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Fukushima : fin du syndrome chinois ?

TEPCO a finalement reconnu au bout d’un mois que 3 des réacteurs de Fukushima-Daïchi ont subit une fonte complète de leur combustible nucléaire. Il est admit dans la communauté d’experts que le magma ainsi constitué, le corium,  à coulé au fond des couves de confinement en béton des réacteurs.

Le refroidissement par eau, selon certains d’entre eux,  ne peut être que superficiel, car au contact de l’eau, un croûte solide se forme  sur le dessus du corium qui joue le rôle d’isolant.

L’inquiétude porte alors sur le percement du fond en béton des enceintes par le corium en fusion.

L’épaisseur de béton serait de 8m (mesure verticale).

Des simulation effectuées aux USA en 1981 pour le réacteurs BWR General Electric de 1152 MW similaire aux unités 2 et 3 de Fukushima (GE Mark1 BWR-4) mais plus récent et plus puissant ont donné les résultats suivants :

Le corium perce les 8 m de béton environ 8 heures après l’arrêt du refroidissement du réacteur.

http://www.ornl.gov/info/reports/19...

Si la simulation théorique est juste, il y a de fortes chances pour que le corium ait percé depuis longtemps le fond des cuves à Fukushima, ce qui pourrait expliquer  que l’eau injecté dans les enceintes de confinement se retrouve dans les fondations.

Pour savoir si cette théorie est applicable à la réalité, nous ne disposons que d’une seul précédent : Tchernobyl. A Three miles Island, seule la moitié de combustible avait fondu.

Lors de la catastrophe de Tchernobyl, des scientifiques soviétiques ont risqué leurs vies en retournant dans le réacteur pour enquêter sur l'ampleur des dégâts.

L'enquête, baptisée « expédition complexe », a été organisé par crainte d’une nouvelle explosion si le carburant nucléaire manquant – composé de plutonium, d'uranium et d'autres produits extrêmement radioactifs - n'est pas localisé et contenu.  Le 6 mai 1986, les émissions radioactives ont diminué de façon inexpliquée. Quelque chose s'était passé dans le coeur du réacteur.

C’est ainsi qu’une expédition scientifique à haut risque a eue lieu sous le sarcophage pour tenter  de repérer le combustible nucléaire manquant.

Les scientifiques ont effectué des forages au niveau du réacteur pour y insérer des détecteurs de radioactivité sans guère de résultat. Au bout de six mois une masse hautement radioactive fut finalement découverte dans le sous-sol de l'Unité 4. On introduit un appareil photo dans la cavité et les clichés révélèrent une masse de plus de deux mètres de diamètre et pesant plusieurs centaines de tonnes que les russes baptisèrent « pied d’éléphant » en raison de sa forme compacte et ridée.

La radioactivité interdisait qu’on s’en approche.

L’analyse montra que le « pied d’éléphant » était composé de sable, le verre et de combustible nucléaire. Sous le réacteur, l'équipe découvrir du béton vaporisé et chaud, de la lave et de spectaculaires formes cristallines nouvelles qui furent baptisées Chernobylite.

Les efforts pour ralentir la réaction au sein du corium avaient été inutiles : le Bore largué par hélicoptère n’a jamais atteint le fond de la cuve. Les pilotes d’hélicoptère soviétiques qui ont mené cette mission désespérée sont mort en vain.

Le travail des mineurs réquisitionnés pour construire une dalle sous la centrale n’ont pas non plus été utiles.

Le combustible avait percé le fond du confinement et s’était figé comme une coulée de lave dans les sous-sols. Le risque explosion était écarté mais il est impossible de dépolluer le site.  

Le nouveau sarcophage n’apportera qu’un répit provisoire : la radioactivité restera extrêmement élevée pendant au moins les 100 000 prochaines années. Aucun bâtiment humain ne peut atteindre cet âge.

Quelle conclusion tirer de ce modèle ?

La quantité initiale de combustible, sa composition et la quantité projetée dans l’atmosphère sont différents à Fukushima. Les enceintes de confinement sont différentes.

Mais la théorie comme la pratique ont montrés que le corium peut parfaitement percer le fond du confinement en béton.

Au delà, la distance sur laquelle il peut s’enfoncer dépends alors de l’étalement de la matière en fusion le long du puis qu’il creuse. Quand la masse en fusion restante devient  trop faible pour empêcher la croute de durcir la progression s’arrête. La simulation de 1981 montre que la progression est l’affaire de quelques heures.

Il est donc vraisemblable que les coriums se soient figés et qu’ils resteront là pendant des centaines de milliers d’années.

Mais à quelle niveau se trouve le « là » ? Dans la centrale, sous elle ? A quelle distance de la nappe phréatique ?

Il est peu vraissemblable que TEPCO réponde rapidement à ces questions dont pourtant dépend l’avenir d’une grande partie du territoire japonais.



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Les réactions les plus appréciées

  • Par Gabriel (---.---.---.98) 24 juin 2011 10:26
    Gabriel

    Une pensée émue pour les millions de Japonais sacrifiés sur l’autel des profits et une forte envie de gerber sur tous les faux culs assassins qui préconisent et soutiennent encore le nucléaire !

  • Par gaijin (---.---.---.149) 24 juin 2011 09:55
    gaijin

    les vidéos postées il y a quelque jours sur un des articles d’olivier montrant des explosions ou des incendies nocturnes laissent penser que le corium n’en est pas encore a une phase de refroidissement a fukushima
    au vu des infos que l’on peut glaner il est probable que tepco n’a aucune idée de ce qui se passe a l’intérieur et se contente de noyer l’ensemble en se disant que l’eau va bien finir par refroidir le bazard .......

  • Par Aldous (---.---.---.209) 24 juin 2011 13:56
    Aldous

    Même si le corium n’atteint pas la nappe, la flotte radioactive y arrive déjà.

    Inutile de s’affoler d’avantage, TEPCO a fait tout ce qu’il falait pour que la catastrophe soit maximale.

  • Par Aldous (---.---.---.209) 24 juin 2011 13:49
    Aldous

    Le sable a en effet eu un effet stabilisateur dans le cas de Tchernobyl.

    L’utilisation de l’eau est à mon avis une erreur dramatique due au fait que les Japonais n’osaient pas dire que les coeurs avaient complètement fondu. Dans ce cas évidemment il y avait une certaine logique à envoyer de l’eau.

    En 1986 les Soviétiques savaient que l’injection d’eau créerait d’avantage de problèmes qu’elle n’en réglerait.

    Et pour cause, ils avait l’expérience de l’accident de Maïak en 1953 qui a aboutit à la contamination du lac Karachaï , l’endroit le plus radioactif de la planète : 150 millions de Curies.

    Ce lac au nord de la région de Tchéliabinsk n’a jamais pu être décontaminé pour les mêmes raisons que AREVA découvre à Fukushima : on ne sait pas faire.

     Malheureusement, l’opacité de la filière nucléaire en son sein n’est pas moindre qu’avec le public. C’est pourquoi les politiciens qui parle de « tirer les leçons » de Fukushima ne sont pas crédibles. En occident on se fichait de la gueule des soviétiques qui préféraient la technologie graphite à celle de l’eau. On voit aujourd’hui que les deux sont dangereuses.

    E 1986, les Russes, échaudés par Maïak se sont bien gardé d’arroser Tchernobyl d’eau et ont préféré des matières solides (Bore, Plomb, sable).

    Ils ont ainsi évité de se retrouver dans la situation actuelle de TEPCO.

    De plus l’eau à une habitude fâcheuse : se transformer en vapeur quand on la chauffe. Un moyen très efficace de dispersion de la radioactivité, sans parler du danger d’explosion.

    Dans cette affaire TEPCO a toujours eu un train de retard.

    Ils ont tardé à injecter de l’eau de mer pour ne pas abimer leur beaux joujoux si couteux.

    Puis quand ils auraient dut commencer à noyer les coeurs dans le bore et le sable ils ont injecté de l’eau de mer.

    Maintenant ils réalisent que l’eau est trop contaminée pour être dépolluée avec des moyens conventionnels...

    Et pendant ce temps à fort Calhoun, les Ricains prient pour que les sacs de sable résistent à la montée du Missouri...

    Pathétique cette industrie.

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