Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox Mobile

 Accueil du site > Tribune Libre > Florence Cassez ou les excès de la communication politique

Florence Cassez ou les excès de la communication politique

« Florence Cassez, c’est un peu un prix Goncourt du combat pour la justice », écrit aujourd’hui-même un rédacteur d’AgoraVox. Ah bon ? Je vois, pour ma part, son cas sous un angle très différent...

Que Florence Cassez soit libérée, c'est indiscutablement une très bonne chose pour elle-même et pour sa famille. Mais si la jeune femme est libre désormais, elle le doit sans doute nettement plus aux vices de forme qui ont émaillé son parcours judiciaire qu'à une innocence établie de manière indiscutable.

Je ne veux pas affirmer par là qu'elle était complice de son compagnon, Israel Vallarta Cisneros, qui croupit dans un quartier de haute sécurité mexicain pour une série d’enlèvements et de meurtres. Mais en acceptant de vivre (sur un pied plutôt luxueux) avec un criminel dont tout le monde savait à quelles activités il se livrait, Florence Cassez s'est au minimum rendue coupable de « recel d'activités criminelles », même si elle n'a jamais participé, de près ou de loin, au moindre enlèvement et a fortiori à la moindre exécution.

Sept ans passés, dans ces conditions, dans les prisons mexicaines, représentent une peine évidemment suffisante, et nous aurions sans douté été choqués, pour la majorité d’entre nous, que l’incarcération de Florence Cassez soit prolongée. Mais il est sans doute réducteur et inapproprié de brosser d’elle le portrait d’une jeune fille imprudente et naïve dans la mesure où sa relation avec Vallarta a été suffisamment longue pour que Florence Cassez ne puisse être restée totalement ignorante de la manière dont son compagnon avait organisé ses exactions avec ses complices.

Subsistent, en marge de cette libération, des questions sur l'attitude des autorités françaises. Qu'elles se soient mobilisées depuis l’arrestation de la jeune femme en 2005 pour une ressortissante française confrontée à des procédures judiciaires dans un pays étranger est normal, et nulle critique ne peut être émise sur ce plan. Mais avec l’affaire Cassez on est sans doute allé très loin, et sans doute au-delà du raisonnable, notamment avec Nicolas Sarkozy qui, comme d’habitude, en a fait beaucoup trop, allant jusqu’à provoquer une brouille avec Felipe Calderon qui a entraîné l’annulation de « L’année du Mexique en France » et sans doute nui à notre compatriote du fait de violent éclairage médiatique qui s’en est suivi et qui a contribué à cristalliser la colère de l’opinion mexicaine.

Ce type d’affaire se gère dans la discrétion la plus totale, et il ne fait guère de doute qu’un traitement plus approprié eût sans doute permis à Florence Cassez d’être rapatriée plus rapidement dans une prison française en vue d’une rapide libération. Mais on ne peut évidemment pas réécrire l’histoire…

Cette affaire n’en met pas moins le projecteur sur le sort de ces compatriotes incarcérés dans des prisons étrangères. Ils sont, paraît-il, au nombre de… 2215 ! La plupart sont sans doute coupables des faits qui leur ont valu d’être condamnés. Mais il est probable également que quelques-uns ont été victimes de jugements arbitraires ou de peines disproportionnées en regard des fautes commises. Tous ces Français bénéficient-ils de la même sollicitude des autorités ? On aimerait le croire, mais il est évident que la réponse est négative. Certains parmi eux sont sans doute totalement innocents, mais ils ne bénéficient ni de la présence à leur côté d’un avocat vedette comme Frank Berton, ni du calcul de caciques politiques désireux de soigner leur image !



Sur le même thème

Le rapport du CIDE sur les réseaux pédocriminels en France et ailleurs
Le syndrome de Stendhal : tout sur le mystère de la maladie de Florence
Jérôme KERVIEL, 16 journées étranges en 2008
Justice : Marc Machin vs Bernard Tapie
Grandes Dames : Les Rochambelles


Les réactions les plus appréciées

  • Par velosolex (---.---.---.81) 24 janvier 2013 13:50
    velosolex

    Bravo Fergus pour cet article qui tend à séparer le bon grain de l’ivraie.
    Sur l’affaire Cassez, sans doute qu’elle n’est pas tout à fait finie.
     Et que bien des gens ne continueront pas à mettre leur raison au garde à vous, sous prétexte « de ne pas contrarier sa libération ! »

    Pour mon compte, j’ai toujours été assez irrité de voir le sort de nos compatriotes traité avec plus de considération que les autochtones, une fois délocalisé à l’étranger.

    D’un seul coup, cette personne et son sort vont occulté le sort de bien plus malheureux dans notre pays. Quand à leur innocence, elle ne sera plus évalué de façon objective, mais en rapport avec ce que la presse en traduira, en terme de jeunesse, ou d’identification, jusqu’à vouloir nous faire avaler des couleuvres.

    Imaginons un instant que cette fille est été la copine d’un des acteurs « d’action directe », vivant dans une ferme du centre, avant que la police n’intervienne et les boucle, pour de longues années...
    Son sort aurait il ému autant deux présidents de la république ?
    J’en doute....Elle aurait bel et bien moisi en quartier de haute sécurité !

  • Par rené descendre (---.---.---.133) 24 janvier 2013 17:06
    Magma des cendres rouges

    aujourd’hui j’ai eu le droit au dindonnement d’abrutis au bureau tout rejouis de la libération de la sus nommée. Bien sur 7 ans c’est sans doute suffisant ou trop, mais a force d’entendre les merdia comme dit je ne sais plus qui ici, influencer l’opignon publique en occultant que les quartels de la drogue c’est plus de 80.000 morts.

    est elle assez concon pour vivre avec un trafiquant avec une kalachnikov in the pocket pour lui faire croire qu’il avait une fabrique de fraises tagada.. ça m’étonnerais quand même. Demain vous abritez ou vivez avec quelqu’un de criminel, vous risquez gros aussi. De plus on compare la justice francaise et la mexicaine, or ce ne sont pas les même, pour des malfrat qui connaissent les lois

    on ne va pas non plus beatifier cette personne outre mesure.

     

     

  • Par Fergus (---.---.---.28) 24 janvier 2013 16:20
    Fergus

    Bonjour, Radix.

    Jusqu’à preuve du contraire, Florence Cassez n’a pas été innocentée, comme l’a souligné un procureur mexicain : sa libération n’est intervenue qu’en raison des nombreux vices de forme, mais les questions de fond restent toujours posées.

    Quoi qu’il en soit, on peut quand même estimer que son temps de détention est suffisant.

  • Par Fergus (---.---.---.28) 24 janvier 2013 14:08
    Fergus

    Bonjour, Velosolex.

    D’accord avec votre commentaire.

    J’ai failli ajouter un paragraphe su tous ceux qui, dans notre pays, souffrent de traitements inéquitables sans que cela émeuve « en haut lieu ». Je ne l’ai pas fait pour éviter une accusation de démagogie. Non que je craigne d’être vilipendé, mais pour tenter de rester, dans l’article, au coeur du sujet : l’affaire Cassez et le différentiel de traitement entre ceux qui sont médiatisés et servent la com’ officielle, et ceux dont nul membre du gouvernement ne se soucie.

    Merci à vous d’avoir élargi le débat. On pourrait d’ailleurs l’élargir encore plus en pointant du doigt l’absence quasi totale de compassion, et surout d’action, au sommet de l’Etat pour venir en aide à tous ceux qui, sans avoir jamais été coupable de la moindre action illégale, n’en sont pas moins réduits à crever à petit feu dans la rue.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

ECRIVEZ UN ARTICLE !





Les thématiques de l'article


Palmarès







Partenaires