Nicolas Sarkozy nous répète à l’envi que "pour gagner plus, il faut travailler plus". Ce fut même un de ses thèmes-clés de sa campagne. A juste titre. Toutefois, encore faut-il pouvoir travailler ! De retour en France, je vous livre mes expériences en tant que demandeur d’emploi. Je vous invite fortement à lire cet article jusqu’au bout car je vous garde le meilleur pour la fin.
En fin de mission en Afrique du Sud, je reviens en France. Même si ce départ est douloureux tant nous adorons ce pays. Mais il faut bien se faire une raison. Et parfois, dans la vie, nous ne sommes pas maîtres entièrement de nos choix. Nos amis et relations professionnelles nous avaient annoncé la couleur : vous aurez un contre-coup, un choc même ! Merci de l’avertissement. Nous nous en doutions, naturellement, car ces deux pays évoluent sur deux planètes différentes. Mais justement, n’est-ce pas là le sel (ou le piment) de l’expatriation ?
Néanmoins, nous avions probablement sous-estimé l’ampleur du choc. L’atterrissage est plus rude que prévu.
Ainsi, en matière de recherche d’emploi, le parcours est épique. Et c’est peu dire. Un tout autre monde dont nous avions perdu l’habitude.
En moyenne, j’ai constaté qu’il faut à une entreprise trois semaines pour vous contacter après l’envoi de votre CV et lettre de motivation. J’ai bien écrit ’’contacter’’ et non ’’répondre’’ ! Au bout de ce délai, donc toujours pas de premier d’entretien ! Si vous intéressez l’entreprise, il faut compter, ensuite, entre deux et trois entretiens, le temps de faire connaissance avec vos futurs collaborateurs avec qui vous travaillerez en étroite collaboration. Chacun doit pouvoir se faire son jugement avant de vous intégrer. Bref, il faut compter grosso modo plus de six semaines avant d’avoir une réponse définitive. Comme on dit, il ne faut pas avoir faim...
Ubuesque. D’autant que le recruteur se fait un malin plaisir à souligner (plutôt deux fois qu’une) votre période d’inactivité. C’est le serpent qui se mange la queue.
La faute n’est pas aux recruteurs. En effet, cet excès de prudence est le fruit de la lenteur et du coût de la procédure en cas d’erreur de recrutement pour l’employeur. Il est évident que les entreprises recruteraient plus vite si les conditions de licenciement étaient assouplies. C’est la raison pour laquelle dans les pays anglo-saxons vous trouvez un emploi dans des délais plus rapides. En effet, si vous ne convenez pas, l’entreprise peut mettre un terme facilement à votre embauche. Décrit ainsi, les Français hurlent au loup. Cependant, c’est oublier que ce système a un immense avantage : lourdé rapidement vous avez tout autant de chances de vite retrouver un emploi ! C’est ce qui s’appelle la fluidité. Je parle par expérience.
Dans le même temps, me direz-vous, il y a l’intérim. Bien sûr que j’ai regardé de ce côté conscient de mes handicaps après plusieurs années hors de l’Hexagone. Le parcours tourne parfois à la farce. Ainsi, en me présentant, j’explique que je recherche tous types de mission, même sans rapport avec mes qualifications car je suis dans l’urgence. En général, votre interlocuteur soit fronce les sourcils car ne comprend pas votre requête au regard de votre CV soit vous regarde en oeil de pigeon, comme si vous étiez ’’dérangé’’ (certainement !). Au bout du compte, il en ressort un dialogue de sourd plutôt désespérant.
Autre élément dont ont nous parle : l’ouverture sur l’international, des expériences à l’étranger et la maîtrise de l’anglais. Autant d’atouts dans son CV. Des mots, des discours et des postures. Pour faire vite du flanc. Car, dans la réalité, si vous n’avez pas suivi les rails classiques, le recruteur est déstabilisé, perd ses repères. Vous n’entrez plus dans sa grille de lecture. Pas bon ! Repassez plus tard quand vous vous serez ’’réintégrez". Merci.
Vous croyez lire une caricature. Mais pas du tout. Je m’en garderais bien !
Enfin la cerise sur le gâteau. Pour finir en beauté. Dans le même temps, je compte créer ma ’’petite entreprise’’. A ce titre, je me suis inscrit à ces parcours d’accompagnement tout au long de votre projet. Dans le cadre de ce parcours, je rencontre deux conseillers/consultants en création d’entreprise. Je leur expose mon projet. Il m’écoutent attentivement, prennent des notes. Puis à la fin de mon intervention, un silence s’établit, un blanc total. Je me repasse en accéléré dans ma tête mes propos. Je me dis que j’ai dû prononcer un ’’gros mot’’, un mot qui fâche, un mot interdit comme ’’rigueur’’ ou encore ’’faillite’’.
La réponse tombe, d’ailleurs, en forme d’interrogation : ’’Pourquoi ne créez-vous pas votre boîte en Afrique du Sud ?’’. Heureusement que j’étais bien assis. J’en reste sans voix. No comment.
J’anticipe les commentaires à la lecture de cet article qui me vont me renvoyer avec véhémence dans mes cordes, à m’inciter à retourner d’ou je viens si l’herbe est plus verte. Cependant, ce serait avoir une lecture erronnée. Il ne faut pas y voir non plus du dépit et de la rancoeur. Je ne verse ma bile et tombe dans la facilité du ’’c’est la faute à...’’. Ce n’est pas mon état d’esprit. J’ai d’autres cordes à mon arc. Par ailleurs, il faut savoir s’interroger sur ses compétences et si elles correspondent aux besoins des entreprises. Et compenser ses talons d’Achille par des formations pour une remise à niveau. De nos jours, il existe suffisamment de dispositif pour recoller à la réalité en cas de bifurcation.
Mon intention n’est pas de ’’descendre’’ la France, mais plutôt de mettre en évidence les absurdités de ce pays concernant le marché du travail. Les découragements que des demandeurs d’emploi peuvent rencontrer en dépit d’une réelle détermination. Et ainsi contribuer à la réflexion sur les changements indispensables à introduire pour moderniser et faire tomber ces archaïsmes. Une France entre Kafka et la 4e dimension !
PS 1 : Si un chef d’entreprise ou recruteur basé à l’étranger me lit, je suis ouvert à toutes propositions ;-)
PS 2 : Que le Fisc soit indulgent et avant de me tomber dessus, qu’il me laisse le temps de monter mon entreprise, merci.
PS 3 : Je suis à l’écoute d’autres témoignages d’expatriés.

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