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Etre français, se sentir français, vivre en France

MM. Sarkozy et Besson ont lancé un « débat sur l’identité nationale ». De nombreuses personnes ont refusé ce débat, qu’elles ont jugé inutile et dangereux car il divise les Français et stigmatise les étrangers.

 Des propos racistes, xénophobes (mêlés heureusement à des propos humanistes soigneusement filtrés) furent publiés sur le Site Internet de M. Besson consacré à ce sujet. Plusieurs personnes témoignèrent du fait que ce débat était pipé, les modérateurs du Site rejetant les propos qui n’étaient pas dans la ligne clairement affichée par la bibliographie proposée en référence.
 
Nous avons été nombreux à refuser de participer à ce « débat » organisé par le gouvernement, vu la dénomination même du Ministère dirigé par Mr Hortefeux, et vu la politique de Sarkozy. Ce « débat » semble en effet avoir, parmi ses objectifs, celui d’exacerber les tensions entre diverses composantes de la nation et, en confrontant immigration et identité nationale, de rallier des électeurs tentés par les thèses du FN.
 
Mais nous sommes quelques-uns à avoir pensé également que certaines questions soulevées, de façon explicite et implicite, par ce prétendu « débat » devaient être posées ailleurs et dans nos termes. Car nous savons que toute question évincée ou forclose devient encore plus pernicieuse.
 
Dans tous les médias, où s’expriment des opinions diverses, notamment sur Agoravox, nous avons pu lire des arguments contradictoires concernant ce « débat sur l’identité nationale », au-delà du clivage droite/gauche. Les controverses ont été enflammées par deux événements : l’interdiction de construire de nouveaux minarets en Suisse, et la Commission sur l’interdiction du port de la burqa en France.
 
L’une des questions récurrentes que révèle à cru ce débat sur « l’identité nationale » (qui en est peut-être une expression ou une conséquence plus qu’une cause), est la suivante : pourquoi certains musulmans et l’intégrisme musulman suscitent-ils la peur ? Pour de nombreuses personnes de gauche, s’exprime dans cette peur une haine pure de l’autre, de l’étranger, que Sarkozy a réanimée sciemment.
 
Il est indéniable que Sarkozy détourne et biaise des questions, dans une stratégie qui n’est pas seulement d’enfumage, mais, plus grave, d’engluage. Sarkozy dévoie des termes, des notions, des personnes, des références, des thèmes, conduisant la gauche à s’en défier, voire à les rejeter, à les lapider. De ce fait, la gauche entre doublement dans la glue de Sarkozy, puisqu’elle ne pense plus dans ses termes à elle, mais contre ses termes à lui. Elle oublie par exemple que des questions comme « qu’est-ce que se sentir français », « comment participer pleinement à la vie citoyenne quand on est étranger »…nous nous les posions, bien avant que Sarkozy ne soit élu ou que le FN n’en fasse ses choux gras. Rejeter ces questions comme de mauvaises questions et les résumer par la seule notion de « racisme », est de fait un engluage.
 
Il y a certes une composante raciste plus ou moins xénophobe dans la peur à l’égard des musulmans. Comment la nier ! La peur des musulmans met en jeu des fantasmes qui ont un lien direct avec la colonisation. C’est le message principal de l’Appel au contre-débat lancé dernièrement, dont le but est de révéler le vrai débat sous-jacent mais caché : "le passé colonial de la France et ses héritages dans le présent (immigration, connaissance de cette histoire, guerre des mémoires, mélange des notions d’intégration et d’assimilation)". Les auteurs de l’appel proposent de recentrer le débat dans les prochains mois vers d’autres enjeux : valoriser les mémoires autour de l’esclavage parce que c’est notre patrimoine commun, lutter contre les diatribes violentes qui ne voient que "communautarisme" ou "repentance" lorsque l’on parle de la diversité des origines et des cultures, rappeler que lorsqu’une société a rendu son passé inaudible (colonisation, esclavage...) a marginalisé une partie de ses histoires (immigrations, luttes ouvrières…], elle remplace la réflexion par le fantasme [1].
 
Mais la xénophobie et l’histoire coloniale n’expliquent pas tout.
 
1) Se sentir français, vivre en France versus être français
 
Sarkozy a pipé le débat en parlant de « l’identité nationale », réifiant ainsi un illusoire et trompeur « être français », opposé au « non français ». Or nous ne sommes d’abord français que par contingence comme le dit Maurice Maschino, la francité étant une catégorie juridico-politique dont le signe de reconnaissance est avant tout la carte d’identité nationale [2].
 
Cependant, comme le rappelle Jean-Claude Barreau, la France est le résultat d’une action politique séculaire de la monarchie, puis des républiques. Elle est donc une nation avant tout « politique », alors que d’autres pays d’Europe sont davantage des pays « ethniques ». Il y a davantage de différences entre un Alsacien (ethnie germanique), un Breton (ethnie celte), un Dunkerquois (ethnie flamande) et un Marseillais (Méditerranéen métissé) qu’entre, par exemple, un Serbe et un Croate. Mais une volonté politique séculaire a tissé des liens affectifs forts. Une langue commune est parlée par tous et une mentalité commune, qui apparaît « spécifique » aux étrangers, s’est esquissée. Le peuple français a génétiquement beaucoup changé, l’immigration ayant considérablement métissé les ethnies françaises originelles. « La France, ce pays politique, est aussi un creuset puissant, un dissolvant efficace qui efface avec sa laïcité les différences trop marquées ».[3]
 
La question n’est peut-être pas tant dans «  l’être français » que dans le « se sentir français », et dans le « vivre en France », en tant que membres d’une collectivité mouvante mais tout de même existante.
 
Dernièrement, à entendre certains amis de gauche, il fallait quasiment avoir honte de se sentir français car on excluait les étrangers. On faisait violence à ceux qui ne se sentent pas français.
 
Mais pourquoi leur ferait-on violence ? Il y a probablement autant de façons de "se sentir français" qu’il existe de citoyens français. A chacun son sentir français, voilà tout.
 
Doit-on juger la question de « se sentir français » totalement non grata parce que par exemple un théologien et chercheur en sciences religieuses dit : « Moi, je ne peux pas définir mon identité : je suis de confession musulmane, amoureux de la littérature arabe et je baigne dans une culture et une langue françaises avec tout ce qu’elles véhiculent de contrastes criants et perspectives étalées à l’infini. Ma conviction était naïvement, que ma spécificité cultuelle et culturelle soit un plus, un embellissement supplémentaire qui s’insère harmonieusement dans la Cité française. Car si je développe le sentiment d’être un corps greffé, je n’obtiendrai l’estime ni de moi-même, ni de mon environnement. »[4] ?
 
Puis-je répondre, sans être suspectée de racisme, que sa façon de définir son être d’abord en termes de confession religieuse ne correspond pas à la mienne, foncièrement laïque ? Et que nos deux façons de sentir notre appartenance et/ou notre participation à la France sont aussi respectables l’une que l’autre ?
 
La contingence de la francité ne doit pas nous empêcher de nous référer à un socle commun républicain spécifique, toujours en mouvement, modelé au cours de notre histoire, sur notre sol, inscrit dans notre Constitution, et véhiculé par notre langue, ses dialectes et ses accents pointus ou chantants, notre culture ouverte aux vents de monde entier.
 
Ce socle est le respect des principes fondamentaux (que d’autres pays partagent) : la Liberté, l’Égalité de TOUS les êtres humains, la Fraternité (ou la Solidarité), la Laïcité, avec les spécificités et couleurs de notre histoire, de notre géographie, et de nos macarons [5].
 
Vivre en France, que l’on « se sente » ou non français, implique une participation à la vie républicaine, dans le respect de ces principes fondamentaux. L’intégration n’est ni une inclusion (« l’identité comme chez soi ») ni une assimilation (« l’identité comme chez toi »), mais un processus d’ajustement réciproque, où les droits et les devoirs doivent être pris en compte simultanément. La liberté individuelle doit se confronter, pour chaque citoyen, aux valeurs collectives de base de chaque pays dans lequel il vit - que nous appelons joliment les valeurs des Lumières.
 
Or certains citoyens musulmans entrent parfois en contradiction avec l’un ou l’autre de ces principes : celui de la laïcité, et celui de l’égalité des hommes et des femmes. Ils apparaissent de ce fait comme « refusant de s’intégrer » pendant qu’eux-mêmes se sentent « obligés de s’assimiler ». Comme le dit Malika Sorel, « lorsque l’on émigre dans un pays de culture très différente, on rencontre inéluctablement des difficultés d’adaptation. Ces difficultés sont d’autant plus conséquentes que ces migrants arrivent dans une société dont le référentiel culturel est profondément différent du leur. Si de plus, la société d’accueil ne leur précise ni les codes, ni les règles qui la régissent, ni les lignes blanches à ne pas franchir (socle de valeurs fondamentales), alors inévitablement leur insertion dans cette société deviendra conflictuelle, voire impossible » |6].
 
2) L’égalité des hommes et des femmes
 
Nous sommes nombreux à être choqués par la burqa, la restriction des enseignements dispensés aux filles, les mariages forcés, l’interdiction pour les femmes de consulter un homme médecin - pratiques qu’apportent certains défenseurs d’un Islam intégriste, d’obédience salafiste, dont nous redoutons le prosélytisme.
 
On nous dit que nous devons respecter la liberté des gens de s’habiller comme ils le veulent. Avec une burqa si les femmes le souhaitent. La burqa serait-elle un habit comme un autre ? Nous sommes nombreux à ne pas en croire un mot.
 
Les femmes doivent déjà faire contre mauvaise fortune bon cœur quand elles vont dans certains pays arabes, afin de respecter leurs coutumes. Nous voyons avec le cœur serrée les journalistes étrangères masquer leurs cheveux « impurs » pour rencontrer des leaders politiques.
 
On nous dit que ces pays ne sont pas de vraies démocraties. Et alors ? Nous devrions donc, au nom de notre démocratie, accepter que des femmes se baladent en France dans des prisons ambulantes, et en même temps respecter les coutumes des pays non démocratiques, qui nous dénient notre statut d’êtres humains libres, alors que nos cheveux n’appartiennent qu’à nous et n’ont rien d’impur ? Nous devrions, pour « respecter certains immigrés », écorner nos valeurs si chèrement conquises et accepter des coutumes indignes pour les femmes, alors même que nombre de personnes de pays musulmans les combattent ?
 
On nous dit que ces femmes déguisées en prisons ambulantes en France sont libres. Elles ont choisi de se voiler, elles le disent, le clament, le revendiquent même contre la volonté de leur père ou mari.
 
Mais nous connaissons bien la force de l’oppression, qui fait collaborer les opprimés à un système leur assignant une place et une identité rigides. Oh, nous ne sommes pas naïfs : les femmes en France et partout sont formatées pour être objets du désir des hommes. Mais il y a des graduations dans le formatage. Porter des talons aiguilles qui entraînent des lombalgies est une chose, mais avoir les pieds bandés jusqu’à en devenir handicapée, ou être enfermée dans une prison de tissu en est une autre. Oui, sans conteste, la burqa est une objectivation beaucoup plus grave.
 
Les « Français de souche », comme le disent les arboriculteurs de la nationalité, ne sont pas les seuls à le penser. Des femmes et des hommes musulmans le pensent aussi, et luttent partout pour que cessent ces coutumes violentes.
 
Tahar Ben Jelloun décrit : « Une femme enveloppée entièrement d’un voile noir, mains gantées de noir, et sur la fente, pour qu’elle puisse voir, elle a posé des lunettes noires. Un fantôme, une chose qui bouge à peine, mais ne parle pas. Une chose noire qui se meut à peine, mais dont on ne voit ni le corps ni aucun membre. Peut-être quelqu’un d’humain est là » ? [6]
 
Abdelwahab Meddeb énonce fermement : "Le visage couvert est retiré de la circulation urbaine comme de la relation intersubjective ou mystique. Aboli le visage qui est, encore selon Levinas, "le lieu d’une ouverture infinie de l’éthique ». Le niqab ou la burqa, extension du hidjab, est un crime qui tue la face, barrant l’accès perpétuel à l’autre. C’est un tissu qui transforme les femmes en prison ou en cercueil mobile, exhibant au cœur de nos cités des fantômes obstruant l’entrée aux vérités invisibles du visible." Et il ajoute : "Le niqab vient d’être interdit dans les espaces scolaires et universitaires d’Al-Azhar au Caire, la plus haute institution sunnite. Son patron, M. Tantawi, a rappelé que le niqab n’est pas une obligation divine, une farîd’a, ni une disposition cultuelle, une ibâda, mais une âda, une coutume. Et le mufti d’Egypte, Ali Juma, confirme cette assertion : il s’agit d’une coutume arabique antéislamique que l’islam est en mesure de dissoudre  » [8]
Et le collectif laïc de sensibilité musulmane, Mosaïc, lance un appel, rejetant toute forme d’appropriation de l’Islam qui se ferait au service d’éléments sectaires, et précisant qu’aucune religion ne peut justifier l’asservissement de l’être humain, notamment des femmes. [9]
 
Voilà toutes les questions fondamentales que nous devrions poser, dans nos termes, en intégrant dans les « histoires » de nos peuples, non seulement le colonialisme et l’esclavage, mais également la lente conquête heurtée des droits des femmes, et les oppositions entre laïcité et religions.
 
__________________________
[1]http://tempsreel.nouvelobs.com/spec...
[2]http://www.lemonde.fr/opinions/arti...
[3]Jean-Claude Barreau , Toute la géographie du monde, éd. Fayard, 2007, p. 123-124
[4]http://tempsreel.nouvelobs.com/actu...
[5]http://melgrilab.blog.lemonde.fr/20...
[6]tttp ://communautarisme.net/Entretien-avec-Malika-Sorel-Avoir6occulte6aux-migra,ts-et-a-leurs-descendants-la-realité-du-contrat-social-et-moral-de_a951.html
[7]http://www.lemonde.fr/opinions/arti...
[8] http://www.lemonde.fr/opinions/arti...
[9]http://www.marianne2.fr/L-islam-mod...
 
 
 
 
par Monica (son site) samedi 9 janvier 2010 - 225 réactions
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  • Par armand (xxx.xxx.xxx.19) 9 janvier 2010 12:02
    armand

    De l’angélisme, mon bon morice, comme ces gauchistes indécrottables qui ne peuvent envisager la criminalité que comme le résultat de la société capitaliste.

    Des extrémistes occupent le pavé à Paris, bloquent les rues pour la prière, jouent à la police, et vous voudriez qu’on se dise "ce n’est rien", "tout va très bien" ?
    Une pratique INCONNUE de l’Islam tradititionnel, et de tout autre courant religieux d’ailleurs, l’attentat suicide, devient désormais le modus opérandi de tous les illuminés qui se réclament de l’Islam à travers le monde, et vous voudriez que cela ne suscite pas peur et incompréhension ? Un état se réclamant de l’Islam et se disant en rapport avec l’Imam absent massacre, torture, opprime ses habitants ; d’autres mouvements, comme les talibans, qui ont leurs partisans jusque dans les banlieues, mutilent, lapident, exécutent pour des questions de tenue, de moeurs, de pratiques religieuses, et vous voudriez que les gens n’en aient pas peur ?

    Ou alors vous avez des oeillères idéologiques, ou alors vous vivez dans une tour d’ivoire. Ou alors, tout simplement, les petits arrangements entre la mairie de Roubaix (puisque vous connaissez bien la région, n’est-ce pas ?) vous paraissent relever du casuel dans une société multiculturelle.

    Que la peur de l’intégrisme musulman soit utilisée pour détourner le regard d’autres questions brûlantes, comme la mainmise bancaire, les inégalités scandaleuses, les concentrations de pouvoir quasi-dictatoriales, j’en conviens. Mais cela ne veut pas dire que le problème n’existe pas, et qu’il ne soit de taille.

  • Par Monica (xxx.xxx.xxx.40) 9 janvier 2010 12:47
    Monica

    à Morice,

    Décidément, vous êtes bien sûr de votre rhétorique. Je comprends pourquoi vous m’avez traitée de "bêtasse" sur un autre article.

    Je ne confonds rien du tout.

    Mais vous avez une propension à juger des propos d’autrui qui empêche le débat.

    Soit. Nous ne débattrons pas, puisque c’est votre souhait. Dommage.

  • Par Monica (xxx.xxx.xxx.40) 9 janvier 2010 11:56
    Monica

    Cher Morice,

    Nous avons des réponses différentes.
    On n’a pas créé ex nihilo des questions, elles se posent.
    Il n’est qu’à lire certains commentaires pour s’en rendre compte.

    Le tout est de les prendre à bras la pensée, sans culpabilité, pour mieux travailler le Vivre ensemble, en France.

    Car, contrairement à ce que laisse entendre votre premier commentaire, la question est de Vivre en France, et certainement pas de mourir pour elle !

  • Par Yohan (xxx.xxx.xxx.167) 9 janvier 2010 12:57
    Yohan

    On a là avec Momo un bel exemple de langue de bois, d’hypocrisie et de manipulation de la pensée.
    Vous remarquerez que jamais Momo ne répond aux questions qui lui sont posées sur l’islam , ce que Tall a si bien pointé
    A la question d’Armand posée à Momo : pourquoi les extrémistes musulmans font peurs ?) ...lui, il détourne systématiquement ce genre de question. Là il répond à cette même question : "Ben Laden n’est pas venu tout seul..." et quand on connait le sujet de prédilection obsessionnel de Momo, on devine tout de suite à quoi il fait référence.
    Au fond l’Imam de Tourcoing s’en tape du danger islamiste, il le nie systématiquement ou pire, il le justifie par les méfaits de l’Occident.
    Alor la question qui se pose devant une telle attitude et face aux 45 articles de ce triste sire sur la CIA est : qui est MORICE ? ,
    En effet, quel genre de gugusse peut tenir ce genre de position aujourd’hui, sinon à être l’un des ambassadeurs de ces gens là ?  :->

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