• samedi 26 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Tribune Libre > Jean-Luc Mélenchon candidat au milieu du gué
76%
D'accord avec l'article ?
 
24%
(45 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Jean-Luc Mélenchon candidat au milieu du gué

La candidature de Jean-Luc Mélenchon rencontre un écho très favorable sur Agoravox et chaque jour amène son (ou ses) article(s) sculptant la statue du héraut d'une "Gauche de gauche", pour reprendre l'expression en forme de blague de potache pourtant utilisée avec le plus grand sérieux par ses zélateurs.

Raison de plus pour tenter d'expliquer et d'exposer les lourdes réticences que le personnage suscite chez moi, tant sur la forme que (plus brièvement) sur le fond.

S'il fallait n'en retenir qu'une ce pourrait être celle-là. Je ne peux pas choisir un candidat qui a baptisé son parti "Parti de gauche". Ce nom est littéralement insignifiant, puisqu'il ne nous dit rigoureusement rien sur ce qui fonde la gauche, ses valeurs, ses idées. Cela revient, en quelque sorte, à ériger en totem une position géographique qui ne vaut que relativement à celles des autres courants politiques. Si du moins on considère que la gauche c'est le contraire de la droite.
On imagine avec consternation un deuxième tour homérique entre le candidat du Parti de gauche et son adversaire, du "parti de droite". Et à propos de parti de droite, il semble plutôt difficile de trouver un équivalent sur l'autre rive. Mis à part très brièvement et ponctuellement en Rhône-Alpes, où Charles Million avait crée "La Droite" après avoir tenté de se maintenir à la présidence de la région en 1998 avec les élus du FN. Pas très glorieux comme parallèle…
 
Mais trêve d'argutie, Jean-Luc Mélenchon nous l'a assez répété, il a quitté le Parti socialiste pour fonder le Parti de gauche car le PS ne serait plus assez à gauche.
Cela ne nous renseigne guère plus sur ce qui constitue "la gauche". Il semble donc que ce soit une sorte de socle idéologique immuable, duquel le PS a dévié. Jean-Luc Mélenchon se pose donc en "Réformé", qui fonde sa propre chapelle pour revenir aux valeurs d'origine abandonnées par l'Église majoritaire (le PS). Mais à la différence des Protestants, le profane ne dispose pas d'une Bible où se reporter. Marx ? Jaurès ? Proudhon ? Clémenceau… ?
Mitterrand, Jospin, Delors, Rocard, Chevènement… ?
 
 
Autre aspect problématique, le processus de création du Parti de gauche, qui reste relativement méconnu.
 
Bien sûr, on se souvient d'avoir vu Jean-Luc Mélenchon donner de sa personne en 2004 pour défendre le "Non" au projet de traité constitutionnel européen lors de la consultation interne des militants du PS. On se souvient, également, de l'avoir vu s'étrangler lorsque ce projet a été approuvé par une large majorité des militants (à environ 60%), puis passer outre la ligne du Parti pour défendre publiquement le "Non" en 2005.
On se souvient qu'il est néanmoins resté au PS, qu'il a bouillonné intérieurement lorsque Ségolène Royal a été investie candidate en 2006, puis a suivi la campagne de la candidate en traînant les pieds.
Mais qu'il est toujours resté au PS après la défaite de 2007, au point que tout départ semblait définitivement exclu, bien que l'envie soit manifestement là.
Qu'enfin, il a claqué la porte de manière totalement inattendue, à l'automne 2008, lorsque la "motion Hamon" fit un score jugé "décevant", pourtant ultra prévisible (compte tenu des précédents de 2004 et 2006), lors de la désignation épique de la première secrétaire du PS.
 
Cette rupture est relativement atypique :
Ce n'est ni une rupture brutale après un événement fondateur (façon François Bayrou refusant d'embrigader "son UDF" dans l'UMP, à l'été 2002), ni réellement une rupture lente venant couronner une série de désaccords et un éloignement progressif.
En effet, l'exposé public des divergences majeures a eu lieu dès 2004-2005, mais Parti et Front de gauche sont sortis des limbes à la fin 2008, tout armés pour les élections européennes qui approchaient. De plus, aussi loin que je me souvienne, Jean-Luc Mélenchon a toujours fait partie de "l'aile gauche"du PS qui n'a, de toutes façon, jamais eu un poids supérieur à celui de la "motion Hamon" en 2008. Alors ?
 
Sans doute ce retard est-il dû à des tractations partisanes longues et discrètes avec les communistes (composante majeure du front de gauche), les partisans de Jean-Luc Mélenchon à l'intérieur du PS et d'autres forces moins connues (Gauche unitaire - courant laïque et dissident de la LCR - et Gauche alternative, issue de "collectifs" favorables au "Non de gauche" en 2005, sorte de précurseur du Front de gauche, le ralliement des communistes en moins). Le but avoué étant d'éviter de se carboniser sur une position de franc-tireur à la Chevènement, attitude que Mélenchon ne s'est guère privé de critiquer vertement après le 21 avril 2002, à l'unisson de ses "camarades" d'alors.
 
Au reste, le "communiqué fondateur" du Parti de gauche[1] ne donne guère plus d'indications et brouille plus les pistes qu'autre chose. La valeur de certains arguments prête carrément à sourire.
Ainsi du danger majeur évoqué à l'époque, l'alliance entre le PS et un Modem déjà en perte de vitesse lors des municipales, qui s'est avéré complètement incapable de revenir, lors des élections suivantes, au score de François Bayrou en 2007.
On peut évoquer également le parallèle un peu vaseux avec "Die Linke" puis "Die Linkspartei", en Allemagne, crée par des dissidents sociaux-démocrates du SPD et les anciens communistes de l'ex RDA sous le gouvernement de Schröder, conforté lorsque le SPD a accepté de gouverner avec les conservateurs d'Angela Merkel en 2005, et dont Jean-Luc Mélenchon a pompé jusqu'au nom ("Die Linkspartei" = "le parti de gauche").
 
S'il est effectivement légitime de considérer que les sociaux-démocrates européens appliquent une politique économique proche de celle des partis conservateurs ou libéraux, il faut aussi remarquer que la France n'a pas vu de gouvernement de coalition UMP-PS. Ce qui fait tout de même une légère différence avec l'Allemagne…
 
 
La stratégie de communication employée par Jean-Luc Mélenchon lors de cette présidentielle n'est pas sans me rebuter elle aussi.
 
Avec une franchise qu'il faut lui reconnaître, il l'a exposée dans La Mécanique Mélenchon (LCI). Elle consiste à "faire du judo avec le système médiatique" pour mieux le subvertir de l'intérieur (17e minute). En gros, attaquer le système médiatique pour faire passer ses messages dans lesdits médias.
Choquer, pour attirer les caméras.
Surjouer le langage populaire, pour se démarquer du phrasé lisse trop "technocrate" ou "intello" (ce n'est pas dit mais ça abouti clairement à ce résultat).
 
Dénoncer avec fracas la connivence médiatique pour mieux se faire inviter sur les plateaux, ça ne vous rappelle personne ?
François Bayrou version 2006-2007 bien sûr !
Employer brusquement un "parlé peuple" théâtral plus ou moins reconstitué, ça n'a pas déjà été fait ça ?
Si, bien sûr, par Nicolas Sarkozy !
Même si, gauche oblige, on a aussi emprunté à Besançenot son haut parleur (19e minute) et ses points d'exclamation pour montrer l'ampleur de son indignation…
Au reste, cette stratégie laisse songeur :
Est-il vraiment possible, comme il l'affirme, de promouvoir une culture classique, littéraire, scolaire ou universitaire, en jouant pleinement le jeu de "l'infotainment" et du divertissement ?
Ne risque-t-on pas de rester cantonné dans le rôle du grincheux de service qui intéressera 5 minutes dans les "talk show" et qui sera dépassé au prochain changement de mode ?
Jouer le jeu du système que l'on veut combattre, n'est-ce pas le légitimer ?
 
 
Enfin, mes désaccords sur le fond sont particulièrement nombreux.
 
Je me concentrerai sur ses lacunes volontaires concernant la France et l'idée de nation.
C'est l'angle mort de son analyse, comme souvent à gauche.
 
Pourtant, et puisque la tentative européiste n'a accouché que d'un parlement européen empesé, "tour de Babel" qu'il reconnaît comme "non démocratique" (40e minute), il serait logique d'en tirer toutes les conclusions et d'admettre que le cadre privilégié d'expression de la démocratie reste, jusqu'à preuve du contraire, les nations, territoires plus restreints et homogènes. Un pas que le candidat ne semble pas (encore ?) prêt de franchir, préférant axer son programme sur la création d'une VIe République parfaite (comme Bayrou, Montebourg et bien d'autres). Ce qui ne signifie pas (totalement) absence de sensibilité tricolore, comme en témoigne le drapeau qui décore son bureau (comme Henri Guaino, vade retro satanas) et son admiration pour sa "patrie républicaine" (53e minute), à savoir la France révolutionnaire, qui semble être sortie du néant historique en 1789 (mais c'est un autre sujet !).
 
Peut-être cette absence de sensibilité pour la nation comme échelle démocratique la plus pertinente explique également qu'il puisse justifier sa scission avec le PS par une analogie bancale avec la situation politique en Allemagne, pourtant fort différente de la situation française.
 
 
Mais participer au non dit sur l'idée nationale, n'est-ce pas faire pleinement le jeu des Le Pen et de l'extrême-droite, qui utilise cet abandon volontaire pour accréditer le mythe d'un complot "anti France" ? Avec par conséquent quelques apparences de réalité.
 
Faut-il d'ailleurs uniquement rechercher l'origine de la montée de l'extrême-droite du côté des "liaisons dangereuses" de la droite, prompte à agiter l'insécurité ou l'immigration comme un chiffon rouge[2] , et ignorer l'impact des réactions outrancières de pseudo opposants, qui crient au nazisme dès que trois Afghans sont renvoyés en Afghanistan, manifestent contre la tenue de débats, fussent-ils sur un thème aussi "sulfureux" que "l'identité nationale", ou défendent avec constance la régularisation quasi automatique des "sans-papiers" ? Faut-il faire semblant de ne pas voir que, comme sur les plateaux d'une balance, les excès des uns sont souvent compensés par les excès des autres ?
 
 
 
Les points évoqués ici me paraissent suffisamment lourds pour tempérer l'enthousiasme suscité ici par la candidature de Jean-Luc Mélenchon.
L'honnêteté oblige toutefois à admettre que son autocritique sur l'Union européenne, exposée notamment dans le reportage de LCI, est suffisamment rare pour être remarquée. Et saluée : on aimerait entendre plus souvent des éditorialistes ou des politiques admettre qu'ils se sont trompés.
Mais malgré des intuitions positives et des analyses pertinentes (critique de la social démocratie, de plus en plus libérale et de moins en moins sociale, revirement sur l'Union européenne, volonté de défendre une culture classique éloignée du culte de l'instant moderne ou post moderne) la pesanteur qui l'entoure reste assommante (culte voué à un positionnement géographique de plus en plus flou, "la gauche", cécité volontaire sur la nation, facilement assimilée au nationalisme, survenue claire obscure du "parti de gauche",...).
Et, pour mon cas personnel, cela reste très dissuasif...


 Un nouveau parti pour la gauche (Communiqué de Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez)
 
 Vendredi 7 Novembre 2008, 13h37
 
 Ca suffit comme ça !
 
 Le résultat du vote au parti socialiste est connu. Les trois motions issues de la majorité sortante du Parti arrivent en tête. Elles obtiennent 80% des suffrages. Et la motion de Ségolène Royal l'emporte avec sa proposition d'alliance au centre. Ainsi, les orientations qui dominent la social-démocratie européenne l'ont emporté alors quelles conduisent partout à l'échec. Elles avalisent l'Europe du traité de Lisbonne, les alliances changeantes, l'abstention face à la droite, et refusent de mettre en cause le capitalisme. Ce résultat est sans ambiguïté. Le score respectable de la gauche du parti n'y change rien malheureusement.
 Pour nous, ça suffit comme ça !
 Nous refusons de nous renier en participant à des complots et des combinaisons tactiques. Car quelles que soient les arrangements qui sortiront du Congrès de Reims, la future direction du PS appliquera l'orientation majoritaire en particulier quand viendront les prochaines élections européennes. Il faudrait alors accepter ce que nous refusons depuis toujours : le traité de Lisbonne et le Manifeste commun avec les partis sociaux démocrates qui gouvernent avec la droite dans leur pays. Non ! Pour nous, ça suffit comme ça !
 Nous prenons nos responsabilités. Dans la crise du capitalisme, notre pays a besoin dune autre voix à gauche. Nous voulons lui être utiles. Nous voulons reprendre l'initiative, formuler une alternative, faire reculer et battre Sarkozy. Par fidélité à nos engagements, nous prenons donc notre indépendance d'action. Nous quittons le Parti socialiste. Nous allons porter publiquement notre conception du combat républicain et socialiste, sans concession face à la droite, au capitalisme et leur irresponsabilité destructrice contre la société humaine et l'écosystème. Nous allons la proposer au suffrage universel. Ainsi que nous la montré en Allemagne Oskar Lafontaine avec Die Linke, nous décidons d'engager avec tous ceux qui partagent ces orientations la construction d'un nouveau parti de gauche et nous appelons à la constitution d'un front de forces de gauche pour les élections européennes. Nous savons qu'une énergie immense dans notre peuple est disponible pour le changement. Il faut aller de l'avant.
 
 Jean-Luc Mélenchon, sénateur de l'Essonne
 Marc Dolez, député du Nord
 
[2] Pour un nouvel exemple de cette analyse hémiplégique, voir récemment l'éditorial de Marianne n°771, qui considère que la montée du FN est imputable aux "transgressions à répétition" du chef de l'État.

Documents joints à cet article

Jean-Luc Mélenchon candidat au milieu du gué
par Olivier Perriet mercredi 8 février 2012 - 32 réactions
76%
D'accord avec l'article ?
 
24%
(45 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Yvance77 (xxx.xxx.xxx.54) 8 février 10:31
    Yvance77

    Salut,

    Je pense surtout que la candidature de Mélenchon est de plus en plus crédible et légitime. Et, cela ne passe pas bien... surtout à la droite du parti seul de gauche

  • Par Walid Haïdar (xxx.xxx.xxx.179) 8 février 16:13

    @Yvance : vous allez être déçu alors. La gauche se rassemblera toujours pour battre la droite.

    Je préfère le PS que l’UMP, clairement, et même si le PS n’empêchera pas la merde de s’installer : ce sera un peu moins pourri, et je prend ce peu plutôt que rien.

    D’ailleurs, si le PS gouverne, ça aura le mérite de montrer à quel point sa politique ne sert pas à grand chose.

    Ce qui est certain par contre, c’est que les reports de voix du FdG sur le PS vont être assez faibles, et ce quelle que soit l’attitude de Mélenchon.

    Mélenchon s’il n’est pas au second tour dira à mon avis ceci : continuons à nous mobiliser pour les législatives en donnant le plus de poids possible au FDG, et en attendant battons la droite au second tour en se reportant sur le candidat de gauche (s’il y en a un). Il utilisera probablement une formule du genre "Si vous pensez comme moi que l’UMP est pire que le PS etc."

    Il dira cela mais en ayant parfaitement conscience que les gens ne se reporteront que s’ils ont le sentiment que ça sert à quelque chose de battre Sarko (ou LePen) en élisant Flamby. et ça dépendra avant tout de Hollande, pas de Mélenchon.

    Cela fait-il de lui un rabatteur ? bah évidemment, c’est la théorie inconsistante du FN et consorts, fondée sur rien sinon leur manque d’argumentation. Non, ça fait simplement de lui quelqu’un de gauche qui considère à juste titre que la clique de l’UMP est pire que celle du PS. Quand on est de gauche, et je sais que les gens de droite ne comprennent pas, mais on vomit sur des Guéant, Guaino, Hortefeux, Estrosi, j’en passe et des meilleurs : ils nous font gerber, on n’en veut pas, et c’est encore pire concernant les politiciens du FN. C’est marrant d’ailleurs la théorie du rabatteur, parce que de l’autre côté on a la théorie de la division de la gauche.

    "Rabatteur, rabatteur, rabatteur...." comme des perroquets on répète mille fois le même truc, c’est basé sur strictement aucun fait, mais c’est pas grave, à force de répéter certain s’en sont convaincu comme d’une évidence.
  • Par Solero30 (xxx.xxx.xxx.182) 8 février 11:41
    Solero30

    Mélenchon ne parle pas en son nom. Il est le porte parole des militants des divers partis qui composent le front de gauche.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox