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Instrumentalisés

La communication de l’Elysée nous prend en otages, spectateurs obligés d’un show permanent. Nous pouvons au moins essayer d’en analyser les ressorts.

Ce qui est terrible avec la communication élyséenne c’est cette impression d’être roulés dans la farine en permanence ; cette « mise devant le fait accompli du parlez-en » récurrente.

A ce titre l’épisode tragi-comique de la visite de Kadhafi avait eu le mérite de ramener Nicolas Sarkozy au rang d’amateur, tant le caractère imprévisible et la communication surréaliste du Guide libyen avaient mis la barre à un niveau inatteignable pour notre président. Il avait trouvé son maître ès mise en scène et surexposition médiatique ; c’est le risque lorsqu’on trouve moins inhibé que soi.

Le dernier épisode du tam tam présidentiel est donc celui de la liaison (on ne sait trop comment l’appeler) entre « l’ex-top modèle néo-chanteuse en vogue » Carla Bruni et l’ex-mari de Cécilia. Encore une fois impossible d’y échapper : fuite dans L’Express (avec caution de Christophe Barbier, le directeur de la rédaction, un ami de Carla Bruni, comme il l’a expliqué sur France Info, en ajoutant : « A cette occasion, elle a confirmé la relation et elle m’a signalé que la publicité faite autour de cette histoire ne la gênait pas à partir du moment où maintenant ça allait être une aventure, une histoire d’amour publique »), publication de photos annoncée dans Point de vue (comme c’est bizarre, le titre appartient au même groupe que L’Express), Paris Match et Closer, reprise instantanée dans tous les médias et blogging effréné sur la toile.

On pourrait faire semblant de ne pas voir ou de ne pas savoir, on pourrait refuser de participer à la grande orchestration du conte de Noël (est-ce un hasard s’ils ont rendu leur aventure publique à Disneyland, pays féérique où tout est positif ? Bon, OK dans le style « je sors ma copine le samedi soir » il y a mieux, mais au moins tout le monde connaît) ; ce choix est respectable. Mais il nous semble plus intéressant de démonter les mécanismes à l’œuvre et d’analyser l’information en tant que telle, avec ses conséquences éventuelles et ce qu’elle révèle du personnage. En effet Sarkozy est toujours l’homme du lendemain (l’action), il faut sans cesse entretenir le mouvement sous peine de tomber, l’arrêt c’est la mort. En ce sens notre président est toujours celui qui fait événement, et cet événement à défaut d’avoir toujours un sens a un objectif.

Mise en scène

Tout d’abord il est clair que Nicolas Sarkozy a choisi l’heure et le lieu pour dévoiler cette liaison : à peine deux mois après son divorce, et immédiatement après le départ (enfin il est rentré dans sa tente !) de Kadhafi. On ne se promène pas à Disneyland dix jours avant Noël avec une top modèle archiconnue lorsqu’on est président si on ne veut pas que ça se sache ! N. Sarkozy voulait donc que ça se voie - comme les Rolex à son poignet, il faut que ça brille, que ça fasse impression sur nos rétines et dans nos esprits. La bonne question est donc pourquoi le faire savoir ?

On peut tenter deux réponses : la première pour passer à autre chose, pour alimenter la formidable saga de sa présidence et faire oublier rapidement l’épisode de l’amitié calamiteuse du tortionnaire des infirmières bulgares, la seconde pour montrer que le « winner » est de retour. Cécilia est partie, pas de problème, j’assure, je le vaux bien, je me retrouve au bras d’une des plus belles femmes du monde. Et les gars vous êtes jaloux ? Normal, je suis le président. Et puis si elle part, ah, ah, pas de problème, il y en aura une autre (Laurence Ferrari ?). J’ai du pouvoir, je séduis, je réussis, avec moi vous êtes en de bonnes mains, ma gloire et mon aura vont rejaillir sur vous. Alors les gars pas besoin de faire la tête.

Si dans cette histoire on ne connaît pas la réalité des sentiments entre les deux tourtereaux, la publicité fait partie de la relation réelle ou feinte, elle en est un ingrédient indispensable, peut-être même la raison principale.

Sincérité

En effet une autre question qui vient à l’esprit après celle de la mise en scène est celle de la sincérité : ce qu’on nous donne à voir est-il vrai ? Sont-ils vraiment amoureux ? Peut-on et doit-on y croire ? Je vois d’ici les défenseurs du président s’élever contre de telles suspicions : procès d’intention, procès d’intention, procès d’intention ! Ce à quoi je réponds : que nenni. Vous vous rappelez la belle saga de Cécilia qui rentre au bercail, la si jolie famille recomposée en Prada lors de l’investiture, les gestes tendres, « viens que je t’embrasse »... eh bien oui, tout cela était toc, pas de la haute couture, tout cela a fait « pschiitt » comme dirait Jacques Chirac, une belle histoire, de belles photos, mais une fiction. Une fois Cécilia partie on se rend bien compte que tout cela relevait d’une stratégie d’image.

Alors peut-être que Carla Bruni et Nicolas Sarkozy sont réellement ensemble, mais on peut tout aussi bien penser qu’ils ne le sont pas. Et finalement ça ne change pas grand-chose car dans les deux cas d’ailleurs la belle franco-italienne est un choix pertinent en matière de communication et de standing.

Conséquences

Maintenant où tout cela nous mène-t-il ? A l’évidence dans la presse people - autrefois baptisée presse trash, ou presse de caniveau, mais bon un président dans la presse de caniveau c’est pas top (model), alors on dit people. C’est là désormais qu’on peut prendre des nouvelles de notre dirigeant. Mais à vrai dire cela n’est pas une surprise : un président showbiz se doit d’être dans la presse showbiz, de sortir avec des célébrités et bientôt sans doute de se montrer dans des émissions de variétés. Mais contrairement à ce qu’on essaye de nous faire croire il n’y a là aucun caractère inéluctable, c’est bien un choix de Nicolas Sarkozy (quand il ne veut pas que certaines informations sortent dans la presse, il semblerait qu’il sache actionner les bons leviers pour qu’elles ne paraissent pas).

Le problème fondamental que cela pose est celui de la crédibilité de la parole présidentielle ; à force de tout mettre en scène on ne croit plus grand-chose, on doute de tout - on n’a rien donné pour la libération des infirmières, les 10 milliards de contrat, Kouchner est ministre - , même des choses qui pourraient être vraies. Il va être de plus en plus difficile de parler « sincèrement » aux Français, et ce quel que soit le sujet. Quand Nicolas Sarkozy ou le gouvernement voudront aborder des sujets réellement importants, cela ne sera pas neutre dans la perception que nous en aurons...

D’autres s’intéressent déjà au rôle de Carla Bruni : sera-t-elle une première dame ? Assistera-t-elle aux réceptions élyséennes ? Habillée par qui ? A dire vrai cela n’a pas beaucoup d’importance car on est prêt à faire le pari de la brièveté de cette relation.

Quid de l’image des politiques ? Certains nous diront que c’est génial un président décomplexé, direct, si transparent. On répondra que pour la transparence on repassera car tout ici est calculé, pesé, et que l’autorité et la responsabilité s’accommodent mal d’un excès de proximité. De toute façon l’idée est bien d’alimenter un feuilleton permanent, une machine dévoreuse d’images et de symboles. Pendant ce temps nous continuons à nous débattre dans l’immense essoreuse communicante qui nous aveugle. Pendant ce temps les vrais problèmes ne sont pas traités par la presse, mais à nous d’être vigilants et de parler sans relâche de la croissance si molle, du pouvoir d’achat qui est surtout de l’espoir d’achat en cette période, de la politique absurde de l’immigration, de la réforme, la vraie, des retraites à venir, de la timide politique de l’université, de l’Europe entre deux eaux.

On pensera enfin à Louis, le fils de Nicolas Sarkozy et de Cécilia ; il avait été mis en avant lors de l’investiture de son père comme candidat de l’UMP, mis en avant lors de la cérémonie de l’Elysée. Aujourd’hui, en simple petit garçon, il doit se demander à quoi rime tout ce bruit.

par Chem ASSAYAG mardi 18 décembre 2007 - 40 réactions
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  • Par Vilain petit canard (xxx.xxx.xxx.250) 18 décembre 2007 11:25
    Vilain petit canard

    lerma, on dirait que votre seul argument, c’est : weeuuuu c’est pire ailleurs, alors taisez-vous. On parle de Khadafi, vous sortez Bouteflika, on parle de Sarkozy, vous dégainez Ségolène Royal, et ainsi de suite. Vous voyez du TSS partout, mais croyez-moi, votre idole Nicolas sait très bien se ridiculiser lui-même, pas la peine d’installer un complot.

    Allez donc habiter à Monaco, vous serez à votre aise là-bas.

  • Par Redj (xxx.xxx.xxx.129) 18 décembre 2007 10:10
    Redj

    Quand un pouvoir en arrive à truster la une des journaux par tous les moyens, à mettre en scène un "conte de fées" juste après l’épisode Kadhafi, c’est qu’il ne mène pas une politique de fond, mais une politique d’écran de fumée.

    Nicolas Sarkozy prend son rôle de président pour celui du vainqueur de la Star Academy. C’est pitoyable.

  • Par superesistant (xxx.xxx.xxx.1) 18 décembre 2007 11:59
    superesistant

    le problème, c’est que le français moyen ( pardonnez moi l’expression ) ne cherche pas à analyser la com de not présipauté, il se limite à regarder les JTs de 20h, ce que je n’ai pas fait depuis longtemps... et mange ce qu’on lui donne. Alors si hier soir on avait déjà mis de coté toutes les controverses type sans abris, expulsions, TCE, Lybie etc... le message était : a y est on a une nouvelle première dame, au prochain G8 ils vont tous baver sur la belle Carla, not président il assure grave...

    pour le reste merci de déprimer en début d’année, avec l’augmentation de 6% de GDF par exemple... smiley

  • Par ZEN (xxx.xxx.xxx.144) 18 décembre 2007 18:41
    ZEN

    Bonne analyse

    Il s’agit, comme on dit à la Maison Blanche , de "contrôler l’agenda", de ne pas laisser d’initiative à la presse,

    Méthode des "storytelling",inspirée de la pratique étasunienne... Comme dit Evan Cornog, professeur de journalisme à l’université Columbia, « la clé du leadership américain est, dans une grande mesure, le storytelling ». Reagan affirmait : « Vos vies nous rappellent qu’une de nos plus anciennes expressions reste toujours aussi nouvelle : tout est possible en Amérique si nous avons la foi, la volonté et le cœur. L’histoire nous demande à nouveau d’être une force au service du bien sur cette planète. » Bush fait souvent allusion à la « great american story », celle qui fonde toutes les autres. Tout peut donc devenir histoire. L’ important n’est pas de comprendre ce qui se passe, mais d’adhérer aux histoires fabriquées sur ce qui se passe. Selon Nahum Gershon, chercheur chez Mitre, « le cerveau humain a une capacité prodigieuse de synthèse multisensorielle de l’information quand celle-ci lui est présentée sous une forme narrative ».

    Donc, la narration, c’est l’information. Toute bonne information doit être une bonne histoire. Il s’agit de séduire, non d’informer. C’est la défaite de l’intelligence dans le domaine de la politique, celui où l’analyse et la clairvoyance s’imposent plus que dans d’autres, car notre destin y est en jeu. Edward Bernays (Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie), ancien conseiller en communication d’entreprise, constatait dès 1928 que les classes dominantes sont obligées de trouver des formes nouvelles de persuasion afin d’influencer l’opinion. Guy Hermet (L’Hiver de la démocratie ou le nouveau régime) évoque une censure intériorisée par ce type nouveau de conditionnement, qui garantit une pensée de plus en plus contrôlée...

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