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Ex falso sequitur quodlibet

Je m’étonne toujours que nos têtes pensantes, qui sont censées argumenter au moment de polémiques sociétales, n’invoquent jamais cet adage latin qui signifie "du faux, il s’en ensuit n’importe quoi".

Que veut-ce dire du strict point de vue de la logique mathématique ?

Cela signifie que la mathématique est une science du vrai, ce mot vient du grec mathésis qui signifie connaissance, toute connaissance étant basée sur le vrai ou sur ce qui est considéré tel.

Il est bien évident que si l’hypothèse, dans une démonstration, est que "x est égal à 2", il faut considérer comme vrai que "x est égal à 2", sachant que ça n’a aucun sens, dans l’absolu, de dire que "x est égal à 2", mais que, dans le cadre de cette démonstration, il faut considérer cette assertion comme vraie.

L’hypothèse mathématique est toujours vraie.

On comprend d’ailleurs, à partir de là, la différence qu’il y a entre un axiome et un postulat.

Un axiome est une vérité simple qu’on peut facilement admettre mais cette vérité est isolée.

Le postulat est, lui aussi, une vérité simple qu’on peut facilement admettre mais ce n’est plus du tout une vérité isolée, car cette vérité entre désormais dans le cadre d’une démonstration, c’est maintenant une des hypothèses, et à ce titre, on exige du lecteur que cette assertion soit considérée comme vraie.

Un postulat est donc un axiome qui fait partie des hypothèses, et comme l’hypothèse est vraie, par définition, on exige du lecteur qu’il considère comme vrai le postulat en question.

Par exemple, de tout temps, il y a eu des malades mentaux qui ont cherché à démontrer le cinquième axiome d’Euclide, sur la base des quatre premiers, pris comme postulats.

Les quatre premiers axiomes deviennent alors des postulats, et l’on cherche à en arriver à la vérité du cinquième axiome d’Euclide, sur la base des quatre premiers, pris comme postulats.

Comment appelle-t-on l’erreur de logique qui est faite quand le malade mental arrive à démontrer le cinquième axiome d’Euclide sur la base des quatre premiers, pris comme postulats ?

On appelle ça une pétition de principe.

Cela signifie que le malade mental injecte vicieusement dans la démonstration un élément qui découle de l’axiome qu’il cherche à démontrer.

Alors forcément, introduisant vicieusement dans la démonstration un élément qui découle de ce qu’il cherche à démontrer, il arrive aisément à sa conclusion puisque cet élément est postérieur à l’assertion à laquelle il veut arriver.

Par exemple, tout d’un coup, le malade mental vous dit « mais la somme des angles d’un triangle est égale à 180 degrés ».

Alors forcément, il aboutira au cinquième axiome d’Euclide puisque le fait que la somme des angles d’un triangle est égale à 180 degrés, est une résultante de cet axiome.

Comment se fait-il que je puisse me permettre d’appeler « malade mental » celui qui cherche à démontrer le cinquième axiome d’Euclide ?

Tout simplement parce que cet axiome exprime que le plan est droit.

Prenez une feuille de papier : pourquoi voulez-vous que cette feuille soit droite ?

C’est absolument insensé.

Faites-en une boule et jetez-la-lui à la figure en lui disant "le voilà votre plan euclidien !"

J’ai quand même le droit d’appeler malade mental quelqu’un qui veut me démontrer que la feuille de papier est plane quand je peux lui envoyer une boule à la figure, non ?

Vouloir démontrer le cinquième axiome d’Euclide est aussi insensé que de vouloir démontrer que le fou va en diagonale aux échecs.

Le fou ne va pas en diagonale aux échecs, on décide simplement arbitrairement qu’il va en diagonale.

À partir de là, de deux choses l’une : ou bien vous acceptez de jouer votre fou en diagonale, et alors vous jouez aux échecs, ou bien vous n’acceptez pas de jouer votre fou en diagonale, et alors vous jouez à autre chose qu’aux échecs.

Il en va de même avec le cinquième postulat d’Euclide : ou bien vous admettez que "par un point ne passe qu’une parallèle à une droite donnée", et vous travaillez sur le plan euclidien, ou bien vous n’acceptez pas que "par un point ne passe qu’une parallèle à une droite donnée", et vous n’êtes pas sur le plan euclidien.

Mais quelqu’un qui voudrait démontrer, sur la base des quatre premiers axiomes d’Euclide, pris comme postulats, le cinquième axiome est un malade mental qui veut démontrer que la feuille est droite.

La feuille n’est pas droite, pourquoi voulez-vous qu’elle le soit ?

Elle ne le devient qu’après l’acceptation du cinquième postulat d’Euclide, elle n’est droite qu’après l’acceptation du cinquième postulat d’Euclide, et non avant.

Or, la mathématique est une science du vrai : cela signifie qu’on ne travaille que sur des hypothèses considérées comme vraies.

Si l’hypothèse est fausse, on est dans le non-sens, et il s’en ensuit n’importe quoi.

C’est la raison pour laquelle la valeur de vérité de l’implication « A implique B » est égale à « non A ou B », où A est l’hypothèse et B la conclusion.

En effet, si A est vrai, alors "non A" est faux, il faut donc que B soit vrai pour que "non A ou B" soit vrai.

Mais si A est faux, alors "non A" est vrai, il s’en ensuit que "non A ou B" sera vrai, quelle que soit la valeur de B.

Du faux, il s’en ensuit n’importe quoi puisque si A est faux, B peut être vrai ou faux, sans influer sur la vérité de "non A ou B" c’est-à-dire de l’implication « A implique B », qui est vraie dans tous les cas.

Ceci peut facilement se vérifier par un exemple simple tiré de la vie ordinaire : imaginons que je dise "s’il fait beau demain, j’irai à la piscine".

Si l’hypothèse est vraie, à savoir qu’il fait beau le lendemain, je dois absolument aller à la piscine pour ne pas être en contradiction avec ma déclaration.

Mais si l’hypothèse est fausse, à savoir que le lendemain il ne fait pas beau, j’ai toute latitude d’aller ou de ne pas aller à la piscine, sans être en contradiction avec ce que j’ai dit, car je n’ai dit ce que je ferai qu’en cas de beau temps, c’est-à-dire d’hypothèse vraie.

Du faux, à savoir qu’il ne fait pas beau, il s’en ensuit n’importe quoi, à savoir que je peux aller ou ne pas aller à la piscine, sans que l’implication se retrouve invalidée dans sa généralité.

Prenons un exemple sociétal qui arrive de temps en temps.

Si je suis musulman, je ne caricature pas le prophète.

Mais si je ne suis pas musulman, il s’en ensuit n’importe quoi, à savoir que je caricature ou que je ne caricature pas le prophète.

Voilà pourquoi les musulmans n’ont pas à pouvoir reprocher aux non-musulmans de caricaturer le prophète (qui n’est d’ailleurs prophète que pour les musulmans, pour les non-musulmans, c’est un individu comme un autre) tout simplement parce que l’injonction de ne pas caricaturer le prophète ne concerne que les musulmans, c’est-à-dire si l’hypothèse « être musulman » est vraie.

Mais si l’hypothèse est fausse, il s’en ensuit n’importe quoi, à savoir que je peux indifféremment caricaturer ou ne pas caricaturer celui qu’ils appellent prophète, et qui ne l’est pas forcément pour les non-musulmans.

Car imposer une loi musulmane aux non-musulmans revient à dire que les non-musulmans sont musulmans, ce qui n’a aucun sens.

Mais ce qui m’a étonné, ainsi que je l’ai annoncé au début, c’est que parmi les journalistes qui ont écrit sur cette question, aucun n’a invoqué cet adage latin pour justifier la possibilité des caricatures chez les non-musulmans, à savoir "ex falso sequitur quodlibet".

Il faudra bien que les musulmans se mettent un jour dans la tête que les non-musulmans ne sont pas musulmans, en conséquence de quoi, ils n’ont pas à être soumis aux préceptes de l’Islam.




par durae.leges.sed.leges (son site) jeudi 20 septembre 2012 - 15 réactions
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  • Par benedicte_gab (---.---.---.33) 20 septembre 2012 11:10

    D’une part, les mathématiques n’ont rien de vrai, peu importe l’étymologie du mot et les croyances associées à ce terme. Elles représentent une logique reposant sur des conventions abstraites et arbitraires par exemple les nombres. La logique mathématique est mécanique et n’a pas de valeur en soi, mais seulement dans le système auquel elle appartient. La science est devenue une religion, probablement la première, et véhicule des dogmes tout aussi déconnectés de la réalité que les religions et auquel ne pas souscrire relève de l’hérésie dans notre société. L’univers, ni le vivant ne sont régis par les mathématiques, que nous voulions croire en ce « dogme » est une des raisons pour lesquelles nous détruisons tout et creusons notre tombe, par exemple. 

    N’en déduisez pas que je crois en dieu, je suis athée, mais ce n’est pas pour autant que je suis adepte de la religion science, ou de la pensée déifiée, je suis irréductiblement incroyante. Mais la logique ne peut déterminer le vrai du faux en soi, en s’affranchissant de la réalité vivante, or c’est bien le problème majeur dans notre société, on prétend penser ou savoir en déni de la réalité, sans chercher à connaître les faits, parce que c’est bien plus commode de faire dans une logique simpliste et binaire que de chercher à démêler l’écheveau des innombrables interrelations et mouvements qui constituent cette réalité vivante.

    Conséquence on fait dans le simplisme binaire, de surface, on jongle avec quelques éléments de forme, tout en faisant l’impasse sur le fond, en se refusant à poser le fait examiné dans son contexte, à en voir les tenants et aboutissants et comment il s’inscrit dans le mouvement de la réalité en-cours. 
    D’une part il faut examiner les intentions réelles de CH, le bla-bla que chacun tient pour parer de vertu ses conneries, y compris les pires saloperies, ça fait longtemps que je n’en tiens compte que pour juger du degré d’honnêteté des individus, et force est de constater que l’honnêteté c’est pas une valeur dans notre société. D’autre part dans quel contexte socio-politique nous sommes, tant dans notre pays qu’au niveau international pour juger des conséquences et réactions. Et à ce moment là, le problème posé est très loin de savoir si oui ou non (on se croirait à l’arène de France de Bern) on peut caricaturer Mahomet lorsqu’on est pas musulman. Parce que je doute que si nous étions dans un monde sain où la diabolisation du musulman à la sauce de celle du juif des années 30 n’était pas la norme décomplexée, où il n’y aurait pas les guerres coloniales de l’OTAN en Afghanistan, Irak, Libye et Syrie, les menaces perpétuelles proférées envers l’Iran, la situation inacceptable du peuple palestinien du à un état dont les gouvernements s’asseyent depuis plus de 60 ans sur les résolutions et condamnations de l’ONU avec l’appui des pays occidentaux à l’origine de cet état de fait ... je crois bien que ces caricatures débiles seraient vues comme telles par l’ensemble des musulmans, ce qui par ailleurs est malgré tout le cas pour une majorité d’entre eux, c’est à dire des caricatures débiles et de mauvais goût produites et publiées par des petits cons n’ayant pas dépassé le stade du pipi-caca. Mais nous ne sommes pas dans ce monde sain, et à partir de là, et la publication annoncée à grand renfort de publicité par CH lui-même et tous les médias afin de monter l’affaire en épingle, est loin d’être innocente et ne relève pas de la blague de potage en pleine crise d’acné juvénile, plus bête que méchante. 

    Qu’on arrête de dévoyer la liberté d’expression, et de la brandir pour parer de vertu des actes pervers, alors même qu’elle est bien muselée en réalité sur nombre de sujets. Il s’agit seulement d’hurler avec loups, de participer à la propagande de lynchage et diabolisation des musulmans pour se faire de la pub et du fric, propagande qui s’étalant dans tous les médias et les discours de politiciens de tout bord, on cherchera en vain le courage et la subversion dans cette publication, il s’agit seulement de taper avec lâcheté et bassesse, en toute impunité sur le bouc-émissaire désigné, de s’en prendre à l’autre uniquement pour le blesser, l’humilier, le heurter. Aux antipodes de la satire ou caricature politique qui s’attaque aux puissants, et dont les auteurs prennent des risques en le faisant, nous sommes dans le registre veule de la méchanceté et agression gratuite en toute impunité de souffre-douleurs ... et c’est à gerber !


  • Par paul (---.---.---.212) 20 septembre 2012 10:54

    Même en convoquant ce pauvre Euclide, un sophisme reste un sophisme .
    Et pis DURA LEX, SED LEX, na !

  • Par Luc-Laurent Salvador (---.---.---.160) 20 septembre 2012 16:50
    Luc-Laurent Salvador

    @ Benedicte

    Magnifique !
    J’applaudis,
    vous avez tout dit, à la perfection, il n’y a rien à ajouter.

    Avec le post de LeGus, voilà l’auteur habillé pour l’hiver !

  • Par LeGus (---.---.---.33) 20 septembre 2012 11:05
    LeGus

    « Des cinq postulats énoncés dans le livre I, le dernier, dont on déduit le postulat des parallèles : « en un point extérieur à une droite, ne passe qu’une unique droite qui lui est parallèle », a toujours semblé moins évident que les autres. Plusieurs mathématiciens soupçonnèrent qu’il pouvait être démontré à partir des autres postulats, mais toutes les tentatives pour ce faire échouèrent. Vers le milieu du XIXe siècle, il fut démontré qu’une telle démonstration n’existe pas, que le cinquième postulat est indépendant des quatre autres et qu’il est possible de construire des géométries non euclidiennes cohérentes en prenant sa négation. »

    Source :http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89...

    J’ai l’impression que vous vous mélangez les pinceaux, mon pauvre.
    Et tout ça pour nous fourguer votre islamophobie...pitoyable.

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