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Hollande, ô Désespoir

 

Paris Match 17 mars 2005.jpgOr donc, François Hollande. Comment y croire ? Pourtant, l’homme est intelligent, raffiné, drôle même, tribun assurément, même si, et dans les mimiques et dans le ton, derrière un pupitre, il emprunte (beaucoup) à Mitterrand ; c’en est criant.
Oui, François Hollande est un homme brillant, solide économiquement, et pourtant, ça ne ressort pas, je veux dire que ceusses que le politique appelle désormais “les gens” ne le voient pas. A quoi est-ce dû ? Une allure ? Un physique ? Une image télévisuelle déficiente ? Un parcours jugé trop flou, consensuel, cette façon de ménager systématiquement la chèvre et le chou, d’arrondir les angles, toujours, de sorte que, peut-être, finit-il par passer pour un mou, un hésitant, or, chez nous, on les préfère durs, avec du caractère, fanfarons même, culottés, cyniques, stratèges, pour ne pas dire roublards. On aime le clinquant, le truculent, même si on s’en défend. On aime ce qui est prononcé. Vulgairement, on adore sentir qu’il y a des couilles.
Pour François Hollande, visiblement, y’en a une dans son potage. Et ça l’encombre. Depuis toujours. Pourtant, il suffirait de presque rien, une colère, une vraie, précise, imparable, un coup d’éclat, terrible, oui, quelque chose comme ça, qu’il sorte de lui-même, qu’il se laisse porter, emporter, qu’il s’oublie, adieu, chèvre, chou et consensus, et bam ! Une mise au “poing”, sur la table, et advienne que pourra. Seulement voilà, quand il s’y essaie, c’est maladroit, un peu gauche, celle d’à côté de la plaque, il y a trop de Hollande dans François, et ça donne :

Je n’aime pas les riches, j’en conviens !

Et le voici qui recule (encore) de trois cases. Et tout à recommencer. C’est ça l’histoire de François Hollande, celle d’un homme qui avance puis recule, et qui, au final, fait du surplace. Qui de la “Force Tranquille” ne respire que le tranquille. La bonhommie. Pas le genre de qualité qui t’envoie à l’Elysée. Avec la bonhommie, au mieux, tu finis député-maire. A vie. Président, t’oublies. Ou alors, celui d’un Conseil général.

Ah si seulement, l’Histoire se décidait, une fois, une seule, à lui sourire. Mais non. En 2002, zou ! Jospin se fait salement dégommer. Et François n’aura donc pas son maroquin. Il reste le premier secrétaire d’un PS déboussolé, ingérable, abandonné. Cependant, il subsiste un espoir. Ce poste-là, il le sait, c’est son tremplin pour l’Elysée. Alors il s’y accroche. Contre vents et marées quadragénaires. Pactisant avec les ennemis intimes d’antan. Les angles, toujours, arrondir. Sait-on jamais, si ça finissait par payer ?
Oui, il y croit, posant même, comme un symbole, aux côtés du champion de la droite, une photo qui fera date, celle de la Une de Paris-Match du 17 mars 2005.
Date contre lui.
Trop souriante cette photo. Trop premier de la classe, avec un côté nigaud, toujours cet aspect bonhomme qui le dessert et le condamne encore. Mais quelle erreur, bon sang, d’avoir posé de la sorte aux côtés d’un chef, un vrai, un leader ! Comme ça jure, nom de Dieu ! Photo-boulet, et adieu la lune élyséenne, ça oui, tu peux lui dire Tintin, toi, François et ton physique de Franck Wolff. Jusqu’à la lie, le calice ! Royale, la défaite ! Autre boulet.

Alors quoi ?

Alors tant pis, quitter ce maudit tremplin, cette fausse piste, la direction du Parti, devenir une force de propositions, un homme libre, en apparences, capter la force, la marier à ce côté bonhomme, tranquille, trouver le Mitterrand en François, le travailler, de la tribune le délocaliser à l’écran de télévision, conjurer le mauvais sort qui semble s’acharner, nouvelle épine de rose pâle dans son pied, épine nommée DSK, nouveau favori des sondages avant l’heure, tombeur de Sarkozy, comme le fut Marie-Ségolène de janvier 2006 à janvier 2007. Compter là-dessus, l’Histoire sondagière se répétant, Barre, Balladur, Royal et maintenant DSK ; croire en la fable du Lièvre et de la Tortue. Attendre son heure, patiemment. Devenir, petit à petit, l’évidence. Le seul recours. Quand bien même lui manquerait-il le fameux maroquin, qui, il le sait bien, est quasiment indispensable à tout candidat postulant à la fonction suprême. Et c’est pourquoi, il s’est mué en force de propositions. Fiscales. Domaine de son rival du FMI. L’économie ! Le pragmatisme ! Avec, l’air de rien, quelques slogans jetés en pâture, histoire de voir si ça prend, comme “la démocratie de la réussite”.
Mais ça prend moyen. Ça ne marque pas les esprits. Ça manque encore et toujours de quelque chose. De colère ! De poing sur la table ! De coups d’éclat ! Alors que c’est la crise, bordel ! Y’a un boulevard à prendre ! Mais non ! Encore et encore, ça manque de panache, de couilles ! Elle est toujours orpheline, accrochée, vivace, dans son potage. De moins en moins socialiste. Mais qui s’en soucie ? Personne ! On s’en fout comme de son premier François ! C’lui qu’a enterré l’affaire, six mois après son accession au pouvoir. Depuis à défaut d’inventer, ses potentiels successeurs ne s’arrogent qu’un seul droit, celui d’inventaire. François Hollande le premier. Et c’est peut-être là qu’elle est la fameuse couille dans le potage : ce manque d’invention. Ce trop-plein d’inventaires qu’on nous vend pour rénovation. Et donc, ce manque d’espoir. Même fou, irraisonnable.

Il faut donc, et par conséquent, que Hollande invente François. Et vice-versa. Qu’il sorte de là. De lui. De tout. Des chèvres et des choux. Du consensus mou. Ne plus fonctionner en “bonne intelligence”, mais n’écouter que la sienne. C’est à ce prix-là, celui du risque, qu’il sera désigné candidat. Et qu’alors, il se révèlera. Brillant.
De tous les postulants au PS, c’est lui le plus “naturel”. L’évidence.
Mais le chemin sera long, délicat, compliqué, tant le temps passe et presse et que pour le moment, et comme hier, inventaire plutôt qu’inventif, mi-chèvre, mi-chou, c’est Hollande, ô désespoir.

par Philippe Sage (son site) samedi 27 février 2010 - 8 réactions
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