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Grammaire de vie

Présupposés et sous-entendus

Ne vous inquiétez pas, je ne ferai pas un cours de linguistique : ça fait belle lurette que je ne fais plus dans le genre !

Il faut savoir quand même que tout dialogue, et tout écrit, se base sur des présupposés.

Cibler ses lecteurs en fait partie, on ne va évidemment pas proposer ses écrits anarchistes à Gallimard !

Ainsi, je vous présuppose intelligents, curieux de l'écrit que vous lisez, aussi je suppose que les phrases- et leur signifié- vous apporteront deux ou trois éléments de réflexion.

En revanche, je ne pose pas comme condition que vous soyez d'accord avec moi.

Ainsi, mes phrases seront-elles concises, le vocabulaire le plus précis possible et chaque mot, chaque virgule aura son importance.

Je table sur une culture commune, une langue commune mais je n'impose rien.

Les présupposés sont une donnée qui de fait nous lient.

Donnée de fait aussi par ma personnalité : je pourrais tout aussi bien supposer que vous êtes ignorants ou sots et construire mon écrit ou ma parole de manière à ne pas heurter, donc ne rien engager d'autres que les acquis de base.

Le présupposé nous appartient, à moi comme je viens de le dire, à vous qui choisissez de me lire.

Le présupposé peut se muter alors en préjugé, auquel on donne le plus souvent une valeur négative, mais qui peut être dans certains cas, la certitude de trouver matière à réflexion, matière à rire ou à grincer, matière à plaisir.

Paradoxalement on aime à rire de, à trouver matière à attaque ! Car cela est du plaisir aussi.

Le présupposé peut être aussi tout bêtement une consigne à laquelle vous vous soumettez.

C'est le cas d'un cours préparé par un professeur, d'un exposé fait par un élève, d' un article fait par un chroniqueur dans un journal donné.

Mais si je me trompe, si vous êtes sots, ignorants ou si vous ne jouez pas le jeu de la lecture mais prenez le premier argument venu pour défouler le complexe qu'il touche, alors, il y a incommunicabilité.

L'incommunicabilité, ce n'est pas l'incompréhension de la réaction, c'est sa stérilité ; quelque chose qui ne sert à rien, à blesser tout au plus.

L'un pensait qu'on lirait chaque phrase, chaque mot ; l'autre que le texte irait dans son sens !

La déception du lecteur ,d'un journal, d'un article ou autre, peut provoquer de la violence ; violence qui peut provoquer blessure.

Le texte n'avait pas été conçu pour séduire mais pour exprimer, une pensée, une interprétation d'un fait politique ou social ? il demandait attention ?

C'était trop demander : le présupposé n'était pas objectif mais la simple projection de son auteur.

Si vous avez pris les gens pour des sots et que votre contenu est maigre, le lecteur qui ne l'est point se sentira agressé.

Le paresseux, lui, vous suivra sans effort et vous en sera reconnaissant.

À prendre les gens pour des imbéciles, on blesse les intelligents.

À prendre les gens pour intelligents, on agresse les imbéciles.

Quand vous êtes chroniqueur dans un hebdo, c'est peinard ! Vous n'avez pas à vous forcer pour être dans la ligne éditoriale, puisqu'on vous a choisi pour ça, vous vendez votre humour, votre cynisme, votre naïveté, sans vous contraindre. Et comme vous n'avez pas de retour, vous vous doutez que vos lecteurs vous pardonneront vos creux de vagues !

Quand vous faites un blog, vous êtes sur un élan d'expression généreuse, à tort ou à raison, vous y croyez.

Vous vous faites bon an mal an une cour d'assidus, vous guettez le nouveau venu, vous faites le tour de vos passions ou de vos combats.

Puis vient le moment de la fatigue, du à-quoi-bon ; vous ne pouvez plus vous cacher que prêcher pour des convaincus, apporter de moins en moins d'idées nouvelles ou de matière à réflexion, votre bel enthousiasme vieillit, s'use, se fatigue, d'autant plus que votre motivation n'est que gratuite !

Le blog, même des plus grands, devient vite décevant.

Nous vivons dans un monde de la nouveauté où un clou chasse l'autre ; chez le nouveau venu on apprécie la tournure d'une phrase, le trait d'humour ou le trait d'humeur, puis on passe.

Ces lectures anesthésient la mémoire ; on les fait vite et de manière assez superficielle, car souvent la matière manque.

On se fait une idée, sur nos semblables ; on se sent entouré, bien ou mal.

Quand la mémoire est tout à fait anesthésiée, quand l'appétit se calme, on lit par habitude, pour passer le temps.

Ainsi, dans notre monde de prétendue « communication », l'incommunicabilité semble omniprésente. Elle l'est d'autant plus que les moyens sont énormes : des centaines de chaînes de télé, de radios, des dizaines de journaux, revues, des centaines de sites Internet, de blogs, etc.

Le trop plein, ce vacarme, assourdit.

On rêve de silence ou l'on rêve d'agir.

Mais, venons à nos sous- entendus.

Les sous-entendus, c'est comme l'humour et du reste ils en sont souvent une composante ; il leur faut une connivence, un lieu commun, une proximité de vues et de pensée. En tout cas une connaissance de l'autre : combien de fois entendons-nous les « non-dits », les comprenons-nous alors même que nous ne les partageons pas !

En grammaire proprement dite, les sous-entendus n'englobent aucune espèce de sentiments ou d'émotion, ils sont l'économie d'une phrase, d'un mot ou d'un précédent contexte. Mais ils feront toujours référence, dans le récit, à quelque chose qui a été dit, dans une conversation, à quelque chose qui a été vécu ensemble.

Un sous-entendu n'est pas forcément une connivence, il peut n'être que la facilité ou la paresse du locuteur ; des phrases qu'on ne finit pas par exemple.

Un sous-entendu non entendu rendra une phrase tout à fait incompréhensible !

Le présupposé est une information qu'on sait (croit) partagée ; le sous-entendu est une opinion qu'on sait (espère) commune.

Néanmoins, on en arrive tout doucement aux a priori, aux idées préconçues.

 

Les a priori pour mon engagement politique rendront acquis mes discours à mes pairs sauf à les sortir des dogmes parce qu'alors, je ne serai pas plus comprise dans mes critiques par l'autre bord, qui connait mon appartenance, qu'acceptée par les miens : donc mes discours ou mes récits seront rejetés sans plus d'attention s'ils ne sont pas conformes.

Je suis féministe mais ne considère pas la femme parfaite ni toujours dans son bon droit ; il m'arrive de répugner même à certains de ses comportements : les féministes seront les premières à me tomber dessus tandis que les anti féministes ou les non féministes trouveront ma sauce à leur goût !

Cela réduit considérablement la communication, pourtant reine dans notre monde, non ?

On ne peut donc pas concevoir la moindre évolution des pensées, que ce soit la pensée unique ou la pensée dogmatique de n'importe quel « isme ».

La pensée se doit donc d'être taillée au couteau, ne doit pas se confronter aux nuances, ne pas changer de paradigme ; chaque interrogation ou volonté d'approfondissement relègue son auteur au rang des traîtres !

Ainsi, figeons-nous toute intervention, interdisons-nous toute réflexion, toute critique, même constructive.

Mais si je ne suis pas cataloguée dans un bord ou dans un autre, mes discours, mes critiques ne seront pas reçus : mon langage manquera de clarté de part et d'autre, et chacun restera sur son quant-à-soi.

Ces discours seront reçus par le seul lecteur dépourvu de préjugés.

Ainsi, nous voilà rendus à une communication de toutes façons pré-mâchée.

Nous allons vers les journaux, les revues, les articles qui, en apparence en tout cas, ne risquent pas de nous déstabiliser. Nous nourrissons notre esprit de nourriture facile, là où nous nous doutons que rien ne nous arrivera.

Nous nous confortons d'écouter notre camp et ne nous efforçons jamais de comprendre ce qui est écrit, projetant aux premiers mots toute notre opinion du sujet traité.

Aussi pouvons-nous passer à côté de pépites !

Ainsi nous restreignons-nous nous mêmes en lisant ce qui nous conforte et si, cette sécurité se trouve chamboulée par des propos non attendus, nous jetons l'objet ( journal ou autre) avec dédain. Ou bien, si nous avons le choix de commenter, nous le faisons avec violence, dégoût et agressivité.

Nous nous trouvons donc contraints, par manque de curiosité et d'attention, à ne lire que des chroniques, des articles ou des livres qui renforceront nos acquis, préjugés ou opinions.

Ce champs offre le bonheur de l'humour, du sous-entendu de l'acquis commun, le confort.

La rencontre du contraire donnera plus de grain à moudre à nos médisances – l'ennemi commun renforce bien des amitiés- qu'à l'approfondissement de notre pensée.

Et c'est évidemment là que tout l'immobilisme se conforte.

À l'heure actuelle, et dans la situation politique et sociale dans laquelle nous nous trouvons, il nous faudrait pourtant nous ouvrir.

S'il paraît normal d'aller écouter l'homme politique de notre bord, tant il est pénible de subir l'autre,

il semble que l'on aille plus volontiers vers celui dont on a entendu parler et, comme pour les livres ou les articles, on va vers ceux que l'on nous présente en priorité.

Nous n'avons pas de temps à perdre dans la découverte, dans l'incertitude, car, bien sûr, partir à l'aventure, c'est risquer de se fourvoyer ; pourtant, se fourvoyer n'est jamais nul d'enseignement.

Plutôt que se fourvoyer, on préfère suivre les sentiers battus !

Des accointances se créent , des affinités ; et c'est tout ce que l'on demande, c'est tout ce dont nous avons besoin !

 

Et pendant ce temps-là.. pou-doum, pou-doum … ILS font leurs affaires, sur notre dos !

 

Pour finir en grammaire- qui, me semble renfermer tous les secrets et les trésors du langage, donc de l'homme, regardons ce qu'il en est de :

« Moi » ; « moi » parle « d'eux », et pas souvent gentiment.

Il y a « Toi, toi, toi » aussi, mais c'est souvent par frustration de ne pouvoir placer : « moi ».

Il est notable que « nous » se soit transmuté en « on », c'est-à-dire « soi ».

Il y a encore quelques indécis qui disent : On ( fait ça nous -mêmes).

Ce on qui ne sait jamais très bien ce qu'il veut dire, cet accusateur de pas- de -chance est idéal pour l'anonymat qui s'autorise ; on est persifleur, pollueur, méchant, calomniateur, on fait les rumeurs mais on fait rarement de cadeau !

Notre pauvre nous est perdu, même dans le couple, ce qui ne manque pas de créer quelques malentendus ou quelque ambiguïté !

Dans le couple , il y a deux je , autonomes et qui s'assument ; l'ensemble n'est plus nous .

 

Dans la société, on est une multitude de petits je.

 

(Note : après présentation, tous les guillemets sont sous-entendus.)




par Alinea (son site) lundi 13 août 2012 - 18 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Gabriel (---.---.---.98) 13 août 2012 11:56
    Gabriel

    Bonjour,

    Etre d’accord ou pas avec le contenu d’un article n’est pas la finalité en soi recherché par l’auteur, du moins j’aime à le croire. Le but serait plutôt d’ouvrir le débat afin de partager les différents points de vue et apporter un éventuel correctif à ce que nous avons cru bon à un instant donné et qui ne l’était pas. La richesse est dans l’échange. Cependant, il est aussi usant et sans intérêt d’insister sur une position quand les faits ont démontré le contraire. La mauvaise foi vient pourrir le débat. Le contenant (L’auteur) n’a qu’un intérêt limité par rapport au contenu (l’article) et c’est sur celui-ci que nous échangeons après l’avoir au minimum compris. La règle principale lorsque nous écrivons et que nous diffusons est de ne jamais se prendre au sérieux ainsi, les critiques agressives qui se veulent blessantes n’ont que peut d’adhérence sur l’auteur et dans cette attitude, nous pouvant débattre sereinement.

    PS : le on est tout de même bien pratique car il généralise à bon compte et sans trop de risque.

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