’invasion. Dans leur livre, David Corn et Michael Isikoff le racontent dans le détail. Le gouvernement américain, pressé par ses électeurs, s’était pourtant choisi un envoyé spécial, sélectionné par la CIA, David Kay, pour établir un rapport précis sur les armes de Saddam, ou pour essayer d’en trouver, le pays une fois conquis. En trouver eût été l’occasion d’une superbe campagne de promotion Bushienne sur le thème "nous vous l’avions bien dit"... "In 2003, which was to look for the WMDs. They didn’t start really until a few months after the invasion. And David Kay, before the war, firmly believed that there were WMDs. He was an NBC News consultant, had testified before Congress and had said so many a time. So he took the job, saying, “Now I’m going to get to find everything.” And he went there. After six, seven weeks, he started coming to the conclusion that there were no WMDs to be found." Revenu présenter son rapport à Washington, il avait été ainsi accueilli : " in the office is the President, the Vice President, the National Security Advisor, Condi Rice. Paul Wolfowitz is there. Scooter Libby’s there. And I think Rumsfeld might have been there, as well’. Pas un seul, y compris Georges Bush ne lui posera de question supplémentaire à la fin de son exposé expliquant son fiasco : "and then he looks around the rest of the room, and everybody, perhaps being deferential to the President—you know, Cheney and Rumsfeld, who are known to be quite harsh when it comes to interrogation skills, you know—don’t say anything, as well. So David Kay walks out of the office. And as he tells us—it’s quoted in the book—he says he had never met a more un-inquisitive fellow at such a senior level of government. And he is shocked by this." Silence de mort, pas une question pas une seule. Ils savaient tous dans la pièce qu’il n’y en avait pas, d’armes de destructions massives. Bush, Cheney, Rumsfeld, Libby, Wolfowitz et Rice, tous le savaient. Tous, sans exception.

Le 18 décembre 2007, changement de décor, donc, pour la Libye : AECOM Technology Corporation, une société américaine de services annonçait ce jour-là avoir signé un contrat mirobolant de 574 millions de dollars pour équiper l’état Libyen d’une infrastructure de bâtiments et d’un réseau d’approvisonnement autour des principales villes du pays : "The scope of this effort on the part of the Libyan HIB includes the construction of new housing and infrastructure systems for all major cities in Libya ; urban design and development ; housing units and residential settlements ; upgrades to existing infrastructure, roads, highways, bridges, water, wastewater and other utility systems ; and environmentally focused sustainable processes." Pour tout dire, on avait alors oublié que le président d’Aecom avait lui aussi une vieille casserole de suicidé au derrière. En 1994, un de ses subordonnés, Richard Ablamsky, avait été retrouvé mort suicidé dans son bureau du Port de Manhattan, l’homme étant en relation avec Frederic R. Harris qui travaillait sur un gros contrat de liaison ferroviaire entre Manhattan et les aéroports autour "Investigators are looking into whether he passed secret Port Authority documents to his employer, Frederic R. Harris Inc., thereby helping the Manhattan company win a $10 million contract as part of the rail project.". L’homme avait auparavant pris soin de refroidir sa maîtresse. C’est fou ce qu’on trouve comme cadavres dans les placards de responsables américains.

A la table d’administration de Aecom, il est vrai, on trouve aussi Norman Mineta, le "Vice President for Special Business Initiatives" de Lockheed Martin Corporation. Où un dénommé Donald Rumsfeld siégeait aussi (sa femme Lynn l’ayant remplacé !). Lockheed se gave de contrats d’état depuis un demi-siècle en fait sur le dos des citoyens américains ponctionnés en impôts. En 2007, un des employés de l’administration de l’aéronautique Ken Pedeleose, ingénieur à la Defense Contract Management Agency, avait levé un beau lièvre en donnant les tarifs proposés par Lockheed-Martin pour réparer le vieux C-5 Galaxy qui accusait alors le poids des ans : "Pedeleose and two other colleagues concluded in a 2002 report that Lockheed Martin sought to bill the Air Force $714 per rivet and $5,217 per inch-long bracket in the company’s C-5 production program. The government-recommended price for the rivet was $53 and $258 for the bracket." 700 dollars LE rivet et plus de 5000 le support de rivet. ... chez Lockheed, les piéces détachées étaient vendues au prix du platine... Lockheed, comme AECOM lorgne comme tout le monde depuis des années vers la Libye, en rêvant de lui vendre un jour des avions militaires, Boeing se chargeant déjà des civils. En janvier 2008, un bon nombre de firmes US lorgnaient logiquement vers les contrats Libyens : " Major U.S. companies are jockeying for tens of billions of dollars in infrastructure and other big projects in oil-rich Libya, as ties between the former foes warm." Parmi celles-ci, "Lockheed Martin Lockheed Martin Corp, the Pentagon’s No. 1 supplier, joined Boeing and about 20 other U.S. companies last month on a trip to Libya sponsored by the National U.S.-Arab Chamber of Commerce". L’ouverture Kadhafienne entérinée par Nicolas Sarkozy n’est pas tombée dans l’oreille de sourds : "Lockheed, Boeing and Raytheon, also on the trip, are no doubt eyeing longer-term opportunities to sell billions of dollars of advanced arms to Libya, which entered good U.S. graces after giving up weapons of mass destruction in 2003". 

Tiens, mais c’est vrai ça, la Libye aussi avait été en son temps accusée de détenir des armes de destruction massive ! On l’avait même bombardée au F-111 pour ça dans un raid reaganien resté mémorable, le 15 avril 1986, et où Khadafi avait perdu une de ses filles. ("Libyan radio reported many casualties, including Gaddafi’s 18-month-old adopted daughter Hana"). L’ambassade de France avait échappé de peu aux bombes ce jour-là. Mais en 2003, justement, la Libye annonçait officiellement y renoncer, à ses armes. Définitivement. Saddam Hussein aussi, mais il avait clamé l’inverse pendant des années. Une annonce faite conjointement par Blair et Bush, d’ailleurs pour saluer la décision libyenne. Aujourd’hui, c’est simple, donc, depuis six ans, tout est donc rentré dans l’ordre et les affaires peuvent reprendre : le ministre de des affaires étangères de la Libye, Mohammed Abdel-Rahman Shalgam, ne parle même déjà plus de terrorisme."We don’t speak anymore about war or confrontation or terrorism," Shalgam said after signing a U.S.-Libyan science and technology cooperation pact. "No, the contrary : Wealth of the people, cooperation, investments, peace and stability". Et c’est vrai, ça, quoi de plus "stable" qu’un terroriste mort ?

La paix et la stabilité... ça n’a pas de prix ! C’est oublier un peu (beaucoup) la période précédente, en effaçant une à une toutes les traces compromettantes antérieures. Al-Libi n’avait aucune chance de sortir vivant de Guantanamo, il est mort ailleurs. Ça fait plus discret. Vivant, il embarrassait tout le monde, mort il facilite les relations commerciales. Il est donc mort "suicidé" dans l’indifférence générale. La preuve : tout le monde, y compris votre serviteur, a squizzé la dépêche annonçant sa disparition. Celle de l’homme qui savait qu’il n’y avait aucune arme de destruction massive chez Saddam Hussein, et dont avait colporté l’idée comme quoi il l’avait avoué. A coup de décharges électriques ou de simulations de noyade. C’est une mule bien chargée qui venait de mourir. Aux dernières nouvelles, Colin Powell, passionné de voitures de sport comme notre premier ministre, roule toujours en coupé Chevrolet Corvette silver modèle 2005, ou fait du rap, fait le joli cœur, il n’est ni enfermé à Guantanamo ni même mort en Libye, le veinard.

Aux Etats-Unis comme en Libye, c’est à croire, on se suicide pour un un rien. Pour quelques millions de dollars de contrats, disons.

 

PS : voici le texte de la déclaration de Powell à l’ONU.

« Chers collègues, toute description que je fais aujourd’hui est étayée par des sources, des sources solides. Ce ne sont pas de simples affirmations. Nous vous donnons des faits et conclusions basés sur des renseignements solides*. Nous possédons des descriptions de première main d’usines d’armes biologiques sur roues et sur rails. En l’espace de quelques mois, ils sont en mesure de produire une quantité de poison biologique égale à la quantité totale que l’Irak prétendait avoir produite avant la guerre du Golfe. Il ne fait aucun doute que Saddam Hussein possède des armes biologiques et la capacité de produire rapidement beaucoup plus encore. Saddam Hussein et son régime dissimulent leurs efforts pour produire des armes de destruction massive (...) « plus de 8.500 litres d’anthrax, 18 laboratoires mobiles de production d’agents bactériologiques, de 100 à 500 tonnes d’agents chimiques dont le gaz innervant VX, le programme nucléaire sur le point d’aboutir, les photos satellites. Saddam Hussein a entrepris des recherches sur des douzaines d’agents biologiques provoquant des maladies telles que la gangrène gazeuse, la peste, le typhus, le choléra, la variole et la fièvre hémorragique ».

*...en fait de "renseignements solides, Powell disposait des "aveux" extorqués par la torture d’Al-libi et des racontars du mythomane Rafid Ahmed Alwan au nom de code "Curveball". Selon les observateurs, Powell avait tenu à avoir Georges Tenet directeur de la CIA a ses côtés, et avait rejeté la première mouture bâclée du texte préparé par Lewis Libby, qu’il avait vivement jeté par terre. Curveball avait été retrouvé en Allemagne par des journalistes américains du magazine 60 minutes à qui il avait avoué avoir tout inventé. Les services spéciaux français le savaient : leurs collègues allemands leur avait dit. On comprend mieux aujourd’hui la position de Jacques Chirac et on apprécie davantage le magnifique discours du premier ministre de l’époque Dominique de Villepin à l’ONU, pour s’opposer fermement à l’entrée en guerre :"une intervention militaire prématurée remettrait en cause cette unité, ce qui lui enlèverait sa légitimité et, dans la durée, son efficacité. Elle pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d’injustice, aggraverait les tensions et risquerait d’ouvrir la voie à d’autres conflits". Pour la France, il n’y avait aucun lien entre Ben Laden et Saddam Hussein, ce qui fut confirmé après. Confirmé par Lawrence Wilkerson, l’ancien directeur de cabinet de Colin Powell, qui accuse nommément Dick Cheney, aujourd’hui au centre du problème. Cheney, aujourd’hui, est en fort mauvaise posture.

par morice samedi 8 août 2009 - 42 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par morice (xxx.xxx.xxx.77) 8 août 2009 11:08
    morice

    C’est complètement ILLISIBLE et de plus, je ne comprends rien en anglais ! :(((


    on va changer de méthode alors. Vous savez que vous n’êtes pas obligée de lire les extraits anglais ? Ils ne sont là que comme source. Ça se lit aussi sans.... 
  • Par Cursoux Gérald (xxx.xxx.xxx.243) 8 août 2009 11:27
    GéraldCursoux

    L’vantage du papier journaliste c’est de faire court. Si AgoraVox doit être le journal psy de morice qu’on le dise, on passera ailleurs... D’ailleurs l’ailleurs n’est jamais bien loin en matière de presse papier. La logorrhée du plumitif est une maladie grave... Mais morice a raison : on n’est pas obligé de le lire ! La longueur de la page m’en a dissuadé.
    PS : inutile de me répondre je ne reviendrai pas chez morice. Adieu donc... et bon vent comme dit l’autre.

  • Par LeGus (xxx.xxx.xxx.149) 8 août 2009 11:04
    LeGus

    Bien vu.
    Maintenant le coups des ADM on pouvait s’en douter déjà à l’époque du fait des sanctions infligées a l’Irak après la guerre au Koweït, qui comportait un volet désarmement très strict.
    Powell était grotesque à l’onu, et sa fiole agitée nonchalamment ne pouvait être que bidon.

    Les média ont à cette occasion comme à d’autres été de véritables propagandistes de guerre en ne faisait pas preuve de beaucoup d’esprit critique, et plus grave en nous exhibant des buckner goupil et glucksman.

    L’info est bien sur le web grâce à des gens comme vous, et plus du tout dans les torchons des collaboratrices horizontales que sont devenus les journalistes mainstream.

    Très cordialement.

  • Par stephanie (xxx.xxx.xxx.99) 8 août 2009 10:53
    stephanie

    Morice,
    Alors là RAS LE BOL !!!
    Une phrase en français, une phrase en anglais, ETC .....et ça continue pour tout le texte ....
    C’est complètement ILLISIBLE et de plus, je ne comprends rien en anglais ! :(((
    Alors, s’il vous plait, faites un effort, tout le monde n’est pas bilingue , ou je zappe tous vos articles, souvent intéressants.
    Mille mercis par avance.

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