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Faut-il laisser mourir notre industrie ?

Tous les jours, la France perd un peu de ses industries, mais est-ce là une mauvaise chose ?

 Molex, Aubade, Continental, pas un jour ne passe sans que David Pujadas et les autres annoncent un dramatique plan social. C’est toujours la même scène : des barricades, des salariés manifestants, et un délégué syndical se disant choqué. Ensuite viennent les réactions politiques, Olivier Besancenot et Jean Luc Melenchon fustigent le grand capital et la finance mondiale. Puis vient le gouvernement qui de temps en temps promet le reclassement des salariés ou de trouver un repreneur. Tous les soirs nous avons donc le même rituel sur nos écrans. La France pleure la perte de son industrie centenaire de son déclin. 

Pendant 30 ans la France a basé sa croissance sur son industrie et ses emplois à faibles valeurs ajoutées, les usines étaient alors les fleurons, les moteurs de l’économie française. Seulement depuis 1973 tout cela s’est arrêté l’économie française croit au ralentit, le chômage augmente ainsi que le nombre d’inactif. Alors que l’anémie de l’économie française aurait pu ne durer que quelques années, elle continue depuis plus de 30 ans. Depuis 30 ans l’économie française n’a pas su se réinventer elle reste accroché à ses moteurs passées comme ces usines qui périclitent chaque jour.

Au début des années 1980 la mobilité des capitaux et l’intensité capitalistique d’une production à faible valeur ajoutée provoque une concurrence entre les pays émergents et les pays développés. Bien sur de par le cout du travail, modique dans les pays émergents, la concurrence est inégale. Ainsi les vieux pays se sont réinventés un modèle économique afin de palier au manque à gagner provoquée par cette concurrence inégale. La finance pour le Royaume Uni, l’innovation en Scandinavie et aux Etats-Unis, l’innovation-préservation en Allemagne. Le point commun entre ces dernières est bien sur de créer des emplois et des activités à forte valeur ajoutée, non délocalisable. En France nous avons fait tout le contraire. 


La France a adoptée une stratégie de préservation totale : la France est un des pays qui investit le moins dans la recherche et développement ainsi que dans l’enseignement supérieur ce qui fait dire à Cohn-Bendit lui même que certaines universités françaises sont des universités du "tiers monde". En France moins de la moitié des nouvelles classes d’âge font des Etudes supérieures lorsque ce chiffre atteint deux tiers aux Etats-Unis et 80% en Suède. Et encore quelles études supérieures ? La France est un des pays qui investit le moins sur ses étudiants, elle n’a pas démocratisé l’enseignement supérieure, elle a ouvert les fameuses filières en "logie", sociologie, psychologie, histoire, du reste très intéressante, mais est-ce vraiment ce dont la France a besoin ? 

Le résultat de ce manque d’investissement en RD, en l’éducation est le suivant : le moteur de la croissance française restent des emplois à faibles valeur ajoutée, souvent délocalisables. La France a adopté une stratégie de préservation et non d’innovation. En subventionnant les industries (prime à la casse) en compressant ses coûts salariaux (contrairement à l’idée reçue le coût du travail en France se situe dans la moyenne basse de l’UE), en écartant les moins productifs du marché du travail (système de préretraite, entrées plus tardives des jeunes sur le marché du travail en les parquant dans des filières à faibles débouchés) la France tente de préserver des emplois d’un autre âge en jouant sur la productivité. Mais la France ne pourra pas augmenter sa productivité éternellement. L’hexagone n’attire pas les capitaux il essaie de limiter une hémorragie ; il ne fait que repousser l’échéance, tout en perdant des emplois car, bien sur, sauver des industrie sous entend souvent supprimer des emplois, l’économie française brûle à petit feu. C’est exactement ce qui se passe tous les jours en France chez Molex, Continental, Renault c’est cela que nous voyons au 20 heures. Tout cela parce que la France n’a pas su renouveler son modèle économique, parce qu’elle n’a pas su démocratiser son enseignement supérieur, parce qu’elle n’a pas su innover ce qui devait se passer rapidement il y a 30 ans continue à se produire. Un chiffre d’ailleurs est symptomatique, non seulement la France manque d’emplois qualifiés, mais la France est le pays ou le taux de substitution entre emplois jeunes et emplois seniors est le plus élevé, signe que les emplois sont les même depuis 30 ans ce qui est une hérésie économique. 

Alors laissons mourir l’industrie à faible valeur ajoutée, laissons Molex s’en aller et investissons massivement dans la recherche et développement, dans l’éducation, prenons enfin le chemin que nos voisins on pris depuis 30 ans. Cela ne signifie pas tuer l’industrie mais la renouveler, cela signifie créer d’autres emplois que les emplois Jospin, à très faible valeur ajoutée et qui n’apportent rien à l’économie. Mais pour cela il faut un minimum de courage et de volonté politique.



par Lapetiteboite (son site) lundi 15 novembre 2010 - 34 réactions
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  • Par Manggiofagioli (---.---.---.100) 15 novembre 2010 14:49

    Il y a beaucoup de contorsions dans cet article pour éviter de dire :
    - que la Grande Bretagne n’a pas brillé en sacrifiant son industrie au profit des services financier,
    - que le pays Européen le plus solide est aussi celui qui a la plus forte industrie, l’allemagne.

    Quant à opposer l’innovation et l’industrie, c’est assez curieux quand on pense à des société comme Airbus, Astrium, Eurocopter, Thales, SAGEM, EADS ...
    Pour vous, l’innovation c’est facebook ?

  • Par La Botte secrète (---.---.---.250) 15 novembre 2010 14:55

    Bonjour,

    Votre stratégie si elle était appliquée, mènerait le pays à la ruine très rapidement et ce pour plusieurs raisons que je détaillerai ci-après. Avant je voudrais faire quelques remarques.

    Vous faites le constat suivant : "Au début des années 1980 la mobilité des capitaux et l’intensité capitalistique d’une production à faible valeur ajoutée provoque une concurrence entre les pays émergents et les pays développés« . Pour autant , vous n’analysez pas l’origine de ce phénomène qui est la volonté politique des EU épaulés par l’UE de supprimer toutes les barrières douanières aux échanges de capitaux et de marchandises. Nous sommes donc face à une volonté politique de mise en concurrence des salariés occidentaux avec des salariés de pays faiblement développés sur le plan économique. Ce qui a pour conséquence direct les délocalisations et donc la désindustrialisation des pays.

    Ensuite vous parlez d’orientation et réorientations de politiques industrielles, sans pour autant considérer que ce type de manœuvres est très lourd et qu’on ne peut réorienter une tradition industriel »avec les dents« . Par exemple, le tissu industriel allemand n’était et n’est pas du tout le même que le français. L’avantage de l’économie française est qu’elle est (enfin elle l’était) présente dans à peu près tous les secteurs et notamment des secteurs industrielles à main d’œuvre faiblement qualifiée et à faible valeur ajoutée. L’Allemagne quant à elle est présente dans l’industrie lourde et a toujours été très spécialisée, notamment dans les machines-outils. Elle est donc assez largement irremplaçable, et cela n’a rien à voir avec la supériorité de certaines politiques sur d’autres. L’Allemagne se fond juste mieux dans la stratégie définie par nos maîtres américains que nous.

    La vision du monde que vous défendez est une vision où en gros on aurait des pays agricoles, d’autres pays spécialisés dans la main d’œuvre peu chère et peu qualifiée, d’autre se chargeant de l’innovation ( c’est quand même aberrant que 80% d’une classe d’âge fassent des études sup, 80% n’est pourtant ni prof, ni ingénieur, ni ceci ni cela, en fait maintenant il faut bac+2 pour être caissières CQFD). Dans ce beau projet, il faut savoir que la France est destinée à être une espèce de parc d’attractions géant. Et pas un géant de l’innovation. Tandis que l’Allemagne aura pour vocation l’industrie spécialisée et de haute technologie etc... etc... Ce qui est dans les faits une division du travail à l’échelle planétaire. Ce qui m’amène aux raisons pour lesquelles cette stratégie que vous prônez mènera la France à la ruine.

    -D’une part, comme cela est souligné par de précédents intervenants, les questions de sécurité nationale imposent de conserver certains secteurs industriels, comme le vêtement, l’armement. Pour assurer sa sureté économique, un État doit idéalement avoir un potentiel autarcique. Ce qui ne suppose pas de refermer les frontières mais de conserver certains pans de son industrie.

    -D’autre part, vouloir d’une société composée uniquement d’ingénieur, de médecins, de tel ou tel emploi sur-qualifié est une utopie dangereuse, car cela signifie qu’une certain nombre de personnes seront sur le carreau et que personne ne sera là pour faire la basse-besogne (à part les immigrés que vous voudrez faire venir peut-être ? Ce qui m’amène à mon troisième point). Cela aussi fait part d’une certaine forme de mépris vis-à-vis des ouvriers.

    -Souvent il est dit que les français »ne veulent pas faire ce travail« . C’est faux, ils ne veulent pas le faire pour des miettes. Voilà tout. Seulement la mondialisation oblige le travailleur français à accepter les miettes sinon c’est soit l’immigré soit l’étranger qui pique sa place. La mise en concurrence avec le tiers-monde est ce qui a obligé les salariés français à accepter des salaires de misères qui sont utilisé à 90% dans la nourriture et le logement.

    -Petite note sur les USA, vous dites que c’est une économie d’innovation. Hors ils ne produisent quasiment rien. C’est avant tout une économie vampire d’hyper-endettement grâce au privilège du dollar.

    -Sur la RetD, vous nous présentez ça comme une solution miracle. Mais les Français inventent déjà beaucoup ! Ce sont les applications commerciales de leurs inventions qui font défaut, et là je vous rejoins.

    -Je vous rejoins d’ailleurs aussi sur les facs de lettres (dont je viens), qui ne sont pas inutiles contrairement à ce que vous semblez sous-entendre, mais qui ont été transformés en espèce d’usine à chômeurs géantes. Mais ça c’est à cause du »80% d’une classe d’âge au bac« cher Monsieur.

    -Enfin vous nous dites que »sauver des industries sous-entend supprimer des emplois". Il faudra m’expliquer comment les seuls producteurs de richesses palpables (avec l’agriculture et le BTP) détruisent des emplois. Votre propos peut tenir la route si vous considérez que la finance produit des richesses, ce qui n’est évidemment pas le cas.

    Bref, vous culpabilisez les français sur leur nullité supposée comme 95% des médias. Nul dans l’innovation, que des emplois non-qualifiés, pas d’innovation etc... etc... En fait vous faites partie du même théâtre d’ombres que le NPA et l’UMPS qui nous font le même cinoche sur la désindustrialisation sans vous attaquez aux causes de celle-ci.

    Pour résumer, afin de sauver l’économie française, vous proposez la solution anglo-saxonne d’abandon de nos spécificités. Ce qui suppose l’appauvrissement sans limites de la classe laborieuse et l’alignement total sur un modèle de société que les français haïssent.

    Moi je propose un bras d’honneur aux anglo-saxon, notamment en quittant l’UE. Et de mettre en place une politique industrielle et économique digne de ce nom et allant dans le sens des intérêts du peuple laborieux et non des rentiers et financiers.

  • Par jef88 (---.---.---.119) 15 novembre 2010 12:45
    jef88

    Quand on parle d’industrialisation il ne s’agit pas de donner un emploi à douze hyper diplomés mais de nourir toute la population, sans exception.
    Depuis 1973, la France , comme bien d’autres pays fait la cour à la bourse. Souvenez vous de R Barre qui faisait « la chasse aux canards boiteux » à savoir les PME et qui a donné le coup d’envoi aux délocalisations sous prétexte de casser l’inflation.
    La gauche de 1981 qui a sabordé des centaines d’entreprises en ne touchant pas aux plus grosses (exemple : 1983 dépot de bilan de 60% des fabriques de meubles)
    Et le développement de la grande distribution qui a achevé le travail (pour être fournisseur il faut pouvoir alimenter TOUS les magasins d’une enseigne) avec la bénédiction de tous les gouvernements, donc un coup de plus sur la tête des PME.

    Maintenant on nous dit qu’il faut des diplomès !
    Pourquoi faut il être ingénieur pour faire le job que je pratiquais en 1969 avec un BEPC ?

    La réponse est simple : on veut des petits robots bien formatés qui ferment leurs gu...es quelque soient le bétises qu’on leur fait faire.
    Croyez vous que ce soit une solution pour aller vers le progrès.

  • Par eugène wermelinger (---.---.---.77) 15 novembre 2010 13:34
    eugène wermelinger

    Bonjour Jef88,

    je suis d’accord avec vous, mais nous sommes à présent des vieux !
    Maintenant on nous dit qu’il faut des diplomès !
    Pourquoi faut il être ingénieur pour faire le job que je pratiquais en 1969 avec un BEPC ?

    Comme vous, avec un BEC en poche j’ai en quarante ans créé ou participé à plusieurs sociétés commerciales et artisanales ou industrielles. Venu à la retraite j’ai tout bazardé, le plus gros à un ingénieur sortant de grande école. Faillite moins de dix ans plus tard. 
    Il s’agissait de PME, analyse sur laquelle vous portez aussi un jugement exact.
    on veut des petits robots bien formatés qui ferment leurs gueules
    Et ils vont crever la gueule ouverte hélas.


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