Voilà, j’ai participé à " un événement mondial " hier soir en me rendant dans une salle de cinéma pour voir le film " Home ".
Une plaquette pour gosses de riches qu’il faut amadouer par des douceurs : cela commence, puis finit, par une pub mondiale pour le luxe et quelques grandes surfaces.
N’oublions pas le " consommateur " et ce qu’il peut rapporter, surtout en ces temps de " crise ", et comme le film est plus que largement distribué de par le monde l’impact publicitaire ne devrait pas être mince, bon " coup de com’ " pour celui qui l’a financé au nom de la sauvegarde de la planète.
On appelle cela " retour sur investissement ".
En ce tout début de film j’ai fait rire une partie de la salle, à l’instant de l’affichage de ces publicité, en m’esclaffant " Ah, bonjour François Pinault " : le public était donc très au courant de l’origine des fonds, cela signale qu’il est informé de bien des choses.

La Naissance de Vénus (Botticelli)
C’est indubitablement un très beau tableau, un travail très bien fait, une oeuvre à laquelle je reconnais un certain souffle (hors des joues gonflées de Zéphyr !) mais qu’il me fatiguerait d’avoir chaque jour sous les yeux.
Du beau, créé, inventé et mis en scène par l’artiste : une véritable oeuvre d’art, ce que n’est pas le film.
Ce film est la copie du beau qui nous environne, une juxtaposition de fragments de beau finalement très hétérogène à moins que l’on accepte que " la voix " soit le ciment de ces fragments, la couture qui les relie, les unit, leur donne une cohérence forte capable de nous convaincre, plus encore : de nous emporter, de nous donner des ailes (car nous sommes au cinéma, prêts à " décoller " sous l’effet de quelques impulsions inattendues).
Oui " la Terre " est belle, elle fourmille de magnifiques paysages même si elle doit certaines de ses couleurs à de très graves endommagements dont nous sommes les auteurs (et les palettes de couleurs de certaines exploitations minières étaient fantastiquement belles).
Yann Arthus-Bertrand a copié ces éléments de " beau " et les a accolés, j’ai entendu dire qu’il avait commencé à tourner sans scénario établi et cela se révèle : il a bien fallu tenter de donner une cohérence au patchwork.
Ce n’est pas en essayant de " recoller des morceaux " que l’on produit de l’art, ce film en est la démonstration.
Les louables efforts d’Isabelle Delannoy, qui a écrit le discours, ont été mal récompensés car l’ensemble ne m’a convaincu de rien.
Efforts louables car il me semble que le principe de base du film consistait à présenter des réalités en tentant de faire lever un ferment qui nous pousserait à agir, face à une situation du monde qui demande effectivement que nous agissions, et sans présenter une vision pessimiste des choses.
Je n’ai eu aucun choc en voyant le film qui vient après celui d’Al Gore " An inconvenient truth ", qui portait une force indéniable.
J’attendais une force au moins égale, je ne demandais pas spécialement à être " choqué " mais au moins " mobilisé " ou encore un peu plus convaincu que je ne pouvais l’être en entrant dans la salle.
Rien de tel, seulement un courant de sucre à l’écoulement régulier...
Rien non plus à la hauteur des enjeux actuels sur une Terre intensément polluée de diverses façons et sur laquelle nous disposons essentiellement d’un modèle économique dont nous avons vu qu’il était la source de multiples dégradations, qui affecte aussi bien notre environnement qu’il nous affecte, chacun d’entre nous, dans notre quotidien, et risque de nous affecter plus durement encore dans l’avenir.
Un modèle économique qui nous aura conduit à un certain nombre de succès indéniables essentiellement au cours des 50 dernières années mais en faisant peser sur notre avenir de très sérieuses menaces.
Un modèle économique essentiellement basé sur l’exploitation et l’exacerbation des antagonismes, des mésententes ou des non ententes, des conflits conduits de façon de plus en plus masquée : on ne se saigne plus à coup de lames, ce qui produit de vilaines taches rouges, mais on s’entre étouffe économiquement, chacun amassant son tas de " richesses " à la hauteur de la longueur de ses dents et s’entourant d’autant d’assurances et de barrières que possible, maintenant de caméras et de portiques, afin que les " moins nantis " d’à côté ne puissent venir grappiller...
Cupidité, rapacité, cynisme sont les grands ressorts de notre monde de " consommateurs ".
D’indispensables consommateurs pour que cette cupidité puisse réellement s’exprimer dans toute son ampleur (car que deviendrait-elle si plus personne n’achetait, demain, et trouvait un moyen de vivre sans " consommer " ?).
Ah certes le film rappelle que 80% des ressources extraites profitent à environ 20% de la population mondiale, mais cela n’est pas nouveau, cela se dit et se répète depuis quelques dizaines d’années déjà.
Cela n’a pas empêché que la cupidité conduise à ce que la part des salaires dans le résultat des entreprises soit assez largement amputée au profit des actionnaires, et ceci dans le monde entier... passons...
Heureusement avant la pub finale, mais après deux heures quand-même (ce qui peut sembler long pour en venir à ce qui compte vraiment !) apparaît un mot essentiel, seul au milieu de l’écran : " ENSEMBLE ".
Cerise sur le flot de sucre il représente effectivement le critère essentiel de la survie de l’humanité dans des conditions aussi bonnes que possible : que nous sachions aussitôt que possible nous entendre et agir ENSEMBLE pour parvenir à vivre en harmonie avec " notre environnement " et sans continuer à le dégrader.
Car si nous pouvons nous voir, chacun, comme un élément de l’environnement des autres nous sommes en fait indissociables de " l’environnement " qui est finalement une partie de nous-même...
Nous sommes des autophages, des homophages, des cannibales : le serons-nous jusqu’à l’os ?
Ensemble ?

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