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Géométrie de la liberté d’expression

Sylvester Stallone, Bruce Willis, Arnold Schwarzenegger et tant d’autres ont contribué à créer l’image de l’Américain-US invincible et néanmoins gentil.

Hollywood -mais également toute l’industrie cinématographique occidentale- a imposé le héros positif occidental face aux forces du mal nécessairement non occidentales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Hémoglobine, caricature de l’ennemi, abaissement de l’adversaire, mépris total sont les ingrédients nécessaires à un « bon film ».

Les méchants sont presque toujours des Arabes, des Turcs, des Asiatiques, des Noirs, des Indiens, tous immanquablement stupides ou d’une intelligence diabolique et perverse.

Le méchant est aussi ridicule, difforme ou laid, comme un mutant mal fini.

Rambo se déchaîne oniriquement sur les Vietnamiens : un fantasme de gamin. La réalité fut tout autre, car les « petits » Viets ont administré une raclée mémorable aux USA. Mémorable sans qu’ils aient appris quoi que ce soit finalement ; Giap avait bien dit que l’impérialisme était un mauvais élève, les leçons de l’histoire ne sont pas retenues.

Il ne retient pas, mais il réécrit l’histoire.

Imaginons l’inverse : qu’un cinéaste de l’autre bord campe les méchants sous les traits d’Américains-US cruels, sournois et lâches... Que les gentils soient les ex-méchants...

Quelle serait la réaction de nos super-démocrates, tous Américains, défenseurs de la liberté d’expression ?

La Vallée des loups est un film turc : les méchants sont horribles, le gentil est super fort, mais le méchant est américain, alors que le gentil est turc. Et l’histoire ne tourne pas du tout à l’avantage du Yankee.

En plus, le réalisateur a rajouté un peu de piment : un des personnages est juif, et il commet quelques atrocités.

Le film a fait un tabac en Turquie et en Allemagne, où il y a une forte communauté turque.

Partout ailleurs en Europe, le film est passé sous silence. Censure soft mais parfois aussi censure hard : Edmund Stoiber (CSU) (« Ce film irresponsable ne développe pas l’intégration mais cultive la haine et la défiance à l’égard de l’Occident ») du parti de Merkel ainsi que des représentants des Verts allemands ont demandé l’interdiction du film.

En France, on n’en parle pas. Aucune pub. Les médias ignorent le film et les quelques critiques émises sont très agressives.

Le film serait d’abord antisémite. Ah.

Parce qu’il met en scène un juif très méchant ? Un méchant d’opérette.

On en déduit qu’on ne peut présenter un juif en méchant. C’est inacceptable.

Un Arabe, un Chinois, un Indien ou un Noir, oui, vous pouvez y aller à fond. Mais pas un juif. C’est forcément antisémite.

A moins que les juifs ne soient des plus qu’humains, sacrés, on ne voit pas de raison de penser qu’ils ne peuvent pas être méchants comme tout le monde. C’est cette idée même qui est raciste.

Le film inciterait à la haine. La même observation étant valable pour les films d’Hollywood, on ne voit pas en quoi présenter les Noirs comme des délinquants chroniques inciterait à l’amour.

En France, le film a reçu son visa d’exploitation le 16 mars 2006 : interdit aux moins de seize ans. Ce n’est pas le cas des Rambo, de la Chute du Faucon noir ni des Rois du désert.

Les mêmes qui s’inquiètent du mépris ou du rabaissement des autres ethnies n’ont jamais réagi quand les Apaches, les Coréens, les Arabes ou les Noirs étaient traînés dans la boue.

Les mêmes qui condamnent le terrorisme islamiste depuis le 11 septembre 2001, « exigeaient » du gouvernement algérien qu’il dialogue avec « l’insurrection armée ».

Les mêmes qui défendent la liberté d’expression dans l’affaire des caricatures du Prophète se déchaînent pour interdire le film de Serdar Akar.

Selon Anil Sahin, distributeur du film : Il y a là quelque chose qui ne va pas. Quand un caricaturiste offense deux milliards de musulmans, c’est de la liberté d’expression, quand un film d’action prend un Américain pour cible, c’est de l’incitation à la haine.

par Serpico vendredi 26 janvier 2007 - 78 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Fred (xxx.xxx.xxx.1) 26 janvier 2007 10:45

    Tout à fait d’accord avec vous, beaucoup sont incapable de globaliser leur façon de penser et ce qu’il trouve normal de leur coté leur parait scandaleux quand cela vient d’ailleurs. On retrouve cet état de fait dans bien d’autres choses que le cinéma, et certaines bien plus grave. On pense très petit de nos jours.

  • Par LaEr (xxx.xxx.xxx.214) 26 janvier 2007 11:08

    Je trouve que votre analyse du cinéma Américain et Européen est un peu réductrice. Observez un peu mieux les films actuels (et non plus les "Rambo" et autre "Commando") : la plupart du temps, le "méchant" est Européen...

    On ne peut comparer des films niais de plus de 20 ans avec des films comme "La chute du faucon noir" et autres "Rois du désert" où les américains font aussi leur autocritique....

    Par contre, que ce film ait subi une certaine censure est tout à fait probable : les occidentaux n’aiment pas qu’on leur dérobe leur rôle de bons justicier... En tout cas, merci de m’avoir fait découvrir ce film, je tenterai de le récupérer.

  • Par Petit (xxx.xxx.xxx.186) 26 janvier 2007 11:12

    Dans la chute du faucon noir la seule autocritique que je voie c’est plus qu’ils ont perdu 50 nationnaux plus que d’avoir abattu comme du betail les "squelettes", c’est en gros ce qui ressort du film.

    Bref une critique de la stratégie/tactique pas du fond des interventions.

  • Par Aïcha Qandicha (xxx.xxx.xxx.102) 28 janvier 2007 21:55

    Celui qui prétend que la liberté d’expression n’est pas à géométrie variable en France est soit un menteur, soit un hypocrite soit un niais.

    Exemples : Le livre de Roger Garaudy "Les mythes fondateurs de la politique israélienne" est interdit pour sois-disant révisionnisme alors qu’il fait, selon l’avocate de Garaudy, "la démonstration efficace du racisme en Israël". Celle-ci s’appuie d’ailleurs sur une décision de la Cour européenne de justice pour qui "la liberté vaut aussi pour les idées qui choquent et inquiètent".

    Le texte de Tariq Ramadan, intitulé "Critique des (nouveaux) intellectuels communautaires" a été "refusé par les journaux Le Monde et Libération" et a provoqué une levée de boucliers de ceux-là mêmes qui s’offusquèrent de la colère des musulmans à la suite des caricatures danoises. Le tort de Ramadan : critiquer "des intellectuels juifs français que l’on avait jusqu’alors considérés comme des penseurs universalistes", qui ont commencé "à développer des analyses de plus en plus orientées par un souci communautaire".

    Dieudonné a été condamné par le tribunal de Paris pour « provocation à la discrimination, à la haine et à la violence », à la suite de propos jugés antisémites. Sa phrase : « tous ces négriers reconvertis dans la banque, le spectacle et aujourd’hui l’action terroriste, qui manifestent leur soutien à la politique d’Ariel Sharon ».

    De son côté Robert Redeker écrit dans le Figaro "Le recours à Mahomet renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d’amour, Mahomet un maître de haine (...)Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran. Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l’islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde". Là bien sûr, il n y aurait de pas« provocation à la discrimination, à la haine et à la violence ». Mais arrêtez donc de nous prendre pour des cons ! La liberté d’expression en Europe est valable juste pour insulter les musulmans, quant aux juifs, ils ont les lois qui les protègent dans des patries censées être basées sur l’égalité et la fraternité de tous les citoyens. Si l’on juge les gens pour antisémitisme, il faut en juger d’autres pour islamophobie, car jusquà nouvel ordre, nous sommes tous des humains !

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