En réfléchissant à cette question, je me suis rappelé d'une anecdote : dans une rue de Paris, je vis avec une autre personne une dame laisser son chien faire tranquillement ses besoins sur le trottoir, bien au milieu. Nous lui avons fait remarquer que c'était assurément dégoûtant, mais elle ne trouva qu'à répondre remarquant la croix en or que j'avais au cou : « Oui et bien moi, j'ai vu des chrétiens chier dans la rue, alors, hein, gardez vos sermons (crut-elle dire finement) ». Avec la personne qui m'accompagnait cela nous a fait beaucoup rire, nous avons imaginé des personnages en longue robe noire, avec une grosse croix pectorale, sortant nuitamment en ricanant diaboliquement pour aller déféquer un peu partout dans les rues de Paris.
photo prise ici
L'anecdote est parlante. Les chrétiens sont perçus comme des survivances d'un passé indigne, des moralisateurs insupportables, des caricatures grotesques.
La question qu'implique le titre se pose assez abruptement dans notre société en 2011, et ce même si les catholiques ne sont pas rejetés ni persécutés en risquant leur vie dans les pays occidentaux, contrairement aux chrétiens d'Orient. Cette société aime bien les catholiques, quand ils pensent comme tout le monde, ne sont plus catholiques au fond d'eux finalement, ou qu'ils sont les « cathos de service ». Un « catho de service », on en trouve dans divers milieux, est là pour que les autres lui exposent leur point de vue et lui montre combien il est naïf et crédule, il sert de faire-valoir. Bien souvent le « catho de service » parle beaucoup d'amour et énoncent quantité de lieux communs sur la paix, la justice, la mort, la souffrance qui ne mangent pas de pain et font plaisir à exprimer pour garder de soi une image confortable.
Dans notre société qui confond allègrement modernité et progrès, la foi fait tâche, elle est incompréhensible car en plus elle n'est même pas quantifiable, mesurable, réductible à des équations.
Ontologiquement, intrinsèquement, la foi ne peut donc se justifier rationnellement. C'est donc à la fois une idiotie et un pléonasme de le reprocher aux chrétiens en général, aux catholiques en particulier.
Pour les incroyants, c'est la plupart du temps une croyance magique, une superstition sans fondement. Il y a d'ailleurs quelque chose de paradoxal, notre monde a souvent à la bouche les mots de tolérance, de liberté de conscience, voire même de liberté des cultes, mais ne tolère pas ce qui contredit le dogme sacré de la modernité toute puissante qui aurait apporté le bonheur aux populations ravies qu'on leur enjoigne de rêver à la possession de gadgets tous plus inutiles les uns que les autres plutôt que de réfléchir aux fins de leur existence ou du monde, ou à leur inculquer quelques valeurs leur permettant de vivre en harmonie avec les autres, celles-ci fussent telles d'ailleurs areligieuses.
En 2011, les catholiques pratiquants représentent en France de 1 à 2 % de la population. Par pratiquants, s'entend ceux qui vont à la messe chaque dimanche, une définition plus restrictive, mais plus juste que celle des statisticiens pour qui y aller une fois par mois c'est pratiquer.
Certes, un pourcentage plus important de français reconnaît croire en Dieu et avoir une foi chrétienne, mais ne croient pas à la Résurrection ou croient dans la réincarnation. Ces français n'assistent pas non plus à la célébration dominical, car la plupart estiment qu'il n'y a pas besoin de médiation entre eux et le divin.
A ce lien, on pourra lire les résultats d'un sondage mis en ligne sur un site que l'on ne peut vraiment suspecter de complaisance envers les croyants quels qu'ils soient (atheisme.free.fr).
Et pourtant quand on parle de laïcité, d'atteintes à celle-ci, c'est la plupart du temps les catholiques qui sont visés par les clameurs et plaintes des belles consciences prétendant défendre les droits de l'homme, la liberté, l'égalité, la fraternité, ainsi dans cet article qui fait de nombreuses confusions sur la foi, la ramenant à une sorte de gymnastique mentale et spirituelle sans grande importance somme toute. Quand il s'agit de pratiques d'autres religions, le discours est tout autre. On parle alors de pratiques culturelles que l'on se doit de respecter.
Photo du jardin de Gethsémani prise ici
On ferme les yeux sur celles qui sont en contradiction flagrante avec les droits de l'homme, la liberté, l'égalité, la fraternité. Curieusement des médias qui se font fort de dénoncer l'islamophobie partout dans notre société sont eux-mêmes pointés du doigt comme l'étant parfois.
Les catholiques n'ont rien contre la laïcité, tant que celle-ci facilitent les rapports sociaux, sans privilégier l'un ou l'autre, et qu'elle ne serve pas d'argument pour attaquer les croyances de l'un ou de l'autre, qui sont un droit fondamental.
A ce lien, un texte de la Ligue des Droits de l'Homme que l'on ne saurait suspecter de complaisance envers le catholicisme.
En passant, on peut noter qu'il y aurait des choses à dire sur la manière dont les belles consciences parlent de l'Islam, ou du Judaïsme, en France, qui se veut anti-raciste, mais relève à la base du néo-colonialisme, un discours plein de bonnes intentions où l'on prend le croyant musulman pour un « bon sauvage » un peu lent à comprendre mais duquel on se sent finalement supérieur.
Ce néo-colonialisme est aussi un racisme au bout du compte.
Très vite, celles celle et ceux qui se posent des questions sont traités de tous les noms, sont des nazis, des fascistes, voire des émules de Breivik, le tueur d'Oslo. Ce taré haineux et criminel devient l'alibi tout trouvé pour ne pas discuter, ne pas polémiquer, ne pas chercher à réfléchir ou trouver des solutions.
On remarquera que les pseudo-défenseurs de la laïcité se posent en gardiens du dogme beaucoup plus que les catholiques eux-mêmes qui sont plus souples sur ce sujet. De même ces héraults, c'est eux qui le disent, de la sacro-sainte laïcité, ont souvent tendance à moraliser les croyants qu'ils estiment être des moralisateurs, alors que moraliser c'est toujours moraliser lorsqu'il est question de leur vie sexuelle qui se doit d'être nécessairement débridée et sans limites, ce qui les regarde et les concerne eux uniquement.
Les libertins, au sens premier du terme, et non sa déformation moderne qui en fait des jouisseurs primaires, ne se souciaient pas du jugement de l'Église, ils le défiaient même pas leur comportement et ne passaient pas leur temps à se justifier sur leurs actes. Ceux qui réclament d'un comportement moral qu'ils assurent libertaire et varié ont donc du libertinage son acception moderne, ils ignorent que cette pensée s'inspire d'Épicure qui inspira aussi les stoïciens et Saint Paul qui n'a rien du « Père la pudeur » que l'on montre comme tel habituellement.
Enfin, les catholiques sont sans cesse renvoyés au passé de leur église, aux fautes, aux massacres commis par leurs ascendants. A commencer par l'antisémitisme. Un peu partout, il est de bon ton d'assimiler nazisme et catholiques pendant la Seconde Guerre, de mettre la responsabilité de la Shoah sur le dos de l'Église, et j'en passe, sans évoquer bien sûr toute la polémique absolument nauséeuse autour du comportement de Pie XII.
Ce qui est paradoxal est que ces reproches sont parfois adressées aux catholiques par ceux-là mêmes qui n'ont de cesse de clamer leur antisionisme et qui voient des agents de la Hasbara et du lobby juif partout sur Internet.
Un catholique évoque-t-il les souffrances vécues par les chrétiens en Orient qu'on lui parle de l'Inquisition, en se demandant d'ailleurs comme l'Inquisition excuse-t-elle ou justifie-t-elle les massacres commis sur des croyants de pays où celle-ci n'a pas existé de toute manière ?
Cela témoigne tout d'abord d'une incompréhension manifeste de ce qu'était vraiment l'Inquisition, à savoir une forme embryonnaire de justice rendue à l'origine, spécialisée ensuite dans le jugement des cas d'hérésie, les jugements pour hérésie étant des jugements exceptionnels, et le « jugement de Dieu » une légende (qui a inspiré les cadres dynamiques actuels qui adorent marcher sur les braises pour se montrer qu'ils sont capables de se comporter en « tueurs » sur les marchés financiers).
On reproche également aux catholiques actuels les croisades, on oublie que ce ne furent pas les seules « guerres saintes », puisque dés 622 le prophète Mahomet déclare le premier Djihad, le tout rappelé sans reproches rétroactifs aux croyants musulmans qui n'en sont pas responsables non plus.
Photo prise ici
Un catholique ne peut concevoir la guerre sainte, qui contrevient à sa foi, qui n'est pas une idéologie de pouvoir, qui n'a pas à mener à une théocratie, mal aussi peu souhaitable que la technocratie. J'ai évoqué la question de l'idéologie, bien souvent beaucoup de gens qui se disent séduits par le message de l'Évangile semblent percevoir celui-ci comme une sorte de pamphlet révolutionnaire, ce qu'il n'est pas, même si une société qui insisterait ne serait-ce qu'un tout petit peu plus sur l'amour du prochain serait une société déjà largement plus vivables, si cette belle intention se transformait en acte.
Comme les catholiques le savent, l'enfer en est pavé...
Pour conclure, je ne saurais rappeler encore que l'auteur de ces lignes est le premier à dénoncer les dérives sectaires de certaines communautés dans l'Église et la sur-affectivité superficielle et dangereuse de certains grands rassemblements, entre autres, et n'hésite pas à aborder la question de la pédophilie (d'autres articles à ce lien)...

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