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Faillite de l’école conséquence de l’échec de l’éducation ?

On nous ressasse continuellement que «  l’école n’est plus ce qu’elle était », «  que le bac ne sert plus à rien » et l’on s’empresse d’en rendre les enseignants et le système éducatif responsable. Mais ce n’est pas un enseignant qui écrit cet article, c’est un étudiant.

"Toute tolérance, disait Clémenceau, devient à la longue un droit acquis"

Cet aphorisme traduit ma malheureuse expérience dans une école. On nous ressasse continuellement que «  l’école n’est plus ce qu’elle était », «  que le bac ne sert plus à rien » et l’on s’empresse d’en rendre les enseignants et le système éducatif responsable.

 

Mais ce n’est pas un enseignant qui écrit cet article, c’est un étudiant. Un étudiant qui s’est vu proposer par la ville de Besançon (il faut croire que la ville considère la réussite des élèves comme importantes vu qu’elle se donne les moyens de les aider) un poste dans une école afin d’aider les enfants à faire leur devoirs.

Je peux vous dire que j’ai vite déchanté. Du haut de mes 20 ans, j’ai le sentiment d’appartenir à un autre monde, pourtant, la primaire c’était il n’y a pas si longtemps pour moi. On aurait pu comprendre si j’avais été dans des écoles du genre collège Henri IV pour les primaires coupé des réalités et materné par mes parents. Et pourtant ce n’est pas le cas, j’ai fréquenté de nombreuses écoles, privée en ville, publique à la campagne et je n’ai jamais été confronté à une situation pareille. D’ailleurs pour couper court à toute conclusion hâtive, mon école en question ne se trouve même pas dans un quartier sensible (d’ailleurs, une légende urbaine voudrait que la situation soit bien meilleure là-bas.)

Lorsqu’une majorité de CE2 (puisque c’est la classe dont je suis responsable) peine à lire, à calculer et à écrire il est clair que l’enseignement est en faillite. Seulement, j’ai pu constater autre chose : l’absence totale d’investissement parental.

Laissez-moi vous donner un exemple : Dans les faits, notre rôle se résume à du maintien de l’ordre. Ce terme peut faire sourire mais c’est bel et bien notre travail, éviter que des enfants de 10-12 ans s’attaquent telle une horde (ou peut-être devrais-je dire une harde dans ce cas) à un gamin de 6 ans, éviter aussi que des enfants s’échappent pour aller au bureau de tabac à 12 ans !

Ayant encore foi en la sévérité parentale et ne voulant pas surcharger l’administration de travail en envoyant des avertissements écrits (on notera aussi l’aspect écologique de mon action puisqu’il parait que c’est de mode) nous avions décidé avec nos collègues de nous adresser directement aux parents pour leur faire part des problèmes liés à leur enfants. Pour vous donner une petite idée, j’ai surpris une de mes élève simulant une fellation au squelette de la salle de science ou encore une autre qui surfait sur Facebook (avec son portable) et dont la photo de profil la montrait en sous-vêtements. C’est Marcel Lechien qui aurait été content !

La réaction la plus courante chez les parents est de garder le silence quand il est question de la stupidité de leurs enfants. J’ai l’impression qu’ils gardent ce silence méprisant que vantait Montesquieu. On a parfois l’impression de leur parler de quelqu’un d’autre, c’est toujours les enfants des autres.

On a eu droit dernièrement à ce débat sur le châtiment corporel. Je crois que la République s’immisce dans la vie privée des citoyens que quand ça l’arrange et ne tient pas compte de certaines réalité. La perte de valeurs morales, l’absence de considérations civiques, bref, à mon sens, c’est l’éducation parentale qui engendre cet échec de l’éducation nationale. C’est là que j’en reviens à ma citation première : L’école a été trop tolérante, désormais, tout n’est que droits acquis.

Peut-être me direz-vous pour finir : Mais d’où vient cette perte des valeurs morales et civiques ? Sans doute d’un déclin de l’école elle-même.

Est-ce la poule de la faillite de l’enseignement ou l’œuf de l’éducation parentale qui est arrivé le premier ?

 

Cet article étant mon premier, je fais appel à l'indulgence du lecteur tout en lui rappelant qu'il s'agit plus du partage d'une expérience personnelle que d'une réflexion aboutie.

par Stege Heide samedi 11 février 2012 - 57 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par ROBERT GIL (xxx.xxx.xxx.242) 11 février 10:27

    Depuis ces dix dernières années les différentes réformes de l’Education Nationale n’ont eu qu’un seul but, son intégration sur le marché très porteur du projet néolibéral en matière d’éducation. Peu à peu, l’on prépare le passage d’une école publique à des structures privées. Ces transformations s’inscrivent dans une volonté de soumettre les domaines de la recherche et de l’éducation, c’est-à-dire la production et la transmission des savoirs, aux logiques de rentabilité et d’accumulation proprement capitalistes..................
    http://2ccr.unblog.fr/2011/12/19/l%E2%80%99ecole-est-finie/

  • Par Christian Labrune (xxx.xxx.xxx.244) 11 février 11:01

    La destruction de l’école ne date pas d’hier ; cela a commencé au milieu des années 80, lorsque Chevènement a lancé ce mot d’ordre volontariste et stupide : 80% d’une classe d’âge au niveau du bac. C’était généreux, dira-t-on, mais pourquoi s’arrêter à 80% et ne pas aller jusqu’à 100% pendant qu’on y était, et pourquoi consentir encore au sacrifice de 20% de la dite classe d’âge ? On aurait pu faire mieux encore et modifier la déclaration des droit de l’homme en posant qu’ils "naissent bacheliers (ou licenciés, ou docteurs !) et demeurent libres et égaux en droits". Cela aurait évité bien des souffrances à tant de malheureux soumis à la nécessité de faire travailler leur cervelle pour réussir.
    Il relevait jusque là de la compétence de l’école d’évaluer le niveau de culture de ceux qu’elle avait la charge d’instruire, et non pas des institutions politiques. Peu à peu, puisque le niveau "montait" (en fait, il y avait de plus de plus de pseudo-bacheliers) le niveau des études pouvait bien baisser en proportion. Ce qui fait qu’on peut aujourd’hui, à l’entrée dans l’université, être incapable de comprendre un texte et plus incapable encore de s’exprimer d’une manière correcte et cohérente.
    Ce sont donc des gouvernement "de gauche" qui se sont chargés de détruire le système d’instruction publique, par des réformes imbéciles que la droite aurait sans doute souhaitées mais qu’il lui aurait été impossible de mettre en oeuvre : c’est tout le corps enseignant qui serait immédiatement descendu dans la rue.
    L’étiquette "socialiste" de ces gouvernements a constitué un parfait anesthésiant et les enseignants n’y ont vu que du feu. Je me souviens encore d’une pétition consternante affichée dans un lycée de la région parisienne : on prétendait, dans une sorte de supplique, informer Jospin, alors premier ministre, que son collègue de l’Education nationale, Allègre, était en train de détruire l’école, feignant d’ignorer que la distance qui séparait ces deux-là concernant les visées sur l’école était à peu près celle qui sépare ordinairement le cul de la chemise. 
    Aujourd’hui, le candidat du parti fossoyeur de l’école républicaine fait tout ce qu’il peut pour s’assurer du vote des enseignants, probablement convaincu qu’il s’agit là du plus imbécile et du plus amnésique des électorats. Un autre, Mélanchon, celui qui veut se faire passer pour l’homo novus de la plèbe, fut aussi ministre de l’Education nationale. Un des plus insignifiants.
    Mon intention ici n’est aucunement de dédouaner une droite tout à fait capable du pire elle aussi. Le malheur des temps, c’est qu’on ne peut plus voter : les partis susceptibles d’être élus sont plus ou moins à la botte des intérêts financiers et les "fronts" populistes qui se prétendent novateurs sont amis des systèmes anciens les plus abjects.
    Christian Labrune

  • Par Abou Antoun (xxx.xxx.xxx.9) 11 février 19:31
    Abou Antoun

    On ne prépare rien du tout
    Vous n’avez pas assisté à la liquidation de la Régie Renault, des P.T.T., de la S.N.C.F. d’EDF/GDF, etc.. etc.. et vous ne voulez pas croire que l’Éducation Nationale (et la Défense) suivront le même chemin ?
    Voici comment les choses se passeront (un peu comme pour la Police Nationale progressivement remplacée par les milices intitulées ’polices municipales’)

    • Les chefs d’établissements commenceront par évaluer leurs enseignants, ils deviendront de facto DRH et chefs d’entreprise.
    • Les chefs d’établissements auront le droit de recruter et de licencier directement (y compris les personnels titulaires, aussi longtemps que ce mot aura un sens).
    • Les enseignants (comme tous les autres personnels) seront au mieux versés dans la fonction publique territoriale, au pire il deviendront des employés de l’établissement qui les emploie (hypothèse la plus vraisemblable).
    • Les chefs d’établissements seront remerciés pour leur collaboration, en perdant à leur tour leur statut de fonctionnaire et en étant nommés en C.D.D. par les maires ou les présidents d’assemblées régionales. On sera sûr de la sorte qu’ils sont de parfaits lèche-culs (enfin ils sont prédisposés ils n’auront pas trop à se faire violence).
    • Comme pour les universités on promulguera une loi d’autonomie des établissements qui les autorisera à ne plus se conformer à des programmes nationaux, permettant ainsi de supprimer les I.G. et les services centraux.
    L’Éducation sera ainsi entièrement soumise au pouvoir politique alors que dans le système actuel le niveau politique s’arrête aux recteurs.
    Ce processus est déjà engagé, il se poursuit inexorablement. Si vous ne voulez pas le voir ...

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