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Fabrice Burgaud ou l’amour de la justice

Il y a deux ans exactement, les médias bruissaient du nom de Fabrice Burgaud, ce jeune juge d’instruction qui avait piloté le dossier Outreau. S’il a depuis longtemps maintenant disparu de la une des journaux, son nom apparaît encore de temps à autre, ici ou là.

Comme dans l’affaire Adrien Lefebvre, jugée en ce moment même par la Cour d’assises de Saint-Omer. De quoi s’agit-il ? En novembre 2001, Olivier Caron, un jeune voyou, assassine un copain, Adrien Lefebvre, à Neufchâtel-Hardelot dans le Pas-de-Calais.

Interrogé par les enquêteurs, Olivier accuse quatre jeunes gens de Roubaix. Ils auraient réglé son compte à Adrien pour une histoire de trafic de drogue. Les coupables, ce sont eux, affirme-t-il.

Fabrice Burgaud aurait pu travailler sur cette affaire, mais on l’en a dessaisi pour qu’il puisse se concentrer sur son gros dossier, le réseau de pédophilie présumé à Outreau. C’est donc la juge Déborah Borée qui mène l’enquête sur le meurtre d’Adrien. En juin 2002, les quatre jeunes de Roubaix - innocents - sont interpellés. Cela se passe la veille du début des épreuves du baccalauréat que doit justement passer l’un d’entre eux, Saïd Rahili, 19 ans.

Ce jour-là, Mme Bohée étant empêchée, c’est son jeune collègue, Fabrice Burgaud, qui reçoit Saïd dans son bureau : « Je clamais mon innocence en boucle, se souvient Saïd. Lui me regardait, avec un sourire ironique et méprisant. Il se fichait de ce que je pouvais dire. » Saïd passe son bac le lendemain ? Ca attendra... Le magistrat le laisse parler cinq minutes puis le met en examen pour « assassinat » et demande au juge des libertés de le placer immédiatement en détention provisoire (lire ici).

En prison, le lycéen fait la rencontre d’un certain Daniel Legrand fils, qui a eu lui aussi le malheur de croiser la trajectoire de Fabrice Burgaud, puisqu’il fait partie des accusés d’Outreau. Les deux jeunes gens ont des choses à se dire. Daniel Legrand fils raconte avoir eu affaire à un homme méprisant et sûr de lui. Un portrait qui colle tout à fait avec l’expérience de Saïd.

Les quatre Roubaisiens passeront 16 mois en détention. On s’apercevra tardivement, grâce aux vérifications des appels passés depuis les portables, que Saïd se trouvait près de Roubaix au moment du crime dans le Pas-de-Calais. Après cinq ans de procédure, ils ont bénéficié d’un non-lieu en août 2007. Vendredi dernier, 18 janvier 2008, Olivier Caron a enfin avoué qu’il était l’assassin d’Adrien.

Le juge Burgaud prend soin de ses intérêts

Pendant ce temps-là, l’abbé Dominique Wiel assure la promotion de son livre, Que Dieu ait pitié de nous. Lorsqu’on lui demande s’il a pardonné au juge Burgaud, il a cette réponse pleine de sagesse :

« Je l’envisagerai lorsqu’il m’en fera la demande... ».

Ce n’est de toute évidence pas pour demain, car le juge Burgaud estime qu’il est injustement mis en cause. C’est une victime.

Pas l’impression d’avoir fauté. Pas de regrets. Aucun sentiment de culpabilité. Mais, par contre, une combativité à toute épreuve pour faire reconnaître ses droits. D’autres, dans sa position, auraient fait profil bas. Le juge Burgaud, lui, n’abandonne pas ses idéaux de justice. Il attaque.

En octobre 2004 déjà, au tout début de l’affaire, il attaque Paris-Match pour la publication de photos le montrant, lui et son épouse, faisant leurs courses. Se déclarant « très choqué », il réclame 36 000 euros pour lui-même et 15 000 pour sa femme, comme tarif de sa commotion.

Puis il attaque Libération pour un article intitulé « Burgaud, un cadre obéissant », dans lequel l’auteur y développait une comparaison avec Adolf Eichmann. Le 3 avril 2007, le tribunal de Nanterre condamne le quotidien à lui verser 20 000 euros de dommages et intérêts pour « injure publique ». Plus 3 000 euros de frais de procédure.

Puis il attaque Télérama, condamné par le même tribunal, le 25 septembre 2007, pour le même motif. Dans une chronique intitulée "Outreau 2, le retour", François Gorin avait écrit que M. Burgaud était "désormais considéré comme le Ben Laden de ce mini-11 septembre" judiciaire. Son avocat Me Patrick Maisonneuve avait réclamé 30 000 euros de dommages et intérêts. Le juge Burgaud n’en percevra que 8 000 ; plus 3 000 euros de frais de procédure.

Il attaque enfin ce journaliste indélicat de Paris-Match qui avait usurpé son identité pour accéder à son dossier, à l’IEP de Bordeaux. Ce dernier est condamné à deux mois de prison avec sursis. Quant au juge Burgaud, il ne touche dans cette affaire qu’un petit euro symbolique.

Par amour de son innocence

Pascal Clément, l’ancien garde des Sceaux, avait demandé au Conseil supérieur de la magistrature de statuer sur la régularité de son instruction à Outreau. Les deux rapporteurs, noyés par l’ampleur du dossier, ont fait appel à deux magistrats supplémentaires qui ont employé un logiciel sophistiqué pour recouper certaines informations.

Lorsqu’il instruisait le dossier Outreau, sa hiérarchie avait proposé à Burgaud l’aide d’un second juge d’instruction, mais le jeune juge avait refusé, par amour de la justice, car il voulait rester seul maître à bord. Au cœur de la tourmente - alors qu’on lui demandait des comptes - cela ne l’avait pas empêché de se justifier en invoquant - entre autres excuses - la charge de travail excessive et l’absence de mises en garde de sa hiérarchie.

Et voilà donc que ceux qui ont la responsabilité de le juger à son tour, cherchent à éviter son erreur. Ils ont l’humilité de faire appel à une aide technique pour traiter correctement l’ensemble des données. Il n’en fallait pas plus pour que Fabrice Burgaud, toujours très épris de justice, se jette sur l’opportunité et cherche à casser toute une partie de la procédure, en invoquant un vice de forme.

Lorsqu’en juillet 2007, le CSM l’a débouté une première fois, cela n’a pas suffi à décourager le très coriace Burgaud. Aussi pointilleux et procédurier dans sa défense qu’il était négligent et radical, naguère, dans son instruction, il a donc fait appel auprès du conseil d’Etat - qui doit rendre son verdict ce mercredi -, par amour de son innocence.

par Norbert Balcon (son site) lundi 21 janvier 2008 - 21 réactions
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  • Par calach (xxx.xxx.xxx.190) 21 janvier 2008 15:28
    calach

    "arrêtons de faire croire que l’instruction pénale est le royaume de l’arbitraire"

    Arrêtez surtout de nous faire rire .....

    Demain, vous passerez peut-être en garde à vue sur simple dénonciation d’abus sexuels. Vous comprendrez alors ce qu’est l’arbitraire dans l’instruction pénale.... Je vous le souhaite pour vous faire réflèchir.

    "Ne lapidons pas Burgaud sans connaître les contraintes de ce métier".

    Vous devez faire partie de la confrèrie.... Burgaud a t-il eu la moindre hésiatation pour "lapider" 13 innopcents !

    Dans quelle profession peut-on faire autant de fautes professionnelles avec une telle gravité pour les victimes sans être l’objet de poursuite et s’enrichir par des dommages et intérêts ?

  • Par Norbert Balcon (xxx.xxx.xxx.85) 21 janvier 2008 15:50

     

    Je n’ai vraiment pas l’impression d’avoir « lapidé » le juge Burgaud.

    Vous me reprochez de ne pas laisser le CSM faire son travail sereinement. Je crois que la seule personne qui cherche à mettre des bâtons dans les roues du Conseil, c’est le juge Burgaud lui-même, avec cette guérilla procédurière agaçante.

    Il en a juridiquement le droit, c’est vrai, mais cela manque de classe et je voulais critiquer son attitude.

    Une commission parlementaire a rédigé un rapport sur ce désastre judiciaire. C’est pour permettre à un maximum de gens de comprendre ce qui s’était passé. Je ne pense pas qu’il faille avoir exercé le métier de juge d’instruction pour se faire une opinion valable sur le travail de Fabrice Burgaud.

    Lorsqu’un homme politique est mis en cause, il n’est pas jugé par des hommes politiques au prétexte que son métier serait particulièrement complexe et inaccessible au profane (sans quoi, aucun homme politique ne serait jamais condamné).

    Les juges d’instructions ne sont pas seuls à faire face quotidiennement à des situations humaines très complexes.

    Il existe des centaines de juges d’instruction en France, travaillant dans des conditions comparables à celles du juge Burgaud, sans pour autant causer de catastrophes.

    J’ai donc lu le rapport de la commission, attentivement,  et je pense que le juge Burgaud a commis des fautes graves. J’espère qu’elles seront sanctionnées, c’est tout, et je n’ai pas du tout l’impression de me comporter comme une foule hystérique et avide de vengeance en écrivant cela.

    Je voudrais ajouter que le juge Burgaud n’est pas –à mon avis- une tête « bien faite ». Je regrette que la commission parlementaire n’ait pas fait appel à des psychologues pour les aider à comprendre cet évènement judiciaire, car je crois que leur analyse aurait jeté un éclairage pertinent sur cette affaire.

    Cordialement.

  • Par Crapulox (xxx.xxx.xxx.229) 21 janvier 2008 15:10

    Comme c’est bien dit !

    Bilger n’aurait pas dit mieux.

    Et le résultat de la Commission ? Et la décision du CSM ? Et le recours en Conseil d’Etat ?

    Et tous ces gens remis en liberté et indemnisés après des années de prison ? etc etc..........

    Vous ne seriez pas un peu juge d’instruction vous pour dire des choses aussi énormes ?

  • Par haddock (xxx.xxx.xxx.58) 21 janvier 2008 16:18

    Faut mettre hors d’ état de nuire les personnes n’ ayant pas les capacités requises pour exercer ce genre de métier .

     

    On ne laisserait pas travailler un chirurgien ayant la maladie de Parkinson .

     

    Un juge ayant la maladie de Burgaud encore moins .

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