J'ai beaucoup à dire sur ce sujet, ayant planché dessus depuis 18 mois. En fait les "Anti-ITER" ont choisi de mauvais arguments. Les uns se sont concentrés sur le risque sismique. Mais ITER Organization peut aussitôt répliquer en montrant les plots anti-sismiques sur lesquels l'installation sera assise. D'autres se sont polarisés sur le tritium, élément radioactif ayant une demi-vie de 12,3 années. Or, dans la chambre, quand la machine fonctionnera avec un mélange deutérium-tritium, la masse de tritium n'excédera pas un gramme. De plus cet isotope de l'hydrogène lourd sera face à trois barrières de confinement : la "première paroi", puis "le cryostat", et enfin l'enceinte en béton contenant le tout.
Aussi ITER Organization pourrait-elle répondre : en cas d'incident, de fuite, la contamination au tritium serait extrêmement peu probable.
Autre argument : le dommage causé à l'environnement. Mais le site de Cadarache, dans son ensemble, n'est jamais qu'une vaste fôret de pins, qui ne constitue pas un sanctuaire pour des espèces protégées.
Enfin, dernier argument : le coût. J'étais le 26 juin à Marseille à une conférence donnée par Rober Arnoux, ancien journaliste au "Provençal" , acteur principal de la politique de communication d'ITER, visant " son acceptabilité au sein du public", pour reprendre un mot que beaucoup commencent à connaître. Face à cette critique, une des réponses d'Arnoux, après avoir évoqué le coût d'opérations comme des jeux olympiques, signala que les 15 milliards d'euros correspondaient au coût estimé de la prolongation de la ligne de TGV de Marseille à Nice.
En fait les problèmes ne sont pas là. J'ai tenté de les évoquer lors d'une conférence que j'ai donnée il y a six semaines à Gargas, près d'Apt. L'enregistrement devait être mis en ligne sur le net assez rapidement. Mais il n'en a rien été, et je n'ai pas pu récupérer l'enregistrement de mes propres propos pour effectuer la mise en ligne moi-même, l'opérateur les ayant .. effacé.
Ceci ne se reproduira plus au sens où, après avec pris un peu de repos ( j'ai 75 ans) j'entreprendrai la production d'une série de courtes vidéos, abondamment illustrées par mes soins, afin de permettre aux citoyens français de comprendre où se situent les véritable problèmes.
ITER est un tokamak, et un tokamak est un machine relativement complexe, beaucoup plus complexe qu'un réacteur à fission. Mais tout cela n'est pas irrémédiablement hors de portée du citoyen moyen. Il faut simplement un peu de temps et force dessins pour faire comprendre de quoi il retourne. Je vais m'attaquer à ce problème en y concentrant tout mon talent de vulgarisateur.
Jusqu'ici ceux qui présentaient le projet estimaient que le public n'avait pas à accéder à des problèmes " qui ne regardaient que des spécialistes ". On se contentait donc de tout centrer sur une idée : celle "du soleil dans un bouteille". Or cette image se retourne contre ceux qui l'ont imaginée. Elle est présente dans l'ouvrage cosigné par Robert Arnoux et Jean Jacquinot, fondateur de la recherche scientifique sur la fusion en France, devenue l'Institut de Recherche sur la Fusion Magnétique. Ceux-ci montrent, à la page 14 de ce livre intitulé, "ITER, le chemin des étoiles ?," une photo du soleil, d'où émergent de puissantes éruptions.
Comme mentionné dans le rapport publié en 2007 par l'Académie des Sciences de Paris, sous la direction de l'académicien Guy Laval, il existe une étroite parenté entre ces éruptions solaires et les phénomènes qui surviennent dans les tokamaks, qui sont connus depuis des décennies et qu'on appelle disruptions.
Ce sont simplement ce que les physiciens appellent des phénomènes dissippatifs. On est face à un système qui recèle de l'énergie et qui cherche de son mieux à l'évacuer vers l'extérieur. La montée de colonnes d'eau surchauffée dans une casserole, la montée d'air dans des ascendances, l'émergence de "protubérances solaires" : tout cela procède de la même logique : évacuer cette énergie le plus efficacement possible.
Il y a deux mots à retenir : conduction et convexion. Prenez une casserole d'eau, ou une masse d'air surplombant un sol surchauffé. Si le transport de l'énergie thermique s'effectue par conduction, il n'y a pas de mouvements dans les masses d'air et d'eau. Cette chaleur se trouve transportée par conduction thermique, d'une couche à l'autre.
Si on passe en régime de convexion, tout change. Des colonnes d'air ascendant escaladent le ciel. L'eau bouillonne.
L'éruption solaire n'est qu'un phénomène paroxystique spectaculaire.
Dans un tokamak le plasma est en principe non seulement "confiné" mais en principe "bridé" par les lignes de champ magnétique qui y dessinnent des spirales bien régulières. Vis à vis des particules chargées ( et elles le sont toutes dans un plasma de fusion ) ces lignes de force du champ magnétique se comportent comme des "rails". Si ces rails conservent une géométrie bien régulière, l'énergie est transférée, du coeur du plasma, vers la paroi, par rayonnement.
Mais ce système est foncièrement instable. Ceci est connu depuis les années soixante. Depuis ce temps on a recensé une palette d'instabilités du plasma, de toutes les tailles, depuis des macro-instabilités, à l'échelle du mètre, jusqu'à des micro-instabilités, à l'échelle du micron. Ces instabilités créent des fluctuations diverses et variées. Si on sait mesurer certains des paramètres qui les caractérisent, les théoriciens ne savent pas, en général, pourquoi elles se produisent, leur raison suffisante, comme dirait maître Panglosse.
A la question : qu'est-ce qui fait que le plasma d'un tokamak subit soudain une "disruption", la réponse est " c'est à cause des instabilités MHD ", ce qui est une réponse à la Molière :
- Et c'est ce qui fait que votre fille est muette....
Quand un tokamak est en régime établi, un "courant plasma" de forte intensité se boucle dans la chambre torique. Dans ITER celui-ci sera de 15 millions d'ampères.
Pour entretenir le courant dans une telle machine, il faut une "force électromotrice". Sans entrer dans les détails, celle-ci est étonnamment faible : quelques dixièmes de volts par mètre. Elle est créée par induction, ce que peu de gens savent. Dans ITER, ce champ inducteur est créé par une bobine située près de l'axe qui, pendant des centaines de seconde, crée un champ qui croît de zéro à 13 teslas, dans une bobine supraconductrice.
Ce champ magnétique, émergeant des extrêmités de ce solénoïde, se boucle en traversant la chambre toroïdale. Comme il varie, c'est lui qui crée par induction une boucle de courant. Ce courant crée le "champ poloïdal" qui, s'ajoutant au champ créé par les puissants enroulements également supraconducteurs, produira une géométrie spiralée. C'est l'idée des Russes, menés dans les années cinquant par Artsimovitch.
Les particules chargées suivent ces lignes spiralées. Cela homogénéise le plasma, comme dans une batteuse. Sinon celui-ci aurait tendance à se plaquer vers l'extérieur du tore, là où le champ magnétique est le plus faible.
Pourquoi ce champ inducteur, de quelques volts par mètres, parvient-il à donner naissance à un courant plasma aussi intense ?
Pour deux raisons. Primo le gaz contenu dans la chambre est ultra raréfié. Quand on injecte l'hydrogène dans la chambre, avant démarrage, c'est sous une pression équivalant au cent millième de la pression atmosphérique. Secondo pour circuler dans la chambre avec un tel "ampérage" les électrons vont à des vitesses telles qu'ils "ne voient plus les ions".
Je m'explique. L'effet Joule résulte de la collision entre des électrons libres et des atomes ou des ions. Ceux-ci peuvent se comporter comme des cibles fixes, comme les atomes de métal dans un conducteur solide, ou comme des cibles mobiles, dans un plasma.
A une température donnée, les légers électrons sont des milliers de fois plus rapides que les ions hydrogènes. Ainsi la vitesse relative entre ces électrons baladeurs et ces "ions-cibles" est-elle pratiquement celle des électrons.
A une température de centaines de millions de degrés, les électrons sont si rapides qu'ils passent à proximité des ions trop vite pour avoir le temps d'intervenir. Un théoricien dirait que la section de collision électron-ions varie comme l'inverse de la puissance quatrième de la vitesse de l'électron.
Dans un tel régime, l'éffet Joule disparaît. C'est la raison pour laquelle un courant aussi important peut être entretenu avec un champ électrique aussi faible. Il suffit de penser à la loi d'Ohm V = R I . L'intensité I est énorme. Pour qu'il en soit ainsi, alors que V est infime, il faut que R soit pratiquement nul.
Mais on comprend immédiatement, intuitivement, qu'un tel système est foncièrement instable. Si un phénomène quelconque fait que l'effet Joule réapparaîsse, qu'un échange d'énergie entre électrons et ions se manifeste, ela température du plasma va dégringoler en un éclair (c'est le cas de le dire).
Qu'est-ce qui peut, tout d'un coup, accroître cet échange entre électrons et ions ? Les causes peuvent être multiples. Dans ces plasmas de fusion, l'interaction entre un électron et un ion se traduit immédiatement par une perte d'énergie par rayonnement. L'électron est freiné. Il perd de l'énergie et celle-ci est émise par rayonnement (dit "rayonnement de freinage", en allemand bremsstrahlung). Cette perte d'énergie est proportionnelle au carré de la charge électrique de l'ion. Donc des ions lourds, arrachés à la paroi, sont des sources de perte d'énergie par rayonnement et leur présence est recendsée parmi les causes de disruptions.
Plus ces ions sont lourds et plus la charge électrique qu'ils portent est grande. Dans les tokamak il est difficule de se passer du tungstène, pour protéger les parties les plus sensibles au flux thermique ( le "divertor" ).
Que se passe-t-il quand il y a disruption ? L'énergie est dissipée par rayonnement et la température du plasma chute d'un facteur dix mille en ... un millième de seconde. Quand on regarde les enregistrements, c'est spectaculaire. On a une chute verticale. L'effet Joule réapparaît. L'intensité électrique dégringole. Cette variation s'accompagne d'un champ induit, lequel réagit avec le champ magnétique toroïdal pour donner des forces très importantes. Cent mille tonnes dans ITER.
Le phénomène le plus étrange consiste en la manifestation d'un courant d'électrons dit "découplés". Je n'ai pas trouvé non plus d'explication claire sur la façon dont se forment ces faisceaux d'électrons relativistes, qui cheminent à 99 % de la vitesse de la lumière. Leur énergie se situe alors entre 10 et 20, voire 30 MeV. Il est prévu, dans ITER, que la paroi subisse un tel flux d'électrons de haute énergie, avec une intensité de 11 millions d'ampères
Ces électrons accélérés par un champ électrique, selon un trajet non précisé, accélèrent à leur tour des électrons lents, rencontrés sur leur passage, selon un mécanisme " d'avalanche électronique". Dans la machine Tore Supra, chaque électron relativiste accélère dix mille de ses frères plus lambins. Dans ITER on évalue ce coefficien d'amplification à dix puissance seize !!
Quand je me suis rendu à la conférence de presse de Robert Arnoux, que j'ai rencontré il y a trente cinq ans, celui-ci m'a dit :
- J'étais sûr que tu viendrais. Tu ne vas pas trop me pourrir, hein ? (...)
Aussitôt après il m'a dit "je sais que tu as dîné avec Serguei Putvinsky il y a dix jours et qu'il a apporté des réponses aux questions que tu posais sur les disruptions.
Ce diner a effectivement eu lieu, mais il m'avait été présenté comme une rencontre privée, où ce qui se dirait devrait être considéré comme confidentiel. Je n'avais donc pas comme projet d'en parler et je pensais que cet engagement de confidentialité était bilatéral. Devant ma surprise, Arnoux m'a dit :
- Tu sais, Sarguei, je le vois tous les jours.
Arnoux n'est pas "un journaliste", il appartient à ITER Organization et participe donc de très près à toutes les réunions du Big Board. Quant à Serguei Putvinsky, vous le trouverez aisément sur le net. A ITER c'était "monsieur disruption". Sa photo figure sur le site d'ITER auprès d'un "lanceur de glaçons".
Putvinsky ayant enfreint notre accord de confidentialité, je ne me sentais plus tenu à respecter le mien. Aussi, pendant la conférence de presse d'Arnoux ai-je révélé la conclusion de la conversation que Putvinsky avait eu avec moi, et donc Arnoux ne connaissait pas la teneur. Il m'a dit en substance :
- Je quitte ITER. Je pars travailler dans un autre laboratoire, aux Etats-Unis.
- Sur un autre tokamak ?
- Non.
Un instant interloqué, Arnoux s'est vite repris en disant :
- Cela ne me surprend pas. Il y a beaucoup de gens qui, à ITER, ne restent que quelques années, puis s'en vont.
Ca, c'est confirmé de plusieurs autres sources. Je termine en donnant un élément de l'échange que j'ai eu avec Putvinsky lors de ce dîner.
- Quelle sera l'épiasseur de la première paroi en béryllium ?
- Un centimètre.
- Diable. J'ai lu que la profondeur de pénétration d'électrons dotés d'énergies se situant entre 10 et 20 MeV était de 2,5 cm.
- Les électrons découplés precutent la paroi tangentiellement.
- Ce n'est pas l'impression que donne l'examen de tels impacts sur la paroi du JET, par exemple.
- .....
C'est fou ce qu'il y a de choses à dire sur ce projet qui, plus que jamais, ressemble à un "corps sans tête". J'ai demandé à Arnoux s'il pourrait animer une rencontre entre des membres de la directions scientifique d'ITER et moi. Il m'a répondu que ceux-ci refusaient de dialoguer avec moi, étant données les attaques personnelles que j'avais dirigé contre eux dans mon site. Et il m'a cité n'analyse graphologique que j'avais fait de l'un d'eux. Arnoux précisa au passage que cette signature était celle du bouguemestre.
Je me suis hâté de faire disparaître de mon site toute forme d'attaque de ce genre, et j'enverrai des lettres d'excuses aux intéressés, ce qui me mettra en meilleure position pour pouvoir enfin les rencontrer. Du moins j'espère. Une rencontre qui devra être nécessaireent filmée, la vidéo étant mise sur le net, à la disposition des citoyens internautes.
A la fin de la conférence de presse j'ai donné une information relativement récente, qu'il me faudra développer, en particulier dans des vidéos. Ce qui représentera une mise à jour par rapport à ce qui circule actuellement.
En 2006 nous avions lu dans Physical Review Letters A un papier de mon ami Malcom Haines, qui titrait "over two billions degrees" ( plus de deux milliards de degrés ).
Résumons l'affaire à grands traits (voir les détails sur mon site). En 1976 Gerold Yonas construit une " Z-machine " qui est un générateur de courant de très haute intensité (16 millions d'ampères), délivrés en un temps extrèmement bref : 100 nanosecondes (cent milliardièmes de seconde). Il espère grâce à cela réaliser la fusion en envoyant des faisceaux d'électrons sur une cible. Je le rencontre à cette époque, dans son laboratoire de Sandia, et il m'avoue qu'il a du mal à focaliser ses jets d'électrons sur une cible plus petite qu'un oeuf de poule.
Effectivement, les électrons ont tendance à se repousser mutuellement.
Cette fusion par faisceaux d'électrons vire à l'échec. Les années passent et Yonas cherche un réemploi de sa machine. Il imagine de la transformer et compresseur MHD. Si on prend un cylindre creux et qu'on envoie le courant selon ses génératrices, ce courant crée un champ magnétique, et les forces de Laplace qui en résultent font que ce cylindre a tendance à s'écraser selon son axe.
Hélas, les instabilités MHD se mêlent de la partie et ce qu'on obtient ressemble à peu près à ce que vous obtiendriez en comprimant le cylindre en carton d'un rouleau de papier WC dans votre main.
Sur ce le russe Smirnov, directeur du département fusion à l'institut Kurtchatov a une idée :

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