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G-20, impuissance des grandes puissances livrées à la guerre économique

La Seconde Guerre s’est vue appliquer le concept d’économie de guerre. Une fois la guerre achevée, il fallait bien continuer le mouvement de la puissance. Les nations sont donc passées au stade de la guerre économique, devenue planétaire, qui se joue avec comme armes décisives les banques et les monnaies. Mais la plupart des grandes nations économiques sont démocratiques. Ce qui veut dire que le peuple consent à ce que les nations pratiquent la guerre économique et d’ailleurs, les classes moyennes et supérieures en bénéficient. Sauf que la crise récente a montré les limites et quelque part, la faillite de Lehman Brothers a été perçue comme une attaque d’un porte-avions coulé à Pearl Harbor. Mais sans qu’il n’y ait d’ennemi puisque la banque s’est coulée elle-même. Les pays ont pris des mesures pour éviter d’autres naufrages. Les vaisseaux de la finance naviguent à nouveau. Tel est le sens de la vie, filmé par les Monty Python. Quant aux médias, ils filment nos acteurs d’Etat et actuellement, nous voyons dans les médias le dernier épisode de la série, la croisière (du G-20) discute. Cette fois, l’escale est prévue à Pittsburgh.

De quoi vont discuter au juste ces responsables des grandes puissances ? De la moralisation du capital disent les commentateurs. Ça fait bizarre, cette idée de moraliser. Il fut un temps où l’on moralisait la guerre. Il fut écrit une convention à Genève. Ce qui n’a pas supprimé les conflits. En est-il de même pour l’économie ? Pourtant, elle semble morale. Les capitaux constitués comme prise de guerre par les paradis fiscaux sont traités comme il se doit. Et la régulation, les bonus ?

Cette question des bonus, c’est le cheval de bataille de notre président. Il tient à ce qu’on encadre les bonus des traders. Belle idée mais ne pourrait-on pas appliquer cette modalité aux joueurs de foot des Ligues championnes. Un but raté et 20 000 euros de malus pour un Ronaldo qui gagne plus que les meilleurs traders de la City. Sarkozy va défendre cette idée de bonus mais quelle est la configuration de cette négociation. Il n’y a pas d’institution habilitée à réglementer cette disposition qui ne relève ni de l’OMC, ni du FMI, ni de l’ONU. Ce sont donc les parlements nationaux qui doivent en décider. C’est sur ce point qu’on voit les limites de ce genre de réunion. Ou bien le G-20 est efficace et alors, il doit passer par-dessus la démocratie et les représentants des peuples, ou bien le G-20 est inefficace et les parlements se doivent de prendre l’affaire en main. Cette remarque est d’importance. Elle ouvre vers la question des dérives en cas d’instauration d’une gouvernance mondiale que d’imprudents altermondialistes seraient prêts à cautionner les yeux fermés, un livre d’Edgar Morin dans la poche.

Si les parlements légifèrent sur les bonus, la crainte de notre président, c’est que les meilleurs traders risquent de partir à la City, à l’image des footballeurs de ligue 1 se tirant là où c’est le mieux payé. C’est pas cool, après nos Anelka filant vers le championnat anglais, voilà nos traders français rejoignant la City. Quelle honte. Après ces joueurs élevés en plein air dès 12 ans dans les terrains de Guy Roux, voilà que nos traders, bichonnés et pris en charge en atmosphère de confinement mathématique et managérial dans nos HEC, s’en vont œuvrer pour le concurrent. Il faut donc un consensus législatif si l’on en croit Sarkozy. Mais sur le fond, on peut se demander si cette idée est réellement bonne. Sont-ce les bonus qui conduisent les traders à prendre des risques ? Imaginons qu’ils aient quelques ratés dans leurs choix. Un malus tombe. Il faut alors ignorer la passion du joueur pour penser que ce trader ne va pas prendre des risques inconsidérés pour se refaire. Avec le spectre d’un malus, un Kerviel aurait peut-être misé non pas 5 mais 10 milliards. Ce n’est pas en limitant la solde d’un artilleur de la finance ratant sa cible spéculative qu’on supprimera la guerre économique.

Maintenant, passons à la question du secret bancaire et des paradis fiscaux. On pourrait reprocher la même chose aux mesures préconisées, pour autant qu’elles soient aussi applicables. Car on imagine pas le parlement des îles Caïman légiférer pour supprimer le secret bancaire. De plus, ces paradis fiscaux ne sont pas identifiables avec des critères sûrs et de surcroît, ils seraient utilisés comme soupape par les grandes nations y trouvant quelque intérêt pour éviter les fuites. Les grandes nations se sont arrangées pour maintenir ce statu quo de flou fiscal et de rideau monétaire permettant de cacher des activités qui participent au fonctionnement de la guerre économique planétaire. On constate que le commerce dispose d’une institution habilité à édicter des règles pour les échanges de biens et services. C’est l’OMC ; qui n’a aucune compétence en matière d’échange de monnaie ou de produits financiers qui pourtant, appartiennent au système du marché. Le FMI avait à l’origine des compétences en matière de régulation monétaire jusqu’à l’abandon du système de Bretton Woods en 1976 et l’instauration du flottement des monnaies. Le FMI a changé de vocation, il est devenu une banque au service du développement des économies nationales moyennant des règles de bonne gouvernance et des contrôles stricts. Et même plus, le FMI encourage le développement en tant que tel, offrant même des conseils pour que les Etats évitent les rigidités s’opposant au fonctionnement du marché. Quant à la Banque mondiale, elle institue les prêts du cœur aux nations déshéritées. En conséquence, si le G-20 voulait vraiment résoudre à la régulière ces histoires de paradis fiscaux, il devrait confier cette tâche à l’OMC ou bien créer une OMF, organisation mondiale de la finance.  

Un sujet ne sera pas discuté, celui de la politique des banques centrales. La source des maux économiques vient aussi de ces instruments puissants pouvant détourner des flux monétaires considérables en influant sur la monnaie à travers les taux d’intérêts, offrant du cash pour spéculer à grande échelle. Bref, on l’aura compris, le G-20 sera impuissant et du reste, n’aura pas la volonté de poser la question de la guerre économique. Son souci principal étant d’éviter que des grands vaisseaux de la finance ne s’effondrent. Ce système met sur le côté beaucoup de gens, y compris dans les pays avancés, mais il satisfait assez de monde pour ne pas être remis en cause. La guerre économique va se poursuivre. Et le G-20 se prépare pour un énième Yalta de la finance où chaque zone monétaire exerce ses prétentions sur l’économie planétaire.


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3 réactions à cet article    


  • Arconus 24 septembre 2009 14:26

    On a peur que les traders mal payés partent à l’étranger ?
    Je croyais que les traders étaient une des causes de la crise. Si c’est le cas, qu’ils partent, pour provoquer la prochaine ailleurs.
    Si ce n’est pas le cas, alors pourquoi vouloir diminuer leurs commissions, puisque recevoir un pourcentage de gains globaux générés est un principe de base de beaucoup de métiers.


    • Gollum Gollum 25 septembre 2009 08:58

      On donne les bonus des traders au bon peuple pour lui faire croire qu’on s’occupe de quelque chose et que l’on gère la crise..


      Bien évidemment l’essentiel est ailleurs, notamment dans la dette colossale des états, qui seront obligés de pressurer les peuples, de plus en plus, tôt ou tard, s’ils veulent survivre..

      Ainsi que de la dévaluation progressive des monnaies fiduciaires due au recours massif à la planche à billets...

      Jeter les traders en pâture au peuple est d’ailleurs une tentative de désignation de boucs émissaires au cas où tout explosera. Il y en aura d’autres...

    • Lisa SION 2 Lisa SION 2 25 septembre 2009 01:42

      Bonjour Bernard.

      " la faillite de Lehman Brothers a été perçue comme une attaque d’un porte-avions coulé à Pearl Harbor. Mais sans qu’il n’y ait d’ennemi puisque la banque s’est coulée elle-même. « Autant dire que les traders ont misé sur le diamant qui a coulé avec le Titanic et l’ont placé sur sa route. Ils l’ont perdu, mais se sont rattrapés sur le tunel sous la Manche. Oui, je veux dire qu’ils l’ont aussi coulé....

      Personnellement, les bonus des meilleurs traders et les parachutes et stocks options ne me gènent pas sauf s’ils constituent ce plafond au delà duquel ils représentent un contrepoids possible à la marche normal du marché des actions. En effet, toutes ces valeurs réunies peuvent à elles seules modifier en une fraction de seconde n’importe quelle valeur du marché. C’est donc la collusion de ces sommes qu’il faut règlementer. Comment, en leur imposant un critère » environnement « les obligeant à se retourner vers les entreprises remplissant le cahier des charges absolument vierges en produits non recyclables à 100%, et ceci dans tous les pays de façon répartie. De cette façon, ils se pardonnent tout seuls et quittent les secteurs toxiques, les assainissant d’autant.

       » Il n’y a pas d’institution habilitée à réglementer cette disposition qui ne relève ni de l’OMC, ni du FMI, ni de l’ONU. " C’est le moment d’instituer la TBM, Tobin Banque Mondiale, avec un distributeur dans chaque porche d’église...Personnellement, si une entreprise me propose sur vingt ans un système qui me permet de devenir totalement autonome en énergie et déchets...je signe tout de suite, mais je ne peux que si ce sont tous les bonus qui misent dessus.

      Cordialement.

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