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Howard Hughes, encore, et une millième contribution à dessein

Et voilà, on y arrive, c'est ma millième contribution ici, l'occasion pour moi de vous révéler quelques secrets de fabrication (je répète encore une fois que je fais tout cela seul, contrairement à ce que peuvent affirmer les trolls qui s'accrochent à leur maigre savoir) et de montrer que parfois les sujets de mes articles tiennent beaucoup au hasard, et pas mal à l'utliisation de livres collectés lors des vides greniers nordistes appelés "braderies". Le Nord contient des mines, c'est sûr, mais ce sont des mines de bouquins à ciel ouvert ! Dès qu'il fait beau, ici, dans le Nord, c'est en effet la fête aux livres, ou aux magazines, dans ces fantastiques braderies ! En guise de conclusion sur la saga consacrée à Howard Hughes, je vais donc vous donner les raisons de son écriture, un texte qui avait été remis à plus tard par la modération, le jour où je l'ai proposé, faute d'actualité (l'affaire Merah à ce moment-là). 

Tout est parti en fait d'une annonce de ventes aux enchères assez surprenante. Elle n'avait rien à voir avec Howard Hughes au départ. Organisée à Beverly Hills par Debbie Reynolds (actrice de "Chantons sous la pluie"), une grande collectionneuse de costumes, c'était la vente de vêtements ayant appartenu à Marilyn Monroe, dont sa célèbre robe, celle qui volait au dessus d'une bouche d'aération dans "Sept ans de réflexion", de l'épatant Billy Wilder avec un hilarant Tom Ewell,oublié du show-biz. Mais ce n'est pas cette vente qui a avait retenu mon attention, mais l'annonce de la suivante. Dans cette vente, tenue cette fois à Londres, en juillet dernier, un objet m'avait intrigué. Un soutien-gorge un peu spécial, surnommé "soleils levants" par le commissaire-priseur. Une expression lue par hasard il y a bien longtemps dans un ouvrage sur la vie d'Howard Hughes, qui avait conçu un soutien-gorge spécial pour... Jane Russell, et non pour Marilyn. Or les deux actrices se connaissaient, puisqu'elles avaient signé le même jour et ensemble, en 1953, leur plaque commémorative au China Theater.  Intrigué, j'ai retrouvé au fond de ma bilbiothèque (bien perdu au fond d'une étagère, j'ai mis deux jours à remettre la main dessus, étant donné mes facultés à ranger) l'ouvrage où Howard Hughes expliquait sa trouvaille... et je me suis pris alors au jeu d'expliquer toute sa vie, qui, vous l'avez lu, mérite le détour par sa richesse et sa complexité. Grâce à d'autres bouquins, dénichés sur place en plusieurs week-ends de sorties "braderies". Celle d'un grand patron de l'industrie d'armement américain, celle d'un capitaliste qui s'en était remis fort peu à Dieu (indirectement), via les mormons, et plutôt aux seins, via son obession pour les poitrines féminines. Il ne reste aujourd'hui de son empire industriel dévasté qu'un pan immobilier florissant (dont je n'ai pas eu le temps de vous parler) : tout le reste a été vendu et absorbé. Un beau symbole pour le capitalisme actuel, qui a délaissé l'industrie pour les services ! Son hélicoptère-phare, l'Apache, construit de son vivant, continuant à tuer presque tous les jours dans le monde. Howard Hughes est bien l'exemple-type du capitalisme, qui est d'une violence extrême avec les individus, dans tous les domaines, la publicité n'étant pas la moindre.

Howard Hughes définitivement refroidi, il me restait en effet au bout de 23 épisodes un dernier texte à voir, celui où il évoquait auprès du réalisateur Howard Hawks, effondré par ses propos comment présenter sur les écrans sa créature de rêve du moment, Jane Russel, sorte de bombe atomique sexuelle du moment : on change de registre, vous allez voir : si DSK peut être considéré comme malade, ce vers quoi on s'achemine de plus en plus, il pourrait s'inspirer de cette description, émanant d'un autre malade aussi sérieux que lui. Ça se passe lors du tournage d'un film d'Howard Hawks, choisi par Hughes pour mettre en scène la bombe sexuelle brune dont il s'était alors entiché. Finaude, cette dernière acceptera tous les cadeaux de son soupirant prétendu : Jane Russell fut vénale, certes, mais elle ne le cachait pas, au contraire de sa rivale blonde (Marilyn) : une autre forme de capitalisme, sans doute, parfois lui-même, il est vrai, qualifié de "putassier". Russell, née Ernestine Jane Geraldine Russell, était en fait une "born-again" fort religieuse, qui déclamait souvent des stances bibliques, ett elle reste un sacré phénomène en effet. Le texte de Hughes, que voici, est très étonnant en effet : il décrit en fait ce qu'on va appeler plus tard le soutien-gorge à baleines et celui à balconnets (ou"underwire bra", dont le brevet a été pourtant déposé en 1932 par Helene Pons, d'aucuns faisant remonter l'invention à Mary Phelps Jacob en 1913).

"La seule jolie tenue que vous ayez trouvée à Jane Russell, c'est la robe en lamé. Gardez-la, je vous en conjure, elle est très bien. Mais il faudrait la retailler car elle est très mal ajustée sur la poitrine et Russell a l'air d'avoir - Dieu me pardonne ! Les seins rembourrés ou même de faux seins. Le galbe n'est pas du tout naturel, on jurerait qu'elle porte un soutien-gorge en carton. On le remarque surtout autour des mamelons dont le contour paraît artificiel et antinaturel."

"Je ne recommande pas la suppression du soutien-gorge car je sais que cette pièce de lingerie est essentielle à Jane Russell, mais je me permets de vous suggérer d'adopter un soutien-gorge que je viens d'inventer et dont je vous soumettrai le schéma demain. Il s'agit en fait d'un demi-soutien gorge qui lui maintiendrait les seins en restant invisible sous la robe. Nous le fabriquerions en tissu très léger, de façon à laisser voir la poitrine sous la robe et ce serait beaucoup plus efficace. (J'en profite pour vous dire qu'il faudrait recouper aussi les corsages pour que la robe s'ajuste mieux.)"

"J'aimerais aussi que vous placiez quelque chose à l'intérieur du soutien-gorge ou de la robe de façon à ce que les mamelons pointent un peu plus. Je sais bien que les mamelons de Jane Russell ne saillent pas naturellement, mais si vous ne trouvez pas quelque artifice, les seins auront l'air tout ronds, tout plats. Faites bien attention de rester réaliste. N'allez pas me coudre des boutons sous la robe ou quelque chose du genre. Le sein n'aurait plus son aspect de pointe, naturel et désirable".

"Si vous arrivez à incorporer au soutien-gorge ce qu'il faut pour indiquer de façon bien naturelle les mamelons, ce sera parfait. L'ennui, dans l'état actuel des choses, est qu'à l'emplacement théorique des mamelons on en voit saillir plusieurs, ce qui, vous le concédrez, n'est pas très réaliste. De même le galbe du sein de la pointe aux attaches est beaucoup trop conique, comme s'il s'agissait d'un objet fabriqué".

"Tout cela est bien difficile à expliquer, mais en voyant le film, je crois que vous comprendrez ce que je veux dire. En fait, ce qu'il nous faut, c'est un demi-soutien gorge très fin qui ne soutiennent que la moitié inférieure des seins. Il relèverait la poitrine mais en suivrait les contours naturels. Et si vous arriviez à faire quelque chose pour les mamelons, on aurait la solution idéale".

"Vous avez compris que toutes ces indications valent pour la robe en lamé mais je voudrais qu'on suive mes directives pour toute la garde-robe de Jane Russell !. J'ajoute, et c'est le plus important, qu'il est indispensable de décolleter ses robes aussi bas que la loi le permet. Je veux que les clients qui paieront pour voir cette partie de l'anatomie de Jane Russel puisse voir autre chose qu'un bout de tissu..."

Et bien, croyez-le ou non, ce que décrivait minutieusement (au têton près serait-on tenté de dire !) le fabricant d'hélicoptères et de pinces à sucre géante à sous- marin au réalisateur Howard Hawks, qui quittera aussitôt le film en cours en s'écriant dans les couloirs "il veut que je fasse un film sur une paire de seins", ce qui est très amusant à vrai dire à imaginer et qui sert parfaitement pour résumer le scénario indigent du film (« Le banni » -The Outlaw- se fera en définitive sans lui et ne marquera l'histoire du cinéma !), ce soutien-gorge décrit à l'usage unique de Jane Russell, "l'actrice préférée des GI", je l'ai retrouvé bizarrement à l'identique cet été parmi la vente d'objets appartenant à Marilyn Monroe, qui trichait donc, comme toutes les autres, avec le rehausseur de seins imaginé par un inventeur fou mort reclus en haut d'un hôtel mexicain. Un inventeur qui était tombé sur un sacré bec avec Russell ; alors qu'il désirait l'entraîner vers sa couche, comme toutes les autres, elle lui avait lancé "pas ce genre de business, avec moi, , Howard, je suis une femme mariée".... qui l'avait laissé sans voix !
 
Comme quoi le capitalisme n'est qu'un éternel recommencement, à moins de s'en débarrasser une bonne fois pour toutes : selon la presse, jamais avare de détails industriels, "des experts pensent que Howard Hughes s'est également inspiré de la technologie des ponts suspendus pour les créer" : un "soutien-Tancarville", ou plutôt signé Gustave (Eiffel), en quelque sorte (*) . Rassurez-vous, en écrivant ça, je n'ai pas envie que toute la population féminine s'affuble de ce genre de tenue... le style "Raising Sun" ( ou « Soleil levant », donné à l'engin par Hughes pour tenter d'expliquer son usage de façon évocatrice, les seins étant assimilés à deux soleils en plein essor matinal, soutenus par leurs balconnets), me semble un peu plus... seyant, disons, ou plutôt nettement plus sexy, que ce qu'on a pu voir défiler récemment à Pyonyang ! En prime, selon plusieurs biographes, Russell aurait refusé de porter l'engin, mais cela n'explique toujours pas comment il avait pu atterrir en ce cas dans la garde-robe de Marilyn ! La copie ferait-elle partie inhérente du captitalisme, toujours pressé de faire mieux ou aussi bien, mais au moindre coût (d'où le concept de vitesse dont vous a parlé ici-même Virilio, qui l'associe à l'entretien d'un peur, celle dont on a entendu parler par exemple pendant des années lors de la chasse au Ben Laden, sur laquelle je reviens en ce moment-même ici sur Agoravox).
 
Cruelle ironie du sort, le B-29 qui s'était appelé The Outlaw, en hommage au film, dont il arborait l'affiche sur le fuselage, s'était crashé au décollage le 2 octobre 1951, sur la base de Kadena (à Okinawa, au Japon), après avoir reçu dans une mission précédente un coup de canon d'un Mig-15, en pleine guerre de Corée. L'appareil avait été mis en cause auparavant sur le bombardements par erreur des ilôts de Dokdo disputés par le Japon (des ilôts appelés aussi "Liancourt Rocks"en septembre 1952 (le second bombardement, car il y en avait déjà eu un en 1948). Un avion maudit, en quelque sorte ! Décidément, tout ce qui touche à Hughes porte la poisse !
 
Le capitalisme, en tout cas, pour se sauver, s'en est déjà remis depuis longtemps à ses seins plutôt qu'à Dieu : dans les publicités pour les yaourts, on distingue depuis longtemps davantage de paires de seins que de crucifix. Qu'on se plaigne après que la religion se perde ! Howard Hughes, mort complètement givré, n'était en définitive pas si fou que ça : il avait tout compris au capitalisme, devenu lui, depuis, complètement dingue !
 
(*) "Ce soutien-gorge était le fruit de l'inventivité merveilleuse de Howard Hughes, qui a utilisé son savoir d'ingénieur en aéronautique pour créer le Raising Sun (« Soleil levant »). L'actrice en a porté notamment dans le film « Sept ans de réflexion », mais à l'origine il avait été créé pour le rôle tenu par Jane Russell dans le film « Le banni » (« The Outlaw »). Cette pièce de lingerie était faite d'une combinaison de tissu et de baleines de renforcement en métal ou en plastique pour soutenir et rehausser les seins, tout en donnant l'impression que l'actrice était nue sous sa robe. La technologie utilisée a été empruntée au parachute. Comme ce dernier, il s'agissait d'empêcher que l'objet ne tombe. Il devait être maintenu dans les airs et flotter harmonieusement. Ce « Soleil levant » a été fabriqué en petite série depuis 1948, et c'est surtout les artistes de music-hall qui le portaient. Le modèle de Marilyn était toutefois plus compliqué : il comportait deux doubles bonnets - deux grands pour les seins et deux petits pour les mamelons. Ces derniers tendaient ainsi le tissu de la robe, comme si la personne était nue dessous. Un fin arceau métallique soutenait le sein par-dessous afin de le pousser vers le haut et de donner ainsi un relief particulièrement vallonné. Les bretelles avaient un effet suspensif qui laissait suffisamment de liberté à l'organe mammaire pour renforcer encore l'impression de nudité. Des experts pensent que Howard Hughes s'est également inspiré de la technologie des ponts suspendus pour les créer". "Marilyn Monroe, qui n'était pas une sainte-nitouche, disait que, si elle l'avait pu, elle n'aurait jamais porté de soutien-gorge. Mais elle devait en avoir plusieurs, la morale de l'époque ainsi que les impératifs des scénarios les lui imposant. Ces sous-vêtements devaient en outre être adaptés à ses différentes robes. Ses « Soleils levants » ont contribué à faire de la belle une star qui a fait voir les étoiles à plus d'un homme".
 
Un documentaire assez fidèle du National Geographic, a été réalisé sur Howard Hughes :
 
 
 
 
 
 
Les bouquins que j'ai utilisés, dénichés dans les fameuses braderies :
 
-Citizen Hughes, "les archives secrètes d'Howard Hughes" de Michel Drosnin. Presses de la Renaissance, 1985. 
- La vie secrète d'Howard Hughes de Charles Higham, Edition°1, 1993 ;
L'ouvrage a été réédité en France après le succès du film Aviator sous le nom de "L'aviateur, la vraie vie de Howard Hughes", chez Calmann-Lévy, sorti (à l'identique, sauf la couverture) en 2005.
- le plus étonnant est un livre paru il y a longtemps sous le nom de Sulitzer, le sulfureux, alors qu'il était directeur de collection. Celui-là, sorti en 1987 et acheté (d'occase) en 1988, ça faisait plus de 20 ans que je l'avais au fond d'une étagère, il avait été édité en poche dans la Collection "Histoires de Fortune" chez Carrere. Visiblement ce livre est un remake à peine déguisé d'un ouvrage étranger, écrit sous le pseudonyme équivoque d'Harry Dullman (Harry le terne ou Harry l'ennuyeux !). Le texte à propos de Russell en est extrait. Sulitzer semble avoir ressauté sur le filon, en produisant le 1er mai dernier "Howard Hughes : histoire d'une fortune", sorti chez "Embrasure" (alias Interface Communication (ICS), qui n'est autre que le même ouvrage, sous le même titre, mais qu'il signe cette fois-ci !!! Mon premier article sur Hughes ici avait été mis en ligne le 4 janvier dernier. Comment a-t-il récupéré les droits de Carrere et pourquoi aujourd'hui signe-t-il un ouvrage qu'il n'avait pas signé il y a c'est le mystère Sulitzer habituel... ou plutôt l'aveu que son équipe de nègres, moult fois dénoncée sous l'appellation "Système Sulitzer" marchait à plein, jadis !
 
A noter encore que sur le cas de Marylin, qu'elle connaissait très bien, Jane Russell a affirmé qu'elle ne s'était jamais suicidée, une thèse qui, au fil du temps, prend corps, tant les Kennedy étaient embarrassés par leur relation commune...
 
La saga d'Howard Hughes, débutée ici le 4 janvier dernier, pour ceux qui auraient pris le train en marche :
 

PS : Sachant que vous m'attendriez sur le terrain du capitalisme US et que vous connaissez ma dévotion pour les produits Apple, j'ai tenu à taper tout cet article sur un de ses plus beaux échecs capitalistes : un merveilleux modèle "Cube", datant de douze ans déjà, une, machine extraordinaire, complètement silencieuse, au look années 30 sur le dessus (l'extracteur d'air fait très aviation !) marchant au doigt et à l'œil (quelle ligne !), mais boudée par le public, qui n'aimait pas qu'on lui dise à ce moment là que c'etait celui qui avait la plus petite qui était le meilleur. Comme quoi le sexe, en marketing, peu aussi se tromper ! L'engin a tellement marqué les esprits que d'aucuns proposent un revival... Et puis un ordinateur qui avait recruté Hendrix pour sa promotion, avouez que c'est mieux que les pubs Microsoft, des parodies à elles seules sans même le vouloir... l'horreur existe réellement : on est loin de Garage Band. Qui savait que Steve Ballmer était sourd qu'Howard Hughes ? L'homme nous fait rire par sa bêtise consternante et sa balourdise depuis toujours, à l'image-même du système d'exploitation foireux qu'il représente. Même les investisseurs se méfient de lui désormais : il vient récemment d'être nommé le pire patron américain (il y a de quoi en effet !). Dans le genre, la présentation (ratée !) de la dernière production Microsoft, une tablette copie conforme de celle d'Apple - une vraie copie, au baratin près- (mais pas au fonctionnement près, plantée en pleine démo !) est un must que je vous recommande. Si le capitalisme est aussi l'art de fourguer à prix d'or des bazars qui ne fonctionnent pas, "Surface" a bel avenir devant elle... planter le produit le jour de sa présentation, un grand classique chez Microsoft. Le capitalisme, ou l'art de leurrer la clientèle... C'est bien Paul Villach, dont je regrette aujourd'hui encore la disparition, qui avait raison...

 

-Ce texte est dédié à mon vieil ami Philippe Adler, à qui je dois mes plus drôles moments de journalisme. Toujours vaillant, le bougre.




par morice mardi 26 juin 2012 - 80 réactions
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