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Depuis 2003, Nicolas Sarkozy alors ministre de l’Interieur, instaure une nouvelle orientation pour la politique d’immigration : l’objectif chiffré d’expulsion à atteindre chaque année. Aujourd’hui président de la République, il continuera trés certainement cette méthode. Quelles en seront les conséquences ?
Les mutations sociales, politiques, économiques et techniques de ces
dernières décennies rendent les infrastructures et les superstructures
de l’ancien ordre mondial incohérentes et inadaptées. Tout est à
réinventer et tout se réinvente au jour le jour : les solidarités,
l’organisation sociale, le partage des richesses et du pouvoir, la
structuration politique, l’information... Ce constat fait peur pour les uns et ouvre
des perspectives nouvelles pour les autres. C’est ainsi que nous avons
observé en Europe un repli identitaire fort, répondant à la
déstabilisation induite par cette mutation que l’on appelle
mondialisation. La France n’y échappe pas : avec le récent débat mélant
immigration et identité nationale, avec la pénétration des thèses de
l’extrême droite dans les partis de droite mais aussi de gauche. Mais
aussi et surtout, avec la politique du chiffre. Cette politique vise à
reconduire à la frontière un nombre toujours croissant d’étrangers et
toute l’action publique en la matière est orientée par cet objectif :
virer les "pas-d’chez-nous-illégaux-qui-pillent-not’sécu-et-tout-ça".
Ainsi, le curseur de la légalité se déplace pour multiplier les cas d’irrégularité et ainsi le nombre d’expulsables, les droits fondamentaux deviennent
inaccessibles, l’administration devient procédurière et déshumanisée, la
police se compromet dans des actions contraires à son code de déontologie (voir l’interview dans Libé de Roland Gatti du 24 septembre 2005).
M. Sarkozy a été l’instigateur de deux lois sur l’immigration, une en 2003 et l’autre en 2006. Ces lois ont eu pour objet de rendre encore plus contraignantes les conditions d’accès au droit de vivre en famille, au droit à l’éducation et au droit à la protection (voir www.gisti.org et www.cimade.org).
Sachant que le nombre de sans-papiers est évalué à 300 000, que pour
expulser, en 2006, 26 000 étrangers, les préfectures et la police n’ont
pas hésité à boucler des quartiers, à pratiquer des contrôles par
nationalité et organiser des expulsions collectives (voir sur le site de la cimade), à procéder à des
interventions musclées devant les écoles (exemple : rue Rampal à Paris le 23 mars 2007), à exiger des foyers
d’hébergement la liste de leurs résidents étrangers pour venir les
chercher de bon matin manu militari, à abuser de la crédulité et du
civisme des gens par des convocations pièges, à intimider et à
poursuivre les militants de la solidarité, à expulser des demandeurs
d’asile déboutés quitte à ce qu’ils se fassent assassiner à leur
arrivée (retrouver les différentes sources sur http://cimade63.blogg.org), etc. Si pour atteindre 26 000 expulsions en un an, la
République s’est autant défigurée, que va -t-elle devenir pour atteindre
30 000, puis 50 000 voire 100 000 expulsions par an ? Va-t-on créer une
distinction visible à porter obligatoirement comme l’étoile jaune en
1940 ? Des lignes aériennes spéciales avec des avions de fret pour
contenir plus d’expulsés ? Des centres de rétention géants aux
conditions d’hygiène minimalistes ? Des centres de tri pour classer les expulsables par nationalité afin d’organiser le renvoi groupé...
Bien sûr, il ne faut pas crier au loup inutilement, mais posons-nous
la question : où nous mène cette politique ? Et si cette logique
s’arrête au point où elle est arrivée, c’est à dire à 26 000 expulsions
par an - comme l’annonce le nouveauministre de l’Immigration et de l’Identité nationale Hortefeux, à quoi sert-elle ? Car elle est inefficace au regard de
l’objectif annoncé : 26 000 sorties, c’est juste un peu plus que les
entrées, ce qui n’a aucun effet notoire sur la masse de sans-papiers
présents. Alors pourquoi ? Pourquoi autant de brutalité ? Pourquoi faire
aussi peur ? Pourquoi stigmatiser et diaboliser les étrangers ?
Pourquoi faire mourir le droit au profit de l’arbitraire ? Pourquoi
défigurer ainsi la civilisation des droits de l’homme ? Pourquoi
réveiller chez nos concitoyens la haine, sinon la suspicion de
l’étranger ?
Politique Racisme Démocratie Droits de l’homme Citoyenneté Immigration Solidarité Présidence Sarkozy

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