J’aurais voulu être un artiste. Ainsi se chantonne un tube maintes fois interprété dont les paroles faussement évidentes trahissent la mentalité de notre époque.
« J’aurais voulu être un artiste !!
Pour pouvoir faire mon numéro !!
Quand l’avion se pose sur la piste !!
A Rotterdam ou à Rio !!
J’aurais voulu être un chanteur !!
Pour pouvoir crier qui je suis !!
J’aurais voulu être un auteur !!
Pour pouvoir inventer ma vie !!
Pour pouvoir inventer ma vie !!
J’aurais voulu être un acteur !!
Pour tous les jours changer de peau !!
Et pouvoir me trouver beau !!
Sur un grand écran en couleurs !!
Sur un grand écran en couleurs !! »
Quel rapport avec le politique ? Eh bien c’est évident. Auparavant, la politique était une tâche noble et sérieuse, mettant en jeu des idéaux, un sens de la responsabilité, un souci de la vie publique, qu’elle soit nationale ou locale et une récompense intérieure, d’ordre morale, relevant de la vertu, acquise avec le sentiment d’avoir été un type honnête et d’avoir bien conduit les affaires publiques, même si des fautes de parcours on été commises.
Et maintenant ? La politique devient narcissique, un peu comme le sport avec lequel elle partage quelques traits communs. L’époque se veut vidéosphérique. La société du spectacle se doit d’exister avec des acteurs. Guy Debord est sans doute passé à côté de ce phénomène qui concerne les coulisses, là où se joue la comédie sociale, celle du pouvoir, des stars, des célébrités et aussi du sport. On l’aura constaté très récemment. Ce qui semble ravir les sportifs, c’est non pas la médaille mais ce qu’il y a autour. Certes, gagner procure autant de joie qu’auparavant mais l’important, comme n’aurait pas dit Coubertin, c’est de participer à la scène médiatique. Que ce soit en basket ou en athlétisme. Les plus doués dans les sports les plus médiatisés ont droit à un déjeuner avec le président. Cela vaut presque une légion d’honneur. Le médaillé au championnat de tir à l’arc n’aura pas ce plaisir, son sport n’est pas assez populaire. Et Dieu sait si Sarkozy, le chef du mouvement populaire, sait apprécier les populaires, qu’ils soient médaillés, récompensés, ou trépassés comme Laurent Fignon ou Bernard Giraudeau, les VRP du cancer bien accepté.
La politique comme le sport, prend un tournant narcissique et théâtral. La fonction persiste mais elle se dédouble en une pratique visant à jouer les célébrités, se montrer en public, même à l’échelle locale où grâce à la complicité des journaux provinciaux et des bulletins de mairie, chaque élu pourra se faire photographier avec des responsables associatifs ou quelque écrivain du coin. A l’Elysée, Chirac a bisé Madonna et Sarkozy serre la pogne de Cruise. Mais à ce niveau, on joue en ligue un médiatique. Un élu local se contentera d’un champion de France d’aviron ou de pétanque. Tout ce monde gère les affaires publiques en ajoutant à cette tache pas toujours excitante le plaisir d’être admiré. C’est tendance. L’époque est au culte des plaisirs. Les pédagogos gauchisant n’ont-il pas décrété que l’école devait être ludique. Alors, il faut bien que ces petits d’hommes éduqués à l’univers du jeu et du plaisir puissent, une fois inséré dans le jeu politique, se faire plaisir en se mettant en scène face à des admirateurs. Il n’y a pas de mal à se faire plaisir.
J’en viens maintenant au phénomène ayant motivé ce billet qui hélas, n’aura pas le style éblouissant d’un Muray mais se veut comme une balise attirant les citoyens sur quelques traits. Ce phénomène, c’est la prolifération des micropartis. Les médias viennent de nous informer que le nouveau trésorier de l’UMP a lui aussi un microparti comme son prédécesseur. Ces micropartis sont déjà bien implantés mais nul ne s’en inquiète alors qu’il s’agit d’un détournement de la démocratie, pour ne pas dire une perversion virant vers l’autocratisme local. Le microparti ne sert pas la république, ni les collectivités locales. Il sert la notoriété d’une personne. Or, la politique n’a besoin que d’institutions, d’élus, de partis et de militants. Le microparti est une excroissance trahissant le narcissisme et l’inflation des ego. Le microparti est tendance.
J’aurais voulu être politique
Pour avoir mon microparti
J’aurais voulu être un artiste
Pour enfin fonder mon parti

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