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« Je » est toujours un autre en 2011

Photo ci-dessous empruntée ici

"Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à

l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène.
Si les vieux imbéciles n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini, ! ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s’en clamant les auteurs !"

Extrait d'une lettre à Paul Demeny, la suite ici

J'ai toujours été profondément sceptique devant les idéologies globalisantes, de gauche ou de droite, les belles intentions claironnées par les uns ou les autres, fût-ce en invoquant la foi religieuse, à commencer par la foi chrétienne, car il y a quasiment toujours une distance importante entre les bonnes intentions et les actes concrets. Ce n'est pas à moi de sonder les reins et les cœurs, et il n'existera jamais une cohérence parfaite entre les grands discours et les réalisations concrètes. De plus, je m'inclus dans le lot, n'étant pas, moi non plus toujours cohérent avec mes idéaux, le tout c'est d'en avoir conscience, déjà me semble-t-il.

Mais, il n'est pas interdit de demander juste un peu plus de cohérence, juste un tout petit peu plus, et un tout petit peu moins d'hypocrisie sociale, ce rendrait le monde plus vivable très rapidement. Surtout en une époque qui multiplie les déclarations ronflantes sur l'accueil, la convivialité, l'échange, la rencontre, et ne cherche pas à réellement corriger les choses.

Or, on constate surtout à notre époque la solitude de ceux qui vont mal ou très mal, inadaptés, isolés, malades, en détresse, et l'incapacité des uns ou des autres, à quelques exceptions, à aller à la rencontre de ceux qui sont blessés et qui ont besoin d'être aidés et soutenus qui se retrouvent progressivement abandonnés et désarmés alors qu'ils auraient besoin de soutien.

Il est plus facile d'aller vers ceux qui nous mettent en valeur, d'aller à la rencontre de ceux qui nous ressemblent, ou qui flattent notre égo, et beaucoup moins vers les accidentés de la vie en grande demande de fraternité humaine, de solidarité, d'affection, ou d'amitié, ce qui est évidemment plus exigeant il est vrai.

Beaucoup se donnent des excuses, la personne en souffrance n'est pas assez gentille pour se faire aider, on prétend qu'elle ne veut pas être aidée. C'est ce que l'on entend souvent dans la rue quant aux sans abris qui seraient des individus mal embouchés refusant qu'on leur donne un toit et de la nourriture.

Pour être aidé, il faudrait donc être exemplaire ?

Sans tâches ni défauts ?

C'est ainsi que les personnes d'origine étrangère deviennent souvent les « autres » majuscules, complètement différents, exotiques, qui donnent l'impression de faire un effort alors que beaucoup sont incapables d'aller vers ceux qui déjà leurs sont le plus proche, comme il est plus facile d'aller vers des handicapés télégéniques que l'on côtoie une fois par an à la télévision que d'aller vers eux plus régulièrement, au quotidien, y compris dans les moments les plus triviaux.

C'est plus facile d'aller vers quelqu'une de très différent, moins vers quelqu'un qui a besoin d'aide et qui nous ressemble beaucoup. C'est en somme humain, car l'on a peur de se retrouver dans la même situation, l'on a peur de souffrir, de partager les souffrances de l'autre, de sortir du confort intellectuel et moral qui fait que l'on garde de soi une image positive et que l'on estime honorable.

Ou alors, c'est exactement l'inverse, l'« autre » intéressant n'est que celui qui est comme nous, agit, pense et vit comme nous, dans lequel on se retrouve, l'« autre » n'est plus qu'un miroir réfléchissant, un miroir là encore flatteur. Et c'est plus confortable, moins anxiogène. En dehors du groupe que l'on se choisit, point de salut ! Ceux qui ne sont pas dans le petit cercle sont impitoyablement rejetés.

En fait, pour arriver à un minimum de cohérence, il n'y a pas besoin de grands discours ni de grands mots, il suffit d'agir sans se poser de questions.

par Amaury Watremez (son site) mardi 27 septembre 2011 - 5 réactions
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