Le droit à l’erreur doit certes être
reconnu : « Errare humanum est », dit un proverbe latin, se
tromper est humain. Mais il ne faut pas en abuser : « Perseverare,
diabolicum », ajoute le même proverbe, persévérer dans l’erreur est
diabolique. M. Louis Schweitzer offre aujourd’hui une illustration qui laisse pantois, de cette
persévérance dans l’erreur sans que sa carrière en pâtisse.
Il existe ainsi des insubmersibles dont on aimerait connaître les recettes.
La charité bien ordonnée de la HALDE de M. Schweitzer
Un rapport de la Cour des comptes révélé par Bakchich, le 23 juillet 2010, et repris ces jours-ci par Marianne le 3 septembre 2010, est accablant pour M. Schweitzer, président de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité, la HALDE, depuis sa création en 2004 jusqu’à son remplacement par Mme Bougrab en avril 2010. Il y est question de dépenses somptueuses.
1- Charité bien ordonnée commençant pas soi-même, cette institution chargée de lutter contre les discriminations a veillé à ne pas en souffrir elle-même en matière de logement : elle prend ses aises dans un siège de 2.304 m2, 11 rue Saint-Georges dans le 9ème arrondissement de Paris pour un modique loyer annuel de 1.831.952 euros en 2009, à un prix du mètre carré qui serait plus de deux fois supérieur à celui du quartier (795 euros le m2 contre 308 dans le voisinage), soit près d’1/6ème du budget de la HALDE.
2- Les frais de communication sont au diapason de ce goût de luxe, 6,2 millions d’euros en 4 ans, entre 2005 et 2009. C’était pour se faire connaître, explique M. Schweitzer (3) ! Nul doute que ce soit aujourd’hui réussi ! Une pareille fortune ne passe pas inaperçue.
3- La Cour des comptes a aussi remarqué deux autres anomalies : ces dépenses de communication auraient particulièrement bénéficié à une association « Civisme et Démocratie » et aux agences de publicité Publicis et TBWA sans véritable appel d’offre préalable. Et dans le même esprit, sur les onze membres du collège directeur, trois seulement auraient, immédiatement après leur nomination, respecté l’obligation d’établir "une déclaration d’intérêts" qui tend à prévenir les conflits d’intérêts entre leur nouvelle fonction et leurs activités précédentes et/ou extérieures.
Il est encore question dans le rapport d’ « absence de contrôle », de « marchés à la limite de la légalité », d’ « opacité dans les opérations financières ».
Prévenu puis condamné dans « l’affaire des écoutes téléphoniques de l’Élysée »
Or, M. Louis Schweitzer n’est pas un inconnu ni un bleu. Avant de diriger entre 1992 et 2005 l’entreprise d’automobiles Renault qui a été privatisée sous sa direction, cet inspecteur des finances a été le directeur de cabinet attitré de M. Laurent Fabius dans ses diverses fonctions de ministre et de Premier ministre pendant cinq ans de 1981 à 1986. C’est pour avoir occupé ce poste qu’il a dû rendre des comptes dans « l’affaire des écoutes téléphoniques de l’Élysée ». Il fait partie des sept hauts responsables condamnés par un arrêt de la Cour d’appel de Paris le 13 mars 2007, confirmé par la Cour de Cassation le 30 septembre 2008, en des termes si sévères qu’ils méritent d’être rappelés.
Le portrait moral hideux des condamnés dressé par la Cour d’appel
Les sept prévenus croyaient pourvoir se défendre en prétendant avoir agi sur ordre à l’occasion de leur fonction : astreints au devoir d’obéissance comme tout fonctionnaire, ils rejetaient sur le président de la République, François Mitterrand, toute la responsabilité des écoutes illégales. Ils n’avaient fait que leur devoir ! C’était donc à l’État d’indemniser les victimes des écoutes illégales. L’arrêt de la Cour d’appel, confirmé par la Cour de Cassation, ne l’a pas entendu de cette oreille et les a personnellement rendu responsables : « L’autorité légitime arguée par les prévenus, lit-on, pour permettre la qualification des délits qu’ils ont commis en faute de service ne peut être reconnue en faveur d’un officier supérieur de la Gendarmerie et de hauts fonctionnaires dès lors qu’aucune disposition légale ne leur imposait une obéissance inconditionnelle à des ordres manifestement illégaux (…) du président de la République. (…) Ces délits d’une extrême gravité jettent le discrédit sur l’ensemble de la fonction publique civile et militaire, affaiblissant l’autorité de l’Etat dans l’opinion publique, n’excluant nullement la satisfaction de leurs intérêts personnels, telle la garantie d’une évolution intéressante de leur carrière ou la conservation d’avantages à raison de leur proximité avec les plus hautes autorités de l’Etat, outre leur volonté d’éviter la divulgation d’agissements peu glorieux. » (2)
Tel est le portrait moral hideux qu’implacable dresse des condamnés la Cour d’appel. Or, M. Schweitzer en fait partie. C’est pourtant lui qui a été choisi pour être le premier président de la HALDE. Était-il vraiment l’homme idoine qu’il fallait à ce poste ? Sans doute en 2004, était-il encore présumé innocent. Mais après le 30 septembre 2008, sa condamnation devenue définitive n’a nullement contrarié sa carrière prospère à la HALDE. Dans une interview qu’il vient de donner au Figaro, M. Schweitzer se défend en soutenant qu’en fait, « on veut fragiliser la HALDE » (3) . N’était-ce pas plutôt sa nomination à sa tête qui constituait d’entrée une entreprise de discrédit ?
On s’interroge sur cette virtuosité de certains hauts fonctionnaires qu’on ne voit nullement souffrir des fautes qu’ils peuvent avoir commises à l’occasion de leurs fonctions. Comment l’expliquer sans supposer l’existence de puissants réseaux cyniques qui les protègent contre vents et marées ? La mise en cause de M. Schweitzer dans le procès des écoutes téléphoniques de l’Élysée ne pouvait être ignorée en 2004. Était-il judicieux pour asseoir l’autorité de cette nouvelle institution de nommer à sa tête un prévenu, certes présumé innocent, mais qui pouvait être condamné ? Sans doute n’y croyait-on pas. L’affaire traînait en justice depuis si longtemps, depuis 1993. Un sentiment délétère d’impunité pouvait prévaloir. Et nul doute que sans la détermination et le courage de certaines victimes comme le lieutenant-colonel Jean-Michel Beau qui ont contraint les magistrats à agir, la procédure se serait pour finir enlisée (4). Mais qu’importe la condamnation ! Qu’il soit midi ou minuit, il est verni, Monsieur Schweitzer ! Paul Villach
(1) Anaëlle Verzaux, Gari John, « La Cour des comptes dit Halde là ! », Bakchich info, 23 juillet 2010,
(2) Paul Villach, « Les écoutes téléphoniques de l’Élysée : « une faute personnelle » de fonctionnaires dévoyés, confirme définitivement la Cour de cassation », AgoraVox, 1er octobre 2008.
(3) « Louis schweitzer : on veut fragiliser la Halde », Le Figaro, 6 septembre 2010.
(4) Jean-Michel Beau, « L’affaire des Irlandais de Vincennes, l’honneur d’un gendarmes, 1982-2008 », Éditions Fayard, 2008.
Paul Villach , « Une dignité cher payée : « L’affaire des Irlandais de Vincennes - 1982-2007 - ou l’honneur d’un gendarme » un livre signé Jean-Michel Beau paru aux Édition Fayard », Agoravox, 18 mars 2008.
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Les réactions les plus appréciées
Par Lisa SION 2(---.---.---.127)9 septembre 2010 11:23
Bonjour Paul,
cela s’appelle le syndrome de la crozemarisation de la socièté, et l’Etat n’en est pas loin puisqu’il frise les 60 % de frais de fonctionnement. Voulez que j’vous dise, c’est ab-so-lu-ment dé-gou-tant comme dirait Zoé Sheppard : http://societe.fluctuat.net/zoe-she...
Un artile là dessus serait dans le prolongement de celui-ci. Merci. L.S.
Deux poids deux mesures. Une justice des tas d’applications différentes (quand elle est appliquée). On est revenu au temps du moyen âge avec des seigneurs (ou saigneurs) et des serfs.
L’actuelle présidente de la Halde, Jeannette Bougrab, est pas mal dans le genre :
"Elle est nommée, par décret présidentiel du 21 janvier 2010, présidente du conseil d’administration de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSE).
Le 23 mars 2010, elle est pressentie par la présidence de la République pour devenir présidente de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE). Elle est nommée officiellement le 16 avril suivant."
Des budgets annuels de 11,9 millions d’euros pour la Halde et de 467,02 M€ pour l’ACSE, forcément ça se gère à mi-temps pour des salaires de 6 135,32 euros net par mois, car il faut rester raisonnable.
Ces gens là sont des acharnés du travail : « À son arrivée à la tête de l’UMP, Nicolas Sarkozy lui (Jeannette Bougrab) confie le secrétariat national des nouvelles adhésions, aux côtés d’Yves Jégo. Elle est aussi membre du conseil d’administration de l’Institut du monde arabe et du Conseil d’analyse de la société. » Attention ce n’est pas du « piston » pour cumuler des emplois en « n-temps », mais juste une vocation évidente à servir la collectivité, un dévouement avéré pour l’intérêt général.
P. Villach, vous êtes dur avec ces serviteurs du peuple : n’ont-ils pas à droit à l’erreur, même juridiquement constatée, au regard de tout le travail qu’ils fournissent dans le seul et unique but de faire progresser la société ?
Par Lisa SION 2(---.---.---.127)9 septembre 2010 11:23
Bonjour Paul,
cela s’appelle le syndrome de la crozemarisation de la socièté, et l’Etat n’en est pas loin puisqu’il frise les 60 % de frais de fonctionnement. Voulez que j’vous dise, c’est ab-so-lu-ment dé-gou-tant comme dirait Zoé Sheppard : http://societe.fluctuat.net/zoe-she...
Un artile là dessus serait dans le prolongement de celui-ci. Merci. L.S.
Deux poids deux mesures. Une justice des tas d’applications différentes (quand elle est appliquée). On est revenu au temps du moyen âge avec des seigneurs (ou saigneurs) et des serfs.
Par Paul Villach(---.---.---.38)9 septembre 2010 12:29
@ cti41
Ce qui choque, c’est que ces personnalités peuvent bien avoir été condamnées, ça ne change rien. Elles continuent à occuper des places de responsabilité publique ! Paul Villach
L’actuelle présidente de la Halde, Jeannette Bougrab, est pas mal dans le genre :
"Elle est nommée, par décret présidentiel du 21 janvier 2010, présidente du conseil d’administration de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSE).
Le 23 mars 2010, elle est pressentie par la présidence de la République pour devenir présidente de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE). Elle est nommée officiellement le 16 avril suivant."
Des budgets annuels de 11,9 millions d’euros pour la Halde et de 467,02 M€ pour l’ACSE, forcément ça se gère à mi-temps pour des salaires de 6 135,32 euros net par mois, car il faut rester raisonnable.
Ces gens là sont des acharnés du travail : « À son arrivée à la tête de l’UMP, Nicolas Sarkozy lui (Jeannette Bougrab) confie le secrétariat national des nouvelles adhésions, aux côtés d’Yves Jégo. Elle est aussi membre du conseil d’administration de l’Institut du monde arabe et du Conseil d’analyse de la société. » Attention ce n’est pas du « piston » pour cumuler des emplois en « n-temps », mais juste une vocation évidente à servir la collectivité, un dévouement avéré pour l’intérêt général.
P. Villach, vous êtes dur avec ces serviteurs du peuple : n’ont-ils pas à droit à l’erreur, même juridiquement constatée, au regard de tout le travail qu’ils fournissent dans le seul et unique but de faire progresser la société ?
Par Paul Villach(---.---.---.38)9 septembre 2010 13:58
@ Alpaco
Pardonnez ma dureté. Mon titre « Il est verni , M. Shweitzer », vous l’aurez remarqué, est une intericonicité ! À minuit, le bon docteur de Lambaréné travaillait encore.
Nul doute que son homonyme et sa successeur soient des bourreaux de travail qui n’ont au coeur que le souci de la collectivité. Voyez d’ailleurs à cet égard le portrait cruel des condamnés dressé par la cour d’appel de Paris, que je cite : rien que des bons apôtres ! Paul Villach
Par docdory(---.---.---.30)10 septembre 2010 00:12
Cher Paul Villach
On doit se pincer pour vérifier que l’on n’est pas dans un cauchemar !!!
Louis Schweitzer , non seulement, malgré ses antécédents , a gravement gaspillé l’argent du contribuable lorsqu’il a été à la tête de la HALDE, mais en plus , cette organisation, sous sa direction, a amplement fait la preuve de son inutilité, et même de sa nocivité :