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Être mulâtre, le meilleur des deux mondes ?

Si j’avais été blanc ou noir, je n’aurais pas pu vivre toutes les expériences que j’ai vécues. Au Québec, on me considérait comme un Noir et j’y ai vécu du racisme. Quand j’ai été en Guinée, le pays de mon père, on m’a traité comme si j’étais un Blanc et j’y ai vécu de la ségrégation.

Né à Montréal, d’une mère française et d’un père guinéen, je possède trois cultures. Aujourd’hui je peux dire que cela m’a enrichi. Ayant résidé dans un quartier multiculturel et ayant fait mon primaire dans une école consistant en une majorité d’immigrants, je n’ai pas eu de problèmes à cet âge. J’ai été perçu comme un latino. Mes amis latinos voulaient même m’apprendre l’espagnol.

J’ai vécu mes premières expériences de racisme vers l’âge de 7 ans dans un camp de vacances. Parce que ces camps coûtent cher, j’étais, à ce que je me souvienne, le seul mulâtre et le seul Noir. Me faire traiter de nègre par les autres enfants, me faire dire qu’un Noir ne peut coucher à certains endroits, que je ne pouvais pas avoir de chips ou de friandises, que tout cela est réservé aux Blancs… Je ne comprenais pas la discrimination. Moi qui ne faisais pas de différence dans les couleurs de notre peau... J’ai voulu quitter ce camp de vacances qui était devenu une sorte de prison. Je suis resté et j’ai tenté de m’intégrer. J’ai réussi en me tenant avec les plus délinquants du groupe, en montrant que je pouvais être uni avec eux contre l’autorité et que j’avais les mêmes intérêts qu’eux.

Au secondaire, j’ai été dans une école privée. Il n’y avait pas beaucoup d’ethnies présentes et j’y ai encore vécu du racisme. Bien que ce soit une école privée, il y avait quelques skinheads très racistes. Pour mieux se cacher tout en s’identifiant, comme uniforme, certains portaient des lacets de couleur. Je n’étais plus juste un nègre, mais j’étais rendu un hostie de nègre… Je n’acceptais pas la situation. Je les ai affrontés. Cette période a été plus agressive.

Même avec certains de mes amis, il y avait beaucoup de blagues sur la couleur de ma peau. Cela n’était pas fait méchamment, mais ça me gossait. Je ne comprenais pas pourquoi on faisait tant de cas avec la couleur de ma peau, surtout de la part de mes amis. J’ai fini par moins y porter attention. J’ai développé de la patience, de la tolérance. Ça m’a permis de m’identifier comme Noir. J’ai pris le temps de rencontrer ces gens, de leur dire ce que je n’aimais pas. Tranquillement j’ai gagné le respect que je méritais.

Plus tard, j’ai revu des gens qui ont été avec moi dans le camp de vacances. Je crois que j’ai réussi à changer leur perception. Naturellement, avec le temps. L’amitié crée des liens qui nous aident à passer par dessus nos différences. Par la suite, j’ai fait un voyage de plusieurs mois dans la famille de mon père en Guinée. J’ai été traité de Blanc. Cette expérience a raffermi mon côté blanc. Cela m’a fait découvrir le Blanc qui dormait en moi. Cela m’a fait réaliser que la perception des gens autour de moi variait selon leur degré d’ignorance ou de compréhension. Après un moment, j’ai donc accepté que l’on me traite de Blanc. Ce qui n’était pas complétement faux et vice versa. J’ai pu y découvrir mes deux polarités et développer une fierté d’avoir ces deux cultures en moi.

Je n’ai pu changer la situation en Guinée. J’étais le seul mulâtre. Pour eux, c’était nouveau. Quand tu es un Blanc, tu as de l’argent. Tu paies plus cher au marché. Il y a un prix pour les Blancs et un prix pour les Noirs. En réalité, il y a un prix pour les étrangers et un autre pour les habitants de la place. Même pour ma famille, j’étais considéré comme un riche Blanc et j’en ai payé le prix. Plusieurs ont apprécié mon retour dans le pays de mes origines, mais je ne pouvais avoir confiance qu’en quelques personnes de ma famille.

Je n’ai pas souffert de ces expériences. J’ai pris le temps de réfléchir sur la condition humaine, d’en parler avec mon père et quelques amis de confiance. Malgré la frustration qui m’habitait, j’ai développé une meilleure compréhension. Après tout, ce n’est pas de leur faute, ils n’ont pas vu autre chose. Pour les Guinéens, un Occidental c’est quelqu’un qui peut avoir de l’argent comme il veut. Tu peux tout avoir. Des jobs, il y en a à la tonne. Tu es perçu comme une personne ayant eu la vie facile et à qui tout est accessible.

Aujourd’hui je viens de commencer un travail comme intervenant de rue auprès de jeunes marginalisés. Si dans une rencontre, il y avait un mulâtre qui se faisait taquiner par un Blanc, je questionnerais ce jeune. Pourquoi dis-tu cela ? J’essayerais de lui faire vivre la situation contraire. Si tu étais le seul Blanc avec huit mulâtres, aimerais-tu te faire traiter de Blanc, qu’on insiste sur ta différence ? Je tenterais de lui faire réaliser, de lui faire vivre l’expérience. Je tenterais aussi de cerner l’origine de ses propos. Ma blonde m’a laissé pour un Noir… Ce n’est pas après les Noirs que tu en as, mais après un homme qui a volé ta blonde. Il aurait pu être blanc, noir, jaune ou mauve. Tu es triste d’avoir perdu ta blonde. Cette souffrance tu la retournes envers tous les Noirs.

En ce qui concerne le mulâtre victime de ce racisme, dans le non-verbal, je resterais disponible pour lui. Une ouverture d’esprit, une présence qui lui permettrait de m’en parler quand il sera prêt. Une ouverture dans l’attitude. Je n’ai pas à le victimiser plus qu’il ne l’est déjà.

Au Québec, le racisme est plus caché que dans certains pays d’Europe ou d’Afrique. Je dirais que le racisme est moins évident, mais plus hypocrite. Ce n’est pas tout le monde qui le réalise, mais même tes amis peuvent l’être, parfois sans s’en rendre compte.

En me voyant, j’ai vu des gens changer leur sacoche de côté. Ils avaient peur que je les vole. D’autres me dévisageait ou tournait le regard… Certaines régions du Québec m’ont fait vivre des situations de racisme plus fortes qu’à Montréal. Même pendant la St-Jean Baptiste. Peut-être ne comprenaient-ils pas qu’un hostie de nègre pouvait fêter la St-Jean Baptiste comme un Québécois pur laine ?

Je suis né à Montréal. Je suis très québécois. Un Québécois pur laine. Une mère française et catholique, un père guinéen et musulman. Je suis un Québécois, avec son accent très québécois, un Québécois mulâtre et fier de l’être.

Voir d’autres textes sur le racisme.




par Raymond Viger (son site) mercredi 7 mai 2008 - 16 réactions
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  • Par delicemetis (---.---.---.18) 7 mai 2008 11:51

    Salut, comme mon pseudo l’indique, je suis moi aussi métis.

    Mais un peu plus que mulatre, mon père est métis Antillais/Chinois et ma mère Française (blanche)/Tunisienne. Ah les joies du melting pot parisien .

    Bref, il est clair que notre situation est un enrichissement personnel, je me sens apte à comprendre les sentiments et les ressentiments de chacune des ethnies qui me définissent. Cependant, et je suppose que tu partageras mon avis, j’ai longtemps souffert de la solitude...

    Parce qu’il faut l’avouer, il faut souvent choisir un camp, ici en France, pas de soucis, on te fait bien comprendre que tu n’es pas blanc, je pourrais citer des millions d’exemples de ce beau pays des droits de l’homme où encore j’ai été épargné parce que je ne suis pas "noir-noir" mais "marron-clair". Donc tu te ranges du côté des plus tolérants, en l’occurence les noirs mais qui eux aussi, soit te jalousent soit te considèrent comme moins noirs qu’eux donc moins en droit de revendiquer.

    En résumé, c’est bien gentil d’être métis (eh oui on est très beau, intelligent, sportif) mais dans un monde bipolaire, c’est dur de trouver ca place et dans la crise identitaire que traverse tout un chacun, les métis sont les plus lesés.

  • Par delicemetis (---.---.---.18) 7 mai 2008 12:16

    Ce n’est pas prétentieux, c’est juste pour que vous puissiez réagir..

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