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France : bienvenue en décroissance (subie) !

 
La consommation d’énergie en France en 2009 a fortement baissé : moins 5% pour les énergies primaires, selon les chiffres publiées en juillet par le gouvernement. Il faut remonter à 1975 pour trouver une baisse de cette ampleur, qui fait de la France un cas d’école pour les chercheurs en "décroissance subie".

En effet, la principale raison de cette baisse de consommation tient non pas à l’évolution volontaire des comportements et des process industriels, mais à la crise économique et de consommation : pour preuve, en 2009, les transports routiers ont chuté de 12% et la production industrielle de 15%. C’est la crise, et non pas le Grenelle de l’Environnement, la crise et ses répercussions négatives sur les échanges et les transports, et non pas les changement de comportements, qui sont pour l’essentiel à l’origine de la baisse de notre consommation énergétique.

Guère besoin d’être devin pour pronostiquer que ce phénomène est à son début et qu’il va se prolonger. L’épuisement des ressources naturelles est gravé dans la roche-mère :=). Une fois qu’on a dit ça, quoi faire ? Eh bien de l’économie circulaire. Autrement dit, éco-conception à fond les manettes, avec la prise en compte systématique des déchets comme des produits à valoriser, et l’optimisation des flux de matière et d’énergie avec les entreprises voisines. Là, force est de constater qu’en France, tout reste à faire.

Quelle inertie dans nos sociétés de marché !! J’en veux pour preuve l’extrait de cet ouvrage, trouvé ce week-end dans un squat parisien (les squats, espaces de recyclage eh oui, y compris pour les livres abandonnés) :

L’ouvrage est intéressant quand il est remis dans son contexte : il a été publié en 1973, un an après le rapport Meadows du Club de Rome, un an après la première conférence de l’ONU sur l’environnement, à Stockolm. Je vous livre le début de l’ouvrage, et on poura ensuite reparler de l’inertie (les marins appellent ça l’erre) de nos sociétés :

Extrait de "Tout savoir sur la pollution et l’environnement", éditions FILIPACCHI 1973 :

"Pollution et environnement sont actuellement à la mode. Ce sont des sujets de conversation pour les intellectuels "dans le vent" du Vè arrondissement, dans les salons bourgeois du XVIè, et des souces de profit pour la presse et l’édition. Pourtant, cette manière typiquement française et latine de "parler" des problèmes plutôt que d’essayer de les résoudre cache une réalité, dont on commence enfin à reconnaître la gravité.

Il suffit d’ouvrir les yeux : chaque fin de semaine, des millions de citadins fuient leurs villes empuanties et bruyantes : en avril 1972, plusieurs centaines de jeunes manifestaient à bicyclette pour protester contre l’envahissement de Paris par l’automobile : ils étaient 10 000 à Bugey pour protester contre l’installation d’une centrale nucléaire. Beaucoup - jeunes et moins jeunes - choisissent la "vie verte" et vont s’installer dans des fermes abandonnées pour essayer de mener au rythme des saisons une existence saine, tout en préservant la nature. Les magasins d’aliments "naturels" font fortune en vendant à prix d’or des oeufs, des poules nourries naturellement, des poireaux non traités aux pesticides, du pain de blé biologique".

Presque 40 ans plus tard, l’auteur, Liliane Elsen, est présidente d’Ile de France environnement Essonne. Dans cet ouvrage de jeunesse, sans doute un des premiers livres de "vulgarisation" sur les impacts de nos sociétés sur l’environnement, Liliane Elsen dresse un constat qui reste en partie d’actualité !

Il est assez saisissant de mettre en parallèle la rapidité des évolutions technologiques et des changements sociétaux avec la lenteur des prises de conscience. Pourquoi a-t-il fallu 40 ans pour que les signaux d’alarme tirés par Meadows, Copenhague et consors (dont Liliane Elsen) soient pris au sérieux par les médias et le grand public ?

Celles et ceux qui cherchent une clef d’explication (même réductrice) pourront utiliser celle-ci, que j’emprunte à l’ami Jean-Marc Jancovici (voir son excellent livre "le plein s’il vous plaît") : l’abondance énergétique a représenté pour nos sociétés (je parle au passé par optimisme :=) une véritable drogue, procurant une réduction de douleur (mécanisation, soins modernes, etc) et une euphorie (vitesse, transport, glaces en plein été etc) inédites.
 
 
 
par llecuyer (son site) mardi 3 août 2010 - 53 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par LE CHAT (xxx.xxx.xxx.148) 3 août 2010 11:13
    LE CHAT

    c’est pas la première fois que les visionnaires sont pas écoutés , réné Dumont avec son livre de 1962" l’Afrique noire est mal partie" non plus

  • Par rastapopulo (xxx.xxx.xxx.23) 3 août 2010 12:26
    rastapopulo

    C’est surtout la récupération du peuple par les anglosaxons !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    Eux aussi sont anti-industrie (guerre seccession entre le nord industrielle et le sud esclavagiste anti-industrie), eux aussi veulent la dépopulation, eux aussi n’aime pas les valeurs productives.

    Le plus révélateurs est que le tournant vers une Europe (que tu encense l’air de rien) anglosaxonne est déja donné en 73 en France avec les lois qui interdise au publique de financer le long terme sans intérêts et donc infine la mort du publique.

    Tout ça san aucune réaction des masses trop occupé à s’abreuver de courants anglosaxons de pensée fondamentalement pro-finance dérégulé ou silencieux sur le sujet.

    Mais non, il faut conspuer les 30 glorieuses où les lois financières étaient strictes parce que le CNR connaissait le rôle scabreux des financiers durant les guerres mondiales !!!

    Pourtant les avancés sociales datent de quand ? et les régressions ? et la dette publique ?

    Après 68 c’est la déchéance dû à l’asphyxie financière du publique prit en tenaille entre les ultralibéraux (privatisation) et les mondialistes de gauches (mises sous tutelle anglosaxonne des démocraties).

    Essayer de récupérer la sauce sur fond d’écologie alors que la délocalisation à plus polluer la planète que l’industrie règlementé chez nous (alors que nous pouvons imposez au autres de ne pas acheter leur produit en l’absence de normes si on voulait tant que nous sommes pas trop pauvre), c’est petit. 

  • Par Lisa SION 2 (xxx.xxx.xxx.97) 3 août 2010 12:11
    Lisa SION 2

    Bonjour,

    la génération 68, celle qui a profité à fond du boom de l’après guerre, nourrie au cola, nesquik, bifteck, sandwithe, dès qu’elle a été mature, a tout envoyé paitre. C’est donc après qu’est né le concept écologie, environnement, retour à la terre mère, anti nucléaire, et boulots déshonorants.
    Elle a mis vingt ans à imposer ces valeurs sans aucun soutien pour enfin voir ces problèmes discutés sur les ondes. Résultat, dès que l’État s’en est mêlé, c’est juste pour pondre une nouvelle taxe sur l’air... !!! 

    Curieusement, alors que l’on se moquait en France des tous ces pouilleux qui roulent en 2CV, bien des européens s’installaient dans les ruines abandonnées au bout des impasses pour vivre comme tel. Mais il a fallu d’ailleurs statufier leur présence par une simili constitution européenne qui a foiré sur le papier mais est passée quand même en force au parlement. D’où le malaise...

    Les politiques, à défaut de savoir être fédérateurs, n’ont souvent dans ce domaine que fait des ratés...

  • Par Spip (xxx.xxx.xxx.33) 3 août 2010 16:18
    Spip

    Décroissance subie ou choisie...

    Quelque soient les sujets, il y a toujours eu, au début, des précurseurs (peu) et des spectateurs (beaucoup). C’est la loi du genre.

    René Dumont, assez oublié aujourd’hui, prêchait dans le désert c’est vrai. D’autant plus que dans son ouvrage l’Afrique est mal partie il mettait le doigt sur un phénomène pas encore médiatisé : le néo-colonialisme. Autant dire qu’il n’a pas eu droit à beaucoup de pub...

    Aujourd’hui cette notion de décroissance (volontaire) fait débat : elle secoue beaucoup trop nos habitudes de vie pour pouvoir être discutée raisonnablement.

    Dans tous les fils que j’ai consultés (AGV et d’autres) la résistance prend maintenant la forme (stéréotypée) de : "c’est des idées de bobos, c’est des solutions de bobos, c’est pour les bobos" et finalement "c’est la faute aux bobos ! " Sous-entendu, une histoire de riches, pas pour nous.

    Difficile avec ça d’entamer une réflexion commune, quand on a désigné (disqualifié) le bouc émissaire.

    De résistance en atermoiements depuis une cinquantaine d’années (Dumont, le rapport du Club de Rome) on finit par se retrouver de facto en décroissance subie, la pire, celle qui ne vous demande pas votre avis et qui commence à prendre dans l’urgence les décisions à votre place. La crise n’étant qu’un accélérateur, pas un projet.

    Que de temps perdu.

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