Qui a dit, déjà :
« Si tu n’as aucune chance, saisis-là ! » ?
Peu importe, ce qui compte c’est que cette formule absurde (quoique ..)
va comme un gant à François Hollande. Car non
seulement et a priori, il n’a aucune chance d’être, l’an prochain, par
les primaires,
désigné, élu, porté candidat du PS à l’élection présidentielle 2012,
mais aussi, et surtout, c’est sa dernière chance de (pouvoir) l’être.
Pourtant, et de loin, de très loin même, c’est lui le meilleur candidat possible, c’est lui la chance des « socialistes ». La seule.
Oh oui, je sais, je les connais, les arguments, les réticences, qui, pardonnez-moi, tiennent plus de l’apparence, de la forme que du fond. Il est « pas assez » ceci, « pas assez » cela, en gros (bien qu’il ait maigri) et pour aller vite, il n’aurait pas la bouille d’un futur président. La gueule de l’emploi, quoi.
Aussi, il n’aurait pas d’image (médiatique, s’entend) ou alors, comme elle est floue !
Il serait pas très bon en télévision, non plus. Son humour, fin, féroce même, constituerait, paraît-il un handicap. Comme si un homme politique devait être austère, assommant, didactique. Plus encore qu’un Juppé ou un DSK … Et puis, il n’a jamais participé à un gouvernement. Ni comme ministre, ni comme secrétaire d’Etat. Et s’il a une image, une seule, c’est celle du type qui passe à côté, qui rate le train, tout le temps, un loser pour parler crû. Trop dans le consensus. Pas assez tueur. On aime ça, les tueurs, en France. Ah oui ! On les vénère même, avant de les haïr. On croit, en vérité, en l’homme providentiel (mais si !) à celui qui va sauver le pays, le tirer de là, on y croit dur comme fer, à cet homme-là, On l’espère, on l’attend, comme un Christ. Que l’on cloue cinq ou dix ans après, avec délice.
Alors oui, c’est un fait, Hollande n’est pas l’homme providentiel. Et tant mieux ! C’est juste un homme de fond. Plus pragmatique que l’on pense, beaucoup plus solide aussi. Il est beaucoup plus d’une manière générale que ce que, non pas il donne à voir, mais que le citoyen lui prête, lui colle en apparence. Sûrement est-ce de sa faute, mais que peut-il y faire ? Doit-il se changer, se travestir, se pipoliser, quitte à se trahir, pour plaire coûte que coûte ? Ne plus être lui-même ?
Il le sait, Hollande, qu’il n’a, a priori, aucune chance. D’où, certainement, cet air soucieux que je ne lui connaissais pas, pas à ce point-là, qui l’habitait constamment, même entre deux bons mots, samedi, le 25 septembre 2010, à Besançon, à l’occasion d’un salon du livre (« Les Mots Doubs »).
La veille, Bartolone avait enclumé, à desseins, laissant entendre qu’il y aurait un accord passé entre les deux autres prétendants, Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn. Les favoris. Vraiment ? ... Mais les favoris pour qui ? ... Oui, pour les sondages ! C’est écrit, c’est chiffré, ce sont les deux seuls qui pourraient battre Sarkozy en 2012. Et il n’y a que cela qui compte pour eux, pour les militants, pour le peuple de gauche (expression pour le moins ridicule) : battre Sarkozy en 2012. Peu importe le candidat, finalement. Elle est là l’erreur. Hollande s’y est engouffré, habilement, déclarant que l’anti-sarkozysme n’était pas un programme mais une « paresse ». Il a raison. Ce qui importe n’est pas de battre Sarkozy, mais de gagner. Ah ! oui, la nuance est subtile, mais elle est cruciale, pourtant.
Mais parlons de ces sondages, tiens ! Or donc, ils donnent DSK et Aubry gagnants. Un an et demi avant la bataille. C’est formidable ! Dois-je rappeler que Marie-Ségolène Royal, dans les sondages, battait Sarkozy en 2006 ? Et c’est la seule raison, entendez-vous, la seule raison pour laquelle les militants l’ont désignée candidate lors des primaires de novembre 2006. On connaît la suite, elle n’a pas perdu, elle s’est faite laminée.
Alors on pourrait faire le procès des sondages ! Ces saligauds qui donnaient la Royal vainqueur se seraient trompés ? Du tout ! Y’a pas eu tromperie ! Un sondage, c’est quoi ? C’est un instantané. Une photo. Un désir. A l’avenir incertain. Et je crois bien que ces couillons de militants vont reproduire la même erreur. Voter pour le favori des sondages, oubliant que le citoyen évolue, au fil de temps, des déclarations, des évènements ... Que croyez-vous ? Qu’un citoyen vote toute sa vie à gauche ou toute sa vie à droite, quel que soit le temps ? Foutaises ! Ça n’existe pas, ce genre de citoyen, ou alors c’est un militant. Un encarté. Le citoyen lambda va de droite, à gauche, en passant par le centre et les extrêmes, il n’est pas figé. Il vote pour le plus fort. Voilà tout. Et peu importe qu’il soit d’un bord ou de l’autre. Il s’en contrefout !
D’autre part, faites cet effort, reprenez tous les sondages des élections présidentielles précédentes, et vous verrez, ils vous donnent tous, sans exception, le futur vainqueur. En février, l’affaire est pliée. On sait qui va gagner. Et pourquoi ? Parce qu’une campagne présidentielle est impitoyable, c’est un révélateur. Et ni Jospin, ni Royal, ne se sont révélés en 1995, 2002 et 2007 ... Pire : ils sont passés à côté. Complètement. Ils ont été mauvais ... Et pourquoi ? Parce qu’ils n’étaient pas les « bons candidats ».
En face, faut dire, il y avait des guerriers, des tueurs. Chirac, pourtant aux fraises, en 1994, baladé par Balladur, a remonté, et faut voir comment, son handicap sondagier. Sarkozy, c’est différent. Dès 2002, il a entamé sa campagne, prenant à la hussarde l’UMP en 2004, il en a fait une véritable machine de guerre, brutale, impitoyable, ayant compris et tiré les leçons du 21 avril 2002, décomplexé totalement, de droite dure, il était imbattable. Seul Fabius pouvait lui créer des problèmes. Car oui, en 2007, même si la marche était bien haute, ce n’était ni Royal, ni DSK qui pouvaient tenir la dragée haute à ce tribun d’exception qu’est Sarkozy, mais Fabius. Parce que c’est aussi un tribun. Un homme qui peut être violent verbalement. Et d’ailleurs, Sarkozy l’avait confié à sa garde rapprochée : « Si c’est Fabius, ce sera brutal ». Donc malaisé.
Mais ces imbéciles de militants se sont fait bernés, aveuglés, par des instantanés, oubliant ce que c’est une campagne, sa dureté, sa violence, combien le citoyen y est sensible, et combien au fil de la campagne, son désir se fait plus précis.
Le 14 janvier, c’était fini. Sarkozy avait gagné. Ah ! il faut revoir la séquence. Comment il s’est transformé, cet homme-là ! De 2002 à 2006, puis en 2007. C’est assez fascinant.

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