• vendredi 24 mai 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Guy Môquet, assassiné par le grand patronat français
20%
D'accord avec l'article ?
 
80%
(85 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Guy Môquet, assassiné par le grand patronat français

Nous serions professeur, nous ne refuserions pas de lire la lettre de Guy Môquet à nos élèves, comme une directive de Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, y oblige les enseignants aujourd’hui sur ordre du président. Nous désobéirions ainsi à leur principal syndicat, le SNES, dont Claudie Martens, la co-secrétaire générale, dénonce en cette initiative une « récupération politique » : « Nous obliger à parachuter en plein cours un savoir sur un seul et unique personnage, sorti de son contexte, c’est manquer de respect à notre métier », estime-t-elle. Elle se trompe, en ce que nul n’empêche le professeur de resituer le contexte, et c’est justement ce qu’il convient de faire.

b24b6710ceb934f1dd60531cb67ef155 Darcos est très clair : "On le dit depuis le début, les enseignants peuvent faire ce qu’ils veulent autour de cette lettre". Chiche ! Il faut alors prendre Sarkozy à son propre piège et expliquer en quoi Guy Môquet est mort non en tant que Résistant, mais parce qu’il était communiste. Henri Guaino, conseiller du président, explique à propos du jeune fusillé, dans Libération : "Il tombe victime de la barbarie nazie". La part de vérité de cette affirmation est si partielle qu’elle en devient presque mensongère. Ce sont certes les nazis - en l’espèce le général Stülpnagel - qui ordonnent qu’en représailles à la mort du lieutenant-colonel Holtz, abattu à Nantes par la résistance, on fusille 50 otages. Mais lesquels ? Les Allemands pucheun’interviennent pas dans le choix des victimes. L’homme qui désigne les suppliciés s’appelle Pierre Pucheu, le ministre de l’Intérieur de Pétain. C’est donc lui qui condamne à mort les 27 fusillés de Châteaubriant, groupe auquel appartient le jeune Guy Môquet. Tous sont communistes et le hasard n’a rien à y voir  : Pucheu explique clairement son choix comme dicté par la volonté d’ "éviter de laisser fusiller 50 bons Français". A ses yeux, un communiste n’est pas un bon Français. Or celui qui était alors le candidat Sarkozy a déclaré : "Je veux dire que cette lettre de Guy Môquet, elle devrait être lue à tous les lycéens de France, non comme la lettre d’un jeune communiste, mais comme celle d’un jeune Français faisant à la France et à la liberté l’offrande de sa vie". Absurde, puisqu’on a vu que Môquet est mort justement parce qu’il est communiste ! Et pourquoi Pucheu choisit-il les otages dans leur rangs ? C’est tout simplement qu’il est un digne représentant de cette droite collaborationniste viscéralement anti-rouges, au point de faire sienne la devise : "plutôt Hitler que le Front populaire". Au moment d’entrer en politique, Pucheu n’est pas n’importe qui. "Administrateur des fonderies de Pont-à-Mousson, des aciéries de Micheville, fondateur du Cartel international de l’acier, énumère l’ancien sénateur communiste Maurice Ulrich dans L’Humanité, il est l’un des plus éminents représentants de ce qu’on appelait alors le Comité des forges et de cette bourgeoisie qui, après le triomphe de Hitler, entend prendre sa revanche sur le Front populaire. Pucheu, donc, choisit. Politiquement. Charles Michels, secrétaire général des cuirs et peaux CGT ; Jean-Pierre Timbaud, dirigeant de la métallurgie CGT ; Jean Poulmarch, dirigeant du syndicat des produits chimiques CGT ; Jules Vercruysses, dirigeant du textile CGT ; Désiré Granet, dirigeant du papier-carton CGT ; Jean Grandel, secrétaire de la fédération postale CGT..." En somme, se débarrassant des syndicalistes, il joint l’utile (pour le patronat) à l’agréable (trucider la vermine rouge).

aodetteVoilà donc la vérité historique qu’il faut rappeler, à l’occasion de ce que le pouvoir a baptisé "commémoration du souvenir de Guy Môquet et de ses 26 compagnons fusillés". En faisant d’abord observer que l’utilisation du mot "compagnons" est inappropriée et que le vocabulaire a un sens : les Résistants gaullistes se donnaient du "compagnon" quand les communistes s’appelaient "camarade". Et Môquet lui-même parle de ses co-suppliciés ainsi : "mes 26 camarades". Mais évidemment, le mot "camarade" lui-même, fortement connoté, évoque le communisme comme si on le prononçait en langue soviétique, "tovaritch". On a donc remplacé le mot honni de la droite par un "compagnon" moins "ringard", dixit Guaino. Cette précision utilement apportée aux élèves, il faudra ensuite leur conter comment la frange la plus puissante du patronat français, en cheville avec l’Etat pétainiste, a profité de l’exigence allemande d’exécuter des otages pour éliminer ses opposants politiques en même temps que les animateurs du mouvement social, pour mieux le décapiter. Et enfin leur lire la lettre de ce jeune homme de 17 ans, qui va mourir simplement parce qu’il est le fils de Prosper Môquet, député communiste élu en 1936, et que cette seule filiation suffit aux yeux du gouvernement français de Vichy à lui faire mériter la peine capitale. "Victime de la barbarie nazie" ? Plutôt martyr politique aux bourreaux bien Français.




par Olivier Bonnet (son site) lundi 22 octobre 2007 - 139 réactions
yahoo
20%
D'accord avec l'article ?
 
80%
(85 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Daniel R (---.---.---.80) 22 octobre 2007 19:04
    Daniel Roux

    Entendu à la radio, cette réaction d’une prof de français que je cite de mémoire.

    « Cette lettre d’un jeune homme de 17 ans, qui va mourir et qui écrit à sa famille, est triste. Elle fait pleurer. Cependant, nous ne sommes pas là pour faire pleurer nos élèves mais pour leur apprendre à penser. »

    On la fusille ?

  • Par Olivier Bonnet (---.---.---.81) 22 octobre 2007 13:30
    Olivier Bonnet

    PS : on pourra aussi opérer un rapprochement très pédagogue avec l’actualité, en précisant que Guy Môquet était fils de cheminot, profession dont le régime spécial de retraite va être réformé par le gouvernement. Qu’en aurait pensé le jeune militant communiste ? Que dirait-il aujourd’hui en lisant le numéro 2 du MEDEF, Denis Kessler, qui affirme tranquillement, analysant la politique sarkoziste : « Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses (...) A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. (...) Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! » On pourra enfin lire aux élèves cet autre texte de Guy Môquet, témoignage naïvement formulé de l’engagement qui le conduisit à la mort :

    "Parmi ceux qui sont en prison Se trouvent nos 3 camarades Berselli, Planquette et Simon Qui vont passer des jours maussades

    Vous êtes tous trois enfermés Mais patience, prenez courage Vous serez bientôt libérés Par tous vos frères d’esclavage

    Les traîtres de notre pays Ces agents du capitalisme Nous les chasserons hors d’ici Pour instaurer le socialisme

    Main dans la main Révolution Pour que vainque le communisme Pour vous sortir de la prison Pour tuer le capitalisme

    Ils se sont sacrifiés pour nous Par leur action libératrice."

  • Par Karibou (---.---.---.7) 22 octobre 2007 14:36

    Bonjour

    En parlant (encore) de guy moquet je ne suis pas étonné de voir apparaître un téléfilm sur france 2 qui retracera sa mort ( et peu etre sa vie avec un peu de chance).

    encore une fois france 2 donne au bon peuple une vision du président (comme human bomb il n’y a pas si longtemps).

    je suis déjà curieux ( mais je ne serais malheureusement pas surpris) des résultats des sondages d’opinion du président de son premier ministre et de la « politique » qui suivront ce téléfilm.

    encore et toujours de la communication pour masquer la vraie politique, quand on parle de guy moquet, on parle pas d’autre problèmes plus épineux, (un peu comme un divorce présidentiel (consommé) efface les effets des grèves.

  • Par Plus robert que Redford (---.---.---.48) 22 octobre 2007 15:28

    Je suis totalement en phase avec l’auteur lorsqu’il s’attache aux mots et à leur sens ! Et cela n’a surement pas échappé au « Spin doctor » Guaino lors de l’élaboration de son « message »

    Remplacer CAMARADE (celui dont on partage la chambre) par COMPAGNON (celui avec qui on partage le pain) n’est surement pas anodin tant les deux mots, s’ils peuvent paraître interchangeables, véhiculent pour le lecteur attentionné de sous entendus, voire de symboles différents !

    Camarades ! bien sûr, tous les communistes et les ex soixante-huitards ont vibré à ce mot ! Or, n’est-il pas question d’évacuer, de nettoyer par la pensée Sarkozienne tout ce que 1968 a pu laisser de souillure collectiviste et mollassonne ?...

    Compagnons : ceux avec qui on partage le pain... Vous savez, du genre « Prenez et mangez en tous, car ceci... » Aux antipodes de l’idéologie communiste, bien sûr...

    Mais, je m’égare, ceci n’est que fumée subliminale atteignant mon pauvre cerveau perturbé de Sarkophobe primaire...

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération