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Accueil du site > Tribune Libre > Etienne Chouard, Don Quichotte des temps modernes -V (Fin)

Etienne Chouard, Don Quichotte des temps modernes -V (Fin)

Propositions : pour une éducation à la démocratie

 

« On voit s'ériger des générations d'enfants qui, faute d'un éveil à la vie,

sont réduits à n'être que des consommateurs insatiables, blasés et tristes. »

Pierre Rabhi

1) Approche par les « capabilités » et reconnaissance de la diversité des points de vue sur le monde

La notion de « capabilités » a été précisément développée par l’économiste et prix Nobel de sa discipline Amartya Sen et la philosophe américaine Martha Nussbaum pour dépasser cette clôture de la signification caractéristique du paradigme néolibéral. Le point de départ de leurs travaux est une critique de la très célèbre « Théorie de la Justice » de John Rawls, qui constitue en quelque sorte la formulation la plus systématique de cette éthique procédurale « économystifiante ». L’objectif de sa théorie est de justifier par l’éthique une certaine forme de redistribution des « biens premiers » au sein de la société. Aussi élabore-t-il une procédure de justification purement « abstraite », appelée « argumentation en pensée », et consistant à « imaginer » ce que serait les conclusions d’un débat entre personnes « rationnelles » au sujet de la « juste » redistribution des biens (exemple remarquable de clôture du raisonnement), et ce afin d’établir des « principes de justice » ayant valeur de constitution (en ce sens qu’ils sont sensés pour leur auteur présider à toute formulation de lois positives). Or, outre le fait que ce débat aboutissant à un accord sur ces principes soit purement fictif et émanant de l’imagination d’une seule et même personne, Rawls admet comme définition de l’individu rationnel celle de l’égoïste formulée par l’école du Public Choice ! Dès lors il est peu étonnant que son « argumentation en pensée » débouche sur une philosophie qui, pour reprendre les mots de l’économiste G. Maissin, « renforce la légitimité du marché, par le biais de l'argumentation éthique ».

Ainsi, ce que Sen et Nussbaum reprochent à Rawls, c'est donc de ne s'intéresser qu’à une égale redistribution des biens matériels (ce qui ne revient ni plus ni moins à promouvoir un égal accès à la consommation) et non à l'effet de ces objets sur l'individu. Or ce qui compte, ce ne sont pas les revenus mais ce qu'ils procurent. Selon eux, si on déplaçait l'attention des biens vers leurs effets, on aurait une vision plus satisfaisante car l'on prendrait en compte alors les possibilités qu'ont, ou non, les Hommes de transformer leurs biens en modes de vie. Cette possibilité de transformation est ce que l’économiste et la philosophe appellent « capabilité ».

La notion de « capabilités » est ainsi introduite afin de désigner « les possibilités, les chances, qu'a l'individu de réaliser ses objectifs » ou encore de « choisir entre des modes de vie possibles et souhaitables » (Sen, 1987). Sous son apparence de truisme, cette approche constitue une avancée inédite au regard de l’analyse rawlsienne évoquée plus haut : alors que celles-ci se focalise sur les moyens et les dispositifs susceptibles de favoriser l'équité dans la distribution des ressources, l'approche par les capabilités met l'accent quant à elle sur les possibilités réelles qu'ont les individus de choisir entre différents types de vies. C’est en ceci que l’approche par les capabilités constitue le fondement de ce que l’on nomme la « justice de la reconnaissance », dans la mesure où elle repose sur la reconnaissance de la diversité des perceptions du monde et des valeurs particulières qui y sont liées.

Or, c’est précisément cette prise en compte de la diversité des points de vue que Marc Maesschalck jugeait indispensable pour sortir de l’écueil que constitue ce bouclage de la rationalité occidentale sur elle-même. De fait, la diversification seule peut permettre la contradiction, la contre-expertise, et donc, pour reprendre les mots de J-M Ferry, cette « critique permanente pensée comme procédure rationnelle de la révision des vérités scientifiques et éthiques » nécessaire à la déstabilisation de la raison actuellement dominante.

Nous allons maintenant voir comment dans la pratique une telle prise en compte de la diversité trouverait sa traduction la plus efficace dans la mise en place d’une éducation qui, privilégiant l’expression rationnelle de cette diversité, notamment par l’enseignement des arts et des sciences humaines, favoriserait non plus l’efficacité d’un marché uniquement mû par le profit, mais bien le caractère démocratique de nos sociétés actuelles.

 

2) Principes d’une « éducation à la démocratie »

 « Nous traversons actuellement une crise de grande ampleur et d’envergure internationale. Je ne parle pas de la crise économique mondiale qui a débuté en 2008 ; je parle d’une crise qui passe inaperçue mais qui risque à terme d’être beaucoup plus dommageable pour l’avenir de la démocratie, une crise planétaire de l’éducation. » (Nussbaum, 2010).

C’est en ces termes que la philosophe américaine Martha Nussbaum expose le motif pour lequel elle a entreprit, à travers son essai Not for Profit. Why democracy needs the humanities, d’intégrer le thème de l’éducation au sein de sa réflexion globale sur les questions de justice et de développement.

S’opposent en effet pour la philosophe deux modèles d’éducation : l’éducation tournée vers le profit d’une part, et l’éducation tournée vers la démocratie d’autre part. Le premier, dominant, est assujetti à l’exigence de croissance économique Il cherche à produire des élèves ou des étudiants disposant de certaines capacités pratiques standardisées leur offrant la possibilité d’évoluer au sein d’un système concurrentiel normalisé. A long terme, avertit-elle, ce modèle menace l’avenir même de la démocratie. Prenant pour exemple le modèle chinois, elle affirme : « la croissance économique n’engendre pas la démocratie[1] ». Plus fondamentalement, pour Nussbaum, ce type d’éducation favorise et cultive une des deux tendances psychologiques s’opposant –se clashant, au plus intime de chaque l’individu, à savoir ici la tendance individualiste, exclusive et agressive.

Le second modèle, celui d’une éducation tournée vers la démocratie, valorise quant à lui la seconde tendance, égalitaire et empathique.  En effet, pour l’auteure, une démocratie vivante requiert des citoyens en quête d’égalité et de respect mutuel. Or ces qualités ne sauraient être développées sans provoquer l’activité critique de l’esprit, et, par-dessus tout, sans prendre le temps que demande l’expérience artistique, par laquelle s’éveille l’émotion démocratique, essentielle dans la philosophie de Nussbaum, qu’est l’empathie : le rôle des arts dans la vie humaine est, avant tout, de nourrir et de développer la capacité d’empathie[2]. Dans cette perspective, les arts, les lettres et les sciences humaines constituent à ses yeux des enseignements dont la démocratie, pour qu’elle survive, ne peut faire l’économie :

« La logique ou la connaissance formelle seules ne suffisent pas à mettre les citoyens en rapport avec le monde complexe qui les entoure. Une troisième capacité du citoyen, étroitement liée aux deux premières, est ce qu’on peut appeler l’imagination narrative. J’entends par là la capacité à imaginer l’effet que cela fait d’être à la place d’un autre, à interpréter intelligemment l’histoire de cette personne, à comprendre les émotions, les souhaits et les désirs qu’elle peut avoir »

Rappelons maintenant que pour Maesschalck, le principal écueil de notre éthique procédurale postmoderne était qu’elle refusait « le dialogue avec d'autres formes de rationalité éthique (pourtant tout aussi opérationnelles), ce qui [la fermait] à l'apprentissage du point de vue d'autrui ». Or, que nous dit Nussbaum ?

« Un tel développement [de l’empathie] doit, pour une bonne part, avoir lieu en famille. Mais l’école et même l’université jouent également un rôle important. Pour qu’elles l’assument convenablement, elles doivent accorder une place centrale aux humanités et aux arts, et cultiver un type d’éducation participatif qui éveille et affine la capacité à voir le monde à travers les yeux d’autrui »

Le développement, par l’éducation, de cette « capacité de voir le monde à travers les yeux d’autrui », est donc pour la philosophe le moyen par lequel la reconnaissance de la diversité des perceptions du monde est ainsi rendue possible. Cette diversité constitue précisément ce qui, selon notre hypothèse, permet de lever cette clôture de la signification aussi dogmatique que mystifiante. Avec Nussbaum, l’empathie est donc comprise comme préalable indispensable à l’esprit critique, esprit critique lui-même préalable indispensable à l’exercice de la citoyenneté.

Or, dans cette perspective, les humanités et les arts apparaissent pour l’auteure seuls à même de favoriser les comportements qui privilégient la participation à la démocratie sur le mode de la critique. Car pour Nussbaum, l’esprit critique donne « un contenu et une vérité à la possibilité même de la transformation politique ou sociale ». En particulier, l’imagination, que les arts et les humanités cultivent, « invite à considérer le monde sous des aspects nouveaux. Elle participe pleinement à une vision de la justice sociale. Il semble que dans Les émotions démocratiques, l’intérêt de Martha Nussbaum pour la mise en œuvre d’une véritable politique de la participation en démocratie prend corps » (Brugère, 2013).

Concrètement, quelles sont ces « capabilités » qu’il faudrait favoriser ? La philosophe américaine propose une liste[3] des compétences fondamentales devant être développées chez chaque citoyen  :

-La capacité de penser sérieusement les problématiques politiques qui concernent la nation, pour examiner, méditer, discuter et débattre, sans en déférer à aucune tradition ni autorité

-La capacité à reconnaître ses concitoyens comme des êtres jouissants de droits égaux, quand bien même ils seraient de race, religion, sexe ou orientation sexuelle différente : capacité de les regarder avec respect, comme des fins en soi, et non comme des moyens pouvant être manipulés au profit d’un seul

-La capacité à se sentir concerné par la vie de l’autre, à saisir ce qu’impliquent différentes politiques publiques pour les perspectives et expériences d’un concitoyen, de plusieurs groupes de citoyens, et même d’individus extérieurs à notre propre nation

-La capacité d’envisager correctement la variété de questions complexes qui influent sur le cours d’une vie, à savoir : penser l’enfance, l’adolescence, les relations familiales, la maladie, la mort et bien plus encore, d’une manière éclairée par la compréhension d’un large spectre de vies humaines, et non simplement en agrégeant ensemble des données

-La capacité de juger de manière critique les dirigeants politiques tout en ayant une perception informée et réalistes des possibilités qui s’offrent à eux

-La capacité à penser l’intérêt national, et non à considérer simplement son propre groupe

-La capacité à voir sa propre nation, à son tour, comme une partie d’un ordre mondial complexe, dans lequel des questions très diverses requièrent une réflexion transnationale pour leur résolution »

 

 

3) L’éducation à l’empathie et à la sublimation comme préalable à la citoyenneté

Derrière l’apparente évidence des propos ci-dessus cités, c’est bien les fondements de l’enseignement tel qu’il est aujourd’hui pratiqué qu’il faut revoir intégralement. Et ce n’est certainement pas une « éducation à la morale républicaine », aussi bien intentionnée qu’elle puisse-t-être (sans commentaire…), qui serait en mesure de répondre à ce défi « civilisationnel ». En effet, à l’heure où les sciences humaines sont dans le supérieur réduites à de l’optionnel, à l’heure où l’on place l’enseignement public sous la tutelle des groupes privés, où la seule perspective offerte est la concurrence généralisée et où l’école étouffe dès le plus jeune âge tout esprit critique, où l’on érige comme vérité indépassable une vision sociale-darwiniste du monde selon laquelle il est naturel, vital, et donc parfaitement juste et bon d’écraser les plus faibles, la promotion d’une réelle autonomie comme un authentique sens de l’empathie constituerait à nos yeux le préalable sine qua non à tout véritable changement de civilisation souhaitable.

Plus fondamentalement, nous avons vu avec le sociologue Eugène Enriquez que si la faculté d’idéalisation constituait « un mécanisme central permettant à toute société de s'instaurer et de se maintenir et à tout individu de se vivre comme un nombre essentiel de cet ensemble, en prenant le moins de risques possibles, la sublimation, comme second moment du processus de socialisation, excédait quant à elle le simple cadre de la cohésion sociale pour donner au lien social la souplesse nécessaire à une vie psychique réflexive offrant à l'individu la possibilité de se remettre en cause et de remettre en cause ce même ordre ». Ce faisant, pour le sociologue, la sublimation rendait possible le politique, alors que l’idéalisation ne permettait que le gouvernemental.

Or, nous avons également vu que pour Freud, la sublimation des pulsions était celle qui permettait les « activités psychiques élevées, scientifiques, artistiques ou idéologiques », et qu’à ce titre elle jouait un rôle « si important dans la vie des êtres civilisés ».

Aussi pensons-nous, et c’est là le point central de notre propos, que c’est inversement en cultivant dès le plus jeune âge ces activités qu’il serait possible de favoriser cette sublimation des pulsions, seule rempart à la manipulation évoquée par la philosophe Michela Marzano et seul moyen selon nous pour les citoyens de se réapproprier leur souveraineté. Ainsi, l’éducation à la démocratie que nous proposons aurait-elle pour mission principale de promouvoir ces deux facultés indispensables à un changement souhaitable de civilisation que sont l’empathie et la sublimation.

Dans cette perspective, l’application des principes d’une « justice de la reconnaissance » qui soit à la fois normative et, pour reprendre la philosophe Nancy Fraser, transformatrice (c’est-à-dire qui impliquant une radicale transformation des pratiques actuelles) à l’enseignement public et, plus généralement, à la l’éducation en générale, devrait selon nous permettre de favoriser, via la promotion des « capabilités » individuelles et collectives, la prise en compte de la diversité des points de vue sur le monde et, par-là, le développement de l’empathie et de son corolaire directe, la faculté de sublimation.

 

Pour ceux que la question intéresse, nous exposerons dans un futur article les modalités concernant la mise en pratique « immédiate » d’une telle application de la justice de la reconnaissance à l’enseignement. Nous avons en effet été missionnés par les responsables en charge du futur pôle de recherche « Paris Sciences Lettres » (regroupant 12 Grandes Ecoles et Universités de Paris) afin de réfléchir aux contours que devrait prendre la justice sociale dans la pratique de l’enseignement de demain. Ce travail nous aura en effet conduits à formuler quelques recommandations opérationnelles allant précisément dans le sens de cette application.

 

Nous allons maintenant revenir à notre critique initiale des propos tenus par Etienne Chouard dans sa conférence sur la cause des causes afin de montrer en quoi nos approches sont à la fois proches et radicalement différentes.

 

*

 

CONCLUSION

 

Nous expliquions en première partie que le caractère « métaphysique » de la démarche chouardienne constituait à la fois son principal écueil et sa principale qualité. Nous expliquions également qu’en définitive, ce qui condamnait son projet était le fait que sa dimension idéaliste était comme « reniée », occultée qu’elle était derrière une pseudo-scientificité plus handicapante selon nous qu’autre chose. Qu’entendions-nous par-là ?

Il nous faut tout d’abord rappeler que nous avons fait notre l’approche « kantienne » pour notre critique. Le criticisme kantien à ceci de particulier qu’il a pour objectif de « sauver » l’objet qu’il critique. En effet, dans son texte majeur intitulé Critique de la raison pure, le philosophe allemand entreprend de critiquer les concepts de la métaphysique classique (les (concepts de « liberté », « d’immortalité de l’âme », de « Dieu », et même celui de « science achevée »…), leur interdisant toute prétention théorique à la validité scientifique, pour justement leur conférer à l’issue de sa démonstration une inédite et indispensable utilité pratique. Chez Kant, cette fonction pratique des concepts métaphysique est bien résumée par la notion de Focus imaginarius (foyer imaginaire).

En effet, ces « idées de la raisons pures » que sont les concepts métaphysiques (autrement appeler « paralogismes »), si elles ne peuvent en rien nous offrir une quelconque connaissance « objective » du monde, ont ceci de remarquable qu’elles servent de « moteur » au progrès social et scientifique. Elles constituent ainsi autant d’utopies qu’il ne s’agit pas pour Kant de croire réalisables mais vers lesquelles il nous faut tendre sans relâche. C’est ce que le philosophe qualifie d’idéalisme critique : s’il ne s’agit pas de croire comme un Platon en l’existence « hors de nous » des Idées, il ne s’agit pas non plus de les condamner définitivement comme le font les empiristes. Ainsi, après leur critique, les concepts de la métaphysique classique se trouvent dotés d’une fonction sociale et pour ainsi dire « civilisationnelle » déterminante.

Aussi, si nous avons choisi de procéder à une critique kantienne de la démarche de Chouard, c’est précisément pour en expliciter (critique, dérivé du grec krinein, « discerner ») le caractère idéaliste, et ce dans l’objectif de lui éviter, comme Kant pour les « Idées de la raison pure », l’écueil qui menace toute métaphysique qui s’ignore comme telle : une clôture de la signification dont nous avons tenté d’esquisser la morbidité.

De fait, la notion de démocratie, comme celle de « science achevée » pour le philosophe allemand, est selon nous une « utopie », un idéal vers lequel il nous faut tendre sans relâche. Or, ne pas admettre comme le fait Etienne Chouard son caractère éminemment métaphysique le conduit inévitablement à un raisonnement « clos sur lui-même » (tautologique), clôture risquant à son tour de dériver vers un dogmatisme non seulement stérile, mais surtout contreproductif quant à l’objectif visé, et donc potentiellement dangereux. En effet, Etienne Chouard doit faire très attention à ce que son initiative, à l’origine discursive et ouverte –nous n’en doutons pas, n’aboutisse pas en dernier lieu à une « nouvelle religion » dont les adeptes feraient du tirage au sort et de la constituante leurs nouvelles vaches sacrées.

Afin de prévenir ce risque de bouclage de la raison sur une vision du monde décontextualisée évoqué par Marc Maesschalck, sa démarche se doit donc de rester ouverte à d’autres formes de rationalités, elle doit conserver cette « plasticité » évoquée quant à elle par Jean-Marc Ferry et qui doit à son tour permettre une remise en cause permanente des « vérités [se voulant] scientifiques ».

 

Ceci-dit, et nous insistons fortement sur ce point, nous ne remettons pas en cause l’honnêteté de sa démarche ni la bonne volonté qui l’anime. Au contraire même. De fait, si la comparaison avec Don Quichotte nous a permis d’annoncer notre principale critique, à savoir qu’à l’instar du personnage de Cervantès, Chouard, bien intentionné, en aura oublié que si son combat est le bon, son objectif était quant à lui utopique (le désir d’un retour à un temps de la chevalerie n’ayant jamais existé que dans les livre étant à Don Quichotte ce que le souhait de revenir à une véritable démocratie toute aussi fantasmatique est à Chouard), elle devait avant tout illustrer notre bienveillance la plus sincère à l’égard de sa démarche.

 

En effet, Don Quichotte symbolise bien selon nous la figure du héros des temps modernes qui, tel Chouard, ont pour projet de réenchanter un monde résigné et par-là en voie de décrépitude. Ainsi, à la manière d’un Don Quichotte qui décide d’aller protéger la veuve et l’orphelin d’ennemis de la liberté que seul lui peut voir, Etienne Chouard entreprend de protéger notre société d’ennemis de la liberté que le peuple résigné –à la manière de l’écuyer de Don Quichotte Sancho Panza, figure quant à lui de cette délétère résignation, ne parvient pas à voir, aveuglé qu’il est par un pragmatisme à la fois désabusé et fataliste.

Dans cette perspective, Don Quichotte apparaît comme la contre-figure du mouton de Panurge. Et si nous critiquons la démarche de Chouard dans son contenu, nous reconnaissons entièrement que dans sa forme originale, celle-ci, initiant le débat public et en appelant à l’esprit critique, va parfaitement dans le sens de l’éducation à la démocratie que nous appelons de nos veux.

 

Cependant, et c’est là le propos de notre critique, celle-ci doit se méfier du risque de clôture de la signification qui la guète si elle ne prend pas garde du dogmatisme qu’elle recèle potentiellement. 

 

 

Références :

-Martha C. Nussbaum, Not for profit, why democracy needs the humanities , Princeton and Oxford, Princeton University Press, 2010

- Martha C. Nussbaum, Les émotions démocratiques, Paris, Climats, 2011

- Martha C. Nussbaum, Women and Human Development, Nussbaum, 2000

- Amartya Sen, Repenser l’égalité, Paris, Seuil, 2000

- John Rawls, La justice comme équité. Une reformulation de Théorie de la Justice, Paris, Éditions La Découverte, 2003

-Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Paris, Flammarion, 2001

- Nancy Fraser, Qu'est-ce que la justice sociale ? Reconnaissance et redistribution, Paris, Éditions La Découverte, 2005

 



[1] Martha C. Nussbaum, Not for profit, why democracy needs the humanities , Princeton and Oxford, Princeton University Press, 2010, p. 15

[2] Ibid. p. 101

[3] Martha C. Nussbaum, Women and Human Development, Nussbaum, 2000, pp.78-80

 


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150 réactions à cet article    


  • Peretz1 Peretz1 8 juillet 2013 18:25

    Il y a deux façons de donne sens à l’utopie : soit il s’agit d’un projet de pure imagination qui n’a aucune chance d’aboutir parce totalement irréaliste, du type conte de fée, soit d’une simple anticipation qui n’attend que les circonstances soient favorables à son éclosion. Un temps qui peut être très long, mais dont c’est le seul handicap. Le projet Chouard, à peine perceptible, appartient à mon sens à la première catégorie. Celle totalement irréaliste d’un monde suffisamment éduqué, celui de l’anarchisme intégral, autrement dit le meilleur des mondes : tout le monde il est beau tout le monde il est gentil...croire en l’homme sans Dieu serait donc la démocratie achevée ?


    • Stalouk 9 juillet 2013 11:31

      Chouard est dans une démarche d’éducation populaire, d’honneteté intellectuelle et de poursuite de l’intéret général. Par ailleurs il prône l’empathie et la vergogne.
       
      C’est infinimment plus utile que ce que la majorité d’entre nous faisons.
       
      Alors, oui, c’est trop utopiste ? Il manque des choses ? Il se focalise trop sur d’autres ?
      Je pense que tout le monde est prêt à le reconnaitre, lui le premier.
       
      C’est pourquoi nous pouvons intervenir et « aider » Chouard, ce que votre travail contribue à faire, merci. (Même si c’est un peu trop sévère, long et abscon à mon goût)
       
      Enfin, je pense que l’être humain a tendance par nature à tomber dans le dogmatisme, c’est pourquoi sa démarche doit rester ouverte comme vous le dite justement.


    • maQiavel machiavel1983 9 juillet 2013 15:30

      -Le projet Chouard, à peine perceptible, appartient à mon sens à la première catégorie. Celle totalement irréaliste d’un monde suffisamment éduqué, celui de l’anarchisme intégral, autrement dit le meilleur des mondes : tout le monde il est beau tout le monde il est gentil.

      R /Non peretz vous n’ avez pas compris.Le monde de Chouard est au contraire un monde ou le mal existe , ou les hommes sont corrompus par le pouvoir malgré eux ou pas.
      La solution qu’ il propose est la surveillance de ceux qui détiennent le pouvoir pour ne pas qu’ ils nous trahissent , c’ est très réaliste !
      S’ il pensait que tout le monde il est beau , il ne réclamerai pas qu’ on contrôle les gouvernants ...

    • zelectron zelectron 9 juillet 2013 16:40

      @Machiavel,
      effectivement il semblerait que Chouard ait changé de fusil d’épaule sous les coups de boutoir de ses détracteurs (débats parfaitement civilisés) en considérant enfin l’évidence : le pouvoir corrompt, il ne lui reste plus désormais qu’à retirer entr’autre ses oripeaux de gauchiste ( smiley ) pour qu’enfin chaque sensibilité politique puisse s’exprimer. Son auditoire conséquent doit faire une place aux gens du centre et de la droite républicaine si il veut avoir quelque chance d’aboutir. Certains « détails » montrent qu’il reste légèrement « sectaire », je lui fais cependant crédit d’être honnête intellectuellement.


    • Stalouk 9 juillet 2013 19:11

      @Zelectron :
       
      Vous plaisantez ? C’est exactement l’inverse...
       
      Il est combattu par la « gauche » car il accepte les bonnes idées des gens de « droites » ou considérées comme complotistes (Soral, Meyssan etc..)
       
      De plus comme Machiavel le dit très justement, Chouard part du principe que le pouvoir corrompt, c’est pourquoi il prône la démocratie, le contrôle des représentants, la constituante, le tirage au sort et tout le barda.


    • maQiavel machiavel1983 9 juillet 2013 19:44

      @zelectron

      -effectivement il semblerait que Chouard ait changé de fusil d’épaule sous les coups de boutoir de ses détracteurs (débats parfaitement civilisés) en considérant enfin l’évidence : le pouvoir corrompt

      R /C’est tout de même un discours qu’ il tient de puis longtemps !

      -Certains « détails » montrent qu’il reste légèrement « sectaire », je lui fais cependant crédit d’être honnête intellectuellement.

      R /Il est tout sauf sectaire comme le dit Stalouk, vous savez ce que les antifa disent sur lui parce que précisément il discute avec tout le monde ?


    • ta conscience ta conscience 8 juillet 2013 18:26

      L’auteur qui se dit « nous » est un imposteur qui se comporte comme le « coucou » qui pond son œuf dans le nid d’un autre pour qu’il le couve.

      Sincèrement, c’est « petit » et prétentieux.


      • citoyen citoyen 8 juillet 2013 21:36

        Merci pour ces articles que j’espère salutaires.

        je serais quant à Chouard bien plus pessimiste que vous...je crois qu’il est déjà dans la clôture de l’esprit, avec une dérangeante tendance à la paranoïa. Nous sommes face à une expression que j’estime pathologique typique du « néoconverti ».
        la cohorte de suivistes évoque également un processus « religieux » à l’oeuvre, tant il est rare d’en trouver qui se prêtent à un véritable dialogue.

        le problème que vous posez avec Martha Nussbaum en référence est bien celui de Chouard...niveau zéro d’éducation aux « humanités »...son cursus est fait de droit, économie et gestion...d’où un idéalisme non conscient, fétichisation de la loi et, pour les problèmes du fond « théorique », faiblesse dans l’examen des processus sociaux, idéolgiques, psychosociaux, à l’oeuvre.
        D’autant que l’inconsistance du discours ne saurait s’amender « par apprentissage », tant l’homme est victime du « biais de confirmation d’hypothèse » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Biais_de_confirmation_d%27hypoth%C3%A8se), à savoir qu’il ne retient que ce qui confirme son idée première...d’où la vision mystifiante d’une Grèce antique idéale (ce qui n’est pas très grave en soi...vertu du mythe oblige !).

        quant à ceux qui voient en Chouard un utopiste anarchiste...qu’ils commencent par se demander si un anarchiste s’autoriserait à se penser en pauvre petite victime des méchants élus....

        merci en tout cas d’introduire de la pensée dans l’impensé chouardiste....j’attend avec impatience sa réaction hystérique ;)


        • Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 8 juillet 2013 21:56

          « j’attend avec impatience sa réaction hystérique »


          Prenez un bon livre volumineux, car l’attente risque d’être longue pour assister à une « réaction hystérique » d’Etienne Chouard, qui est un homme plutôt calme et mesuré. Vous le confondez peut-être avec Elisabeth Lévy ? : -))

        • Les Non-Alignés Les Non-Alignés 8 juillet 2013 23:30

          Par ailleurs, merci pour cette expression, qui s’adapte parfaitement à la situation ! smiley


        • Éric Guéguen Éric Guéguen 8 juillet 2013 22:17

          Bonsoir à vous.

          J’ai lu attentivement votre opus ultime et je l’ai trouvé intéressant. Une fois de plus, je ne suis pas d’accord, et je vais dire pourquoi, mais vous avez au moins le mérite de tenter d’établir des passerelles entre le pragmatique de la démocratie directe qui plaît tant sur ce site et l’évocation de penseurs chevronnés et complexes pour ce qui est de la théorie.
          Ce n’est pas une mince affaire que de convaincre certains qu’écouter Chouard c’est bien, mais qu’écouter Chouard et lire de la philosophie politique, c’est beaucoup mieux.

          Au regard de votre article, je suis un cobaye intéressant il me semble, car, en tant qu’ancien scientifique, j’ai repris les études il y a quatre ans (à distance) en... licence « Humanités » justement, la seule disponible à ce jour en France (fac de Nanterre) ! J’ai notamment eu l’occasion de suivre des cours de rhétorique et je trouve que ça devrait être obligatoire. Bref, je connais bien le problème des humanités négligées. Je suis à présent en Master philo et je peux vous assurer que c’est une filière qui demande beaucoup de travail tout en étant totalement ingrate. Lorsque vous dites que vous faites de la philo, vous êtes généralement pris pour un rigolo. Ça permet néanmoins de décrypter des articles comme le vôtre, car, en outre, mon mémoire cette année a porté précisément sur Rawls et Nussbaum...

          Ma critique quant au fond :

          Vous faites intervenir, comme indiqué dans l’un de vos articles précédents, Martha Nussbaum. C’est un auteur qui m’intéresse dans la mesure où elle a compris l’impasse kantienne et où elle est remontée jusqu’à la philosophie ancienne pour trouver des solutions à la crise du monde moderne.
          Ne nous éternisons pas sur Rawls, vous êtes assez dur avec lui et je n’en suis pas fan, mais je ne dirais certainement pas que son projet de justice procédurale soit dénué de perspective égalitaire (bien au contraire), ni même d’une certaine dose d’empathie (sous le fameux et fumeux voile d’ignorance).

          Je m’intéresse davantage à Nussbaum, et je remarque que vous la louez d’avoir mis au jour les besoins d’empathie et de sublimation comme remèdes à la crise. Soit, et c’est intéressant. J’aimerais néanmoins vous dire pourquoi Nussbaum est, elle aussi, condamnée à l’impasse :

          Nussbaum, comme Rawls d’ailleurs, est une philosophe individualiste, en ce sens qu’elle ne reconnaît que l’individu comme réelle entité politique. Elle demeure libérale, attachée au choix de vie bonne des individus, tout en s’appuyant de manière inédite sur un mélange entre infrastructure marxienne et principes aristotéliciens. Elle est tout à fait consciente des impasses ET de l’individualisme, ET du libéralisme, c’est-à-dire dans l’ensemble d’un risque de désunion humaine et d’un manque crucial de perspectives édifiantes.

          Donc, d’un côté l’individualiste Nussbaum a compris ce que l’individualisme avait fait perdre d’humanité à ses congénères, de l’autre elle sait très bien aussi combien l’homme moderne, homo mercator, tout libéral qu’il prétend être, est devenu bassement matérialiste, voire disons-le franchement mesquin, et, chose intéressante, tout ceci à la lecture des Anciens, et d’Aristote en particulier (que Chouard, lui, au passage, tarde vraiment à lire... dommage).
          Et comme elle sait qu’il nous sera difficile de revenir au monde ancien, soucieux de la primauté de la communauté sur l’individu ET du dépassement de soi, elle tente de ménager des ponts entre ce dont lui paraissent capables ses contemporains et ce que les Grecs promouvaient. En clair, elle tente un pas de plus vers le monde ancien, mais sans assumer les contradictions que cela engendre : ainsi prône-t-elle la sublimation comme remède à la perte du perfectionnisme morale d’Aristote, ainsi prodigue-t-elle le sentiment d’empathie comme placebo du lien communautaire que les Modernes ont sacrifié sans réfléchir.
          Autrement dit, elle emploie empathie et sublimation (est-ce votre propre traduction ?) en lieu et place respectifs d’esprit de corps et de transcendance devenus inaudibles à nos chastes oreilles.

          Voilà, en substance, en quoi elle ne propose, selon moi, qu’une énième resucée d’un projet moderne qui pleure le monde ancien sans se donner les moyens de renouer effectivement avec ce qu’il en a perdu, soit en l’occurrence le lien que chaque individu devrait nourrir à l’endroit de sa communauté d’origine en remerciement de tout ce que celle-ci sait mettre à la disposition de son émancipation propre, telle une mère à l’égard de ses enfants.

          Cordialement,
          EG


          • Philippe VERGNES 9 juillet 2013 12:25

            Tout d’abord merci pour cette critique que j’attendais ne connaissant pas les philosophes cités par les auteurs de cette série d’article.

            Ce qui ne veux pas dire que j’ignore tout du fond de la problématique ici exposée que j’ai abordée d’un point de vue scientifique et non philosophique. Cette démarche m’a conduit depuis déjà bien longtemps aux mêmes conclusions que les auteurs au sujet des remèdes à apporter aux problèmes qu’ils soulèvent, à savoir, ce que j’appelle le nécessaire développement d’une « pédagogie de l’empathie ».

            C’est à ce titre que je suis impatient de connaître les solutions qu’ils souhaitent appliquer et ce d’autant plus qu’ils se présentent comme « missionnés par les responsables en charge du futur pôle de recherche « Paris Sciences Lettres » (regroupant 12 Grandes Écoles et Universités de Paris) afin de réfléchir aux contours que devrait prendre la justice sociale dans la pratique de l’enseignement de demain ».

            Or, si je me fis à votre appréciation de la pensée de NUSSBAUM, j’aurais tendance à dire que des méthodes s’inspirant de ses écrits n’auront que peu d’impact par rapport à l’objectif que visent Les Non-Alignés : « Aussi pensons-nous, et c’est là le point central de notre propos, que c’est inversement en cultivant dès le plus jeune âge ces activités qu’il serait possible de favoriser cette sublimation des pulsions, seule rempart à la manipulation évoquée par la philosophe Michela Marzano et seul moyen selon nous pour les citoyens de se réapproprier leur souveraineté. Ainsi, l’éducation à la démocratie que nous proposons aurait-elle pour mission principale de promouvoir ces deux facultés indispensables à un changement souhaitable de civilisation que sont l’empathie et la sublimation. »

            Le changement de paradigme auquel tant de gens aspirent a déjà été pensé de façon très pertinente bien avant que ne le fasse Michela MARZANO ou Martha NUSSBAUM par un chercheur pragmatique du genre de ceux que j’affectionne plus particulièrement en tant qu’ils possèdent, en plus de leur théorie, une remarquable expérience de terrain sans laquelle il n’est, à mes yeux, pas possible d’évaluer la complexité d’une situation.

            Par ailleurs, si j’ai bien compris, les travaux de Martha NUSSBAUM se fondent sur une démarche aristotélicienne, or, et c’est bien là que le bas blesse : les prémisses aristotéliciennes d’identité, du non contradictoire et du tiers exclus, impactent notre pensée et toutes nos entreprises bien plus que nous le supposons. Pour parvenir à un changement de paradigme, il va falloir remettre sérieusement cela en cause et je ne suis pas sûr que ce soit la voie que prennent les auteurs de cette série d’article.

            En ce sens, je vous rejoins parfaitement lorsque vous dîtes que Martha NUSSBAUM « ne propose qu’une énième resucée d’un projet moderne qui pleure le monde ancien ».

            Au plaisir de vous lire et de prendre connaissance de la réponse des auteurs aux critiques que vous formulez.


          • Les Non-Alignés Les Non-Alignés 9 juillet 2013 14:03

            Nous avons pris Nussbaum, nous aurions pu nous contenter de Sen, de Honneth et de Fraser.

            Nussbaum a ceci d’intéressant qu’elle est très claire (ce qui est moins le cas des 3 autres). D’où notre choix.

            Nous n’abordons d’ailleurs pas ses travaux (qui ne sont pas d’une grande utilité) dans notre étude pour PSL (le PRES qui nous a missionné).

            Si ça vous intéresse, voici le rapport de mission en question : https://mon-partage.fr/f/vWlqJIIK/
            (Il subsiste certaines fautes de français, la co-auteure de ce rapport étant italienne.)

            Pour ce qui est du fait que Nussbaum n’est pas la première a plaider pour un changement de civilisation, 2 choses :

            1- ce n’est pas Nussbaum qui le « dit » dans notre article, mais Marc Maesschalck, autrement plus fécond que la première.

            2- comme la cause des causes, chercher le 1er à avoir proposé quelque chose n’a pas de sens. Vouloir changer de monde est probablement un souhait formulé par les premiers des Hommes.

            Aussi,pour le dire trivialement, Nussbaum on s’en tape un peu. Elle est bien pratique pour notre article car elle dit très simplement ce que nous souhaitions dire, ni plus ni moins. Comme dit plus haut, Sen aurait amplement suffit, mais sa pensée est moins sucrée. Et pour notre article déjà assez « imbitable » comme ça, finir sur un bonbon (un double bonbon si on compte Cervantès) nous paraissait pas mal. smiley 

            Espérant avoir levé une mésentente de nos propos

          • Les Non-Alignés Les Non-Alignés 9 juillet 2013 15:00

            @Éric Guéguen


            Bonjour à vous également,

            Nous avons partiellement répondu dans notre commentaire précédent, mais pour en revenir à la sublimation, c’est dans notre article Freud puis Enriquez qui l’évoque, et jamais Nussbaum.

            Par ailleurs, notre intérêt pour la sublimation procède de l’analyse que Kant en fait dans la critique de la faculté de juger, et qui aura profondément influencé les travaux du père de la psychanalyse (comme la critique de la raison pure d’ailleurs). 

            Encore une fois, Nussbaum est ici mobilisée pour des raisons pédagogiques. Nous aurions préférés nous concentrer sur Sen, ainsi qu’Axel Honnet. Mais pour des raisons de simplification de notre propos nous trouvions Nussbaum très « pratique » (si vous saviez toutes les concessions que nous avons dû faire en ce sens et qui dénaturent notre propos...).

            N’hésitez pas à lire « l’état de l’art » de notre rapport de mission, d’où est absente Nussbaum, et qui traite plus en détails notre propos sur le justice de la reconnaissance.)

            Pour finir, merci de vos commentaires constructifs et de votre courtoisie, qui ne sont hélas pas la règle...

             smiley

          • Éric Guéguen Éric Guéguen 9 juillet 2013 15:13

            @ LNA :

            C’est noté pour Nussbaum, qui est, vous avez raison, bien pratique parce que pragmatique.
            Je n’ai pas (encore) lu Honnet, j’aurais donc eu du mal à critiquer vos propos si vous aviez fait ce choix.


          • Les Non-Alignés Les Non-Alignés 9 juillet 2013 15:18

            Honneth est l’un des meilleurs représentant de la « philosophie sociale » (courant rattaché à celui dit de « l’Ecole de Francfort »).


            « La lutte pour la reconnaissance » est un bon moyen d’introduire sa pensée. « La société du mépris » est très bien aussi. 

             smiley

          • Éric Guéguen Éric Guéguen 9 juillet 2013 16:45

            @ Philippe VERGNES :

            Merci pour votre message.
            Je ne cache pas cependant que ma lecture de Nussbaum puisse être influencée par ma lecture des auteurs de l’Antiquité. Elle m’intéresse davantage dans son rapport à l’éthique aristotélicienne (pas tellement à la logique d’Aristote, comme vous le mentionniez) que dans ses derniers travaux sur le déploiement des capabilités ou l’importance des humanités.

            Bien à vous,
            EG

            PS : je travaille également à une refondation de l’instruction citoyenne, de fond en comble.


          • Les Non-Alignés Les Non-Alignés 9 juillet 2013 18:51

            @Eric,


            Précisions intéressante.

            Nous sommes nous mêmes très influencés par nos propres travaux, et notamment -vous l’aurez compris, par la philosophie morale et politique moderne...

             smiley



          • Philippe VERGNES 10 juillet 2013 02:05

            @ LNA,

            Ok pour NUSSBAUM !

            Je ne l’ai évoqué que parce que vous vous référiez à elle en listant les « capabilités » à favoriser chez tous citoyens pour qu’ils puissent acquérir les compétences fondamentales permettant l’exercice de la démocratie participative.

            Parfaitement d’accord aussi sur le fait qu’il ne sert à rien de savoir qui le premier a bien pu proposer un quelconque changement de paradigme dans le but améliorer notre société. J’ai, sur ce point, mal traduit ce que j’avais en tête et probablement n’en ai-je pas assez dis pour me faire comprendre, mais j’attendais surtout de connaître les méthodes que vous préconisiez afin d’atteindre l’objectif que vous envisagez, car quand bien même il n’y aurait pas recette miracle (nous sommes bien d’accord), il arrive un temps où il faut passer à l’acte... donc à la méthode et à son application.

            Aussi, merci pour le lien vers votre rapport que vous nous communiquez, j’en prendrais connaissance avec beaucoup de curiosité ce qui me donnera peut-être l’occasion de vous donner mon opinion sur la question lorsque vous nous proposerez une synthèse de ce document.

            Et merci également pour la référence à Axel HONNET qui me permettra de creuser le sujet selon un thème que j’affectionne, car pour ce qui est de la reconnaissance et sans connaître ses travaux, j’ai déjà pas mal potasser cette problématique.

            A ce titre, le point de vue d’un sociologue m’intéresse très fortement.

            @ Éric GUÉGUEN,

            Ok pour votre remarque concernant le rapport de NUSSBAUM à l’éthique aristotélicienne et non pas à sa logique.

            Les différentes solutions envisagées par les auteurs qui se sont penchés sur les moyens à mettre en œuvre pour déployer les « capabilités » m’intéressent au plus haut point étant donné que, pour ma part, il y a longtemps que je préconise, à mon modeste niveau, l’instauration d’une « pédagogie de l’empathie » (des initiatives sont en train de se mettre en place timidement dans certaines écoles et j’espère pouvoir écrire un billet sur l’empathie pour clore mes divers articles sur le problème que je traite principalement dans tous mes articles).

            Je serais curieux de connaître vos travaux concernant la refondation de l’instruction civique.

            Je pense que sous diverses approches, nous abordons là une seule et même thématique.

            Bien à vous,


          • Éric Guéguen Éric Guéguen 10 juillet 2013 09:23

            Bonjour Philippe.

            Voici mon mail perso : chl91@hotmail.fr

            Je vous enverrai peu à peu ce que j’écris si vous le souhaitez, sachant que je me nourris des critiques constructives que l’on m’adresse, que j’en tiens toujours compte dans le rendu final de ma prose.

            Au plaisir. Bien à vous,
            EG


          • Philippe VERGNES 10 juillet 2013 10:39

            Bonjour Éric,

            Ok !

            C’est enregistré. Un peu de boulot en retard pour cette semaine, mais j’essaierai de vous contacter tantôt.

            Comme je le disais en réponse à Hervé ci-dessus, mon approche (visible dans tous mes articles) concerne surtout les processus qui entravent l’émergence d’une information circulante (comme diraient les cibernéticiens), ce dont peu de personnes se soucient. C’est pourtant à mes yeux la principale cause des échecs que rencontrent les « bonnes volontés » (qu’elles soient politiques ou non) afin d’améliorer notre quotidien.

            Au plaisir également, bien à vous.


          • Éric Guéguen Éric Guéguen 10 juillet 2013 11:07

            Vous avez dû voir arriver, tout comme moi, Internet comme le Messie ! smiley


          • Christian Labrune Christian Labrune 8 juillet 2013 23:28

            Ca va durer encore combien de temps, cette promotion d’un « penseur » adapté aux exigences des minus habens de l’intellect ?


            • Hervé Hum Hervé Hum 9 juillet 2013 00:29

              Bonsoir,

              Je n’ai pas tout lu dans le détail, mais je suis surtout curieux de lire comment vous comptez mettre en pratique l’éducation à la démocratie.

              Sachant que de mon point de vue, je distingue l’éducation de l’instruction en disant qu’on éduque le coeur (l’émotion) et on instruit la tête (la raison)....

              Votre dernier article va dans le même sens, mais je reste donc dans l’attente de lire votre méthode, si tant est qu’il puisse y en avoir une. Pour éduquer ce qui par définition (telle que mentionné ci-dessus), ne tient pas de la méthode mais du sensible, donc de l’expérience seule...


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 9 juillet 2013 09:27

                Hervé,

                ce n’est pas la première fois que j’ai l’occasion d’être d’accord avec vous.
                Votre avis est toujours objectif, c’est tellement rare ici que c’est vraiment appréciable.


              • nicolas_d nicolas_d 9 juillet 2013 10:23

                Hervé,

                Vous devriez lire en détail, les 5 parties...

                « si tant est qu’il puisse y en avoir une »
                L’auteur recule à chaque fois... Encore attendre un article suivant pour rendre crédible et compréhensif le précédant.
                En attendant, des petites phrases accrocheuses et, noyées dans un volume seul audible par une élite, des messages plus que douteux.
                Ca laisse rêveur sur sa méthode d’éducation...


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 9 juillet 2013 10:32

                @ nicolas_d :

                « plus que douteux »... pour le coup, cette expression est plus que douteuse...
                L’auteur a rappelé qu’il s’agissait d’un texte écrit d’un seul trait qu’il a tronçonné en cinq parties pour les commodités du débat.
                Par ailleurs, si je suis d’accord pour dire que le style est ampoulé, les références choisies existent bel et bien et n’ont rien de « douteux »...


              • Philippe VERGNES 9 juillet 2013 10:36

                Bonjour Hervé,

                Idem pour moi...

                J’ai lu avec intérêt cette série d’articles pour, justement, connaître quelle méthode l’auteur (les auteurs ?) préconise-t-il afin afin de mettre en place une éducation à la démocratie, car si l’on attend un quelconque résultat d’un enseignement à la morale ou à l’instruction civique, j’ai bien peur qu’il nous faille patienter jusqu’à Mathusalem.

                Pour autant, l’idée rejoint ce que je soutiens depuis pas mal de temps concernant le développement d’une « pédagogie de l’empathie » comme remède à l’absence (ou la perte dans notre société) de moralité. Cette même perte de moralité qui conduit au processus « psychopatognomique », de plus en plus perceptible, que je dénonce dans mes divers billets sous différentes approches. Ce problème est pour moi le « point aveugle » de la démarche d’Étienne CHOUARD qui, soit dit en passant, mène une initiative salutaire quand bien même il « occulte » ce phénomène.

                De ce que j’avais déjà pu lire de vos articles, il n’est pas étonnant que le sujet puisse vous intéresser, car cela me semble lié à votre concept de DCE et à la question que vous souleviez de savoir comment accéder à une DCE plus évoluée.

                A ce titre, je suis également impatient de connaître les solutions que préconise l’auteur.

                Cordialement


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 9 juillet 2013 10:41

                Bonjour Philippe.

                Qu’est-ce qu’une « DCE » s’il vous plaît ?


              • Philippe VERGNES 9 juillet 2013 11:08

                Bonjour Éric GUÉGUEN,

                « DCE » = Dimension de Conscience d’Être selon Hervé, mais je me permets de mettre les liens vers ses articles qui en parlent bien mieux que moi et d’après lesquels il explique ce concept qui lui est propre : Pour changer de paradigme... et Pour changer de paradigme... II.

                Deux billets courts qui valent le détour pour une réflexion approfondie sur le nécessaire changement de paradigme que nous sommes de plus en plus nombreux à souhaiter et pour lequel le débat et la confrontation d’idées ne peuvent qu’être bénéfique si l’on parvient à franchir le cap des querelles partisanes tout en restant attentif aux critiques constructives dont certaines ne sont pas dénuées d’objectivité.


              • nicolas_d nicolas_d 9 juillet 2013 11:11

                Eric, que les liens soient réels je ne le conteste pas.

                Je dis « douteux » dans le sens des démocrates

                Je ne vais pas vous refaire les commentaires d’un certain nombre d’internautes qui, sur ces 5 articles, ont et continuent à douter du côté démocratique des propos des auteurs.


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 9 juillet 2013 11:22

                @ Philippe VERGNES :

                Ok, merci pour les liens.

                @ nicolas_d :

                Est-il anti-démocratique de constater que le peuple, dans son ensemble, n’est pas préparé à l’exercice direct du pouvoir et qu’il n’en a pas forcément l’envie ?
                Je ne fais pas ici référence à l’article de LNA, mais j’aimerais savoir dans quel camp je me trouve.


              • Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 9 juillet 2013 12:34

                Eric Guéguen, actuellement, personne n’est « préparé » à rien de ce qui arrive et va arriver de plus en plus vite. Le peuple est gavé de mauvaises pizzas et de télévision, mais les « élites » ne se portent pas mieux. Tout part en déconfiture. 


                Est-ce que Sarkozy et Hollande ont été préparés avec de la gelée royale ? Je vois en eux deux pignoufs ordinaires, juste un peu plus magouilleurs que la moyenne. Tous ceux qui pouvaient avoir un peu de consistance politique au sens de « l’ancien monde » ont été éliminés par le système mafieux des partis (je pense à un Philippe Séguin par exemple). Les vaisseaux sont brûlés, il faut aller de l’avant ou crever sur la plage, bouffés par les crabes. 

                Pas d’autre solution que de trouver une autre voie, il faut alerter tout le monde, sonner le tocsin, réveiller les endormis. Quand il y a le feu au village, il n’est plus temps de se demander si la population a bien été préparée à la gestion des incendies. 

                Etienne Chouard n’est pas un « homme providentiel », il ne se présente pas comme tel. Il ne peut pas faire tout le travail, tout voir, tout comprendre sur tous les plans en même temps. Chaque spécialiste dans sa propre discipline pourra toujours lui reprocher une imperfection à un endroit ou à un autre. Mais le gaillard prend sa part du boulot. Que chacun fasse de même plutôt que de cracher sur l’homme de bonne volonté.

              • Les Non-Alignés Les Non-Alignés 9 juillet 2013 14:08

                Pas de méthode « magique ». Juste quelques recommandations opérationnelle allant dans le sens de cette éducation à la démocratie que nous appelons de nos vœux. Rien donc de « révolutionnaire » (puisque notre rapport avait pour objectif d’être « réaliste »).


                Voici le lien du rapport dans son intégralité (que nous synthétiserons plus tard) :


                Comme précisé plus haut, il subsiste quelques fautes de français, la co-auteure de ce rapport étant italienne (et ayant eu la flemme de tout reprendre smiley )

                Espérant vous apporter quelques éléments...

                LNA smiley

              • Éric Guéguen Éric Guéguen 9 juillet 2013 14:56

                @ Gaspard Delanuit :

                "Etienne Chouard n’est pas un « homme providentiel », il ne se présente pas comme tel. Il ne peut pas faire tout le travail, tout voir, tout comprendre sur tous les plans en même temps. Chaque spécialiste dans sa propre discipline pourra toujours lui reprocher une imperfection à un endroit ou à un autre. Mais le gaillard prend sa part du boulot. Que chacun fasse de même plutôt que de cracher sur l’homme de bonne volonté.« 

                => Je ne reproche rien à Chouard, j’aime sa démarche, elle est honorable, et je vous mets au défi de prouver que j’aie un jour dit le contraire. Seulement la plupart des gens ici boivent ses paroles, et ne font aucunement »leur part du boulot". Il n’est que de constater : à chaque message émettant ne serait-ce qu’une réserve sur les méthodes ou la pertinence des propos de Chouard, -4. Dès qu’un gentil intervient pour prendre sa défense et enfoncer les méchants +8.
                Gaspard, honnêtement, tout cela vous semble-t-il très sain ? Ne pensez-vous pas que Chouard, à son corps défendant, est en train de devenir un véritable gourou, drainant derrière lui des gens qui n’ont pas la patience de réfléchir par eux-même et qui s’emploient à disqualifier systématiquement tout ce qui ne répond pas scrupuleusement à cette double exigence :

                - Sujet-verbe-complément.
                - La démocratie directe d’abord, après on causera.

                 ???


              • nicolas_d nicolas_d 9 juillet 2013 15:49

                @Eric

                "Est-il anti-démocratique de constater que le peuple, dans son ensemble, n’est pas préparé à l’exercice direct du pouvoir et qu’il n’en a pas forcément l’envie ?"

                Constater n’est ni démocratique ni anti-démocratique.
                En revanche, en tirer la conclusion que le peuple ne doit pas exercer le pouvoir, c’est anti-démocratique, oui, par définition.

                Vous voulez savoir dans quel camps vous vous trouvez ?
                Regardez , c’est vous qui le dites, vous êtes anti-démocratique.


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 9 juillet 2013 15:58

                @ nicolas_d :

                Non Monsieur. Car les Césars s’appuient toujours sur le peuple pour prendre le pouvoir et renverser les aristocrates. C’est ce que je disais : populisme, césarisme, démocratie, tout ça n’est que la contemplation d’un même objet sous des points de vue différents...
                Autre chose peut-être ?


              • nicolas_d nicolas_d 9 juillet 2013 16:21

                Pas spécialiste de César... Mais j’avais à l’esprit que c’était un empereur...

                Cependant, lu sur Wikipedia
                « Il organise une monarchie qui ne dit pas son nom. Il est nommé par le Sénat dictateur pour 10 ans puis dictateur à vie en 44 av. J.-C. Il est « élu » consul tous les ans et est aussi censeur et porte le titre imperator, chef suprême des armées »

                Comme démocratie y’a mieux !


              • Éric Guéguen Éric Guéguen 9 juillet 2013 16:36

                @ nicaolas_d :

                Laissez tomber Wikipédia. Pour la recette du gâteau au chocolat, c’est fiable, pour César...
                Non, il n’a jamais été empereur, et oui il a été élu (sans les guillemets) et même plébiscité consul durant de nombreuses années. Quant au terme « dictateur », il n’avait pas la connotation qu’il a de nos jours.
                César s’est allié au peuple pour étouffer l’aristocratie. Dans sa détestation de tout ce qui n’est pas elle, la démocratie est souvent prête à toutes sortes de concessions, ce qui s’est revu plus récemment dans l’histoire. César en était bien conscient, sans faire appel à Wikipédia.

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