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Hollande-Merkel et l’opposition nord-sud ou ces différences de visions dangereuses pour l’avenir de l’Europe

Une opposition existe bel et bien entre les pays du nord de la zone euro et ceux du sud. En effet, il commence à se faire sentir dans l’opinion que les premiers ont une certaine peur vis-à-vis des second ; la peur de payer pour les erreurs des autres. Cette crainte provoque un certain euroscepticisme et une partie de la classe dirigeante de pays comme l’Allemagne ou la Finlande est clairement contre toute intégration européenne qu’ils jugent dangereuse pour l’avenir économique de leurs pays.

L’opposition récurrente de la Bundesbank aux mécanismes d’intégrations européens n’est pas un cas isolé et des pays comme la Finlande ou l’Autriche demandent de plus en plus de garanties aux pays bénéficiaires de plans d’aide avant d’apporter leurs contributions. Récemment, on a pu voir Erkki Tuomioja, ministre des affaires étrangères de la Finlande, déclarer au Daily Telegraph en date du 17 Août que l’éclatement de la zone euro , n’était plus un sujet tabou mais bien un scénario envisageable auquel il faut se préparer, ce que fait d’ailleurs la Finlande. Pour le chef de la diplomatie autrichienne, Michael Spindelegger, il faudrait même aller jusqu’à se doter de mécanismes d’expulsions des pays ne respectant pas leurs engagements en matière de réduction des déficits ce qui, bien sûr, est totalement en violation avec les traités européens en vigueur. La crainte principale qu’éprouvent certains dirigeants du nord est de voir à terme la dette de la zone euro se mutualiser et donc de faire payer les contribuables pour venir en aide aux pays les plus en difficultés, ceux d’Europe du sud. Cependant, de récents événements montrent que les eurosceptiques sont loin d’avoir la main mise sur l’opinion dans sa majorité. Les récentes élections législatives néerlandaises en sont le parfait exemple. Alors que la crainte de voir les parties eurosceptiques l’emporter était dans l’air, le premier ministre sortant, Mark Rutte et son partie libéral pro-euopéen doit se partager la victoire avec les travaillistes, eux aussi partisans de la continuité de la construction européenne. Même si les récents sondages allemands montrent qu’une partie de plus en plus importante des germaniques se montrent réticents à développer les mécanismes de sauvetages des économies chahutées de la zone euro, la chancelière Angela Merkel, qui garde le soutien de l’opinion, semble être de consort (en partie) avec ses homologues sur les moyens à adopter afin de sauver l’euro, notamment François Hollande même si des divergences profondes persistent entre le couple moteur de la zone sur la manière à adopter pour poursuivre l’intégration européenne.

Parlons justement du cas franco-allemand. Contrairement à mes articles précédents, je ne vais pas m’attarder sur la situation économique des deux pays dont les journaux se font l’écho du matin au soir et du soir au matin. La France ne va pas bien et on le sait. La barre symbolique des 4 millions de chômeurs vient d’être franchie. Selon l’OCDE la France est officiellement rentrée en récession avec une chute de son PIB de 0.5 % entre avril et septembre et ce après des mois de stagnation de son économie. Le manque de compétitivité des entreprises françaises commencent à se faire durement ressentir dans un contexte de ralentissement global de l’activité. L’exemple de PSA est à ce titre intéressant car après des années de mauvais choix stratégiques et de mauvaise gestion, l’entreprise a été exclue du CAC 40 et voit ses pertes évoluer vers des niveaux inquiétants (perte globale de plus de 400 millions d’euros au premier semestre), ce qui oblige le groupe à restructurer et à licencier (Aulnay). L’Allemagne, quant à elle, n’est pas au mieux. La force principale du pays, les exportations massives, est en souffrance devant le ralentissement mondial de l’activité et notamment des difficultés croissantes des pays de la zone euro qui constituent ses meilleurs clients. L’OCDE prévoit une récession allemande pour le deuxième semestre (- 0.5 % pour le troisième trimestre et - 0.8 % pour le dernier). L’euro fort, qui a soutenu pendant des années la croissance allemande par le biais de ses exportations est en train de se retourner contre elle au vu des difficultés que subissent ses pays clients. Mais vous l’aurez compris, le point que je souhaite évoquer en priorité est celui de la différence de point de vue flagrante qui subsiste entre Angela Merkel et François Hollande sur la construction européenne.

François Hollande est le digne héritier de Jacques Delors, son père spirituel (et véritable père de Martine Aubry). Sa vision de la construction européenne est celle qui vise à arriver à terme à un fédéralisme concret, à une gouvernance européenne, à la mise en commun des forces dans une zone consolidée. La vision européenne d’Hollande est celle des Etats-Unis d’Europe. Il souhaite se servir des institutions européennes actuelles et en créer de nouvelles afin d’atteindre ce but ; une Europe solidaire à la politique commune. Il souhaiterait une politique de relance européenne du style des grands travaux de Roosevelt pour redémarrer la croissance en Europe. Seulement pour se faire, les pays les plus solides doivent accepter de partager le fardeau des pays les plus faibles par une mutualisation de la dette, par une politique budgétaire, fiscale et sociale harmonisée et c’est là que réside la plus grande difficulté.

Angela Merkel n’a pas du tout la même vision du fédéralisme européen. La culture allemande est basée depuis des siècles sur un respect strict du droit. La chancelière allemande voit les institutions européennes comme un moyen de faire appliquer les décisions prises et inscrites dans le marbre des traités. Pour elle, le fédéralisme européen repose sur la mise en place d’institutions de contrôle qui seraient chargées de faire appliquer la bonne parole technocratique européenne au sein des pays de la zone euro. Si cette dernière soutient les récentes décisions de la BCE et la mise en place du MES, c’est qu’elle a bien compris qu’une Europe au ralenti et des voisins dans la panade n’arrangeaient en rien les affaires allemandes. Lorsque la croissance est au rendez-vous chez ses voisins, l’Allemagne peut faire marcher la machine à plein régime et profiter d’un euro fort pour ses exportations hors zone-euro, notamment en Amérique et en Asie. Mais quand ses voisins européens qui sont ses premiers clients sont en difficultés et que l’euro se retrouve menacé d’implosion, la chancelière comprend bien vite que la situation devient urgente et que les mécanismes de la BCE et le MES peuvent s’avérer salvateurs. Néanmoins, l’Allemagne s’arrange toujours pour les faire assortir de conditions drastiques pour les pays voulant en bénéficier (assainissement des comptes, réductions des dépenses, réformes structurelles etc…). Car quand l’Europe souffre et que l’activité ralentit en Asie et aux USA, l’Allemagne se retrouve en récession parce que ses produits ne trouvent que plus difficilement acquéreurs et ça, Angela Merkel l’a bien assimilé. Cependant, l’Allemagne ne désire pas s’aventurer dans un véritable fédéralisme européen, elle qui de par son statut de première économie de la zone, se verrait forcée d’apporter une énorme contribution et donc, de faire des sacrifices économiques sur l’autel du fédéralisme.

La zone euro se trouve donc face à une équation bien difficile à résoudre. L’optimisme naissant avec les réformes structurelles engagées par les pays la composant ainsi que le bazooka de la BCE et du MES sont certes légitimes mais suffiront-t-ils à sortir la zone euro de la crise ? Rien n’est moins sûr. L’absence de politique et de gouvernance commune ainsi que les différences de compétitivité entre les pays de la zone sont les véritables questions de fond. Si la zone euro avance vers le véritable fédéralisme, met en commun ses forces, mutualise sa dette (ce qui permettrait d’émettre de véritables eurobonds et faciliterait le financement sur les marchés par l’harmonisation des taux d’intêret) et met en place un véritable gouvernement européen élu par le peuple qui définit un cap par le biais d’une politique d’ensemble, alors les Etats-Unis d’Europe deviendront instantanément la première puissance économique mondial et seront rois de l’échiquier géopolitique.

Cependant, cette vision paraît utopique au regard de ce qu’elle implique. Les pays les plus forts économiquement se devront de remettre en cause leurs situations actuelles afin d’aider les pays les plus en difficulté et ils seront obligés de consentir à des efforts certains dans le but de mettre en place une Europe solidaire et unie. Un principe keynésien de base est celui qui consiste à ce que les pays excédentaires aident les pays déficitaires au sein d’une même zone économique pour garantir sa stabilité et sa pérennité. Seulement, des opinions publiques qui ne sont pas prêtes à abandonner une grande partie de leurs souverainetés nationales, des différences fondamentales de cultures ainsi qu’un passé fait de multiples guerres et affrontements encrés dans la conscience collective sont autant de freins à une véritable intégration européenne. Le risque de ne pas aller vers le fédéralisme est évidemment de voir la situation se désagréger pour au final aboutir vers une sortie désordonnée de plusieurs pays de la zone ce qui aurait pour effet de la faire exploser. Les nations se retrouveraient alors à nouveau seules et les plus faibles encours le risque de se faire balayer par l’histoire. L’échiquier géopolitique mondial est en constante évolution et la crise accélère le mouvement, il est donc nécessaire de placer ses pions et de mener sa partie en stratège. Dans le cas contraire, au sein d’un contexte qui voit des pays émergeants se placer de plus en plus en puissances de demain et une Europe qui décline économiquement et démographiquement, des pays européens qui auraient fait le choix de l’indépendance risqueraient de se voir recalés au rang des futurs oubliés de l’histoire.




par Fabien Buzzanca samedi 13 octobre 2012 - 1 réaction
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