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Il était une fois... Bunker Hill à Bagdad

Chaque régime a son architecture et son bâtiment représentatif. Mitterrand et ses "grands travaux", Napoléon et son arc de Triomphe (ce devait être un éléphant !), Saddam Hussein et sa grande mosquée interrompue, Hassan II et la plus grande mosquée du monde, Félix Houphouët-Boigny et sa basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussokro (une réplique du Vatican !), on prête même à notre président actuel des vélléités du même type, du côté de la Défense (Neuilly étant déjà bien saccagé). Pour son grand ami W. Bush, c’est un peu pareil, à part que ça ne se passe pas sur le territoire américain. Mais à Bagdad.

Bon, les Américains ne vont pas rester éternellement en Irak. Euh, quoi que... Bon , imaginons qu’il partent un jour, en laissant derrière eux... désolation, pays ingérable... et un bâtiment extraordinaire : leur ambassade. Un monstre. Aussi étendu que le vatican, 42 hectares soit 80 stades de foot, ou six fois la superficie du quartier général des Nations unies à New York. Construite par des Koweitiens (900 travailleurs) de la Kuwaiti General Trading & Contracting (FKTC), dirigée par Wadi al Absi, un chrétien maronite libanais, qui a eu recours à toute sorte de main d’œuvre travaillant 12 heures par jour pourvu qu’elle ne soit pas irakienne (des Philippins !). Travaillant le nez dans le formaldéhyde, les charpentiers s’étant aperçus que tous les planchers à poser provenaient de lots retirés de la vente aux Etats-Unis. Pour un coût total de 592 millions de dollars (et même 736 millions au final !), à l’origine c’était même le double qui était prévu, ce que le Congrès à trouvé un tant soit peu salé. D’autant plus que nos sbires avaient été au départ recrutés par KBR (Kellogg, Brown & Root), une filiale du groupe Halliburton. Oui, la société où siège Dick Cheney, le vice-président américain. KBR a de jolies casseroles derrière elle, comme le remboursement de 400 millions de dollars au gouvernement américain, pour avoir récruté des milices privées, les fameuses Blackwater, ceux dont deux membres avaient été lynchés à Faludja par les Irakiens déchaînés. Une société capable d’expliquer froidement à une fille que son père avait été tué par une bombe au bord de la rue... alors que le pauvre homme, employé de KBR, avait proprement et simplement été descendu d’une rafale de mitraillette par un soldat américain à la gâchette trop facile. Une firme qui s’en fiche pas mal, de l’état de santé des soldats qu’elle approvisionne : en janvier 2006, les marines découvrent que l’eau qu"ils doivent boire, fournie par KBR, est deux fois plus contaminée que celle de l’Euphrate (bonjour la santé des Irakiens au passage !).

Le bâtiment fait furieusement penser à une autre forteresse, celle du palais de Ceauscescu à Bucarest. Même folie des grandeurs (Ceaucescu avait rasé l’équivalent de trois arrondissements de Paris, soient 520 hectares pour construire sa folie bétonnière). Le palais de Ceaucescu, c’est en réalité le deuxième plus grand batiment du monde après le pentagone : 45 000 m2 de surface au sol, 400 000 m2 habitable, 100 m de haut et 5 100 pièces avec des salles hautes parfois de 20 mètres, l’ambassade américaine se tient bien pour battre ce phénomène architectural. Les dictatures ont toujours fait dans le grandiose (W. Bush est donc un dictateur ?). Pour l’embassade américaine, on a mis le paquet sur la sécurité : toutes les chambres résistent à une attaque au bazooka ou au mortier (bien improbable, faudrait déjà réussir à s’en approcher). Du costaud... sauf que les Américains, qui veulent toujours en faire trop, ont oublié une chose : les plans du bâtiment "top secret", tout le monde les connaît aujourd’hui. Le cabinet d’architecture américain à l’oigine du projet à cru bien faire pour sa propre publicité en divulgant sur internet l’ensemble des plans du complexe, soit 21 bâtiments au total pour 619 chambres. Et au milieu : la cafeteria... qui aura coûté 28 millions de dollars à elle seule (pourquoi, on ne sait pas, les fauteuils ne sont pas tissés de fil d’or pourtant). A part la renforcer pour éviter les bombardements au mortier, ce qui semble bien avoir été le cas... ses murs font 5 m d’épaisseur. On va siroter sa Bush Beer au calme, à l’ambassade, pour sûr. Comme le disait un responsable américain "Security is the ’n° 1 factor that impedes progress’, said Stuart Bowen, the special inspector general for Iraq reconstruction". Euh... Raté, les murs sont bien épais, mais on sait où l’on doit viser. L’ambassade qui devait ouvrir en juillet dernier est toujours en cours de finition en novembre dernier. Enfin tout n’est pas noir : de tous les projets américains en Irak, c’est le seul qui a avancé et se tient à peu près dans le temps ou dans le budget. Son électricité ne sera pas fournie par le réseau de la capitale : celle-ci marche une heure par jour au bas mot, malgré "tous les efforts" de... Karlyle. L’ambassade a résolu le problème toute seule : elle possède sa propre centrale électrique ! Et là, comme par enchantement, ce sera du 24 heures sur 24. Vérité en deça des Pyrénées...

Au pire, il faudra bien y vivre, comme le remarque un ancien diplomate américain : "What kind of embassy is it when everybody lives inside and it’s blast-proof, and people are running around with helmets and crouching behind sandbags ?" Euh... les godillots sur la moquette, le M-16 en bandoulière dans l’ascenseur, les sacs de sable à la réception... drôle d’ambiance à l’ambassade ! Ce n’est pas là que l’ambassadeur de Belgique en France (viré depuis) pourra faire venir ses disc-jockeys favoris du tout-Paris ! Certains ont tout prévu, au cas où "A fortress-style embassy, with a huge staff, will remain in Baghdad until helicopters come to airlift the last man and woman from the roof," affirme un expert, Toby Dodge, ajoutant de penser à "Include a large roof". Au cas où... le syndrome de l’évacuation en urgence de Saïgon reviendrait... On ne sait jamais ! Ah oui, j’oubliais un détail : un palais pareil requiert un ambassadeur hors normes. Obligatoirement. C’est le cas avec John D. Negroponte, "un voyou pour toutes les occasions" qui a laissé un certain souvenir au Honduras.. Il est vrai qu’on imaginait difficilement pareil château habité par un jeune godelurot avec un costume de schpountz. On n’est pas chez Disney, là.

La dernière à propos de l’ambassade : on se raconte qu’au temps de la guerre froide, les Russes se vantaient d’avoir fabriqué le plus gros mini-processeur au monde, racontent des journalistes américains facétieux, qui espérent qu’on ne dira pas la même chose, dans un autre registre, dans quelques années, de leur ambassade en Irak.

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par morice jeudi 6 décembre 2007 - 29 réactions
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  • Par Philou017 (xxx.xxx.xxx.234) 7 décembre 2007 02:41
    Philou017

    Morice, c’est vrai que je trouve très curieux de construire une forteresse en Irak. Pourquoi ?

    On pourrait penser que les Américains pourraient être obligés de partir (par exemple si les démocrates arrivent au pouvoir). Or, si ils construisent un bâtiment comme celui-ci, c’est qu’ils n’envisagent pas de partir. Ils vont rester, et dans un environnement qu’ils prévoient hostile.

    Sans doute ont-ils pensé à une guerre contre l’Iran, qui ferait que l’ambassade serait la première cible des obus. En tout cas, le message est clair : quand on construit une forteresse, on ne prevoit pas la paix, sinon pourquoi le faire. Est-ce que les gens qui construisaient des châteaux forts le faisaient juste au cas où ?

    Cela voudrait dire que l’Irak restera un pays en guerre. Du moins, "ils" le supposent...

    Ce genre de construction en dit peut-être plus sur ce qu’"ils" pensent que n’importe quel discours ou analyse.

    Je me demande s’il y a eu des précédents historiques de "libérateurs" construisant une forteresse dans le pays qu’ils viennent démocratiser. A creuser..

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