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Etre ou ne pas être

Après avoir avalé des régiments de couleuvres, la flamboyante a démissionné ; mais, en femme libre (selon ce qu’elle dit), elle n’a pas annoncé son départ lorsque la logique (sans doute, masculine) aurait voulu qu’elle le fît. Non, elle voulait que son coup de théâtre agite la scène au moment où cela emmerderait le plus ceux qui tiennent les manettes ; histoire de laisser une trace, parce qu’après ça pourrait être difficile. En tout cas, le buisson va perdre en ardeur ; peut-être même qu’il va finir par s’étouffer, puisque les micros vont cesser de se tendre et que les caméras se tourneront vers d’autres sujets plus en phase avec l’actualité du moment. De toute façon, elle va beaucoup moins intéresser les gazettes et ça va lui manquer ; et à vous ? Peut-être moins.

De toute l’agitation qui avait précédé ce départ, il n’est rien sorti de bon puisque l’intéressée a fini par se consumer totalement ; sur le bucher des vanités ? Tant qu’auditeurs et spectateurs ne manquaient pas encore, elle en a profité pour claironner, voire fanfaronner jusqu’à la dernière seconde ; pourtant, ça ne doit pas être son truc de jouer du clairon. A-t-elle, au bout du compte, été bouffée par le loup, telle la chèvre de monsieur Seguin ? Ou investie d’une mission spéciale, renaitra-t-elle de ses cendres vêtue des oripeaux de Don Quichotte ?

Non, elle n’est rien de tout cela car ce qui domine chez elle, c’est le mysticisme. Peut-être décidera-t-elle de rentrer dans les ordres puisqu’en intégrant la troupe, elle était devenue l’incarnation du Verbe ; elle ne s’en est sans doute pas rendu compte mais c’est pour cela que sa parole vous apparait sibylline. Ne vous y trompez pas, ce n’est pas une oratrice, mais plutôt une tribune et, à ma connaissance, elle est même la première du genre ; elle a dû se tromper de siècle et pourrait bientôt rejoindre les Danton, Mirabeau et Robespierre, ceux de son bord quoi. Devenir l’égérie que la révolution n’a jamais su trouver, quel beau rôle, ce serait. Mais personne n’a jamais osé le lui proposer.

Je vous rappelle qu’au départ, sa fonction consistait à défendre la veuve et l’orphelin. Vu le caractère sacré de la mission qui lui a été confiée, le sens de ses paraboles ne pouvait pas être accessible à tous ; pour elle, à qui toute action concrète est interdite et qui ne dispose que des mots pour améliorer l’ordinaire du peuple, c’est trop tentant de leur donner un sens caché. Le peuple sait tout cela et peu importe qu’il ne comprenne rien à ce qu’elle raconte ; c’est comme ça qu’il l’aime, elle qui magnétise ceux qui l’écoutent. Pas moyen de faire autrement puisqu’elle n’a jamais eu les armes qui lui permettraient de maitriser ces situations où sont plongés ceux qui attendent tout d’elle. C’est pour attirer leur attention qu’elle flamboie à tout va mais le règlement intérieur des ministères prévoit-il que le ministre consacre une part essentielle de son énergie à cette activité ?

Ça l’a toujours arrangé de croire que son auditoire était composé de « gens qui sont intelligents et instruits » ; sauf qu’en réalité, elle s’adresse à un auditoire peu lettré. Elle a tout faux d’autant plus que les personnes intelligentes et instruites ont du mal à se satisfaire de cet alignement de mots sans suite. Mais ce n’est pas grave que les français n’y comprennent rien car l’essentiel est que son verbiage paraisse joli ; une manière de faire oublier l’incohérence ?

Et elle s’imagine que la parole politique fascine encore, au-delà du cercle de ceux qui en prononcent ; après tant de mensonges, est-ce bien raisonnable ? 

Le problème avec elle c’est qu’elle a trop de tout, de paroles, d’immodestie, de poésie, de bons et beaux sentiments, de suffisance, d’opacité inutile, de présence, de mauvaise foi et d’éloquence gratuite ; une sorte de marque de fabrique dont elle semblait très fière mais elle a fini par s’en fatiguer car la tenue du rôle était devenue un peu trop encombrante pour elle, mais surtout pour ses camarades.

Et maintenant là voilà qui publie un livre où elle distribue les leçons aux uns et aux autres et prétend, au-delà de différents commentaires, que la faiblesse et la courte vue de certains des anciens petits camarades seraient responsables de l’irresponsabilité des méchants ; sans doute puisque « gouverner c’est prévoir » et que nous avons gardé quelques amitiés coupables avec certains monarques aux poches bien garnies, mais elle aurait peut-être dû ne pas attendre pour afficher ses convictions. En tout cas, cela fera plaisir à ceux qui ont tenté pendant tant de mois de recadrer ses débordements. Il ne leur reste plus qu’à se mordre les doigts de l’avoir gardée si longtemps et à se réjouir de ne plus la croiser ailleurs qu’à l’opéra ou à la sortie d’un spectacle de ballet.

A qui iront les droits d’auteur engendrés par la parution du bouquin ? Profiteront-ils aux nécessiteux ? Sera-t-elle bien placée au box-office ? Devant ou derrière son pire ennemi qui a aussi placé ses espoirs dans un bouquin ? Si elle a eu le temps d’écrire un livre, c’est qu’elle n’était pas ministre à plein temps ; c’est ce qu’insinuent ceux qui prétendent qu’on aurait pu faire la même chose sans elle. Apparemment, son maître de ballet était le seul à refuser de voir qu’elle n’était jamais dans le même rythme que les autres membres de la bande. Mais rien ne saurait l’inciter à se taire parce que la parole c’est sa raison d’être ; je dirais même que ça va devenir sa raison de vivre puisqu’elle ne dispose plus d’aucun autre moyen pour continuer à exister. Elle pourrait donc bien confier à sa plume la poursuite de son bavardage.

Quoi qu’elle fasse, elle aura toujours besoin de compenser sa taille. Mais après tout, elle n’est pas la seule. Ayant donc tellement de choses à prouver, elle a passé une partie de sa jeunesse à courir après les diplômes, avec une addiction qui rappelle celle de ces vieux généraux soviétiques dont le plastron était couvert de décorations. En plus du reste, la musette qu’elle portait en bandoulière était toujours garnie d’un assortiment de citations sélectionnées avec soin, car elles étaient destinées à lui permettre de commenter sentencieusement chaque situation ; et c’est tellement réconfortant de s’entourer de gens célèbres.

Forcément se construire une image, ça prend du temps mais c’est autrement plus gratifiant et utile pour un ministre, que de rédiger des lois qui n’intéressent personne, parce qu’il est à peu près certain qu’elles ne seront jamais appliquées ; y consacrer du temps serait d’autant plus ballot qu’on a décidé de ne pas leur laisser son nom.

C’est précisément pour le cliché qu’elle a quitté la représentation juchée sur son vélo ; quelle panache que cette sortie à grand spectacle, plutôt que de repartir banalement comme n’importe quelle femme du peuple, qui n’aurait pas eu d’autre solution que de s’en aller à pied en humant l’air de Paris, avant de reprendre le métro ; oui mais il aurait fallu se mêler à la foule des justiciables. Qui aurait pu imaginer qu’elle était dotée d’un sens du marketing aussi développé ? Dommage que ce savoir-faire n’ait pas été utilisé autrement.

Sitôt sortie des écrans radar du gouvernement de la république, elle se lance dans un remake de « a star is born » ; et où a-t-elle commencé sa tournée ? A New-York bien sûr, mais vous avez pour l’instant le droit de lui préférer l’interprétation de Judy Garland, en attendant de savoir si la flamboyante a réellement l’intention de s’essayer à la chanson. Et dans quel registre ? Je l’aurais bien vue déclamer des poèmes dans les caves de Saint Germain des Prés, au risque de devenir la nouvelle Juliette Gréco et d’endosser à plein temps, le costume de Conscience ; dommage qu’elle ait soixante-dix ans de retard, parce que ça aurait surement beaucoup plu à ses fans. Mais il n’est peut-être pas trop tard pour solliciter quelques conseils, d’autant plus qu’elle déclare ne pas savoir ce qu’elle va faire de sa vie ; ferait-elle sa coquette alors qu’elle n’a que l’embarras du choix vu que les propositions se bousculent ?

En tout cas Dalida lorsqu’elle prononçait ces paroles, ne pouvait pas imaginer que la flamboyante monterait un jour sur scène (pour lui donner la réplique ?), et pourtant. Relisez Paroles, paroles, vous verrez que ces quelques phrases lui vont comme un gant.


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9 réactions à cet article    


  • sophie 12 février 17:11

    Je ne saisis pas très bien de qui vous voulez parler ?


    • Ouallonsnous ? 13 février 19:35

      @sophie

      Si c’est de Cosse, voilà un bien long article pour une si petite entremise !


    • veller 14 février 02:26

      @sophie

      De Christiane Taubira, bien entendu


    • veller 14 février 02:28

      @Ouallonsnous ?

      Emanuelle Cosse ne peut pas avoir démissionné vu qu’elle vient juste d’entrer au gouvernement.


    • piera 12 février 17:17

      Le qualifat a du manger des haricots ce midi*.

       "Être ou ne pas être«  ??? Pour ce minablissime »m’as-tu vu quand je flingue". Être ou ne pas être ? Vous devriez vous poser la question.

      Pour toi Christiane :

      "Être ou ne pas être, c’est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s’armer contre une mer de douleurs et à l’arrêter par une révolte ?. Mourir... dormir, rien de plus ;... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du coeur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir... dormir, dormir ! peut-être rêver ! Oui, là est l’embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l’étreinte de cette vie ? Voilà qui doit nous arrêter. C’est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité d’une si longue existence. Qui, en effet, voudrait supporter les flagellations, et les dédains du monde, l’injure de l’oppresseur, l’humiliation de la pauvreté, les angoisses de l’amour méprisé, les lenteurs de la loi, l’insolence du pouvoir, et les rebuffades que le mérite résigné reçoit d’hommes indignes, s’il pouvait en être quitte avec un simple poinçon ? Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette région inexplorée, d’où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté, et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ?. Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches ; ainsi les couleurs natives de la résolution blêmissent sous les pâles reflets de la pensée ; ainsi les entreprises les plus énergiques et les plus importantes se détournent de leur cours, à cette idée, et perdent le nom d’action…"

      (*) Qualifat : dérivé en 2016 du mot qualibat qui désigne un organisme de qualification et de certification des entreprises du Bâtiment. https://fr.wikipedia.org/wiki/QUALIBAT

      Le qualiphat est une « majorité qualifiée » chargée d’évaluer les articles avant publication afin de ne pas « laisser passer » n’importe quoi.


      • piera 12 février 17:56

        @piera

        oups..qualifat bien sûr, pas qualiphat ? Si je propose deux orthographes d’emblée pour un mot nouveau ils vont péter un cable au ministère de l’orthographe

        Sinon hé ben désolé veller j’étais vener .. 


      • cevennevive cevennevive 13 février 08:54

        Bonjour veller,


        Bienvenue parmi nous !

        Bon article, ironique à souhait, bien tourné et sans doute le reflet d’une observation psychologique très pointue.

        Mais ces péripéties, ces flamboyances, ces faire-valoir, peuvent également s’appliquer à de multiples « turlupins » de la politique...

        Et pour l’humour : cette passion du vélo montre bien que ce personnage peut, et sait, « pédaler dans la choucroute ». D’autant plus qu’elle arbore un casque pour préserver son cerveau « unique » des coups du sort !

        Bien à vous.


        • Le421 Le421 13 février 18:48

          Christiane Taubira manquera certainement moins aux citoyens normaux qui l’ont vu comme quelqu’un essayant de faire son travail qu’aux nombreux détraqués sectaires qui ont perdu un bouc émissaire idéal. Noire, centriste et ferme sur ses idées. Pas bon du tout.
          Il faut être blanc, de droite et prêt à toutes les compromissions.
          Français, quoi...

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