• vendredi 10 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > France 2 et Enderlin déboutés, Média-Ratings relaxé
29%
D'accord avec l'article ?
 
71%
(39 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

France 2 et Enderlin déboutés, Média-Ratings relaxé

La Cour d’appel de Paris a relaxé, mercredi 21 mai 2008, le directeur de « Média-Ratings », Philippe Karsenty, condamné en première instance, le 19 octobre 2006, par la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris pour diffamation envers Charles Enderlin, correspondant de France 2.

La mort d’un enfant palestinien « en direct »

L’objet du litige était un reportage effectué par le journaliste le 30 septembre 2000 dont tout le monde se souvient encore : certaines de ses images ont fait le tour du monde. Au carrefour de Netzarim dans la bande de Gaza, lors d’un accrochage supposé entre Israéliens et Palestiniens, un enfant de 12 ans, Mohammed Al Dura était prétendument mort “en direct” aux côtés de son père grièvement blessé.

Alors que, retenu en Cisjordanie, il n’avait pas assisté lui-même aux événements filmés par son caméraman Talal Abou Rahma, le journaliste C. Enderlin commentait pourtant ainsi une séquence d’une cinquantaine de secondes censée les résumer : «  Il est 15 heures, tout vient de basculer près de l’implantation de Netzarim dans la Bande de Gaza, les Palestiniens ont tiré à balles réelles, les Israéliens ripostent : ambulances, journalistes et simples passants sont pris entre deux feux. Ici, Jamal et son fils Mohammed sont la cible de tirs venus de la position israélienne, Mohammed a 12 ans, son père tente de le protéger, il fait des signes, mais une nouvelle rafale : Mohammed est mort et son père gravement blessé. »

L’événement avait eu un retentissement considérable dans le monde et contribué à relancer l’intifada dans les territoires palestiniens occupés. Cette mort était devenue le symbole de la barbarie de l’armée israélienne.

Une mise en scène selon Média-Ratings

Or, sur son site internet, en novembre 2004, l’agence Média-Ratings qui se propose d’évaluer la qualité de l’information diffusée par les médias, avait qualifié cet événement de « supercherie ». Elle s’appuyait, entre autres sources, sur une enquête menée par une agence de presse francophone israélienne, Metula News Agency, faisant état de faits troublants qui, au mieux, disculpaient les forces israéliennes et, au pis, conduisaient à soupçonner une mise en scène palestinienne.

Les impacts circulaires de balles sur le mur autour des victimes révélaient, par exemple, des tirs perpendiculaires pouvant provenir d’un poste de surveillance palestinien situé dans l’axe, tandis que les positions israéliennes présentaient un angle oblique d’une trentaine de degrés par rapport au mur qui, en cas de tirs, aurait dû produire des impacts ovales. D’autre part, malgré la présence de plusieurs cameramen sur les lieux, seul celui de France 2 avait filmé la mort prétendue de l’enfant et aucun, son évacuation par ambulance. Certaines sources soutenaient même que le visage de l’enfant mort, montré à l’hôpital de Gaza sous le nom de Mohammed Al Dura, n’était pas celui que l’on voyait sur la vidéo et qu’aucune autopsie n’avait été effectuée.

Une enquête jugée curieusement peu sérieuse par le tribunal correctionnel

Il est singulier de remarquer que les deux instances judiciaires ont tiré des mêmes faits des conclusions radicalement opposées. Alors que le procureur de la République avait demandé la relaxe, jugeant l’enquête menée par Média-Ratings « ni bâclée ni partiale » et les preuves rapportées « relativement convaincantes  », le tribunal correctionnel avait au contraire reproché à Média-Ratings une prétendue unicité de ses sources malgré divers témoignages et les images elles-mêmes du reportage.

Plus étrange était le grief fait à l’agence de n’avoir pas eu le soutien des autorités israéliennes, comme si ce n’était pas au contraire un gage d’indépendance dont il fallait la créditer dans sa recherche de la représentation de la réalité la plus fidèle.

Le tribunal avait préféré, semble-t-il, faire la leçon à cette agence qui se flattait de décrypter l’actualité : « Il lui appartenait, en sa qualité de professionnel de l’information, ironisait-il sans tenir compte des arguments de la défense, de faire preuve d’un esprit critique également aiguisé à l’égard de l’ensemble des sources auxquelles il avait accès, en ne faisant prévaloir telle thèse sur telle autre qu’en l’état d’éléments sérieux d’enquête l’autorisant à tirer des conclusions en ce sens. » Or, selon le tribunal, « le prévenu, en reprenant à son compte sans distance ni analyse critique de ses propres sources, la thèse d’une mise en scène à des fins de propagande (...) (avait) manqué à l’exigence de sérieux attendu d’un professionnel de l’information ».

Une enquête jugée au contraire légitime par la Cour d’appel

La Cour d’appel n’est pas de cet avis du tout : non seulement elle ne suit pas le tribunal, mais elle adopte un point de vue contraire, laissant entendre que c’est le tribunal qui a manqué lui-même à cet « esprit critique aiguisé » qu’il vantait tant. Sans entrer dans le débat sur la fiabilité des versions en présence, elle reconnaît que P. Karsenty a «  exercé de bonne foi son droit de libre critique » et «  n’a pas dépassé les limites de la liberté d’expression  ». L’enquête de Média-Ratings est jugée légitime « ne serait-ce qu’en raison de l’impact qu’ont eu (ces) images  ».

Enfin, des 18 minutes de "rushes" qui ont été présentées par France 2 au lieu des 27 annoncées, la Cour déduit que « (leur examen) ne permet plus d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure  » qui avaient émis des doutes sur la représentation des faits livrée par le reportage. France 2 et C. Enderlin auraient l’intention de se pourvoir en cassation.

L’information est d’abord une guerre

Dans l’attente, ce procès offre une utile réflexion sur la qualité de l’information disponible. Les conventions internationales ont beau avoir inscrit l’information parmi les droits de l’homme, elle reste avant tout une guerre. Voilà sans doute pourquoi il est si souvent difficile de percevoir le degré de fiabilité des représentations de la réalité offertes par les médias. L’émetteur vise avant tout à déclencher chez sa cible la pulsion d’adhésion à sa cause. Ainsi, cette vidéo qui montre un enfant tombant sous des balles est-elle ici un réquisitoire contre l’un ou l’autre camp, selon le contexte qu’il convient d’adopter.

La confusion possible entre appel humanitaire et "leurre d’appel humanitaire"

Outre la captation d’attention qu’il provoque par la stimulation du voyeurisme devant l’exhibition du malheur d’autrui, l’appel humanitaire et son simulacre, le leurre d’appel humanitaire, organisent, en effet, une distribution manichéenne des rôles entre victimes innocentes et bourreaux, avec prise de parti immédiate qui suscite dans l’instant la compassion pour les unes et la condamnation des autres. Les stratèges en campagne d’influence ont compris depuis longtemps tout le parti qu’ils pouvaient tirer de cette confusion toujours possible entre un appel humanitaire et le leurre qui le simule.

Les réflexes suscités sont profondément ancrés en chaque individu par l’inculcation éducative du groupe social où il est né et a grandi. Très tôt, l’enfant apprend, parfois à ses dépens, à ne pas faire souffrir un plus petit que soi et à secourir les faibles. Cette règle de vie prescrite par le groupe est commandée par l’instinct collectif de conservation. Quel avenir, en effet, aurait un groupe social éliminant systématiquement ses plus faibles ? Du coup, oser, dans ces conditions, prétendre faire le tri entre un appel humanitaire et le leurre éventuel qui le simule, est malaisé : on est tout de suite soupçonné d’inhumanité, alors que ce sont les cyniques qui en sont coupables à vouloir ainsi tromper l’élan du cœur le plus généreux qui soit par un leurre qui imite l’appel humanitaire.


Il était donc de la plus haute importance d’essayer de savoir si cette scène de mort d’enfant était ou non une mise en scène : était-ce un appel humanitaire ou un leurre d’appel humanitaire  ? Les sentiments éprouvés envers l’un et l’autre camp en dépendaient. Il n’était donc pas illégitime, contrairement à ce qu’a jugé le tribunal correctionnel, d’oser mener l’enquête, quitte à ne pas aboutir complètement. Ce sont précisément les risques du doute méthodique. On ne peut dès lors que se réjouir qu’une Cour d’appel n’en paralyse pas l’exercice à l’avenir, en annulant le premier jugement. Paul Villach









par Paul Villach mardi 27 mai 2008 - 83 réactions
29%
D'accord avec l'article ?
 
71%
(39 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Olga (xxx.xxx.xxx.127) 27 mai 2008 12:15
    Olga

    Vous voulez dire que des médias utiliseraient des images pour manipuler l’opinion publique. Et en plus des images d’enfants assassinés. J’en reste bouche bée. Moi qui ingurgitait toutes ces infos en les croyant impartiales, je suis vraiment déçue.

    Heureusement que l’information est de plus en plus fabriquée par les gouvernements eux-mêmes. Les médias ne servent plus qu’à relayer la voix de leurs maîtres.

    Pour moi, toute information qui vient de l’Elysée, de la Maison Blanche, du 10 Downing Street, voire du Pentagone, est parole d’évangile.

    Vive la propagande étatique, elle nous pilote en automatique !

     

  • Par gaiaol (xxx.xxx.xxx.93) 27 mai 2008 18:47

    media ratings a un rôle presque négligeable dans l’affaire...

    c’est le memri le fonds de l’iceberg. le memri dont tout le monde connait le rôle occulte et occulté dans toutes les affaires traitant des musulmans (instigateur, entre autres, de l’affaire du voile en france)... dont le fondateur est yigal carmon, ancien chef du renseignement du mossad, grand ami et complice d’antoine lahad (notamment à sabra et chatila), gnéral des milices phalangistes libanaises ayant "gardé" le liban sud pour israel et condamné à mort au liban pour haute trahison, explulsé de france, mais qui coule des jours heureux à tel aviv, tout en continuant à renseigner et à "aider" ses amis israeliens grace à ses anciens amis "libanais".

    puis la mena (metula news agency), remerciée à plusieurs reprises pour sa participation à l’effort de guerre israëlien, basée en israel et dirigée par stéphane juffa que l’on retrouve sur toutes les radio shalom du monde, pour faire l’apologie de tashal, de la politique israelienne, qui mène une offensive toutes azimuts contre l’iran et la syrie et dont l’organisation comporte deux volets : la coopération en méditerrannée et "la création" du "concept" dit de l’info "propre", c’est à dire "presque" exclusivement israelienne.

    puis la présidente de “shourat ha-din”,organisation juridique israelienne qui n’admet pas que l’image d’israel soit détériorée dans le monde.

    il y a karsenty ultra sioniste, pdg d’une société financée pour moitié par la cia (sic) (getZenew) qui "oeuvre " pour une "méditerrannée" qui va du jourdain à l’afrique du nord (le projet méditérrannéen de sarkosy semble de plus en plus suspect) qui dévoile le lien indirect entre la mena, son groupe et le memri, et qui part en croisade contre les "méchants palestiniens et les méchants journalistes" tous coupables à ses yeux de la mauvaise image d’israel... et meem le méchant ambassadeur d’israel a paris, dany shek, qui l’a accusé de conspirationniste dans l’affaire dura et défendu enderlin.

    et dans une moindre mesure, le "meilleur des mondes", revue "littéraire" des néocons français, regroupant la fine fleur de l’"intelligentia" francaise (André Glucksmann, Pascal Bruckner, Pierre-André Taguieff, Marc Weitzmann, Stéphane Courtois, Jacques Tarnero, Frédéric Encel, Elisabeth Schemla (c’est cette dernière qui sous l’égide du memri a sans cesse "nourri" l’affaire du voile )tous bien connus et qui ne conçoivent de "bon" monde que leur monde, ce qui leur permet de nous seriner la guerre du bien contre le mal, anesthésie célèbre nommé soma du livre-fiction qui leur sert de titre pour leur revue.

    enfin le président du crif, richard prasquier qui traine à sa suite tous les sites à la solde d’israel partant de désinfo.org, nuitdorient.com, chelanoo.com, amisraelhai.over-blog.com, vigilances.blogspot.com, upjp.org (union des patrons et professionnels juifs de france qui s’est donné comme principal but la lutte contre la désinfo, au lieu de promouvoir les emplois..) dirigée par madame karsenty elle meem et à toutes sortes de sites sionistes d’infos dites "sérieuses", qui martèlent les fausses en continu et en boucle, tellement nombreux sur la toile qu’on ne peut plus les compter. sans compter le la perle des perles, le dernier-né d’une longue liste, le "Megaphone desktop tool” - un logiciel qui permet d’obtenir en temps réel des alertes sur des articles clés, des vidéos, des blogs et des sondages concernant israël". "Le but est de permettre aux utilisateurs de réagir en-ligne et de contribuer à soutenir l’Etat d’Israël “sur le front de l’opinion” :
    http://www.alterinfo.net/MEGAPHONE,...


    tous ont oeuvré pendant des années pour renverser l’émotion à travers le monde au vu des images du petit duha.

    question : pourquoi le gouvernement israelien et l’armée israelienne se sont tus pendant 7 ans ?et mis autant à se décider pour contredire la version de france 2 ? pourquoi des officers israeliens ont reconnu les faits les premiers jours du drame ? pourquoi l’armée israelienne a interdit les lieux du drame aux journalistes ? pourquoi a-t-il détruit ces lieux ?

    question : pourquoi la mena n’a pas cessé d’attaquer patrick andjar, patron de l’afp jerusalem, au point de le saper complètement ? parce qu’il s’éfforçait de dire la vérité sur le liban et la palestine ? pourquoi rappeler sans cesse à anidjar qu’il est juif, israelien, traitre et lache et qu’il vote pour les listes arabes de la knesset ?

    question : et comment croire que la propagande palestinienne est plus organisée, plus puissante, plus "autorisée" que la propagande israelienne, alors qu’israel dispose du memri, de la mena, des bureaux d’infos américains, parmi les plus puissants de la planète, et d’un réseau tel que que le “Megaphone desktop tool” ?


    j’aime beaucoup ce passage :
    Karsenty a réponse à tout. Quand l’accusation lui demande pourquoi selon lui l’armée israélienne elle même n’a pas cherché à démonter le reportage d’Enderlin, et qu’elle n’a même pas supprimer l’accréditation du caméraman palestinien, « c’est parce qu’elle n’a pas compris l’enjeu de cette affaire et/ou qu’elle protège Enderlin » répond t-il péremptoire. Ce qui fait doucement sourire quand on sait, par exemple, quel acharnement cette armée a déployé pour tenter de prouver au monde qu’elle n’était pas responsable de la plupart des assassinats de civils Palestiniens, notamment ceux des 7 membres d’une famille décimée le 9 juin 2006 par un tir d’obus sur une plage de Ghaza, ou comment, autre exemple, elle s’est employée à dénoncer la prétendue « éducation à la haine » des programmes scolaires palestiniens . Son silence dans une affaire aussi dommageable pour Israël, ayant fait le tour du monde, n’est il pas au contraire éloquent ? Il est vrai que les charges contre cette armée sont si accablantes qu’on l’imagine mal entreprendre une action en justice. D’ailleurs est-il nécessaire de rappeler que 8 jours après l’assassinat du petit Al Doura, les soldats, merveilleux aveu, se sont précipités au carrefour de Netzarim, pas pour y enquêter, mais pour empêcher au contraire toute enquête. Ils ont détruit au bulldozer le mur contre lequel fut assassiné l’enfant. Je ne sais si cette bizarrerie fut évoquée avant mon arrivée au procès. [1]

    et cet autre
    Philippe Karsenty sans doute au comble de l’empathie avec les gardes frontières israéliens, flanqué de l’un des gardes du corps de Richard Prasquier, le président du CRIF lui même, filtrait tout simplement les entrées à la porte de la salle d’audience. ( voir le film sur You Tube ). Désignant tranquillement aux gendarmes, qui pouvait ou qui ne pouvait pas, accéder au sanctuaire, au faciès. Ces mêmes témoins sont formels, les représentants de l’Etat ont laissé faire ce tri. Au moins le temps que le supporter de Tsahal, adepte du fait accompli comme son armée préférée ait réussi à faire envahir le moindre recoin de la salle d’audience par toute sa smala.

     

    bref rien de nouveau sous le soleil.... selon que tu sois puissant ou misérable...

  • Par Medkorp (xxx.xxx.xxx.162) 27 mai 2008 12:45
    Medkorp

    Salut !

    Dire que c’est les Palestiniens qui refusent de négocier montre à quel point vous dites uniquement des betises.

    Cela fait des années qu’Israel continue son travail de sape au P.O continuant d’annexer des territoires et prétendant vouloir faire la paix.

    Le reste n’est que propagande !

  • Par Alexandre (xxx.xxx.xxx.72) 27 mai 2008 14:08

    Pour information sur ce qu’est Média-Rating, un de ses représentants disait sur France-culture, à l’émission "du grain à moudre", après le débat télévisé entre Royal et Sarkozy que si elle avait les cheveux libres ce soir-là, c’était pour cacher une oreillette où elle recevait les instructions pour répondre au génial et subtil débatteur qu’elle avait à affronter.

     C’est dire la fiabilité et l’absence totale de paranoïa de cet " observatoire des médias "

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox