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Féminisme, outil inconscient du libéralisme ?

Il serait bienvenu de revenir sur l’histoire d’un mouvement qui, à force de coups d’éclat et de revendications sociales, devait restituer les droits légitimes des femmes. D’Olympe de Gouges à Simone Veil, que de luttes menèrent celles qui, aux contours d’un nouveau monde, disparurent dans les tourments des trois derniers siècles et la traîtrise d’un monde contemporain assoiffé de biens et de pouvoir.

Pourtant, si notre société actuelle parle beaucoup, trop peut-être, de la condition féminine, les avancées sociales et politiques peinent à venir. L’émancipation qui fut le combat de milliers de militantes, d’écrivaines, de philosophes n’est pas au rendez-vous. Le rapport annuel du Secours Catholique tire la sonnette d’alarme, de 51% des aides qu’étaient allouées aux femmes en 1999, nous sommes passés à 54,4% en 2008 et la crise faisant, rien ne permet de penser que cette augmentation s’infléchisse au cours des mois à venir. De plus nous apprenons que sur l’ensemble des femmes accueillies, 90% vivent sous le seuil de pauvreté.

Marie Olympe de Gouges préconisait dans sa "Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" l’émancipation par l’égalité entre les sexes. Si l’émancipation semble s’être développée au long du XIX ème et du XXème siècle, elle prit un visage différent depuis les années soixante, d’égalité à conquérir dans toutes les strates de la société, le nouveau dogme promouvait la "libération de la femme" et déplaçait le mouvement sociétal solidaire vers une réflexion et des intentions plus individualistes. La lutte pour le droit à la contraception qui débutait cette mutation, puis l’avortement réduisirent à peau de chagrin les revendications autrement plus importantes que l’égalité nécessitait, d’autant plus que la globalité des aspirations aurait certainement généré ces mêmes conséquences.

D’autre part, la confusion qui fut faite par les féministes entre "liberté" et "autonomie" ne renforça pas la condition des femmes en les isolant par affinités intellectuelles, de classe ou même religieuses, tant est si bien que l’investissement social, politique ou syndical fut souvent dénoncé comme asservissement au pouvoir masculin. Il en résultat que les avancées que l’on pouvait présager après la fin de la deuxième guerre mondiale et le début des trente glorieuses se limitèrent à des combats spécifiques qui détournèrent nombre de militantes tant que de citoyennes du besoin élémentaire d’égalité. La trop grande spécialisation des batailles occulta, de fait, le but final.

Parallèlement, c’est au cours de ces décennies que le pouvoir industriel et financier croissait, trouvant un terreau propice dans ce féminisme favorable à l’individualisation féminine et à la réduction de la cellule familiale. Au même moment où la création de nouveaux besoins envahissait notre société, de plus en plus de femmes affirmaient leur "liberté" en rejoignant le marché du travail. Pour les industriels, le nouveau modèle n’était pas la famille vivotant d’un seul salaire, mais la femme libre s’épanouissant dans l’assouvissement de technologies modernes. L’aubaine de la multiplication par deux des besoins associée à la saturation du marché de l’emploi permettait l’accroissement des profits tout en réduisant les masses salariales. Pour les milieux d’affaire, économiquement, la famille ne satisfaisait pas, et ils trouvaient un allié objectif dans l’individualisation que les mouvements féministes défendaient. Dans le couple séparé le besoin doublait, en sus, la monoparentalité augmentait les biens dévoués aux enfants, et les salaires se trouvaient limités par la demande élargie.

Ainsi, depuis les années soixante dix, les campagnes publicitaires, les médias dédiés, les biens sexués se développent dans le cadre dénaturé de la dogmatique féministe. Liberté, émancipation, individualité sont les slogans qui envahissent la sphère publique noyant le juste combat pour l’égalité dans de vaines broutilles, os à ronger d’histoires de foulard ou de berceaux congélateurs. La liberté a pris le pas sur l’autonomie qui devait mener à l’égalité.

Pour la classe dirigeante, l’individualisation de la femme hors du couple est aussi un atout majeur dans l’espace revendicatif, moins de confrontation familiale appelle moins de débat d’idée, moins de prise de conscience et moins d’intention syndicale et ce, de la part des deux sexes. De surcroît, l’entretien par les politiques de droite du succédané qu’est l’immigration, dans la destruction de l’offre, est un moyen indéfectible pour masquer les injustices promotionnelles et salariales qui sont faites aux femmes dans le milieu du travail.

Nous sommes passé en l’espace d’un siècle d’un objectif louable, juste et légitime, par la perversion des idées menée de concert par les pouvoirs et un militantisme extrême autant que naïf, à une déstructuration quasi accomplie d’une société prometteuse. Que ce soit par l’anéantissement des prétentions féminines aux desseins égalitaires de notre république, aujourd’hui, le seul motif d’inquiétude qui fédère est la lutte contre la paupérisation et ses corollaires que sont l’insécurité et l’immigration, alors que la réussite des femmes ne pouvait que bénéficier aussi aux hommes. Alors que nous sommes encore à définir le rôle de chacun dans les espaces intimes ou publiques, que le partage des fonctions n’est pas établi, que le combat émancipateur est en roue libre ou à la remorque d’une actualité biaisée, les femmes sont toujours discriminées, leurs salaires sont toujours inférieurs, elles sont encore victime du patriarcat entretenu par la classe dominante et de traditions obsolètes défendues par cela même qui les exploitent, l’importance de leur implication sociologique demeure secondaire aux yeux du paternalisme tout puissant. 

Où sont les "chiennes de garde" pour défendre la légitimité, où sont "ni putes ni soumises" pour défendre l’égalité, où sont "Choisir", le "MLF" pour définir les règles d’émancipation, où sont les "Pénélopes" pour informer ? L’espace médiatique est muet, la longue litanie des récriminations, des espoirs, des martyres de la cause féminine reste silencieuse.

Les mères, les épouses, les filles et aussi toutes les femmes sont trahies par celles qui portaient leur espoir d’avenir.

 

« Depuis quelques années, tous les organismes internationaux s’accordent à reconnaître la féminisation de la pauvreté - aujourd’hui les femmes sont 70% des pauvres de notre planète et 60% des travailleurs pauvres (1/4 des travailleurs totaux) gagnant moins d’1 dollar par jour. Ce phénomène est accompagné de la féminisation des migrations (elles sont 51% des migrants vers les pays riches et 2/3 des réfugiés), de l’augmentation de la traite et du trafic des femmes, de l’esclavage et du travail forcé, et de la croissance des inégalités. »

 

Liens connexes :

http://www.marievictoirelouis.net/textes_historiques.php

http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article1967 

http://www.mix-cite.org/ 

http://www.collectifdroitsdesfemmes.org/ 

 

 

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Les réactions les plus appréciées

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    Par brieli67 (xxx.xxx.xxx.90) 5 novembre 2009 18:26

     Pour mémoire, quelques déclarations de Jacques Chirac lui-même  :

    -"Pour moi la femme idéale, c’est la femme corrézienne de l’ancien temps : dure à la peine, qui sert les hommes à table, ne s’assied jamais evec eux et ne parle pas". (1978)

    - « Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui ensemble gagnent environ 15000 francs, et qui voit sur le pallier à côté de son H.L.M., entassés, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, qui gagnent 50000 francs par mois de prestations sociales sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à celà le bruit et l’odeur, eh bien, le travailleur français sur le pallier il devient fou ! Et ce n’est pas être raciste que de dire cela. Nous n’avons plus les moyens d’honorer le regroupement familial. Et il faudra enfin un jour poser le grand débat qui s’impose dans notre pays, qui est un vrai débat moral, pour savoir s’il est naturel que des étrangers bénéficient d’une solidarité nationale à laquelle ils ne participent pas puisqu’ils ne payent pas d’impôts. » (Jacques Chirac, Meeting électoral, 1990)


    Et depuis ? Y dit quoi le bouffon de la Reine Carla ?

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    Par Philippe Renève (xxx.xxx.xxx.123) 5 novembre 2009 19:42
    Philippe Renève

    Très bonne analyse, Emile Red, de la complicité objective du féminisme avec le libéralisme ravageur.

    Emancipez-vous, travaillez, femmes libres, ... et pesez sur les salaires de tout votre poids.

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    Par Albatar (xxx.xxx.xxx.149) 6 novembre 2009 13:12
    King Al Batar

    je vous conseille de lire, si ce n’est pa déjà fait, "vers la feminisation " d’Alain Soral, cette personne qui peut etre detestable sur certains points, a au moins le mérite d’avoir des raisonnements sensé et une capacité d’analyse sur certains sujet qui est interessante.

    En ce qui concerne la pauvreté des femmes, je reste quand même dubitatif. Je suis issu d’un milieu très pauvre, et j’ai eu l’occasion de constaster que les personnes les plus pauvres en France, bien sur, sont les hommes.

    Il n’y a qu’à regarder dans la rue qui sont les SDF, il y a une grosse majorité d’hommes, et si effectivement il y a des disparités salariale entre hommes et femmes au niveau des hauts postes et des hauts revenus, je pense qu’au niveau des bas revenus cette tendance s’inverse.

    je parle en France, et dans les milieu très pauvre (HLM du 93). Vous constaterez que les voies légales de remuneration que l’on propose à la jeune beurette ou noires issu des quertier qui puent la merde sont bien souvent moins merdiques que celle qu’on va proposer au jeune homme.

    De plus la femme à toujours la possibilité de s’en sortir si elle est mignonne, l’homme moins.

    je pense que le feminisme aujourd’hui en France est un faux combat, car la femme n’est pas une categorie sociale, et hormis le sexe, j’aimerai bien qu’on m’explique le point commun entre une caissière à Lidl et une avocate.

    Le vrai combat est de relever le niveau de vie des classes les plus faibles, les prolos et même les sous prolétaires, qui sont malheureusement plus nombreux que ce que l’on consent à reconnaitre, homme ou femme.

    La tertiarisation de monde du travail francais a contribué a une hausse considérable du niveau de vie et de l’indépendance feminine, du fait l’absence de penibilité physique du travail lié à une activité de commerce.

    Est ce la feminisation qui a entrainé la tertiarisation ou l’inverse, c’est une question à étudier, mais qu’on ne vienne pas chialer sur les salaire des caissières, comparativement aux salaires des ouvriers non plus....

    Je precise que mon raisonnement se limite à la France et n’est certainement pas verifiable à l’echelle de l’humanité.

  • vote :
    Par Fergus (xxx.xxx.xxx.185) 5 novembre 2009 18:02
    Fergus

    Bonjour, Emile, et merci pour cet article très pertinent.

    J’approuve totalement la partie finale et son questionnement : Où sont effectivement passées les féministes au moment où les femmes paient un tribut de plus en plus lourd à la paupérisation croissante de la société ?

    A toutes fins utiles, pour ceux que le mouvement féministe intéresse, j’ai écrit en avril un article sur une figure mal connue du féminisme : Hubertine Auclert.

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