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Israël-Palestine, la stratégie du pire

Une histoire de coudes, cailloux, genoux et hiboux...

Une superbe photo de Lionel Préau, tirée d’un reportage "Manifestation contre le Mur en Palestine" et illustre très bien cette notion d’ennemis d’hier- amis aujourd’hui , tout en laissant poindre en filigrane que des amis d’hier sont aussi devenus par la force de choses, des ennemis d’aujourd’hui. Tel est le constat de ce triste paradoxe qui rythme la vie en Israël et dans les territoires palestiniens occupés.

Le Hamas a toujours été peu enclin au dialogue avec ses interlocuteurs obligés. Qu’ils soient israéliens ou palestiniens. Mais comme l’explique dans son dernier rapport Alvaro de Soto, le coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au Proche-Orient, L’Etat hébreu non plus !

Cependant, et paradoxalement, c’est sur le plan politique plus que par ses actions de résistance militaire sur le terrain que le Hamas a brillé. Israël et la communauté internationale lui ont, à maintes reprises, offert l’occasion de le faire en discréditant un à un, tous les autres interlocuteurs et représentants palestiniens.

Bien joué !

Reprochera-t-on au Hamas d’avoir, dans ces conditions, saisi une opportunité inespérée de se poser en ultime recours ?

En effet, la guerre ou guérilla que le Hamas a menée depuis des années contre les colonies juives à Gaza a fini par porter ses fruits. Elle a plus joué un rôle de déstabilisation psychologique qu’elle n’a permis de gagner le moindre centimètre de territoire.

Les électeurs palestiniens en étaient conscients en portant le Hamas au pouvoir. Ils savaient pertinemment qu’il ne leur apporterait rien de plus aujourd’hui sur le terrain militaire que n’avait pu le faire le Fatah d’Arafat.

Et pourtant, le 25 janvier 2006, des élections démocratiques et sans irrégularités ont donné à ce même Hamas une victoire sans appel. Le scrutin qui s’est déroulé en Palestine sous occupation étrangère est incontestable.
Cependant, la première question qui vient à l’esprit d’un démocrate, c’est : alors pourquoi diable, porter ce Hamas jugé "belliqueux" par les Israéliens et surtout par la frange modérée des Palestiniens, au pouvoir ?

Ce vote montre que les Palestiniens ont plus rejeté (et massivement !) la politique de l’autorité palestinienne et du Fatah, que souhaitait un surplus de violence ou d’attentats terroristes.

L’état d’esprit de la population palestinienne au moment de ces élections était en effet plus au ras le bol généralisé, qu’un chèque en blanc pour un surplus de violences. Le Hamas a bien compris le message et sa position s’est mise à évoluer aussi bien sur le plan militaire que politiquement.

On a ainsi pu noter, jusqu’à l’incident de l’enlèvement du militaire israélien Gilad Shalit, en juin 2006 et la violence qui s’en est suivie avec la riposte israélienne disproportionnée (et totalement incompréhensible) au Liban, une suspension des actions militaires, une diminution de la violence sur le terrain et fait inédit : un changement de cap politique. Il se murmurait même dans les chancelleries arabes que les dignitaires du Hamas étaient désormais "mûrs" pour le dialogue et commençaient à envisager la reconnaissance explicite et officielle de l’Etat d’Israël.

D’ailleurs, jusqu’à une date récente, le Hamas demandait encore un échange de prisonniers toujours refusé, et depuis le début par Israël au motif que le Hamas souhaitait sa destruction, (ce qu’Israël lui rend bien), et que ce même Hamas n’a jamais reconnu l’Etat d’Israël.

En fait, la participation du Hamas aux élections de 2006 et leur entrée ultérieure dans le gouvernement Mahmoud Abbas, celui qui était au centre des négociations et du dialogue avec Israël, ami des Etats-Unis et chouchou des Européens, n’était-elle pas une reconnaissance implicite, voire explicite pour certains, d’Israël ?

Certes. Mais que leur ont valu ces élections démocratiques ?
Rien, ou plutôt si. Une suspension pure et simple de l’aide internationale, à l’ensemble des Palestiniens. Punis collectivement pour n’avoir su choisir d’autre parti que celui-ci (? !).

Autour de 1,3 milliard de dollars d’aide de la part de l’ensemble de la communauté internationale (Etats-Unis, Japon, Union européenne, France comprise) est ainsi gelée dans des territoires déjà sous perfusion.
Bien entendu au jour d’aujourd’hui, ça reste totalement incompréhensible. Le seul à avoir trouvé à l’époque cette sanction inappropriée fut le très grand "démocrate" Vladimir Poutine qui pour une fois a donné aux autres grands de ce monde une vraie leçon de démocratie en disant qu’il fallait respecter le résultats des urnes et poursuivre l’aide internationale pour amener le Hamas à la table des négociation, comme il fut fait jadis pour le Fatah !

Bien vu !

C’est juste un peu dommage que ce soit uniquement un des dirigeants les moins écoutés sur la scène internationale qui rappelle cette notion élémentaire et pas les autres !

Le Fatah d’Arafat, qualifié de terroriste aussi, il n’y a pas si longtemps que cela est devenu respectable par la force des choses et a même fini par participer activement au processus de paix d’Oslo dont on connaît la suite...
Après le coup de force du Hamas à Gaza en juin 2007, les propos tenus par Alvaro de Soto, coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au Proche-Orient, dans son rapport censé rester secret, prennent tout leur sens.
Il n’a pas de mots plus durs pour qualifier l’attitude incohérente de la communauté internationale qu’il juge responsable de la dégradation du climat en Palestine et plus particulièrement à Gaza.

Selon Alvaro de Soto, Israël, avec son attitude de rejet systématique vis-à-vis des Palestiniens, aggrave la situation et pousse la population à un rejet de toute solution négociée acceptée par Israël et Mahmoud Abbas, comme nécessairement défavorable à leur égard. Le quartet des négociateurs constitué des Etats-Unis de l’Union européenne, de la Russie et de ONU est réduit à un rôle mineur, expédiant les affaires courantes alors qu’il devrait jouer un rôle central Les efforts de l’autorité palestinienne pour mettre fin à la violence contre Israël depuis les territoires sous son contrôle sont « au mieux partiels, au pire condamnables. » Il estime par ailleurs que le boycott du gouvernement élu avec des ministres du Hamas, a transformé le rôle du Quartet d’une institution destinée à favoriser la négociation, suivant la « Feuille de Route », en un organisme ne s’occupant plus que d’imposer des sanctions à un gouvernement librement élu, et de définir des conditions impossibles à remplir comme préalables au dialogue. Quand on apprend qu’Européens et Américains envisagent de reprendre leur aide aux Palestiniens et ont levé lundi dernier le blocus qui dure depuis plus d’un an à l’égard du gouvernement palestinien, immédiatement après la formation d’un cabinet d’urgence (comprendre non élu) constitués de proches du président Mahmoud Abbas on peut comprendre la frustration de ces Palestiniens dont le vote de janvier 2006 a été piétiné par tous !

A quoi bon voter ? Pour poursuite du processus de paix ?

Certainement pas, car on oublie bien souvent que ce processus n’existait déjà plus bien avant les élections puisqu’il avait cessé avec l’élection d’Ariel Sharon qui ne voyait comme issue au conflit qu’une solution militaire.
Six ans après sa nomination comme Premier ministre, Israël garde toujours cette même ligne de conduite et j’apprends à l’instant que le nouveau ministre de la Défense, M. Ehoud Barak prépare une attaque sur Gaza pour écraser le Hamas qui sera on n’en doute pas largement médiatisé dans le monde arabe : Merci pour le spectacle !

Surprenant de voir qu’Israël, confrontée avec le Hamas, un pur produit du Mossad, aux mêmes problèmes que les Américains avec leur progéniture en Afghanistan, propose les mêmes solutions !

On peut à ce stade s’interroger : pourquoi parler dans le même article de coudes, genoux, cailloux ou de hiboux ?

Le rapport est simple, même si les termes semblent éloignés. Ils tiennent lieu de fil conducteur pour cette histoire !

Au cours de l’Intifada, un documentaire d’"Envoyé spécial" très vivement critiqué à l’époque avait montré des soldats de Tsahal brisant des coudes d’enfants lanceurs de pierres, capturés en leur mettant les bras le long de murets et en les fracassant à coup de pieds en représailles. Pour qu’ils ne recommencent plus, disaient-ils !

On ne peut s’empêcher de trouver des similitudes entre cette attitude aussi scandaleuse que diabolique de Tsahal vis-à-vis des enfants lanceurs de pierre, avec ce que fait en ce moment le Hamas à Gaza, en tirant des balles dans les genoux des membres du Fatah ou supposés tels, capturés ces derniers jours.
Comment ne pas trouver d’analogie entre l’attitude scandaleuse de Tsahal et celle tout aussi scandaleuse du Hamas ?

Mais ces similitudes s’arrêtent là ou le traitement médiatique commence.
En effet, si le documentaire avec l’histoire des coudes, par moment insoutenable, a été vivement critiqué par les instances représentatives juives en France et n’a quasiment plus été (à ma connaissance) rediffusé, en revanche les images de soldats du Fatah amputés des jambes ou hospitalisés pour de graves blessures aux membres inférieurs suite aux actes tout aussi barbares et délibérés que ceux de Tsahal ont été largement relayées.

Diffusées et commentées dans le monde entier, aux infos de différentes chaînes pour bien marquer les esprits les barbares, c’est eux. Là encore le poids des images et surtout des médias qui les exploiteront de manière tout aussi asymétrique que ce conflit fera le reste.

Il est vrai qu’il est d’autant plus simple de mettre dos à dos des interlocuteurs inconciliables quand on n’est pas soi-même parti prenante du conflit mais il faut se résoudre que s’ils sont inconciliables c’est plus par choix que par nécessité. A moins que les uns et les autres tirent de cette stratégie du pire le ferment de leur survie...

Pour la justification du "hibou" dans le titre, il ne fait aucun doute que la communauté internationale, et nous avec, sommes tous de simples hiboux, "spectateurs" impuissants d’un spectacle joué par d’autres qui ne laissent aucune autre personne y participer autrement qu’en simple spectateur...
La page wikipedia parlant de Hiboux et notamment la rubrique symbolisme peut éclairer le propos et trouver à la présence de ce hibou spectateur dans le titre une autre justification qui soit autre chose qu’une simple nécessité de rime !

En effet, cet animal dont l’image négative pour certaines cultures et positive chez d’autres illustre très bien toute l’ambiguïté dans la vision de ce conflit.
Le hibou, souvent associé à la sorcellerie ou la magie noire, présageait par son cri une mort imminente chez les Romains alors que pour les Indiens des prairies, il avait bien au contraire le pouvoir de donner aide et protection durant la nuit la plus noire.

Espérons que les uns et les autres finissent un jour par trouver le chemin de la paix d’une manière plus efficace qu’ils ne l’ont fait jusqu’à maintenant.

par Dr No (son site) vendredi 29 juin 2007 - 209 réactions
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  • Par armand (xxx.xxx.xxx.114) 30 juin 2007 10:27
    armand

    La politique de toutes les grandes puissances à l’époque (comme toujours) a été marquée par des revirements, des pressions exercées (ne me dites pas que ça n’arrive plus...). Et la ’majorité automatique’ pro-arabe dans l’enceine de l’ONU actuel n’est pas moins contestable que l’nfluence exercée alors et maintenant par les Etsts-Unis.

    La GB avait créé le problème palestinien en faisant des promesses à droite et à gauche avant de se ranger plutôt dans le camp de ses proégés jordaniens. La manière dont les britanniques ont fait et défait des royaumes, tracé et retracé des frontières depuis Lawrence d’Arabie ne milite pas en faveur de la cohérence de leur position. Rappelons aussi que les Etats-Unis étaient initialement moins moins favorable au projet que ne l’était l’URSS.

    Je rappelle à Gilles q’il y avait (beaucoup) de Juifs en Palestine depuis le XIXe siècle en tout cas, et que le projet initial ne prévoyait absolument pas la moindre spoliation des habitants non-juifs. Qu’il y a eu des dirigeants arabes dans un premier temps pour accueillir le projet sioniste comme une aubaine pour la région. Que les partitions, échanges de population et autres tragédies ont été monnaie courante à traver le monde dans le sillage de la Deuxième Guerre Mondiale, et que bizarrement ce n’est qu’en Palestine qu’on a entretenu cet abcès de fixation jusqu’au présent.

    Pour finir, dans le contexte particulier de 1948, il semble normal que les deux grandes puissances qui avaient vaincu le nazisme n’allaient peut-être pas laisser les armées arabes, qui n’en faisaient aucunement mystère de leurs intentions, claironnées sur toutes les radios, finir le travail d’Hitler.

  • Par joel (xxx.xxx.xxx.80) 29 juin 2007 22:37

    @ Zen

    bonsoir,

    Le discours de Brauman est intéressant, mais reconnaissez qu’il n’a pas en face de lui un Primo Lévi.

    Ardisson, le champion du copié/collé télévisuel au service de la manipulation et de la provocation. C’est son fond de commerce.

    S’appelait comment, déjà, son roman ? Pondichéry ? non ?

    Il parait que les auteurs plagiés n’ont pas apprécié !

    Vous avez certainement des références plus sérieuses.

    CDT

  • Par Muadib (xxx.xxx.xxx.74) 29 juin 2007 18:35

    On en trouve des choses intéressantes sur Wikipedia...

    "« Nous ne faisons pas la différence entre le colon et le soldat : tous deux sont juifs, le colon d’aujourd’hui est le soldat de demain »"

    Et sur l’article du Hamas, on rigole aussi :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Hamas

    "Les initiatives, les prétendues solutions de paix et les conférences internationales préconisées pour régler la question palestinienne vont à l’encontre de la profession de foi du Mouvement de la Résistance Islamique [...] Il n’y aura de solution à la cause palestinienne que par le djihad. Quant aux initiatives, propositions et autres conférences internationales, ce ne sont que pertes de temps et activités futiles (Article 13) [26]. "

    "En ce qui concerne les guerres localisées et mondiales, aucune difficulté à en parler : ce sont eux qui étaient derrière la première guerre mondiale lorsqu’a été prononcée la condamnation de l’Etat du califat islamique. Ils ont amassé des bénéfices matériels considérables et pris le contrôle de nombreuses richesses. Ils ont obtenu [25] la déclaration Balfour et ont jeté les bases de la Société-des-Nations pour gouverner le monde à travers cette organisation. Ce sont eux qui étaient derrière la seconde guerre mondiale qui leur a permis d’amasser d’énormes profits grâce au commerce du matériel de guerre. Ils ont préparé le terrain pour l’établissement de leur Etat et ce sont à leurs instigations qu’ont été créés l’ONU et le Conseil de sécurité pour remplacer la Société-des-Nations afin de gouverner le monde à travers eux.

    Qu’une guerre éclate de-ci de-là et c’est leur main qui se trouve derrière.

    "

    On se demande bien qui est visé...Leur futur interlocuteur pour la paix en Palestine ?

    "Toutes ces organisations secrètes ou publiques opèrent au service des intérêts du sionisme et sous ses orienta­tions. Elles visent à miner les sociétés, à détruire les va­leurs, à annihiler les consciences, à pourrir la morale et à anéantir l’islam. Ce sont elles qui sont derrière le commerce de la drogue et de l’alcool sous toutes leurs formes pour faciliter au sio­nisme puissance et expansion."

    " Le sionisme mondial et les forces colonialistes, par un mouvement subtil et une planification étudiée, essaient de faire sortir les uns après les autres les Etats arabes du cercle du conflit avec le sionisme pour qu’en fin de parcours le peuple palestinien se retrouve tout seul. Ils ont déjà réussi, en grande part, à faire sortir l’Egypte du cercle du conflit par les traîtres accords de "Camp David" et ils essaient d’entraîner d’autres Etats encore vers de semblables accords pour les sortir du cercle du conflit.

    Le Mouvement de la Résistance Islamique appelle les peuples arabes et islamiques à oeuvrer avec sérieux et persévé­rance à empêcher la poursuite de ce plan effroyable et à conscientiser les masses sur le danger que représente la sortie du cercle du conflit avec le sionisme. Aujourd’hui, il s’agit de la Palestine et demain il s’agira d’une ou plusieurs autres régions : le plan sioniste n’a pas de limite ; après la Palestine, ils ambitionnent de s’étendre du Nil à l’Euphrate. Lorsque ils auront para­chevé l’assimilation des régions jusqu’aux quelles ils seront parvenus, ils ambitionneront de s’étendre plus loin encore, et ainsi de suite. Leur plan se trouve dans "les Protocoles des Sages de Sion" et leur conduite présente est une bonne preuve de ce qu’ils avancent."

    Comme quoi, au fond...ce sont des braves gens les responsables du Hamas.

  • Par Muadib (xxx.xxx.xxx.74) 29 juin 2007 18:04

    Au fait, allez faire un tour sur le blog de l’auteur :

    http://www.taha.fr/blog/index.php?2...

    On peut y voir des contradictions sympathiques. Ainsi, il fait appel à Wikipédia ( dont on connait la FIABILITE.) pour ceci :

    "Kadima ne veux t’il pas dire Avanti en italienun slogan si cher Benito Mussolini et ses chemises noires... C’est justement pour cette raison que Kadima a été formtement critiqué par des rescapés de la Shoah qui ont (selon wikipédia) jugé ce choix malheureux."

    Mmmmmhhhh, ca sent bon.

    Et ensuite :

    "Kadima un parti du centre... on aura tout entendu !"

    Et selon Wikipedia :

    "Son orientation est centriste sur les critères de l’échiquier politique israélien, et son slogan est « On continue de l’avant ! »."

    Alors, il faut savoir ? Wikipedia or not Wikipedia ?

    Ce qui est plutot genant c’est que :

    1.La source de Wikipedia n’est plus disponible. 2.Une recherche rapide sur Internet ne fait absolument pas ressortir cette controverse. 3.Il semblerait qu’il s’agit plus d’un coup "publicitaire", d’un slogan politique tout simplement.

    On nous aurait menti ?

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