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Identité nationale : culture judéo-islamo-chrétienne ?

L’affaire du Quick hallal est le dernier épisode de cet interminable débat sur l’identité nationale qui en cache un autre, plus sulfureux. Douter de son identité ne se traite pas de manière simple ou arbitraire, mais en cherchant les causes plus profondes de ces inquiétudes presque métaphysiques. En attendant, cette prétendue thérapie de groupe à l’échelle nationale menace de se transformer en fracture intercommunautaire si les sombres penchants sont encouragés d’un côté, et si, de l’autre, les questions qu’ils soulèvent sont éludées par souci du « politiquement correct ». Implicitement visés par le discours des politiques, l’immigration et l’islam donnent lieu à tous les amalgames possibles. Tous les amalgames sont permis : barbus ou « musulmans qui portent leur casquette à l’envers et parlent verlan », cités explosives et minarets, chômage de masse et caillassages. Les arguments hostiles à l’immigration, et particulièrement à l’immigration provenant de pays à majorité islamique, reposent sur deux axes majeurs.

Tout d’abord, nous sommes nombreux à être conscients du fait que notre pays est confronté à un réel problème économique et social qu’une immigration mal gérée n’a fait qu’amplifier. Tant que notre économie est bridée, que les règlementations du travail et les charges sociales pèsent sur l’emploi, l’immigration non qualifiée supplémentaire ne peut qu’aggraver ces tensions parmi les couches populaires et les classes moyennes. Une politique de logement social désastreuse, l’échec de notre modèle scolaire et universitaire, une politique de l’emploi faisant exploser le chômage parmi les populations les moins formées, renforcée par l’assistanat, tout a été fait pour créer des ghettos et généraliser la précarité. Ajoutons à l’ensemble notre histoire mal assumée depuis l’indépendance de l’Algérie, et nous aboutissons au mélange explosif que nous connaissons, né du sentiment de déclassement et d’exclusion des descendants français de parents ou grands-parents algériens. Seule à même d’inverser cette tendance, une politique économique libérale ne semble hélas pas figurer dans les priorités du gouvernement. Pas plus que le rétablissement de l’état de droit dans les cités qu’il a abandonnées.

Mais le débat se tient aussi lieu sur un plan beaucoup plus émotionnel, celui de la culture et de la religion. Les défenseurs de la laïcité « à la française » exploitent divers incidents pour tenter de prouver l’incompatibilité de l’islam, ou tout au moins de certaines pratiques de musulmans comme le port du voile, avec notre modèle républicain. D’autres vont plus loin en évoquant la menace civilisationnelle que représenterait l’islam pour l’Europe « judéo-chrétienne ». Ils oublient sans doute l’époque où l’Andalousie et la Septimanie vivaient sous l’influence directe de la civilisation islamique, à Tolède, à Cordoue mais aussi à Narbonne ou à Ramatuelle (qui viendrait de Rahmat’Allah, « grâce de dieu » en arabe). Ce double assaut contre l’islam et, plus ou moins directement, les français de confession musulmane, ne me semble pas seulement infondé. Il m’apparaît aussi dangereux. En insistant sur ce qui nous divise plutôt que sur ce qui nous unit, il nourrit les peurs par une interprétation fallacieuse de l’islam, et alimente les rancoeurs par la lecture déformée d’incidents réels sortis de leur contexte.

La grande difficulté des années à venir, ce sera de permettre aux Français musulmans de trouver (ou de retrouver) leur fierté sur le plan social, culturel et sur celui de la foi pour les pratiquants, sans céder de terrain aux extrémistes qui surfent actuellement sur leurs difficultés économiques et sociales, intégristes de la laïcité ou de l’islamisme radical. Quoi qu’on pense du hijab ou, plus inquiétant, de la burqa, nous sommes vite entraînés sur un terrain glissant lorsqu’on entreprend l’interdiction de pratiques qui relèvent avant tout de choix personnels. D’un côté, rien ne prescrit la burqa dans l’islam pour prendre cet exemple récent. Mais de l’autre, l’interdiction de cette pratique archaïque (qui me révulse mais que je ne me vois pas plus fondé à interdire que nombre de pratiques qui insultent l’idée que je me fais de la dignité humaine) reviendrait indirectement à stigmatiser leur religion pour un bon nombre de Français musulmans. Pris sur deux fronts, difficile de manœuvrer avec subtilité.
 
Pour commencer, l’islam n’est pas une religion monolithique. Elle se divise essentiellement en trois grandes religions à ce jour : le sunnisme, le chiisme et kharidjisme. Le seul sunnisme s’est développé en une multitude de courants, parmi lesquels quatre grandes écoles se distinguent aujourd’hui : Mâlikite, Hanafite, Chafi’îte et Hanbalite. Dominante en Algérie, au Maroc, en Tunisie et au Sénégal, l’école malikite est la mieux établie en France. Pour autant, on ne peut parler de « communauté islamique » avec 4 à 6 millions de citoyens de confession musulmane vivant en France, pas plus qu’on ne peut parler de communauté juive ou protestante (à moins de déconsidérer la notion d’individualités libres et responsables de leurs actes et de leurs choix pour privilégier une approche holiste). Sa tradition repose sur l’ouverture et l’adaptation aux réalités locales, à l’évolution du monde et à la réflexion personnelle. Cette approche de la foi et de ses pratiques n’est pas plus incompatible avec les lois et les valeurs de la république que la religion catholique.

Certes, les théologiens islamiques contemporains reconnaissent que l’islam est en crise, comme d’autres religions ont pu l’être en d’autres temps. Suite au déclin de l’islam qui a suivi celui de l’empire ottoman, la colonisation puis la décolonisation, les pays à majorité musulmane sont aujourd’hui des régimes autoritaires, souvent corrompus, qui ont largement contribué à l’état déliquescent de l’islam aussi bien pratiqué dans ces pays que par la diaspora dans le monde. En choisissant d’instrumentaliser les mouvements extrémistes religieux sans permettre le renouveau des centres universitaires dignes de ce nom, ils ont privé les musulmans du corps de théologiens et de clercs de bon niveau nécessaire, capables de renouer avec la tradition de la « disputation ». C’est sans doute l’un des grands enjeux de la prochaine décennie. On ne gagnera pas la guerre contre l’islamisme intégriste par la répression mais par la victoire des idées. Le débat est la clef du succès. L’Europe ne doit pas rater cette opportunité de faire émerger sur son sol l’élite religieuse de demain, avec une conscience politique et religieuse moderne, laïque et ouverte aux différentes cultures.

C’est dans ce cadre que les courants islamiques rattraperont leur retard dans l’évolution de leur droit positif propre, et dans les pratiques rituelles préconisées. La jurisprudence islamique prend en compte les hadiths reconnus et discutés, et évolue en fonction des usages locaux et dans leur temps. Il faut savoir que la charia ne se met en place qu’après la dynastie des Omeyyades, lors de l’avènement des Abbassides. Elle n’est donc ni absolue, ni figée. La pratique évolue aussi au gré de la réflexion personnelle. Certes, plusieurs versets sont clairement belliqueux dans le Coran, mais ce n’est pas la seule religion à se fonder sur des écrits dont on peut extraire ce type de passages violents. Et dans le même temps, il existe également un vrai message de paix et de tolérance dans ce même Coran. Bref, nous sommes loin des clichés habituels et des pratiques barbares observées dans des pays eux-mêmes barbares.

Un exemple dans des pratiques encore en cours dans certains pays à dominante islamique : la polygamie. Ce n’est pas l’islam qui créé cette pratique alors courante, mais il choisit de l’encadrer et d’apporter aux femmes des droits alors inconnus, notamment en occident à l’époque : le droit de divorcer, le droit d’accumuler du patrimoine, fruit de leur travail, de dot ou d’héritage, et de le conserver en cas de séparation. Plusieurs autorités religieuses condamneront la polygamie, ainsi que la répudiation, lorsqu’elle apparaîtra contraire aux usages et à la réflexion sur les droits de la femme. Il est du devoir des oulémas correctement formés d’éclairer le clergé islamique des pays en voie de développement pour faire cesser progressivement des pratiques qui n’ont rien de figées (à moins de travailler au FMI) et qui doivent évoluer avec leur temps. Mais rappelons-nous qu’en France, il y a seulement quelques décennies, les femmes ne pouvaient ouvrir un compte bancaire sans l’accord et la signature de leur mari. Les efforts de pédagogie exigent du temps et de la patience.

En réponse aux craintes que fait naitre cette religion auprès de ceux qui ne la connaissent pas bien, ce n’est pas l’islam qui présente une menace en soi, mais ce que les individus en font. L’enjeu pour notre pays, et pour l’Europe plus généralement, c’est de mettre en place les conditions pour que puissent émerger et s’exprimer les cadres de cet islam moderne adapté aux démocraties libérales. La composition du CFCM et son manque de vision, la gouvernance étrange de la grande mosquée de Paris, qui donne un pouvoir important au gouvernement algérien, l’absence de lieux de prière suffisants dignes de ce nom et l’absence d’une véritable université de formation des imams, voilà des carences sur lesquelles la France va devoir se pencher pour ne pas laisser les musulmans sans lieux de culte dignes de ce nom et sans un clergé moderne qui encadre leurs pratiques et les adapte aux lois et coutumes des grandes démocraties laïques.

par Aurelien (son site) samedi 6 mars 2010 - 37 réactions
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  • Par First Us (xxx.xxx.xxx.35) 6 mars 2010 13:10

    Cher Monsieur Aurélien,
    Je pense que vous n’avez rien compris à l’islam qui est un système totalitaire politico-religieux hautement liberticide. Nous devons être islamophobes dans le sens où nous devons avoir peur de l’islam si nous ne voulons pas que nos enfants et nos petits-enfants vivent sous son joug gouvernés par la charia. Vous savez, en principe, je suis musulman. Je dis bien en principe car pour épouser mon aimée, ma douce et tendre Fatima, j’ai été obligé par toutes sortes de pressions morales et physiques de me convertir à l’islam. Sinon, ma bienaimée allait être coupée de sa famille, de ses amies et je ne voulais pas qu’elle souffre. Or, aussi bien mon épouse que moi-même sommes agnostiques. J’ai donc prononcé dans une mosquée une phrase en arabe qui s’appelle "shahadah" et j’ai reçu une attestation de conversion ; pièce qui était nécessaire pour pouvoir me marier aussi, en plus de la commune, au Consulat du Maroc à LIEGE. Et pourquoi ? Parce que ma femme est marocaine, ou du moins paraît comme telle et que lorsque nous allons en vacances au Maroc pour visiter sa famille l’hôtelier qui nous héberge doit VERIFIER que nous sommes bien mariés (notre âge 47 et 57 ans !!!). Et pour avoir cette preuve de mariage rédigée en arabe par le Consulat du Maroc à LIEGE, il fallait que je me convertisse car le Consulat ne peut pas acter un mariage entre une musulmane et un non-musulman. Alors, j’ai proposé de dire au Consulat que ma femme était agnostique. Impossible car toute femme née au Maroc est réputée être musulmane d’office !!! Puis comme je suis retraité, pendant 3 ans, avec mon épouse, pour en avoir le coeur net, nous avons étudié le Coran, les hadiths, la Sunnah, la Sira (biographie de Mohammed), nous nous sommes inscrits à la Mosquée Centrale de Bruxelles a des cours d’arabe et d’islam. Plus nous avons avancé dans ces études, plus nous avons été terrorisés par ce que nous découvrions. Monsieur, je vous en prie, avant d’accuser des gens comme Geert Wilders, par exemple, qui n’est rien d’autre qu’un islamolucide, prenez la peine de vous informer. Je parie que vous n’avez pas lu une seule fois le Coran dans sa totalité.
    Vous rendez-vous compte que pour parler avec vous de l’islam je n’ose même pas indiquer mon vrai nom ?
    Je serais très heureux si vous me répondiez.
    Merci d’avance.

  • Par MCM (xxx.xxx.xxx.230) 6 mars 2010 11:37

    Encore un petit spot de publicité pour l’islam ? C’est vrai que vu la qualité du produit, ça ne sera pas de trop pour gonfler les ventes.

    Comme pour toute pub gommer les traits négatifs : La polygamie ? Ce n’est pas l’islam ! La violence sectaire ? Non plus ! Le retard chronique ? Non plus !

    Et surtout occulter la miteuse réalité pratique en proposant le brillant avenir théorique d’un islam virtuel.

    Commentons un seul exemple parmi les milliers qui se ressemblent : Le peuple suisse demande aux musulmans suisses de se passer de minarets. D’un simple vote démocratique fait dans une nation souveraine, on arrive aux ministres de 17 pays membres de la ligue arabe qui signent une déclaration contre cette nation !

    Il est où l’islam de paix de la pub mensongère, celui dont les modérés seraient majoritaires et les extrémistes rares ?

    Un vote démocratique et 17 nations musulmanes passent aux menaces tandis que des ministres européens rampent à plat-ventre !

    Il ira jusqu’où ce sketch ? Jusqu’à des morts et des ambassades incendiées ou mises à sac comme pour les caricatures ?

    Voici la réalité que ce spot de publicité occulte, l’islam n’est pas une solution de demain mais un problème d’aujourd’hui.

  • Par FALCO (xxx.xxx.xxx.126) 6 mars 2010 10:47
    FALCO

    Et on jette la civilisation Gréco-romaine par dessus bord.
    La pensée Grecque et le droit Romain au profit d’un dogme archaïque qui partout ou il est implanté démontre par les faits sa nature.

    La laicité n’est pas la panacée. Elle est instrumentalisée. C’est en son nom que l’islam se développe.
    La laicité "à la Turque" est islamique. Tout un symbole.

    turquie-la-situation-des-chretiens-dans-la-turquie-dite-laique

  • Par Christian Navis (xxx.xxx.xxx.225) 6 mars 2010 12:57
    Christian Navis

    Aurélien, pour ce qui est du fantasme de l’Andalousie des 3 cultures, tolérante et idyllique, véritable piège à gogos de l’acculturation historique, si vous n’avez pas le temps de lire les ouvrages critiques écrits sur le sujet, je vous renvoie en toute immodestie à un de mes articles régulièrement repris sur divers sites depuis plus de 3 ans :
    http://www.an1000.org/forum/780_0-la-tolerance-dans-l-espagne-musulmane.html

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