Les hommes de ce monde ont inventé le feu, sans doute en regardant la foudre. Dans l’ombre des sables et les reflets des ronds dans l’eau, sous l’aigreur des vents de cauchemars, les rivières, creusaient de longues filles précieuses. Les pauvres gens comme moi passent leur vie à tenter de s’incruster dans la porosité de la nuit. Aucune des blessures de l’humanité, de celui que l’on déteste à celle que l’on enchaine, du livre que l’on brule à l’enfant que l’on agenouille, du travailleurs spolié à la bourgeoise déclassée, ne succombent aux frénésies surnaturelles de la stupidité.
Le feu qui couve entre les Hommes, est patiemment entretenu par des marchands d’épines, ils vendent du remords et de l’interdit, comme quand un épicier souhaitant construire une panière de fruit édifie une couronne improbable, conclusion douteuse d’une mangeaille lugubre.
Les porteurs de capsules, rets de lumières, pèchent la raison avec un filet aux mailles toutes étroites, pendant ce temps, l’océan immense et indomptable dégueule sur la grève des agrumes, des graines, des moissons. Ce festin d’humanité inassouvie échoue sur nos plages, dégringole de nos collines, déboule du ciel sombre. Ils débarquent en loque ! Ils sont le parfum de la vie, du courage et de l’aventure, ils sont le symbole de la lutte de l’humanité pour mieux vivre. Et ils se retrouvent sur nos plages, dans nos commissariats, atterrés dans les rues et exhibés dans les cellules des centres de rétention comme le gout, l’avant-gout fructueux de la mort !
L’absence de rêve n’est ni dramatique, ni fatal, ni triste ; il cloue définitivement le besoin d’enchantement !
La disette intellectuelle engrosse la nuit lointaine de souvenirs primitifs, même préhistorique, cette immuable mélancolie que sèment les puissants, s’en allant bras- dessus, bras dessous, de Bruxelles à Paris, de Bamako à Schengen, enferme le monde dans une camisole bien étroite, douloureuse et parfaitement insupportable.
Je connais les sourires qui se figent avant de fondre en sang. J’ai vu les yeux écarquillés de celui qui se cache sous les essieux du camion pour passer dissimuler devant le monsieur à la casquette galonnée. Je connais cette adolescente qui s’est jeté sur les barbelés de l’enclave espagnole !
L’attitude de nuque raide, comme la parle Jean-Luc Mélenchon, la posture bote de notre pas-ami Valls, difforme et contrefaite vis-à-vis des idée que l’on se fait de l’humain, d’abord de l’humain, ressemble à une poupée d’horreur qui terrifie les enfants dans la sieste caniculaire d’un été démérité.
Les bottes, cirées droites et élégantes que chaussent les socio-démocrates font sonner les sifflets de la véritable et profonde traitrise.
Sur la route ensoleillée de Villenave d’Ornon, entre gravières et estuaire, je pensai ce matin, à cette clarté qui m’était donnée.
A l’abri des apparences et loin de tous leurs pauvres calculs, ce n’est pas très grave, qu’ils n’admettent pas, qu’ils ne comprennent pas, ce n’est pas le plus grave de ne pas les voir résister à cette logique de l’austérité en Europe qui fabrique de la dette en même temps que la misère enfante le chagrin !
Non ce n’est pas le plus grave, car les peuples du vieux continent balayeront inévitablement ces politiques lorsque d’insupportables elles seront devenues insoutenables !
Le plus grave, c’est ce qu’il y a dans leur tête,cette infâme bouillie qui admet un quota d’immigration. Trente mille assène l’autre de l’Essonne. En ce promenant le long d’une gravière il aurait pu penser à la tête de son grand-père, si le douanier basque, lui avait dit en 1938, désolé Pedro, on avait dit 10216, et tu es le dix mille deux cent dix septième !
Pedro, savait, Pedro connaissait, Pedro saignait aussi de l’étroite camisole des puissants, Pedro n’est pas passé par la frontière, il a déboulé du ciel sombre.
Pedro quittait l’Espagne, il était républicain, il venait, comme dit l’autre ré enchanter le rêve français.

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